MES CRITIQUES 2007
Je vois 32 spectacles en 2007. j'ai un grave problème, plus envie d'y aller . Quelque chose ne tourne pas rond. Je ne prends presque plus de risques. je vais voir ce qui d'avance va me plaire.
Parfois , je me risque encore dans une scène nationale, histoire de savoir comment ça évolue. Je suis toujours et encore déçu.
je boude le CDN de Besançon, question de réciprocité. Que son directeur en cinq ans ne soit pas venu rendre visite au théâtre de l'Unité me révolte. Je ne pleurerai pas son départ.
CIE PERNETTE, L'ALLAN, 14 décembre. Le repas
Grande douleur pour moi. Parce que tout se joue dans le cadre étriqué des codes de la danse d'aujourd'hui. Pernette a été originale dans le temps, mais là elle nous rend une belle copie de ce qu'il faut faire pour être estimée. C'est maîtrisé, c'est réglé, c'est parfaitement professionnel et voilà. Même quand c'est censé décoiffer, il n 'y a aucun laisser aller, aucune chaleur communicative. C'est de l'ordre de l'exercice.
Et puis je suis toujours furieux du manque de culture, parce qu'on ne peut plus traiter un repas sans connaître Ionesco et la noce chez les petits bourgeois de Brecht. C'est très bien que la danse mêle des paroles et du théâtre, mais vaut mieux alors s'associer quelqu'un du théâtre.
Et puis un jour il faudra oser dire la vérité sur le public des scènes nationales, une fois que l'on retire le public captif, qui reste t-il ?
Toujours cet éternel problème, comment sortir de l'entre soi et et la consanguinité ? Lire Stiegler sur ce sujet.
LICEDEI/SEMIANKY A L'ALLAN. MONTBELIARD. 11 décembre
C'est la relève des Licedei de saint Petersbourg, des clowns extraordinaires. Slava Polunine a créé une école, et c'est cette première génération d'élèves qui jouent. ils sont six.
C'est un peu décevant pour quelqu'un qui a connu Polunine, qui était exceptionnel. Cela sent encore trop les exercices d'école, quoique que la mère soit très bonne.
Je ne ris pas mais les collégiens de Voujeaucourt qui occupent tout l'orchestre s'esclaffent.
Heureusement un formidable final sauve la soirée.

WEEK END AUX CELESTINS A LYON .8 et 9 décembre
Pourquoi le théâtre des célestins ?
mais c'est parce que je connais et j'aime Chantal Kirchner qui en est la secrétaire générale. Dans mes idées toutes faites c'est un théâtre tout bourgeois de partout.
C'est bête les idées toutes faites.
D'abord le théâtre est génial. Il a cent ans, mais quelle forme, l'architecture est agréable. On s'y sent bien. ça respire le théâtre. le personnel d'accueil, comme d'ha'b ce sont des étudiants en théâtre Enssat et Cie.
les embiernes commencent /Guignol
Emily Valantin. Du vrai guignol lyonnais avec l'accent et les vraies histoires d'époque. C'est trop réjouissant, des petites histoires à quiproquo mettant en scène la croix Rousse et le populaire. je me dis "voilà un auteur". Le public qui n'est pas si bourgeois que ça rit à gorge déployée. régal, je te dis régal. la petite salle est pleine.

le manuscrit original est exposé dans le hall.
Dimanche matin
Pierre et le loup. Orchestre national de Lyon et Didier Sandre
Rien de très original, sauf l'idée de faire Pierre et le loup de Prokofiev le dimanche matin puis à 16 H. Claudia Stavisky est présente. Elle signe la mise en espace. OK
Après midi
au boulodrome de l'arbresle à 20 kms de Lyon. Double jeu de la fille de Commenccini.
Ce qui m'interesse c'est la décentralisation dans une petite bourgade. Eh bien il y a du monde, un peu vieux, mais justement, toutes ces sexagénaires auraient du mal à aller à Lyon.
Quant au spectacle, c'est du dialogue dans une cuisine, que du dialogue. pas de silence, pas de situation forte, pas de montée.
Le spectacle ne m'interesse pas du tout. Sur les quatre comédiennes, 2 ont fait le cons'. C'est un jeu que je ne supporte pas.
mais ce qui compte c'est comment ce théâtre tourne. Je suis impressionné.
Dom Quichotte. Mise en scène de Philippe Adrien pour la cie du troisième oeil.
Théâtre de Corbeil. 4 décembre 2007
RER D. Les trains sont très longs. La banlieue très sombre. Le théâtre n'a pas bougé depuis 30 ans qu'il existe. Dix fois trop grand, trop spacieux, avec ses marches ridicules pour accéder à l'élévation de la culture. Mais ces architectes de toutes nos maisons de la culture, où sont ils qu'on les pende ?
Evidemment je suis très hostile au rituel du théâtre d'abonnés, qui éradique tout le côté fête, de la sortie au théâtre.
Sympa, ce sont les jeunes des quartiers qui font les ouvreuses, et il y a dans la salle pleine à 70%, des collégiens qui mettent un peu de jeunesse dans la soirée qui s'annonce comme sinistre.
J'ai beau essayer de positiver, je n'y arrive pas. Tout est à revoir, tout est à changer dans la cérémonie théâtrale du dedans.
La pièce commence par le discours d'Augustin Legrand aux SDF, à qui il explique qu'ils sont les enfants de Dom Quichotte. C'est une vidéo qui se termine par une sorte de dialogue où les acteurs de la pièce interviennent.
ça veut dire quoi être Dom Quichotte ? Et là, je découvre une nouvelle vision de ce personnage présenté d'habitude comme un mythomane, un mégalo, un type ridicule. Là, on va voir un intellectuel qui réfléchit, et qui veut se battre contre toutes les injustices du monde, et qui en fait ressemble beaucoup à tous ces intellectuels qui se bagarrent, mais sont inefficaces.
Franchement, on pense certes aux enfants de Dom Quichotte, mais aussi à l'arche de Zoé.
Donc la pièce n'est pas détachée du monde.
La mise en scène ne prend pas trop de risques. C'est du théâtre tranquille, présentable à mes petits enfants, qui seraient ravis du pittoresque des deux couples de Dom Quichotte.

je venais de voir un Dom Quichotte de rue avec un cheval pétaradant invraisembable, à Bergame, là y a pas trop de fantaisie.
Ce serait plutôt la philosophie qui serait mise en avant.
Les comédiens font ce qu'ils savent faire, sans problème. Notre Vahid Abay a un beau personnage au niveau de l'image, mais parfois il essaye de faire rire, et son jeu manque alors de sincérité.

Il y a plusieurs handicapés dans la cie du troisième oeil, cela peut donner un caractère étrange au jeu de Bruno Netter qui est non -voyant, à Jean Luc qui est nain, et Stéphane qui est autiste.
Mais il y a aussi une sourde muette, et je comprends pas ce qu'elle dit au début, je ne suis pas censé savoir qu'elle est handicapée, et je me dis qu'est ce que c'est que cette comédienne qui n'articule pas son texte.
Un repas est servi dans le resto du théâtre, Mafid le directeur doit rentrer à cause de son fils. Philippe Adrien qui a coupé un quart d'heure dans l'après midi donne ses notes. Vahid a encore faim après le contre- filet, et se prend un saumon bien saucé.
Martine Derrier, la chargée de diff me ramène porte d'Orléans, dans une FIAT qui a 3 places à l'avant et son téléphone fait GPS.
Franck Esnée. Coopérative Belfort. 29 novembre
Tryptique, des figures

Je me laisse emporter, je me laisse faire. Je suis balotté d'images en voix, de voix en suicides, en pendaison. Par moments j'essaye de me demander dans quel espace réaliste je me trouve. Et puis je laisse les réflexes cartésiens. Le texte est musique, je me laisse envahir. Il a du style, Franck Esnée, de l'univers. On sent que ce n'est pas creux. Et puis d'un coup, je décolle, je me retrouve. Cette musique enveloppante, et angoissante, c'est moi aujourd'hui assailli par des ennemis invisibles. C'est ce qu'il disait Visniec : l'ennemi n'a plus de visage. On voudrait se battre, mais on ne sait même pas contre qui. J'aime bien ceux qui choisissent les chemins escarpés. Le texte est surtout un rythme, qui ne tombe pas dans le Rap. La voix est traitée par micro. L'atmosphère est forte. Et puis les voix s'empilent, cela ne déplairait pas à Godart. La mort plane, on n'est pas loin de l'accident de voiture, la neige tombe, un pendu se balance, le plateau se vide. 50 minutes. Je me sens bien rempli, pas déprimé du tout. Parce que ce n'est pas vide, et pourtant, voilà un poème qui ne se raconte pas .
Régis Hebette de l'Echangeur de Bagnolet recevra le spectacle et aussi Besançon, l'espace planoise. Mais après, Messieurs les directeurs, ne laissez pas moisir les artistes qui parlent de la Mort.
Les petits oiseaux chient
Jean Louis Costes.
Fête de la Merde 11 novembre à Sète

Sperme, merde, urine, sang, menstrues, masturbations, chant désespéré, une espèce de poème insensé, désossé, cassé, aux limites de la transe, le vrai spectacle à passer en ouverture de toutes nos scènes nationales, pour faire bouger le public d'abonnés, les entraîner ailleurs.
Les grincheux disaient : oui, c'est punk , c'est du déjà vu.
Moi je n'avais jamais vu. Un théâtre qui fouette les artères, qui te donne envie de vomir, de rire aussi, qui te parle du monde d'aujourd'hui, le tout hurlé avec une sono saturante. 50 minutes d'une force pas croyable et qui fait peur. Jean Louis Costes. C'est le nom de ce fou.
Rasposo, Parfums d'Est. Cergy. 23 sept
J'ai la haine des spectacles clonés, ou qui ressemblent à ce que j'ai fait moi- même. L'accueil sous le chapiteau Rasposo m'agace, parce que cela ressemble à notre Histoire du Soldat jouée avec la cie Foraine en 1988. Et puis je me dis "encore du tzigane", cela devient vraiment un fond de commerce l'ambiance Tzigane.
et puis, je sens cette France qui bascule dans "chacun pour soi, enrichissez vous" et je trouve que les spectacles doivent être une antidote à cette valeur cancérigène qu'on nous inculque. Bosse pour gagner des sous, achète etc.
Ma chère Fanny, vous avez mis du temps à m'amadouer. J'ai une maladie grave, je veux être étonné, je veux du jamais -vu. Je suis le pire des spectateurs, et d'ailleurs Jacky Lignon qui m'avait à l'oeil, m'a vu plusieurs fois décrocher. Faut dire aussi que j'étais dans le coin extrême côté "jardin".
Peu à peu je me laisse entrâiner dans le côté tranche de vie, ces tapis, cette atmosphère familiale, et je vous découvre Fanny. Je ne sais rien de vous, mais je vous vois tellement dedans, tellement habitée, et je découvre aussi le chef de tribu. Et cela commence à m'intéresser ce côté inter-générationnel.
Je suis, dois-je vous l'avouer , un camarade d'Alexandre Bouglione, dit Romanes et de son ex compagne, Lydie Dattas. Contrairement à ce qu'affirme Dehlia , c'est sans doute Lydie, qui a glissé à l'oreille d'Alexandre le concept, cirque Tzigane, musique Rom, toute la famille à la barrière.
Voyez pourquoi je résiste.
Et puis vous nous faîtes cette image de la mariée sur la contrebasse, et je comprends que je ne suis pas devant n'importe qui. Image splendide, un tableau de Chagall, et puis un côté fête Yddish, fête de mes ancêtres il y a très longtemps. Vous ajoutez une soufflerie, ça tangue, ça chavire, on est en plein univers sensuel amoureux, il ya de belles lumières. On est au coeur de la vie et des choses, on est au delà des prouesses, vous avez gagné.
Vous avez fait ce magnifique geste de partage, la soupe.
Vous nous transportez dans un monde qui n'est pas celui du chacun pour soi, je vous dis oui, fabuleux. Cela ne se prend pas en photo, cela ne se filme pas, c'est du vrai et grand théâtre, celui qui vous donne l'énergie de vous bagarrer?
Je vous remercie fanny Molliens, vous et tous vos enfants et vos amis
Carte postale. François Morel, et Olivier Saladin. Grand T Nantes
17 septembre. Salle troisième âge. Pleine à craquer, c'est la fête d'ouverture de saison.Problème d'acteurs connus de la télé. Chaque phrase est sanctionnée par d'énormes rires.
A l'actif des acteurs, ils ne glissent jamais vers la facilité, ne cherchent pas le public. C'est un tableau bien observé des Brochons , ces français moyens, nos voisins retraités qui partent en voyage organisé. Série de sketches, je craque au bout de 65 minutes, envie de manger et de fumer.
Vendez tout, par les alter pauvres. Cie Gravitation
vu le 31 août à Pontarlier
Impressionnant. Fabien Thomas joue et fait jouer, des Rmistes , des handicapés, des chômeurs longue durée. Plutôt que de la révolte, ou du geignement ou de la plainte, il fait dans l'auto dérision, l'humour grinçant et méchant. Ah, c'est bon le théâtre quand tel le piment il arrache la bouche. C'est sur la limite sans arrêt, comme j'aime, car Fabien aime trop ses acteurs pour que cela dérape. Cela nous fait surtout réfléchir au phénomène d'exclusion... Les corps en face de nous valent mieux que tous les grands discours. Vive l'écriture pimentée et cruelle. Cela nous repose de la mièvrerie de Lagarce, l'auteur fêté partout cette année , et de toute cette nuée d'auteurs opportunistes incapables de parler du réel.

25 août Aurillac
LAIKA. Peep § eat
Je suis quasiment venu à Aurillac pour les voir eux. Car j'ai croisé Peter de Bie à Teerschelling et qu'il expliquait toute une démarche basée autour de la nourriture et comme c'est ce que j'ai envie de faire , il fallait absolument que je les voie. On me dit que c'est archi -complet et que ce n'est pas la peine d'essayer. Le lieu où ça se passe n'est délivré qu'à la délivrance du billet. 55 places seulement. Je tombe en dépression, je ne croise personne qui a vu "peep and eat", donc pas possible et la belle attachée de presse, Anne Lacombe, garde bouche cousue. Je demande à Edith de faire la dernière tentative. "Dis que j'écris dans Cassandre, que c'est hyper important". Je n'ose pas appeler, car c'est humiliant de se mettre à genou pour mendier cette place. Edith appelle le festival : fin de non recevoir.
Et puis le miracle a eu lieu. 19 H 30. Christophe Paris compte un à un les heureux élus à la portière de la navette qui doit nous emmener à l'Ecole de Marmiers. J'en fais partie. 17 € , c'est rien, pour ce que je vais voir. dans certains lieux, la place est proposée à 80 €.
Petit cocktail bien frais servi à l'accueil dans un gant en plastique avec une paille, excellentissime.
C'est un vrai dispositif de peep show, 9 cabines, petites et minuscules, tablées de 5 ou 6 places. Au centre un plateau tournant. La femme nue est remplacée par 3 cuisiniers, il n'y a pas glace sans tain mais un système qui fait que nous avons un accès visuel à la cuisine, 2 fois 10 secondes toutes les 3 minutes. Pendant ces ouvertures, le serveur stylé nous passe les plats, une bouteille, le pain, passe lui toutes les 3 minutes, minuscule niche.
Peter cuisine en direct. On devine ce que l'on va manger. Puisque certaines fenêtres nous montrent des aubergines, ou des herbes, un saumon, des carottes. Peter, est au fourneau, il a l'air d'être un pro tant sa gestuelle est précise, mais pourtant, il est l'administrateur de la compagnie, mais il aime faire la cuisine.
Le repas qu'il nous sert est d'une finesse extrême, d'un raffinement total. Tout est beau comme dans un très grand restaurant, les bols, les assiettes, les couverts.
Peu à peu défile de temps en temps une fenêtre avec des marionnettes, un peu de théâtre, des gags, mais dix secondes maximum.
je suis au septième ciel. La soupe à la carotte et au gingembre est carrément aphrodisiaque. On se dit que le concept est formidable car il n'y a qu'un serveur pour 55 personnes, et qu'il ne se déplace jamais, nous passe les plats par la fente, a l'air très heureux, c'est un comédien de la compagnie.
Enormes éclats de rire dans les cabines voisines, que l'on ne voit jamais.
Le dessert est extrordinaire, les vins sont chiliens, la compagnie est flamande.
Un fête des sens, une fête du sens, une fête totale.
Peter nous explique à la fin que le spectacle a dix ans d'âge, qu'ils l'ont fait 200 fois, que c'est un hasard, car lui, faisait par plaisir la cuisine pour certaines fêtes de la compagnie , et qu'un jour on lui a suggéré d'en faire un spectacle , il a trouvé à la casse ce dispositif qui lui a coûté 15 000 € a installé sa cuisine à l'intérieur.
Je savais que je devais venir à Aurillac pour voir ça, je le savais.
Alors Rue ou pas Rue on s'en fiche J'apprends que les trois premières séances étaient réservées par les partenaires financiers du festival. Donc voilà, je faisais partie des super privilégiés puisque finalement une seule séance avait été mise en vente au public.
J'étais à table avec Edith, Gremillet ( Cavaillon) , Anne la directrice de l'opéra théâtre d'Avignon, Pierre Fournier de la mairie d'Aurillac.
J'en suis encore renversé, j'essayerais de définir plus tard ce qui me plait dans ce concept.
Le Gramoulinphone. Cie deux fois rien merci
T'a beau lire le programme des 19 spectacles choisis par jean Marie Songy, si personne ne t'en parle, tu ne trouves pas l'impulsion. C'est donc Libé, je l'avoue, qui me fait traverser tout Aurillac pour m'enfermer à Saint Eugène dans un minuscule chapiteau qui quoique bien arrosé par des jets est un pur hammam. Ce spectacle fait remonter en moi un vers de Blaise Cendrars: "le ciel est comme la tente déchirée d'un pauvre cirque en Flandres". 3 personnages muets, forts, intenses, inclassables. Tu ne te dis pas "C'est CNAC, c'est Lecoq , c'est Gonzales". C'est bien eux, et c'est ça qui compte. Il y a là toute une atmosphère savamment étudiée, et quelque chose qui tient. Evidemment, on sent qu'on est dans la lignée des personnages de Kantor et de Znorko, mais Jerôme Bouvet qui a fait une école de cirque à Montréal ne connait pas. Il a juste compris un truc. C'est pas la peine de jongler si t'as pas de personnage. Ce spectacle fait remonter des souvenirs enfouis très loin des contes russes que me racontait ma mère. "Il était une fois une vieille cabane, y habitaient 3 hommes, très pauvres, qui ne parlaient jamais , mais ces hommes avaient un don magique" etc.
24 août 2007. Aurillac
Elu/ Théâtre Group.
Au moins, ce spectacle donne matière à discussion. Parce que c'est bien de vouloir traiter le politique, mais le politique est en soi déjà du spectacle, donc cela donne un spectacle sur un spectacle, et tout l'art est de trouver le traitement, la parabole . Théâtre Group commence par recréer l'atmosphère d'un meeting, et nous sommes donc les militants du groupe "le mouvement". C'est parfait de réalisme. L'accueil "poignées de main" des hommes politiques, la montée de l'ambiance, la buvette, le pot final déjà préparé. Le théâtre imite si bien la réalité qu'un spectateur quitte la salle, se voyant dans un meeting, croyant s'être trompé de spectacle, Le public marche à mort, acclame, souligne. Les gens sont trop ravis de la connivence qui est installée là. On est sur un terrain connu. Artistes et public partagent la même connaissance des discours et des ambiances électorales.
Le problème c'est que peu à peu, le théâtre Group s'englue dans le meeting, est pris au piège, et cela se met à tourner à vide. comme dans un meeting. Le Robert est plus vrai que vrai, Martine (Céline Chatelain est excellente ). On attend un décalage, un traitement. Mais cela met longtemps à venir. On a droit à quelques belles scènes de coulisse, sur les problèmes de pouvoir, sur comment un élu n'arrive pas à résoudre les problèmes de ses administrés. Martin Petitguyot nous ressort son magnifique garagiste de "la jurassienne". On a droit à un petit désastre très drôle, l'écroulement du buffet. La partie "questions du public" est assez cocasse. Mais il y a quelque chose qui ne décolle pas. On arrive doucement avec l'avènement de Martine à la tête du Parti, à un peu de farce, enfin, et une fin en point d'interrogation "Mais qu'est ce qui cloche là - dedans" ? nous dit le personnage de Patrice Jouffroy.
Mon beau frère me dit : "rien que je ne sache déjà".
Mais oui, ils ne sont pas tous pourris, mais certains ont des affaires sur les bras, ils veulent aider les gens mais aiment le pouvoir.
Le problème, c'est que ce qui est ciblé, c'est l'Elu en général, or peut -être cela n'existe pas l'élu en général. Certes ils ont le même costume, mais voilà, il y a des démagogues et des sincères, des racistes et des progressistes, donc attaquer ou portraitiser l'Elu en général, c'est ne viser personne.
Et puis voilà, Shakespeare traite de vrais rois, de vraies histoires sur lesquelles il brode, avec une langue poétique, imagée et forte. Quand Brecht parle d'Hitler il en fait un marchand de chou fleurs. Quand Chaplin attaque Hitler, il invente une histoire de sosie.
Depuis le 6 mai, nous avons en France un nouveau style d'homme politique, star, posant torse nu, lunettes de maffioso, espèce de petit dictateur très habile, tueur la nuit, apaiseur le jour, sachant déstabiliser tous les partis politiques, même le sien, ayant une accroche avec les médias pas croyable.
Mais comment faire ? Un spectacle qui change tous les jours ? Raymond Barre vient de mourir ce matin-même.
Ah pas facile d'être à la page. Ce spectacle est -il déjà périmé ?
IL nous faut attendre un peu pour savoir si ce spectacle nous permettra de mieux décrypter le monde politique.
Mais hormis ces reflexions, le théâtre group nous tient en haleine, on est passionné, on ne sent pas le temps passer, on est dans le bain , cela reste une troupe excellente qui n'a pas peur d'aborder un sujet difficile.
Une femme explique dans le débat du lendemain, qu'elle a pris ce spectacle pour une mise en garde, car , prise par l'ambiance, elle aurait voté pour le mouvement.
Une soirée au théâtre 14.
20 août
J'aime trop Suzanna Lastreto qui nous pond des personnages à la Fellini magnifiques.
Mais retrouver des salles en travaux à moitié vide, sans ferveur avec un public, fait d'une poignée d'amis, et pas d'ambiance, je ne suis plus capable, je veux que le bâtiment théâtre soit un lieu de magie et de confort et de beauté, un lieu rempli d'âme. Mais là ces théâtres de la ville de Paris sont à fuir. Emanuel Dechâtre, vous le directeur, bon sang, faut vous y mettre ou laisser la place.
28 juillet. Théâtre du Peuple. les Affreuses.
Je crois deviner la naissance d'un auteur dans la personne de Pierre Guillois. Il a son style, sa façon, c'est son écriture. Non ce n'est pas Valetti, Novarina, Ionesco, c'est lui, Guillois
En peinture ce serait peut être du pop Art.
C'est une écriture, concise, incisive, qui se joue de tous les tabous, il ne se gêne pas avec les gros mots, la gauloiserie, la grossiereté, c'est pimenté. J'aime cette écriture méchante, griffante, ponctuée de pets.
Maintenant va fallloir suivre de près comment ceux qui façonnent le goût et décident du bien en Art vont réagir.
Et puis il ne faut pas oublier que je n'ai jamais porté aux nues les grandes coqueluches des dernières années: Koltes, ou Lagarce. Donc je ne suis pas dans la bienséance dominante.
Les personnages n'ont aucune profondeur chez Guillois, ils sont plats, bien indentifiables, nous les connaissons tous, mais il les fait exploser par le burlesque. Et puis la philosophie est totalement nihiliste chez Guillois. Pas de salut. On meurt.
C'est une pièce où tu ris tout le temps, parfois c'est même limite, on dirait des sketches.
Et puis pour Bussang, c'est la grande rupture, depuis dix ans, on s'était habitué aux grands classiques, aux grandes histoires que l'on écoutait sagement.
Guillois s'est dit : "Pottecher écrivait pour Bussang, pour ses amateurs". Pourquoi pas moi ?
Guillois est audacieux d'être un rupteur, Bussang est une sorte de temple laïque fréquenté pâr les chrétiens de gauche d'alsace et de Lorraine. Guillois est radical, viole le temple, viole même le paysage d'arrière fond du théâtre.
Il y a de la BD dans son style, des ingrédients Charlie hebdo en traces minimes.
Eh bien, il faut dire que ça passe facilement, il a osé, il n'a pas perdu le public. Le spectacle n'est pas sifflé. A tous ces directeurs d'institution qui disent toujours " ce n'est pas pour mon public", ils feraient bien de venir voir.
Guillois c'est une sorte de Rodrigo Garcia français, sauf que Guillois ne dénonce rien, il nous montre la platitude de la vie. Ce qui est agréable, c'est qu'il n'y a pas de fable, pas d'histoire, on n'a pas besoin d'essayer de comprendre une intrigue, comme d'habitude dans tous ces spectacles qui nous égarent dans des méandres inutiles.
La pièce nous renvoie à comment nous sommes tous les uns les autres sur une planète sale. Enfin, là, elle n'a pas terminé son chemin dans mon cerveau, faut attendre encore un peu.
Le seul petit bémol : les scènes de deux à 4 personnages s'enchaînent, il n ' y a aucun tableau où on retrouve les dix huit de la distribution, et aucun moment où le rythme s'accélère. L'écriture de Guillois ce sont des échanges de répliques d'une ligne. Parfois on aurait envie que le mécanisme s'enraye.
Et evidemment la troisième mi temps de Bussang est toujours magique. Une discussion avec la CGT, une Noria des quartiers de Colmar nous fait un sketch assez osé pour une jeune fille issue de l'immigration.
Ah, oui, je n'ai pas parlé du lever de rideau.Une petite forme sur la mort. Pas éclairée. Donc j'ai dormi du début à la fin.
CHALONDANSLARUE
23 juillet
Jesse Baatelan. Les accompagnateurs

Cela se déroule très lentement. Il n'y a quasiment rien à voir. Juste l'atmosphère de ce jardin enfermé par des planches très hautes et des personnages torturés aidés par d'autres, puis pas aidés. Ce qui me plaît, c'est la radicalité, le part pris fort que l'on tient. Je m'ennuie bien sûr, mais ce n'est pas grave, l'image s'inscrit profondément en moi, et l'apparition d'une girafe par dessus la palissade me fait sortir de ma torpeur.
Ces hollandais, ils osent !
Cie de l'éléphant vert, c'est du propre
Une technique de son maîtrisée, fascinante, époustouflante. On tente sans arrêt de deviner leur truc. Où est donc caché le son ? On sent que la compagnie a beaucoup de choses à nous dire, mais il faut carrément s'accrocher aux basques des lavandières pour saisir le propos. Pierre Delosme aime laisser planer le mystère, lui, et sa collaboratrice Elsa Cordier. Le travail de choeur est efficace, n'empêche qu'on en saurait un peu plus, cela ne nuirait pas à la poésie de l'ensemble. Bien entendu cela ne me gêne pas de me faire enlever par les images et le son, mais il y aurait quelques poteaux indicateurs pour me faire saisir quelques sublimités, style petit linge devenant rouge... Est ce du sang ? ou bien ?
GENERIK
En campagne
C’est la première.
La marque y est.
La générosité, le désordre mis dans les rues,
Le rock
Le déambulatoire à étapes.
Les acteurs qui mouillent leurs chemises.
Des belles images.
Une ambiance sonore débridée.
Et puis ils prennent un sujet d’actualité.
Juste en pleine élection , pour le jouer après quand il n’y aura plus d’élection , le sujet c’est bien les candidats
Maintenant faudrait savoir si ce que nous recevons comme message est bien ce qu’ils veulent dire
C’est leur perception des élections .
A part Rachida Dati, la petite maghhrébine chérie par toute la droite, la vraie discrimination positive selon Sarkozy, je n’ai pas reconnu ni distingué les tendances
C’est donc qu’ils recoivent les élections comme une sorte de course avec gros tintammare.
J’ai apprécie le fourgon brinks. C’est peut être primaire, mais ça me parle bien.
Le tapis roulant sur lequel courent les cnadidats est bien vu.
Donc nous sommes bombardés de mots et de soupe démago.
Avec une parabole pour le final, le candidat devient bulletin et plonge dans une urne géante
Qu’un avion vient démolir façon 11 septembre.
A nous d’inventer la morale. ?
22 juillet
POP UP
Des hollandais qui jouent habilement à l'intérieur d'une grande boîte. C'est visuel. cela me lasse vite, je zappe.
JL PREVOST/LES PETITS CHEVAUX
C'est bien fait, bien joué. Les Goulus ont une sacrée équipe d'acteurs. Je ris, et me régale, mais je suis tout derrière, épuisé crevant de soif, je me réfugie au bar sans avoir tout vu.
Les anglais. Johanna Bassi. La rolls Royce
J'appelle ça comme ça, je ne retrouve pas le programme. 17 H 45. Cour des goulus. Non, mais c'est vraiment trop drôle. Un burlesque incroyable. Retour aux Marx brothers. ça dure ce que ça dure, mais c'est le bonheur. Mais le contenu ? Le contenu c'est que mettre un peu de dérision autour de la reine d'Angleterre, de l'apparat, et d'une cérémonie inutile, qui part en couilles, cela veut dire quelque chose.
Non mais ce sont des images fortes, le chauffeur de la reine, tout chevelu en short , les deux horse guards magnifiques acrobates. J'aurais bien voulu le faire ce spectacle.
21 juillet
L'éternel Tournage. Cie Amoros
Bi frontal. énorme boulot. Parce que ce qui est tourné est projeté sans arrêt sur grand écran, et pourtant, on dirait parfois que ça a été tourné avant et pourtant c'est pareil sauf qu'il y a la mer. Une technique extraordinaire et une maîtrise sans pareille. Mais voilà, je ne suis pas ému, les comédiens ne sont pas habités, ils doivent avoir une partition tellement précise à respecter...Mais le public est ravi, une partie même fait une standing ovation, alors que moi j'ai trouvé le temps long. C'est comme ça. Extraordinaire pour les uns, et laissant les autres sur le bord de la route.
20 juillet. Safari intime
Opéra pagaïe
Franchement avant d'y aller, je ne sais pas de quoi il s'agit.
Cette idée d'étudier les comportements de l'homme, etc. j'ai déjà donné là dedans. Je me dis que sans doute ce sera une version dérivée des squames, ou de la poddémie.
je me dis : bon une déambulation de plus d'une heure. Encore des guides, à la délices dada, ou à la Poulain. etc
J'ai vraiment une prévention gigantesque des contre- façons, des imitations, de ce qui n'est pas original.

Je me demande "comment ils ont réussi à faire ça"
Il y a là du jamais vu.
Notre oeil est totalement vierge.
De plus j'ai cette case -là en moi de savoir comment c'est, chez les gens, de regarder à travers les rideaux.
Comprendre la vie du bipède humain.
C'est surtout hyper bien foutu. La conférence scientifique, un vrai comédien bon, parce que crédible, parce que solide personnage.
Et puis des dizaines et des dizaines d'intérieur qui jettent le trouble.
Ah oui, théâtre miroir.
Des gens qui jouent sans jouer.
Peut pêtre même des vrais habitants qui nous laissent voir leur "tanière".
Le travail sur la langue scientifique est parfait.
Ils arrivent à recevoir 700 personnes.
Eh bien Cyril Jaubert, merci d'avoir su étonner quelqu'un qui se vante d'avoir déjà tout vu.
"Partout réclamez la vie " disait Büchner. Là nous avons eu la vraie vie, mise à distance magistralement.
19 juillet
Le système minorette
par Alice groupe artistique. mise en scène Denis Rochard
Un dispositif assez habile avec quatre ou cinq plateaux installés sur les aires de verdure d'un quartier d'Hlm nord Chalon, les aubépins. Des belles lumières. Du cinéma, du théâtre avec des acteurs qui disent des textes, des costumes, du travail en amont avec les habitants.
Tous les ingrédients sont là, excellents
Mais dès le début, Denis Rochard, introduit la soirée à la manière d'un sous Pascal Rome, et il n'emmène pas le public, qui se retrouve étranger devant des tableaux jolis dont il ne comprend pas la teneur.
C'est une des résidences de l'abattoir. Ils viennent de Nantes, ils ont bossé avec le quartier. Mais franchement, celui qui a accroché à l'histoire racontée, qu'il vienne me le dire.
Paraît il que dans les villages, cela marche ... mais bien sûr, le public averti de Chalon ne s'en laisse pas conter.
Je reste quelques moments avec le metteur en scène, tout dépité de voir le public partir dans le bus sans dire le moindre mot.
3 jours en Avignon. OFF uniquement
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Gare Franche , Boutique de Cannelle, Znorko, Marseille. 24 mai 2007
photo : Richard Melka
C'est le baptême du nouveau lieu de Cosmos Kolej.
En plein quartier populaire de Marseille. Une ancienne usine désaffectée, réinvestie avec l'aide de tout le monde, ville, Fond social européen, Conseil général et régional , et puis pour l'ouverture, ensemble 3 bonnes fées : lieux publics, Friche de la belle de Mai, Le Merlan scène nationale.
La gare franche va titiller la ferme du bonheur de ce cher Roger Després à Nanterre.
C'est un lieu de haute poésie, elle garde son caractère de terrain vague, ouvert sur le plan d'Aou, une cité populaire et pauvre.
D'ailleurs le bruit du frigo, de Gabi Farage, organise avant la pièce des visites du quartier d'en face, où sont installées des sortes de pépinières utopiques.
Des gens mangent sur des vieilles tables vermoulues.
On a restauré au minimum, pour respecter d'abord la vie.
Trop bien. Atmosphère, musique, fumée.
Richard Psourtseff est aux manettes, le magicien de la lumière. Son jeu d'orgue est installé en plein bar. Car la salle de spectacle est en contre- bas, il n'y pas ces portes à double battant habituelles de nos théâtres surannés.
Pour la pièce "boutique de Cannelle" , il faut se détendre, et se laisser faire, et c'est de toute beauté. Si vous voulez faire votre rationnel, votre Descartes , chercher les axes précis de la dramaturgie, vous êtes jetés au tapis.
C'est de l'ordre du voyage, j'étais dans un shettl, vibrant de vie avec tous ces personnages qui habitent nos rêves et notre insconscient, et toujours les ingrédients de la cuisine Znorkienne, bande son magnifique et lumières vivantes et fragiles.
Je dis toute mon admiration à Gwenaelle, le double de Znorko, celle qui fait tout dans son ombre.
Tout le contraire de ce que vous lirez en dessous : ma sortie à la Criée.
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23 mai 2007. Théâtre national de la Criée/Marseille.
Griboïedov /Du malheur d'avoir de l'esprit
Mise en scène :JL Benoit
Cela m'ennuie de dire ce que je vais dire. 2 H 25 dont deux heures d'ennui.
Bien sûr JL Benoit est sympathique. Il y a dans la pièce des acteurs que j'aime bien comme JM Frin, Farré, Louis Mérino.
Mais quelle vieille soirée. Quelle absence de vie.
De plus, pour aggraver ce cas là, c'est une soirée Télérama suivie d'une discussion et d'un petit pot.
Une mise en scène glaciale dans un décor d'Alain Chambon inutile.
Ce Philippe Torreton joue mal, Roland Bertin est une fois de plus inaudible. La petite Ninon Bretecher s'en sort mieux.
Cela n'a pas de goût, cela manque de piment, c'est triste.
Les abonnés font trois rappels.
J'essaie de parler à Markowicz, le traducteur, il m'envoie paître.
Tout ça manque de chaleur, de générosité, de souffle.
Bien sûr, je dis oui à la diversité culturelle, mais que l'on donne des moyens aussi à l'autre théâtre, celui qui vibre, qui vit, qui décoiffe.
Ils jouent un mois complet. On sent que les acteurs s'ennuient. Mais tout ce que je dis, je n'ai pas le droit de le dire, sous peine de banissement.
Je sens bien dans le débat où j'interviens très "soft" que la moindre réserve est prise comme une injure.
JL Benoît me dit "reviens quand tu veux".
Cela s'appelle : le théâtre mortifère. la salle est à moitié pleine.
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LA CAGE
Les petites marguerites
Delphine Melese
1er avril. Lons, l'amuserie
Une cage, une femme dedans qui dort. On attend. La femme ouvre ses yeux étonnés et nous regarde. Très beau personnage, très fort. Tout le jeu va être dans son regard. On doit décrypter ce qu'elle veut nous dire. C'est un style "appel au secours". Tous les gens qui entourent la cage sont dans l'interrogation sur le protocole proposé. Est ce un monologue ou faut -il donner des réponses ? Nous invite t-elle ? Faut il y aller ? C'est un beau moment car tous les cerveaux sont actifs autour de la cage. Une femme dit à voix haute "voulez vous que l'on vous ouvre ? " Devant la non- réponse de la femme en cage, le public marque sa désapprobation devant cette dame du public. La phase d'observation va quasiment durer vingt minutes dans un silence très théâtral. Ensuite deux enfants vont répondre à la demande et accompagner Madame à l'intérieur de sa cage. C'est discret, retenu, assez poétique. On commence à comprendre que Madame restera muette et que ce sera à nous de construire le scénario et faire des propositions. Dans ce cas là, c'est surtout pas aux comédiens de surjouer avec Madame. Très aléatoire, pas facile de construire l 'histoire, mais chacun se la fabrique.
J'avais envie d'une fin plus complexe que le simple départ. Car bizarrement, la cage fait le décalage poétique et théâtral, dès que Madame est dans l'assemblée des gens, la poésie fout le camp, mais voilà, comment terminer dans la cage ?

Delphine dans le civil
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Joël Pommerat
BOUFFES DU NORD / 29 mars
J'aime aller voir ce qui fait "coqueluche" auprès des professionnels et des décideurs.
Pommerat, grand succès d'Avignon, artiste associé des Bouffes du nord, avec l'argent de la Drac qui va avec. Une bonne petite bourse.
La salle est demi pleine, tiens, tiens... Du public bien propre, bien distingué, des intellectuels aisés et connaisseurs.
Je suis étonné de lire dans le programme que Joël Pommerat soit allé dans les quartiers d'Hérouville Saint Clair collecter des paroles de mère sur la parentalité, et que c'est le matériau de la pièce, avec une des scènes inspirées d'Edouart Bond.
Bon, ça commence comme prévu. Noir épais, filet de lumière vertical sur un acteur qui souffre au micro tandis qu'une voix lui répond. C'est évidemment du jeu très travaillé, pas réaliste pour ne pas tomber dans le JL Delarue. Ils parleraient allemand, je comprendrais mieux. Comment peut on jouer si peu sincère et si mal volontairement ?
Je suis sérieusement irrité.
Ce que j'arrive à saisir du texte me paraît plat, désincarné, les acteurs parlent trop forts, ils sont extérieurs, creux, affreux.
D'un seul coup, il ya une scène avec une situation, et des personnages réels. Cinq minutes d'apaisement pour moi, et la souffrance reprend de plus belle.
Si je vous disais qu'il y a par dessus le marché un orchestre vivant de 5 musiciens qu'on ne voit jamais et qui joue des airs "tarte" derrière un transparent qu'on éclaire deux fois, pour distinguer leurs ombres.
Au moment où je dois sortir -sinon- je -vais -crier, miraculeusement, la pièce s'arrête. La calvaire aura été de 70 minutes.
Mais Edith adore, et Olivia et les autres qui font une ovation... et Télérama et le Monde, et Solis, et cie.
Décidement je ne fais pas partie de ce monde.
Qu'il existe tant mieux, mais que Régis Hebette, Mustapha Ouar, Roger Després, et tant d'autres artistes bien vivants continuent dans la précarité, tandis que ce spectacle attire acheteurs et subventions me prouve bien que le secteur de la culture subventionnée est bien malade.
mais qui oserait le dire autre qu'un malade, fou et naïf comme moi.
Base 11/19 . Cie HVDZ
19 mars
C'est l'équipe de Guy Alloucherie et de Martine Cendre avec toute une équipe d'acrobates et danseurs.
C'est une programmation Odéon à Berthier. On se demande ce qui est arrivé à Lavaudant de programmer du spectacle jeune, et d'aujourd'hui.
Evidemment, j'adore ça, le discours d'Alloucherie, à la première personne, tout naturel, du vrai vrai vrai, et puis peu à peu la correspondance des corps qui s'ébattent, les musiques déchirées, rappellent la mine et la classe ouvrière sans que cela ne fasse jamais militant ou nostalgique.
Cette compagnie parle plus du monde que nos auteurs, là c'est de l'écriture scénique, sur du sol en terre.
Evidemment le Monde fait la fine bouche. Du moment que ça évoque le monde du travail cela leur donne la jaunisse. Libé est un peu mieux, on voit que Solis jetterait bien le tout, mais comme les ballets lui semblent réglés, ça passe, mais sans grand enthousiasme, c'est de l'ordre du respect.
La salle est aux trois quart pleine. quelques lycéens de banlieue bien enthousiastes , et les amateurs éclairés de théâtre qui regrettent leur Chereau chéri.
Une vraie démarche, une vraie poésie, une vraie relation à la société, une vraie subjectivité, du théâtre pas formaté, avec une énergie intrépide.
Heureusement, un autre théâtre national les programme. le TNS. Y a encore de l'espoir que tout ne soit pas entièrement fossilisé.
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Quelques spectacles de culture traditionnelle en Indonésie
j'y fus du 21 février au 12 mars 2007. J'ai tenu un petit journal
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Philippe Sturbelle dans Prutficelleksraat
ou quelque chose comme ça à l'Allan le 13 mars
C'est dans le cadre de la belge quinzaine. C'est dur d'émettre le moindre jugement sur un vieux compagnon de tournée comme Philippe.
quand il fait avec l'accent, c'est amusant, quand il fait des textes littéraires sérieux pour donner le vernis culturel à sa pochade, c'est chiant.
Il reprend du service après quinze ans d'arrêt.
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Théâtre du Peuple/Bussang/ 14 janvier
Journée Duvet-Moufles-Bonnet
Un objet glacial imaginé par Pierre Guillois
Un récit de montagne : l’affaire Henry et Vincendon, hiver 1956
Une drôle d'idée. Pierre Guillois, nouveau directeur n'a pas fini de nous étonner. Cette affiche attire du monde de partout.
Belle surprise. Il a enlevé les bancs. Bien sûr, c'est sans chauffage, mais O déception, il ne fait même pas froid.

1 H 45. Les acteurs prêtés par le Granit et par la manufacture de Colmar jouent la brochure en main. C'est du théâtre-document, fabriqué à partir d'un fait divers réel. L'affaire de deux alpinistes parisiens ayant tenté de gravir le Mont blanc pendant l'hiver 1956, et que les équipes de secours n'ont jamais voulu ou réussi à sauver.

Le public est assez fasciné. Nous assistons quasiment au procès des services de secours de Chamonix. J'ai un peu de mal à comprendre l'intérêt du problème. Mise en cause de l'insouciance des alpinistes ? Sentiment anti-parisien des sauveteurs de Chamonix ? Je dois dire que j'attends quelque chose en plus qui ne viendra pas.
Ce n'est pas grave, la surprise vient de la troisième mi temps où Mathieu Bouchain a installé des dizaines de braseros à la finnoise, creusés dans le tronc des arbres. On boit du vin chaud offert. C'est magique.