GUYANE

12 au 26 février 2004

Quelques vérités indiscutables vérifiées

Quelques étonnements

Des prénoms

Des couleurs

Tout le monde attend tout de nous, nous sommes accueillis comme des sauveteurs. Ils veulent développer le théâtre de rue. Le projet est un gros projet avec de multiples financeurs. Comment ne pas décevoir ? Hervée a peur.

Les bagages de la Guyane, c’était très compliqué, parce qu’il y avait des accessoires à emmener et Hervée a fait un décret : 6 Kgs par personne, pas un gramme de plus. Nous n’avions même pas de valises, uniquement des sacs de toile. A l’arrivée, quelle ne fut pas ma stupéfaction de voir qu’Hervée avait prévu dans ses six kilos un pèse personne ne pesant pas moins de 2,5kg.

A l’arrivée de l’aéroport de Rochambeau, tout le monde poussait des de cris de joie : « Oh la forêt vierge, des oiseaux rouges, des oiseaux jaunes ! Oh l’air est aussi tendre que la caresse d’une bonne amie. Oh de l’herbe ! Oh le goût de la cigarette après 10 H d’avion. Pendant ce temps Mylène de l’association Maskilili faisait la queue à Europcar pour retirer nos trois véhicules, elle nous envoyait dire excusez moi, c’est un peu long. C’est vrai que cela a duré une heure et demie et moi je pensais « O Europcar, laisse nous le temps de sucer ces courts moments de vie exquise.»

Le stage a lieu à l’Encre. Un lieu moderne, froid et impersonnel comme il se doit, à côté du Zéphyr, une vilaine salle plate, le seul lieu de spectacle de Cayenne. Mais une vraie salle très attendue est voie de finition à l'ENCRE.

Notre affaire est familiale, tous les Pauillac sont mobilisés, les 7 frères et sœurs, les neveux , les parents (maman a fait le planteur). Mylène ne sait plus où donner de la tête , payer en liquide les locations de voiture, se coordonner avec le carnaval.

Intervenir au sein d'un carnaval, c'est pas vraiment notre spécificité...

Mais le grand problème c’est faire mais quoi faire ? Pour l’instant la tension est énorme, comme quand on veut bien faire, ce qui bloque tous les circuits imaginatifs.

Je ne sais pas faire le clown pour le clown. Je cherche en moi la motivation, le désir, l’Eros. Qu’est ce qui sous- tend mon désir pour ce pays ?

La Guyane est le récepteur sans précédent d’au moins cent cinq peuplades de la terre

26 février à 4 H 26 , il y en a une qui décolle.

Je me dis que le carnaval c’est un moment de vérité, et si on défile pour jouer l’exutoire du déhanchement, non…

Je glane une phrase :

Ici personne n’est plus chez lui que vous…

Et c’est parti pour un défilé avec des grands bambous, que l’on frappe sur le sol, on cherche les chorégraphies. C’est bien, nous sommes quasiment vingt -cinq. Bien entendu le groupe des six jeunes ne sera pas là dimanche. Les jeunes du quarthier de Montjoly sont émouvants et savent se servir de leur corps.

 

Vision partielle du groupe, postier, secrétaire, informaticien, jeunes capoéristes etc. L’espoir remonte.

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3 ème jour

Premières perturbations dans les rues de Cayenne. Des exercices que nous maîtrisons bien.

a) Brigade des faux portables. Une espèce de vague sonore envahit les rues, mais en guise de portable nous avons briquet , ficelle, n’importe quoi. Beaucoup de rires.

b) Brigade des engueulades de trottoir à trottoir. 12 couples descendent une rue assez animée, quelques mètres les séparent. La police est déjà sur les dents,mais ne siat pas quoi faire.

c) Le point fixe. Dix minutes à regarder le clocher de la cathédrale. Réactions amusantes, tout le monde se demande ce qu’il y a, et peu à peu nous faisons partir la rumeur d’un homme vu là haut, ou d’un gros animal.

   

La maison. Ambiance Baux de Provence. On mange bien, les poissons d’ici, c’est exquis. On a chacun sa chambre. La TV avec Canal Satellite, l’eau chaude, internet. Beau confort, comme des formidables vacances.L’équipe est d’une humeur excellente. Pancho part dans la forêt vierge derrière la maison et rapporte des noix de coco qu’il dissèque à la machette. Goobie prend des photos d’une belle mygale, et le soir on disserte sur la terrasse .

On s’est mis au branle, on cherche l’argumentaire. Cela rit beaucoup.

   

Lintwie est une de nos meileures danseuses de branle. Effet garanti.

Et en même temps on apprend sur les nègres marrons, les termites etc.

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Déjà vendredi 20 février 2004

Les psalmodium falciparum attaquent avant le lever du soleil, minuscules moustiques femelles provoquant la mort en trois jours. Des voitures chargées d’insecticide ont arrosé la ville. La chaleur est bien humide, mes cigares sont mous à souhait

Sur ce petit marché sur l’esplanade du Match, on fait nos faux touristes. Je l’ai tellement fait que cela ne peut plus me surprendre.Les commerçants sont totalement estomaqués, surtout que l’on fait circuler la rumeur que ce sont des caréliens du Nord venus ici montrer à leurs enfants adoptés originaires d’ici, leurs racines.

   

scène de lenteur au marché.

Je vais acheter au Match des bouteilles de Vichy –Celestins. Hallucinant, toute l’eau est importée ! Alors qu’il y a ici les plus grands fleuves du monde.Tiens demain, je prendrai la mer en photos, elle est toute marron et vaseuse à cause des boues charriées par l’Amazone. Madame Julians, la propriétaire nous terrorise, tous les matins elle crie. Là ça va être terrible, des grenouilles très agiles se sont introduites dans la maison. Junior, un des brésiliens du groupe, nous emmène voir dans un hameau brésilien des paresseux.La faune est un objet d’étonnement constant. Notre Matatou (énorme araignée à cauchemar )est devenue notre amie.Ils sont tous partis cette nuit dans des cafés un peu louches , les vieux du groupe, Gill, Hervée et moi, ne sont pas hyper motivés.

Ah une première histoire . Une jeune fille assez bien de sa personne, se présentant comme journaliste de France-Guyane, obtient de l’un d’entre nous une place dans une des voitures pour aller à St Laurent du Maroni à 240 Kms où nous intervenons lundi.

Renseignement pris c’est une fausse journaliste. Grosse déception.Danse endiablée le soir , on caraïbise le branle.

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On part en forêt

Bizarre, on va vivre une véritable émotion païenne, celle de rendre visite à la nature d'il y a deux cent millions d'années.

Nous voici encore frais au départ du sentier de la Mirande avant notre pénétration de la forêt primaire amazonienne.

UN fromager qui monte jusqu'à la canopée... (Je viens d'apprendre le mot )On croise un serpent de deux mètres de long, certains ont vu un colibri,

  

Cette grenouille clown est très rare, c'est une dendrobate, toxique, il ne faut pas la toucher. Espèce protégée, on n'a pas le droit de l'exporter. Je vois aussi un singe, un tamarin. L'atmosphère est bruissante et humide, on sent que la forêt respire. On est très excités, mais épuisés par 3 H de marche.

Séance de l'après midi un peu molle, on invente cependant l'auto-stop à 18... Deux autocars nous emmènent et même une voiture particulière qu'on envahit.

On termine à dix huit sur une fiesta. L'organisation fait craquer Hervée... Car nous avons trois jours très chargés en perspective.

A 23 H, plus une seule âme qui vive dans la maison.

Samedi

Interventions sur le marché de Cayenne.   

Un de de nos classiques , l'Ecole Ste Odile"

mais aussi le "nouveau candidat"

 

et une scène un peu plus cynique où il promet au pauvre.

 

Les Touloulous . Une coutume de carnaval, les femmes bien déguisées, et cachées invitent les hommes à danser. Cela se passe dans le dancing Paolina, une étuve à tous points de vue. Je suis invité à danser, on ne parle pas, seules les déhanchements sont éloquents. je dois dire " C'est très troublant, très inoubliable, les frontières du platonique explosent assez vite". La touloulou disparaît aussi vite que vous l'avez vue apparaître.

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Un 22 février 04 où l’on pousse le corps en fête à la fatigue extrême.

On se change, on transpire, on boit des litres et des litres, on repart parce qu’on a oublié des affaires, on ne sait plus comment revenir. Seb oublie ses seringues, on perd Seb, on change de programme, on invente un autre spectacle en une demie- heure, on débriefe, on rebriefe, on retrouve les jeunes, on écoute les conseils, la grande parade dure cinq heures, quand on l’ouvre c’est calme, pas cinq heures plus tard où les corps ondulent derrière des grands camions cracheurs de son, c’est bo boo bon… Les Brésiliens sont dingues. On se lance dans un branle très comique avec la participation de Ste Odile, on décolle, je ne peux pas faire de photos, pas de photos, les gens rient , Mais on fait dans les grandes lignes, pas dans la dentelle, mais la fin décapante…j’en ris encore.

 

Ouverture de la grande parade. Notre chorégraphie de bambous n'est pas dans le style, il faut savoir aller contre, c'est ça être artiste aussi. On se couche assommés et ivres de fatigue. Hervée a soixante ans, on part à St Laurent de Maroni, à l’embouchure du fleuve à 239 km ; CE SOIR ON COUCHE EN CARBET Première fois.

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Premières poisses. On ne s’occupe plus de théâtre.

L’arrivée au bord du fleuve dans le lieu dit Angoulême, à cause de la duchesse du même nom qui y avait trouvé du charme, repris par Maryse une prof dont le mari a été assassiné par un légionnaire , et qui en a fait une espèce de gîte magique, nous jette dans l’enthousiasme.

Vas -y pour les photos , les oiseaux, les hamacs, les p’tit punch , on hume la nature , trop génial. etc…

Et je fais de la pirogue, et je me baigne dans la crique, et nos peaux bronzent et brûlent.

Je visite ça… très émouvant.

Et je rencontre, Ô hasard des hasards des hasards ceux auxquels tu ne peux pas croire, t’es à la frontière du Surinam…il fait nuit, t’es à la sortie du camp de bagnards. Mon histoire n’intéressera que les anciens d’Elancourt,St Quentin en Yvelines…Quelqu’un appelle Hervée , Pablo Lopez ! le frère d’Annabel, incroyable, il est installé ici dans la forêt, depuis presque deux ans, il nous emmène dans son repère, il est plasticien, bourré de projets, mariée à Michèle, instit, deux beaux gosses. Petit moment de plaisir béni. On ne s’est pas vus depuis 15 ans .

   

Jouer à St Laurent nous paraît totalement annexe et dérisoire.A St Laurent du Maroni, manquent Jacques et Pancho parti se faire soigner à la pharmacie. On invente en une demi-heure quelques actions qui font rire, mais le stage expérimental est passé à la colonie de vacances. Objectif artistique annihilé.

Je le dis à Mylène, merci pour les vacances ! Elle me répond gentiment « on vous devait ça ».

Action St Laurent. thème mariage burlesque. On s'allonge, on singe l'amour, on s'engueule etc.

Et patatras, quand on revient le soir, l’Unité est serré autour de la table.

Fin de l’Etat de grâce.

Avaries mécaniques. Nos trois voitures de location ont morflé.

Sur la piste de 4 kms qui mène au gîte, la Fiesta a touché une pierre pointue et éclaté le carter, elle est peut être morte. La 206 a le radiateur qui fuit, l’autre Fiesta a crevé, le cric s’est enfoncé dans la terre meuble, on a changé la roue à 10 en soulevant la voiture à la main, Pancho s’est blessé. La pluie tropicale en a rajouté une couche.

Pour le carter, on relit le contrat d’assurance : interdiction formelle de faire de la piste, la garantie ne couvre pas les dégâts de bas de caisse ! Cellule de crise « Qui va payer la voiture ? Les métropolitains vont mal. Goobie et Pancho sortent une vieille recette. Ils bouchent la fuite du radiateur avec des chewing gums et une pastille de brick de lait… et ça tient, et on repart, mais on abandonne une des bagnoles. Nathalie est effondrée, elle se sent coupable pour le carter, pourtant elle roulait au pas…elle se démène, trouve au moins le moyen de faire remorquer la voiture par Europcar.

Le moral en a pris un coup.

On resserre les boulons du groupe.

Nos prestations de Kourou et de Cayenne sont propres et efficaces marchent sur le public. Le thème du jour : c’est le diable rouge. Tout le monde est habillé en rouge dans la ville.

 

La brigade mains en l'air est traversé par une bande.

Mais Lisette , un prof, un peu la conscience politique du groupe, trouve que l’on ne respecte pas les traditions locales et est en colère.

Hervée a envie d’en découdre.

   

Pancho sur la tête de Felix Eboué, gouverneur resté célèbre, place des palmistes.

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Dernier jour. La tension monte

On le sent. Le procès se fait plus précis. Pourquoi Nathalie a t-elle appelé elle- même Europcar ? Mylène responsable Maskilili connaissait un certain Monsieur P. qui aurait arrangé l’affaire et fait en sorte que l’accident du carter n’aurait pas eu lieu sur une piste ; Là il va falloir payer le moteur, car tout ce qui est piste n’est pas assuré. Et les accusations continuent. « On conduit lentement sur piste, on évite les cailloux pointus ».

On se fait faire la morale, la leçon.

Bref l’horreur, le vrai règlement de compte. Les explications le soir dans une chambre sont scabreuses « vous êtes des métros, rien que des métros ».

Bien sûr, Hervée ne lâche pas le morceau. Si on ne touche pas le chèque de la prestation de 12 jours à huit personnes c’est le procès !

On ne peut plus se regarder, ni se parler.C’est la fête de fin de stage dans notre maison,

Ça danse et rigole entre stagiaires. Mais les coulisses sont sombres.

Hervée se renferme.

Mylène demande un dernier tour de table autour de la piscine « Qu’avez vous pensé de ce stage est ce que cela vous a servi « ?

La réponse est dans la question.

Bilan trop à chaud pour être intéressant.

« pensez vous que j’ai les bases de théâtre de rue « ? demande Laurent.

   

Ils sont colombiens, surinamiens, brésiliens, les immigrés d'ici. Leurs remarques sont justes et fines.

Et ressort l’horrible question de Lisette : « la créolité du travail ».

Oui, bien sûr nous avons fait du « métro » pas du « caraïbe ». Toute la vision de la société s’écroule d’un coup.

Salima de l’association Pirouette, laisse entendre que la bataille fait rage pour ne pas se laisser envahir par les non vrais Guyanais. On veut du Black black black , et surtout pas que les métis brésiliens etc.

Bref nous y voilà.

Cette société idéale est un enfer,

Les communautés vivent par quartier ne se parlent ni ne se fréquentent.

On dit que le groupe était super…

La réalité c’est que nous ne savons pas si nous allons toucher un chèque !

Les arguments tournent et retournent : « on nous envoie sur des routes défoncées, ce ne sont pas les acteurs en goguette et en mal d’aventure, qui s’amusent c’est pour regagner le lieu du coucher, On s’estime dans notre droit.

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le final

Les esprits vont tout de même se calmer. On s’apaise. Ce serait trop dommage de ternir cette belle aventure.Mylène nous donne très correctement le chèque qui sanctionne notre présence en Guyane, et nous convenons de prendre en charge la moitié des dégâts mécaniques.Ouf , tout s’arrange. Le retour est dur.

On décolle au moins quatre fois. Le 347 de Pointe à Pitre à Orly est rempli de 500 métros aux peaux brûlés et en chapeau de paille.Les hôtesses ne sont plus que des machines à contrôler les ceintures et à dire « Café ou thé ?

Petite grève des aiguilleurs,nous sommes déroutés sur Strasbourg au lieu de Mulhouse, mais les images ne nous quittent plus,

  et quand dans le boxer qui nous ramène vers Audincourt Seb hurle « le giratoire Balata, prends direction Kourou ! tout le Boxer se secoue de rire, sauf le conducteur Jean Mi qui n’a pas fait la Guyane.

FIN .