TERSCHELLING
16 juin 2007 / N° 9
Il pleut de manière lancinante
Cela commence à peser sur le moral.
La pluie nous poursuit.
On joue à chaque fois jusque là...La magie finit toujours par opérer. Mais c'est surtout la fête aux moujiks. A force d'être les pieds dans la boue, en plein vent. Nos mains se noircissent, nos visages se burinent. Nous sommes dans de vraies conditions russes de fin d'automne.
Je dis sans arrêt à tous, pendant que nous sommes sous l'orage sous la tente qui fuit, et que l'on se croit dans les bas fonds de Gorki, je leur dis : Ah c'est sûr, le théâtre bourgeois, c'est bien plus agréable, tu serais dans ta belle loge, tu déboulerais sur le plateau bien ciré d'une grand salle bien chauffée devant un public calme et conditionné.
Gros orage à la tête de l'équipe, sur une broutille, les ressentiments font une remontée sans précédent, grosse crise passionnelle, personnelle, ça y est Tchekhov s'installe subrepticement dans nos vies. Cela se terminera pas un bouquet en signe de réconciliation.
Toute la journée va être lourde, infiniment lourde, lourde. Il faut faire vite. Charrier les casseroles, tenter de faire cuire le borch dans le vent.
Les 350 personnes arrivent. Campeurs invétérés, ils sont tous en tenue d'alpinistes.
Un vent glacial souffle sans discontinuer.
C'est long à prendre, puis ça vient. A la cinquante quatrième minute, on note des abandons, une vingtaine ...
Le répérage
2 février 2007
Thalys à 9 H 55.
14 H 05 Amsterdam
Puis Amersfoort, Leuuwarden, Harlingen Haven : 17 H 22
Beaucoup de polders, de canaux et d'éoliennes.
Le bateau rapide est parti à 17 H 30.
Rue commerçante, cigares, harengs.
19 H 50. le Midsland / deux heures de mer entre les bancs de sable/
Miracle on peut fumer et boire une bière en même temps dans le salon du bas.
Depuis hier en France, on a tué tous les poètes, Cendrars et Hemingway, on a tué toute atmosphère dans les cafés.

la mer du Nord est mystérieuse avec ses balises

Quand tu arrives d'Audincourt, tout te fait rêver.

Première vision de Terschelling West sous la lune. Il manque l'énorme phare, le Brandarius qui se voit à 35 kms.

Le lendemain matin, Tu prends tout, tu es électrisé

Kees Lesuis, chargé de mission sur la festival Oeral
Oeral, cela veut dire partout, il faut que je comprenne ce festival.

C'est une dizaine de personnes employées à l'année, c'est 10 jours de juin, c'est 50 000 personnes, des navettes de ferry permanentes, des camps de tente, des gens passionnés de théâtre. C'est 25 ans.

la petite pension où je loge, très familiale.
J'ai sans arrêt l'impression que la jeune et belle hollandaise qui s'en occupe va venir me dire bonjour dans ma chambre pour discuter un peu.
Et c'est l'oeuvre de Yop Mulder, qui tenait un bistrot dans l'ile.
ET la photo officielle pour le bouquin des 40 ans du festival.

L'ile de Terschelling c'est 3990 habitants, des amoureux de la mer, des pêcheurs, des marcheurs.
Comme on ne peut pas faire plus de 6 kms en voiture, puisque l'ile fait dix kilomètres de long mais que le bout est une réserve d'oiseaux sauvages, les bagnoles sont toutes des retraitées.
On fait le répérage avec Adda. Elle connait tous les fermiers. L'ile est remplie de vaches et de chevaux, on peut jouer partout, mais vaut mieux trouver la bonne personne.

Herbert semble être pas mal, agriculteur, éleveur, il a un grande pature, et de plus il s'investit dans le théâtre.
Il y a un autre coin au bout de l'ile totalement sauvage où nous n'aurions même pas besoin de gradins.
Tout allait pour le mieux lorsque je sors le papier que Nathalie m'avait donné à l'Unité. Dates et prix.
Je pense que cela va coincer sur le dégradé des prix...
Kees prend le papier et dit " mais c'est pas du tout cinq réprésentations dont nous avons parlé, c'est 10 ! J'ai demandé des subventions pour 10 représentations pas pour 5, dans ce festival c'est dix fois entre le 15 et le 23 juin. Pas cinq". J'appelle Hervée qui dit qu'en compressant Amiens qui précède, on pourrait faire six fois. Mais Kees dit c'est pas six fois, c'est 10, et puis à l'ouverture du festival le 15, pas le 19 comme c'est écrit. Je suis totalement bloqué, les dates d'Amiens n'ont jamais été très claires. Oh c'est pour moi la véritable torture, la situation que je déteste vivre. Dire non à Amiens, impossible, dire non à Terschelling impossible. Aller me jeter dans la mer me parfaît être la seule solution.

je reprends la mer, jette un regard sur cette île et son grand phare, sans savoir du tout comment régler ce problème.
Depuis deux ans nous gérions le vide, et nous voilà de nouveau dans le trop-plein.