JOURNAL DES REPRESENTATIONS 2007.
dossier Oncle Vania à la campagne
Oncle Vania à la campagne à Chalon dans la rue 2006
ONCLE VANIA A LA CAMPAGNE
VESOUL / THEATRE EDWIGE FEUILLERE
N° 12 / 10 mai 2007
On devait jouer devant un château, mais le maire de Vesoul, Alain Joyandet, qui veint de refaire son théâtre ne l'a pas souhaité.

Maintenant que nous sommes sûrs de la version extérieure, nous avons un peur. Mais David Mossé nous fait de belles lumières. Le théâtre a une large ouverture, mais n'est pas si profond que ça, ce qui va nous gêner pour les moujiks.

Nous connaissons bien Isabelle Sosolic la directrice qui faisait partie jadis de la Brigade.
A18 H 30, c'est une rencontre avec les élèves. ils seront environ 350 très calmes.

Les acteurs retrouvent assez vite leurs marques. Il y aura 450 personnes. Parterre bien plein et un peu de balcon. On discute d'un petit discours d'acceuil différent de la version extérieure.
Hervée dit sa joie de retrouver Vesoul où nous vaons beaucoup jouer et qu'elle a la naïveté de croire que le théâtre peut faire bouger les mentalités et qu'elle aiameriat bien que le Maire de la ville, sarkosyste convaincu, puisse changer d'opinion ne serait ce que d'un millimètre.
La directrice trouve cette apostroophe déplacée. Petite polémique sur la liberté de parole de l'artiste, même si c'est la mairie UMP de Vesoul qui paie la séance.
La représentation est bonne, mais nous en sommes convaincus, c'est à l'extérieur que le spectacle prend sa réelle dimension.
N° 13 . CARROS . LE 19 MAI
Un beau payasage qu'il faut s' approprier
BERGAME / 5 JUIN 2007/ N° 14
D'abord saluer l'équipe du TTB (teatro Tascabile de Bergame) qui nous invite et qui sont d'une compétence et d'une gentillesse rares. Ils nous accompagnent, nous raccompagnent, nous aident avec un dévouement total.
Ils comprennent les artistes et leurs angoisses, et leurs demandes contradictoires, car eux le sont eux- mêmes. Ce sont tous des comédiens.
On ne saura jamais les remercier assez.
D'autant que les conditions météo sont détestables. on se croirait à Roland Garros à attendre que cesse la pluie qui transforme notre pature en boue et rend les répétitions périlleuses.


Silvia Baudin et Ruben




Il pleut tellement que vers 15 H nous rentrons à l'auberge , les enfants regardent un dessin animé en Italien






Répétition dans l'humidité et la boue.
Je dis : vraiment la Russie au printemps !
Jour J presque comme joie. 5 juin. Veille du débarquement.
Un soleil généreux éclaire la chambre.
La météo annonce soleil voilé.
Si seulement il faisait assez chaud, pour absorber l'humidité de la terre, qui remonte rendant le terrain marécageux.
12 H : plein soleil. se mettre en tenue légère
13 H 30 repas à l'université, soleil
14 H 30 : Petite pluie légère

Catherine s'est fabriqué des chaussures imperméables
Sonia du Tascabile regarde la météo : 20 H ....Sereno. je traduis serein .
17 H. Pluie orageuse assez conséquente. L'annulation est dans l'air, on reporterait à demain, mais le lendemain la météo est encore pire.
Chaque traversée de la pature pour porter un accessoire est une épreuve.
Le cheval déclare forfait. Trop dangereux pour les chevilles.
Le RV du public est à 19 H 30.
A 19 H, je vois un parapluie pointer son nez. Il y a une vieille règle de théâtre qui dit : une personne qui arrive une demi heure avant, c'est coefficient 100 une demi heure plus tard.
Dans les loges on fait comme si...Le cattering est pris d'assaut, preuve de nervosité.

19 H 30 / Pluie drue. Les gradins, la paille, tout est sous poliane. Beppé du Tascabile nous demande notre position : réponse : on le fait, jacques ajoute qu' à 20 H, on sera sereno.
Les conditions sont extrêmes, mais vous, public, acceptez vous la règle du jeu ?
Oh là là quel début ! Philippe dit "Oncle Vania à la rizière."
C'est comme si on livrait un match.
Pancho est trempé, il grelotte, il se change au milieu du spectacle. A la fin, il est épuisé et vomit.
Les gens sont des passionnés de théâtre, ils nous font des vrais et chauds compliments.
Quelqu'un va embrasser Hervée en pleurant. Un autre spectateur dit : stupéfiant, puis se reprend, plus que stupéfiant : unique.
Le rangement est épique.
Le nettoyage des costumes occupe toutes les têtes.
Dernier dîner émouvant avec le Tascabile, ils nous offrent un parapluie, nous leur offrons des saucisses de Montbéliard et de la palette.
On a même la sensation que s'ils nous ont invité c'était un peu une idée de Renzo Vescovi, le leader du Tascabile décédé il y a deux ans et qui les laissent tous orphelins. On sent que toutes ces "rencontres de la circonférence", c'est pour Renzo. Cela m'émeut.
17 juin 2007 / N° 18

Cette île est vraiment curieuse. Une espèce de paradis terrestre du Nord, le ciel est changeant, car le vent souffle en permanence. Des milliers de vélos circulent entre les centaines de spectacles proposés sur toute l'île. Un seul mot d'ordre ici : s'accorder avec la nature.
On peut tout laisser ouvert. Peut être même que le vol n'existe pas.
Les aléatoires se succèdent ce soir- là de façon superbe.
Lumière magnifique, chevaux du pré d'à côté à l'écoute, créant des farandoles sur les Young gods. Irruption d'un chat qui saute avec Pancho.
Tous les rajoûts en hollandais font fureur.
Super standing ovation à la fin. Mais peut être que c'est la coutume.
Terschelling 16 juin 2007 / N° 17
Il pleut de manière lancinante
Cela commence à peser sur le moral.
La pluie nous poursuit.
On joue à chaque fois jusque là...La magie finit toujours par opérer. Mais c'est surtout la fête aux moujiks. A force d'être les pieds dans la boue, en plein vent. Nos mains se noircissent, nos visages se burinent. Nous sommes dans de vraies conditions russes de fin d'automne.
Je dis sans arrêt à tous, pendant que nous sommes sous l'orage sous la tente qui fuit, et que l'on se croit dans les bas fonds de Gorki, je leur dis : Ah c'est sûr, le théâtre bourgeois, c'est bien plus agréable, tu serais dans ta belle loge, tu déboulerais sur le plateau bien ciré d'une grand salle bien chauffée devant un public calme et conditionné.
Gros orage à la tête de l'équipe, sur une broutille, les ressentiments font une remontée sans précédent, grosse crise passionnelle, personnelle, ça y est Tchekhov s'installe subrepticement dans nos vies. Cela se terminera pas un bouquet en signe de réconciliation.
Toute la journée va être lourde, infiniment lourde, lourde. Il faut faire vite. Charrier les casseroles, tenter de faire cuire le borch dans le vent.
Les 350 personnes arrivent. Campeurs invétérés, ils sont tous en tenue d'alpinistes.
Un vent glacial souffle sans discontinuer.
C'est long à prendre, puis ça vient. A la cinquante quatrième minute, on note des abandons, une vingtaine ...
AMIENS N° 15 et 16

Le Chateau de Rumigny n'est pas habité par des aristocrates, mais par une dizaine d'enfants en difficulté. Nous allons déranger les habitudes de cette maison pendant 2 jours.
On communique avec Kevin ou Romain, un peu moins avec Régine qui a tout de suite capté la vodka présente dans le spectacle.
Mais Daniel Varlet a pris tous les risques, qu'il en soit remercié.
Problèmes de plastique. Premier soir : quelques gouttes, puis orage pendant le rangement.
deuxième soir : Alerte orange. On joue presque 40 minutes sous une pluie battante, puis ça se calme.
Cela commence à devenir épique. "Oncle Vania sous la pluie".
TERSCHELLING. La présentation dans le programme est amusante
Oncle Vania à la Campagne
Shocking rural drama with the smell of borscht
Théâtre de l'Unité has relocated its version of the Chekhov classic Uncle Vanya to the countryside. As you would expect from these street theatre pîonners, the play is put- with the great attention to the content of the texte- through the mill, in a cheerful, disorderly manner. The audience will be treated to a brash contemporary version of this piece of classic repertoire. Including subtitles, original film music, live animals, confusion and explanation, fire and bales of hay, actor's in the audience face, a broad horizon and a smell of borscht.
Surprenant drame rural accompagné de l'odeur de borch
Le théâtre de l'Unité a décidé de jouer le classique russe "Oncle Vania" dans un site champêtre Comme on pouvait s'y attendre de la part de ces pionniers de théâtre de rue, la pièce est mise en scène, avec un respect du contenu du texte- et passe cette difficile épreuve dans un style plaisant et débridé. le public pourra se régaler d'une version contemporaine radicale de ce répertoire classique. Avec des sous titres, de la musique de film, des animaux vivants, des sorties de route, du feu, des bottes de paille, des acteurs face au public, le large horizon et une odeur de borsh.
Terschelling n° 19
Incroyable île, avec ses quarante mille festivaliers sillonnant toute l'ile à vélo. Je rêvais d'un festival qui puisse être en même temps une belle exaltation d'une vraie qualité de vie, sur le plan propreté, quiètude etc.
Je l'ai trouvé

Nous avons fait la Une d'un grand journal hollandais.
La photo centrale c'est notre révolution, une belle photo avec des beaux nuages. Lire l'article
Les gens viennent sur le bouche à oreille ; en arrivant ils savent déjà que c'est très bien. C'est un public de festivaliers qui pédalent de spectacle en spectacle. Ils ont bottes et K Way.
ça y est déjà la routine nous guette. Faut juguler les tendances à en faire trop pour faire rire.
C'est unique dans le monde : jouer une série de 8 en théâtre style rue. Unique. Pour les acteurs c'est une épreuve au niveau de leur désir de jouer, de la résistance physique, de l'aptitude à vivre ensemble.
Deux volontaires (bénévoles ) un couple de retraités -Hary et Edith- font la cuisine pour notre groupe de 18 tous les midis, ils sont excellents.
Serviable, partout nous croisons des gens serviables dis donc.
20 juin N° 22
La nature nous accompagne magnifiquement, les chevaux du pré voisin font des rondes accompagnés par les youg gods. Des oiseaux nous font leur chorégraphie et au milieu de tout ça on voit nos personnages souffrir et quelque part annoncer l'agonie d'un monde.
Toujours et encore des félicitations ultra chaleureuses. Et même " je n'ai rien compris mais c'était magnifique".
On file à vélo entre les dunes pour aller voir des installations. On s'étonne des concentrations de vélo

On fait un point et un serrage d'écrous sur les routines, le ronron et un certain manque de concentration qui commencent à devenir problématiques.
Rien de grave. Chacun a ses tâches. Les tensions sont minimes après le terrible orage du premier jour.
Terschelling, c'est quelque chose à vivre une fois au lieu de s'agglutiner en Avignon. C'est une atmosphère exceptionnelle.
mais comme d'hab le contraire est vrau aussi..
21 juin. N° 22 Terschelling
Juste avant de jouer, on nous annonce 1 heure de pluie. Le vent est glacial. C'est rare, ne pas avoir envie de jouer.
Je cherche du réconfort dans de la charcuterie, des tartines mal faites au fromage que j'avale comme un ogre. je bois ce que je trouve, du Coca.
je me sens lourd.
Vraiment je me sens comme un soir à Issoire dans le Puy de Dôme,c'était il y a 7 ans, on n'avait pas le moral.
Et puis voilà, ils arrivent, ils sont heureux d'avoir eu des places, leurs yeux sont brillants, ils veulent le spectacle. Et vous oubliez bien vite le froid.
Il ne pleuvra qu'au salut et le vent baisse brutalement une heure avant la fin.

Je suis gêné, quand il y a trop d'applaudissements et même des cris comme au concert des stars!
Je note quelques perles dans les compliments
"j'aime beaucoup votre troupeau". Vous voulez dire notre troupe ? ai- je répliqué.
Une autre : "le thé était bien chaud" et voyant ma tête "le spectacle était une merveille aussi bien sûr".
Un autre discute avec Max, le docteur : "pourquoi m'avez vous montré du doigt en disant : celui ci est un pédant, comment le saviez vous que je suis pédé ? "
22 juin. séance N°23. Terschelling
C'est toujours plein. Nous arrivons à une vitesse de croisière. Il n'y a que Pancho qu'il faut revitaliser. C'est un cas d'école intéressant. En effet, Pancho a très bien su créer le rôle et le personnage, mais il a du mal à le fixer et à le reproduire tous les soirs.
Eh bien, c'est en fait ce qu'on apprend dans les écoles de théâtre. Répéter la même chose des centaines de fois et que le public croit que c'est la première fois.
On commence à connaître les endroits qui font rire. J'obtiens personnellement un grand succès en disant que mon moujik a fait ses courses pour la soupe chez Super de Boer. Mais Gaetan fait encore plus rire avec le nom d'un plat hollandais.


Hervée, quant à elle, obtient son franc succès avec ses SMS, spécial néerlandais.
Dans le public, lors du placement, je demande à une superbe créature, si elle est comédienne, car elle respire cette élégance- là, dès la réponse affirmative, je sais qu'elle vient là parce que c'est une Eléna.
Je la retrouve à la fin, elle me dit que c'était merveilleux.
Toute la journée je m'active à la soupe ; selon qu'il y ait du vent ou non la cuisson peut varier du simple au double. j'ai bien fait d'emmener l'aneth depuis la France ( 12 pots) sinon je serais en manque.
Les supermarchés sont mignons , de petite taille, mais je n'arrive pas à trouver de navets. Quant aux feux, je les démarre à la fin du troisième acte, et ils durent jusqu'au salut. Il me faut six litres d'allume - feu et 12 serpillères, un coût de 35 € par séance.
Valérie veille sur le petit commerce du final, et donc un léger auto financement de la troisième mi -temps.
Marcel est très bon dans la pêche aux compliments de la fin. Des habitués du festival lui disent qu'ils sont emballés parce que d'habitude ils voient des "trucs" oui des "trucs". Je vois bien ce qu'ils veulent dire, et que ce soir justement ce n'est pas "un truc".
Je dis : merci Tchekhov. Vois juste comment la fin est bien cousue. Ce ne sont pas des scènes qui se suivent, c'est une espèce d'enchevêtrement très complexe. Je m'en étonne tous les soirs.
23 juin. N° 24 . dernière de Terschelling
Comment se fait -il qu'il y ait toujours eu du monde ? Nous avons joué devant 2500 personnes. Deux heures dans une langue étrangère, mal assis, dans le vent et la tourmente. Cela dit, il a toujours plu avant le spectacle et après. Et puis des gros orages parfois. Ce dernier jour, les gens viennent me trouver :"vous êtes le meilleur spectacle du festival". Je leur réponds " remerciez Tchekhov et ce ciel tellement changeant."
Bien- sûr, il y a toutes les petites chroniques de la vie en tournée. Alcootest pour David, retrait de permis jusqu'à ce qu'il veuille bien payer 220 €. Catherine qui tousse. Marcel suspendu au téléphone pendant des heures, un départ en boxer à 19, pour faire une prestation "Brigade" incognito alors que 500 personnes nous attendent assises. Valérie qui compte la caisse, Hervée qui raconte des souvenirs de tournée, les deux bénévoles, Harry et Edith,
qui ne veulent que personne rentre dans la cuisine, Pina qui s'est creusée un trou dans le jardin, Edith qui rejoint Jacques et perd son sac attaché sur le porte bagage du vélo avec ses papiers, bien sûr, les retours dans la nuit avec le bruit des petites dynamos
Cela restera pour moi le festival des 40 000 vélos, ni trop bio, ni trop écolo, ni trop babo, dans un cadre maritime à souhait et toute une douceur de vivre incroyable

Les gens laissent leurs bagages en pleine place du port avant de prendre le ferry sans aucune surveillance. T'y crois pas !

Voilà la tente qui nous a abrité pendant 8 jours.

Nous faisons nos adieux au fermier Egbert, point névralgique de notre logistique, malgré le boulot d'une ferme en juin, il nous a toujours aidé.
Lui, faisait du cheval pendant la pièce, et sa chatte, Carole, nous a fait des numéros extraordinaires.
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4 juillet 2007. N° 25 TERRASSON / DORDOGNE
dans le cadre les chemins de l'imaginaire.
Invités : Opéra Pagaï, Pudding, Salamandre, Jérôme Poulain, télé de proximité de Bastien Pasquier.

Un centre cuturel bien inattendu, dirigé par Jean Paul Daumas. Inattendu parce qu'ouvert et vivant.

Dominique Laffitte, le directeur -adjoint assez inénarrable et Romain, l'agriculteur. 
3 comédiennes arrivent de Paris et Lille, les autres ont traversé la France en autoroute. Problème mécanique avec le mini bus, bougie de préchauffage en panne. On démarre quasiment à la manivelle comme dans le bon vieux temps.

13°C. Vent polaire. Ados et Gaetan sont allés chez Gifi s'équiper. Un mois sans soleil, c'est dur.

22 H 19. on teste les lumières de la fin.
4 juillet. météo sordide
et pourtant quelques éclaircies l'après midi immédiatement arrosées par des nuages aux contours méchants.

ça cancane. Catherine vient de découvrir que Zita lui a passé ses poux...
David Mossé fait ses balances son. Il est très perfectionniste et c'est bien.
Le public est convoqué pour 20 H 15. Coucher du soleil à 21 H 44. A 19 H 50, grosse averse. Mais Jacques a dit à 20 H, tout se dégagera. Vrai fait de sorccellerie, il est 20 H 06, le vent faiblit, la pluie s'en va.
Le public s'installe sur nos gradins de paille.

Et là, on se régale, parce que de l'intérieur on sent que c'est beau.
Quelques bobos dûs aux collisions de comédiens entre eux : Philippe Coulon touché à la cheville , et Max Bouvard touché à un petit doigt.
Maintenant je commence à regretter l'absence des spécialistes de Tchekhov, parce que personne ne relève les audaces du spectacle : les commentaires d'Olga, la présence de Véra, le second acte en pantomime. J'aurais voulu avoir la validation du spectacle par quelques universitaires, que cela soit sur la traduction, ou nos partis pris.
Photo de la fin prise par Pierre Berthelot. On voit bien les feux que j'allume.
Et puis déjà commence l'angoisse de ne pas faire de troisième saison avec Oncle Vania à la campagne.
N° 26 La Vingt-sixième fois. LA CHAUSSEE. en Lorraine
7 juillet 2007... 07/07/07
département de la Meuse. organisé par le sixième festival sur la route des oiseaux, lui même organisé par la Cie tangente, qui occupe la grange théâtre, dont les animateurs s'appellent Carlo et Ursula, et tout ceci est initié, ou se fait, en collaboration avec la scène conventionnée "scènes et territoires de Lorraine" qui fête ses vingt ans.
ça a failli mal commencer pour un problème de compression dans le gîte rural, de ronflements, de mal dormi...
Hervée qui a une immense chambre pour elle toute seule, commence à exciter tout le monde contre l'organisation, emploie des mots inadmissibles "vous nous couillonnez, à chaque fois vous nous couillonnez. "
Je n'arrive pas à l'arrêter, nous sommes en pleine spirale de décadence contemporaine.
Les belles tournées achoppent sur des minuscules problèmes d'intendance et de fatigue !
C'est dur à vivre, mais Rémy Chatelain, de scènes et territoires, et Ursula règlent le problème en une heure.
Le soir, il y a encore quelques histoires désagréables. 4 filles se cantonnent dans un petit dortoir, pour ne pas être avec deux garçons qui ronflent trop, et qui eux se retrouvent à 2 dans une immense chambre de huit lits.
Et j'en passe.
Il est vrai qu'Hervée a elle même déjà craqué en Hollande pour un problème de chambre, entre autres.
Que les deux anciens exigent une single à chaque fois.
Donc voilà.
Heureusement, la mairie a le mérite de réparer tout ça en nous invitant à un pot avec discours de bienvenue du Maire. Tout ça bien sympathique.

le maire s'appelle Gérard Pletre, il est ravi d'avoir une compagnie de théâtre qui fait de Lachaussée un village ouvert.
Essais sur le terrain. Encore de la boue, des enlisements, mais le beau temps arrive.

Ce coup-là, on a un cavalier cascadeur magnifique. Raphaël.
Les séances ressemblent un peu à des vols de ligne.
Les variations sont minimes maintenant.
les rituels sont les mêmes :

Et moi je me vautre avec TaïWan, de Gaec de la Pouillote, vache d'Alain Fabri, agriculteur qui connait Lagarce.

je suis hyper content.
Bonne séance. la fête d'un mariage au loin. Quelque viande saoûle, animateurs d'un stage arrivent à s'introduire en retard en faisant le tour par les prés.
Ils ont un peu gêné.
Il y a toujours quelques incidents.
Un spectateur qu'on avertit que sa fille a eu un malaise...
La jument Béatrix qui a peur du public et nous loupe son galop d'entrée.
Niveau jeu : ça progresse encore, au niveau des nuances et de la maîtrise du texte.
On dirait qu'il y a 400 personnes, en fait c'est du 230 environ, mais ça fait du monde, toute la soupe est bue.


Bien sûr à la fin on discute. En fait je n'aime pas les compliments parce que je pense que notre succès comme beaucoup de succès, est un malentendu.
Les gens saississent la nature, les animaux, le ciel, les gradins en paille, le jour qui tombe, mais moi j'aimerais parler de la pièce, de ce qu'elle raconte, oui, c'est une pièce sur la mort,"nous nous reposerons" et sur des personnages qui ont une aptitude à souffrir, et chaque personnage voit la vie autrement.
Sinon, encore des problèmes relationnels avec une bénévole. C'est un peu la honte. Nous faisons réparation avec le cadeau de quelques fleurs. L'incident est clos.
N° 27 . La Chaussée
Nous sommes gâtés. ce n'est pas la petite averse d'orage de dix minutes annoncée par Météo france, c'est la pluie fine et drue, insistante et persistante, et qui va cesser une fois le spectacle terminé.
Le public ouvre ses parapluies, on installe une bache et on va jusqu'au bout quitte à terminer avec des costumes imbibés d'eau et de boue.

L'ancien chevrier nous a prêté ses fourches, il est venu voir la pièce avec son chien. Alain Fabri nous a prêté sa vache Taï Wan.
Le rangement est une satanée épreuve. 4 verres de mirabelle, deux demis ne suffisent même pas à étancher la fatigue.

Le 23 M3 est enlisé. Tout est trempé. 
N° 28 . VOLMERANGE LES BOULAY
Météo annoncée avec pluie. Jamais vu. 1 mois que ça dure.
Ce qui va se passer ici est du domaine de l'incroyable. Et pourtant nous avons été un peu partout, mais Volmerange les Boulay, jamais cela nous est arrivé.
Quelques pages sur Volmerange les Boulay.

Oh, ce coin de ciel bleu, la veille du jour où on va jouer vers 21 H, on en rêve, on en rêve.
Malencontreuse bourrasque de vent pendant l'installation, Hervée se prend une poutre de bois sur la tête. Urgence. Deux points de suture.
j'ai toujours dit que le théâtre était un sport dangereux.

ça va tenir, il ne va pas lâcher. On la fera bel et bien.

Public de village, un peu décontenancé, par le second degré, qui commente tout, cela nous déstabilise un peu. Mais le principal, c'est que tout le monde est resté malgré une température de 9°C.
On a inventé un effet très drôle dont les gens causent beaucoup, la chute de Natalia dans la rivière.
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N° 29 Volmerange les Boulay.
Ce qui fait la "belle représentation" est une tresse de paramètres qui parfois s'harmonisent et concourent ensemble à la qualité de silence et d'écoute souhaitée.
Cela ne vient pas seulement du plateau, mais bel et bien aussi du public.
Et là, la pluie a fait une pause, il ne fait pas trop froid. Et sur la scène de la fin, l'émotion est infiniment présente, la qualité de silence exceptionnelle.
Mais le retour à la réalité est rude. Nettoyer les casseroles, trier, ranger, préparer le départ.
Il y a tant de gens à féliciter, à remercier, que c'est impossible.
On vient de vivre de tels moments, que j'ai l'envie d'être seul.
Premier soir, fiesta, seconde nuit, fiesta, troisième nuit, je n'y arrive plus.
Je suis comme Oncle Vania, saisi par l'anxiété des treize années qui me restent à vivre.
Je suis courbu et forbatu à la vérité.
La Roche Jagu du 12 au 15 août. séances N° 30, 31, 32, 33
Belle lettre d'un spectateur ami
Tout le monde me demande :"alors c'était comment"?
Moi je réponds "c'était bien". Mais encore ? me demande t-on avec insistance. Moi : c'était très bien- Mais tu entends quoi par "très bien". Moi : mais que c'était bien ! il y avait du monde, les gens étaient contents, on a bien joué. -Donc ça allait ? -Non , un peu plus que ça allait. C'était génial. -Alors vous avez eu du beau temps ? -Mais non, pas du tout, il a plu sans arrêt, mais bien sûr qu'on a joué, c'était ça l'intérêt, cette adversité constante et ce magnifique public, habillé comme pour un voyage en voilier. Et ces éclaircies avec arc en ciel, et la chaleur de ce public. Je voulais retrouver la ferveur, celle que j'ai connue, quand j'avais 25 ans, et qui m'a emmené vers le théâtre, et qui a disparu. Eh bien, je la retrouve. C'est la vérité. Dans ces séances de Vania, gratuites, mais sous réservation, ça respire la ferveur passionnée, et quand ils applaudissent debout, c'est pas du chiqué, ils ont vécu comme nous quelque chose de grand, d'unique, de différent, de drôle et de métaphysique. Ne nous faisons pas d'illusion, Tchekhov est en partie responsable, mais bien sûr, nos éclairages, notre interprétation, aussi. Une femme qui passait l'après midi quand je faisais la soupe, une promeneuse me demande "ça parle de quoi votre pièce"? Et je réponds "ça parle de vous". Réponse facile, certes, mais c'est ça Tchekhov, on s'y retrouve.

Un aperçu de notre décor.

Jusqu'au dernier moment, nos gradins sont recouverts de poliane. Là, on va faire rentrer le public, il crachine et il y a une panne de courant.



Un jour que je ronchonnais à mon habitude, Ariane Mnouchkine me disait. "le public, le public, c'est ça qui compte, le public, il est là, et il est formidable, tu n'as pas le droit de te plaindre".

Denis Lecat, le responsable du théâtre au parc départemental de la Roche jagu, exhibe les saucisses officielles qu'il vient de recevoir pour son engagement et son accueil.
N° 30 Chateau de la Roche Jagu. Ploezal (22)
Toutes les conditions sont réunies pour que cela marche. Site splendide. Taux d'occupation des gradins : 120 %. Public très mélangé. Très chaleureux accueil de Denis Lecat.

Le public nous porte, ponctue de façon intelligente par des rires certaines répliques. Les acteurs jouent magnifiquement. On fait des effets aux fenêtres du château car nous avons à notre service une demi- douzaine de bénévoles. Séance magique. Public subjugué et nous de même. Le public se lève spontanément aux applaudissements. On plane de plaisir. Je remercie tous les acteurs, et Luis dont c'est la première régie.
Irina Vavilova et Gérard Conio, spécialistes de théâtre russe,font mille compliments, je suis carrément aux anges. J'avais peur de leur jugement, car nous ne nous sommes pas laissés intimider par le grand Anton.
N° 31. Chateau de la Roche Jagu. Ploezal (22)
Cela se corse. Averses intermittentes, parfois assez fortes. Problème de coupure de courant, un seul baffle est en marche. Il faut tenir, ré- inventer, parfois sans la musique. On tient la route. Au bout de 45 minutes, la pluie s'arrête, on rétablit le son, et puis, miracle de l'arc en ciel, d'un voilier qui rentre au port, du petit train à vapeur qui passe au loin, une belle lumière, la pièce se met à passer. On a sauvé les meubles comme on dit. Mon copain de lycée Jean Pol Martin est là. Cela me fait plaisir. Il m'écrit ses commentaires.

Paraîtrait il que Teleguine et le professeur se seraient perdus dans la campagne au cours de la pièce, et ont dû courir comme des malades, pour arriver à temps pour leur scène de l'acte 3.
N° 32 Chateau de la Roche Jagu. Ploezal (22)
Oh là là, pluie, tempête. Mais le public est là, comme s'ils allaient faire un tour en voilier. Nous ne sommes pas géniaux, car les costumes trempés, la pluie qui sans arrêt repasse à l'attaque, cela nous occupe trop. Le cheval rate son entrée, Gaetan doit quitter précipitemment la scène à cause des moules du midi. Plein de petites choses. On a besoin de boire, et Bastien le copain d'Emilie nous joue dans les loges quelques airs Klezmer, qui nous mettent en joie.

Christian Provost le vice président du conseil général, nous félicite pour ce vrai théâtre populaire. Je ne sais pas ce qui me gêne là dedans
N° 33 Chateau de la Roche Jagu. Ploezal (22)
Encore une pluie qui comme par miracle nous laisse tranquille pendant deux heures. ça joue bien. Les gens restent à la fin. Une belle preuve que quelque chose se passe.


La soupe, le matin de 6 H à 9H , je fais cuire la viande. A 10 H, je vais chercher les légumes. A 14 H, je vais chercher de l'eau, laver les casseroles. Vers 15 H commence une longue cuisson de plus de 4 heures. Le grave problème, c'est trouver de l'aneth. Mais, j'obtiens de la reconnaissance, tout le monde vient me remercier.
Juste à la fin du spectacle, incroyable ! une des vaches du spectacle appartenant à Guy Conan, maire de Ploezal, met bas. Mais le veau sort quasiment mort, c'est notre Claudine, qui va le réanimer au bouche à bouche. Claudine, c'est la comptable de l'Unité, mais une comptable très polyvalente, puisqu'elle fait moujik et vétérinaire.

N° 34 . ESCOUBES. POUTS. ARCIZAC
5 et 6 octobre 2007 pour le Parvis de Tarbes.

A quelques kms de Lourdes, au pied des Pyrénées, quasiment introuvable sur une carte, nous avons la chance de voir au loin le Pic du midi. Une fois encore, la météo nous annonce que ces rayons de soleil sont les derniers.

Comment Beatrice Daupagne et Nathamie Ramon ont elles abouti à ce coin là, mystère.
De plus , le propriétaire exploitant , Daniel Tarbès, va être mis à rude épreuve. Il loge une dizaine de comédiens, fait les repas , quasiment 50 par jour, nous installe la paille etc.

Daniel Tarbès, 55 ans. L'exploitant, qui prête sa pature, son 4X4, son quad etc.
Vu que le terrain est carrément en pleine montagne, il faut tout installer. Groupe électrogène, toilettes, tentes, loges.


Nous devons faire une petite avant première pour remercier les gens du village.

Incroyable. dans le public, je retrouve la caissière du Leclerc de Lourdes, où j'avais fait les courses le matin même. Elle s'appelle Annie Laffont.

Typologie de public.
Et puis, au bout de 50 minutes, la pluie augmente, fait du bruit, on n'entend plus rien, on jette l'éponge, c'est la débâcle.
Bon, c'était une répétition générale, mais tout de même. Quelle frustration, quelle tristesse, quelle peur pour le lendemain. On est mal, on est mal
Avoir fait tout ça pour rien.
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La météo annonce des grosses averses orageuses pour le soir de la première.
Hervée a appelé l'aéroport. Que faire ?
Faut il annuler ? Ambiance de fond de cale d'un bateau d'esclaves... Ne pas savoir.
Tout le monde fait la gueule, et par dessus le marché.
Et ce soir-là...

Il est 18 H, ils arrivent.
Brouillard, et il pleut à1 km tout autour, mais nous sommes épargnés, c'est ça Lourdes. On ne fait pas le plein. Les autocars qui transportent le public ont du mal à atteindre Pouts.
Au salut, je me détends.Traumatisé par la veille, c'eût été horrible d'arrêter en cours. Le crachin , on résiste, mais la pluie drue empêche d'entendre le texte. Béni soit le ciel, on termine. La qualité de silence de la fin montre que nous sommes bien en harmonie avec les .
La soupe russe est la bienvenue. Tous les spectateurs n'ont qu'un mot à la bouche : "fantastique". je ne déments pas, je mets le compliment sur Tchekhov et le mouvement des nuages.
"Fantastique" me dit cette femme. Je ne sais pas qui elle est, mais j'aurais voulu faire connaissance avec elle, malheureusement j'étais habillé en moujik.

Le soir, daniel Tarbes sort son cognac vingt ans d'âge. Théâtre + cognac, les amitiés se nouent.
N° 35. POUTS
Samedi 6 octobre.
Toute la matinée, il pleut. On ne peut plus du tout circuler sur le terrain. Ce qui complique tout. Mais ni l'équipe technique de Nathalie, ni Daniel Tarbes ne se laissent impressionner.
Pas mal de monde, public mélangé. Les abonnés "Parvis" se mélangent aux habitants des villages. 4 maires sont dans l'assistance.
Séance magique. C'est quoi le truc ? Un vol d'oies sauvages ? La lumière humide ? Le désir de vaincre les éléments ?


Les deux cavalières sont magnifiques, elles passent au galop comme des fusées.
On joue avec une belle énergie.
On a commencé avec 30 minutes de retard. On termine à la nuit noire.
Le salut est émouvant. Nous applaudissons le public. Car il nous "portait".
Mais oui, le théâtre ça se pratique à 2. Faut créer entre nous et le public cet espèce de champ magnétique secret, ce courant ionisé mystérieux.
A la fin il n'y a pas de faux compliments. On sent la sincérité.

Je discute avec cet homme que je prends pour un artiste, mais non il est ingénieur.

Lui aussi je l'aurais pris pour un comédien. Mais non, j'hallucine, le public ça existe. Il me dit qu'il vient de Toulouse, 170 kms tout de même, car il nous a découvert à Ramonville, lui aussi me fait des compliments. je les accepte bien volontiers.
C'est bizarre, ces gens avec qui tu vis deux heures fortes et intenses, et que tu ne verras plus jamais.
Soir de match, on le regarde à la buvette du comité des fêtes. Bauxis est d'ici. Enorme, les bleus l'emportent contre les imbattables Blacks de Nlle Zélande. (16 millions de téléspectateurs).
Ambiance chez Daniel. Il a sorti le camion avec son tracteur. Remise des saucisses officielles, poèmes d'amour.

Je tombe amoureux de Béatrice pendant 48 secondes. C'est beau la passion. Comme elle a accompagné le moindre de nos moments.
Et cette magnifique famille Tarbes. Une fois de plus, on manque de mots en français pour rmercier