L'AMISTAD

 

Spectacle de place publique, consistant dans la déambulation d'un bateau sur lequel sont réfugiés un Kurde, un togolais, une polonaise, un sud américain, chacun en parlant que la langue de son pays.

Ils demandent l'asile en France, asile qui leur sera refusé alors ils font sauter le bateau.

Spectacle pouvant être joué facilement pour 2000 personnes. L'explosion du bateau est très impressionnante.

Le spectacle est une commande de l'excellent festival de Vieux Condé(59) en accord avec une association d'insertion, le CAPEP de Valenciennes.

C'est Pancho qui a conçu le bateau, Livchine qui a écrit le scénario.

C'est un spectacle monumental qui est une réponse à tous ces migrants qui meurent étouffés dans des camions, noyés dans le détroit de Gibraltar.

Le bateau déambule en ville, arrive sur une place où un sous- prefet entreprend une négiciation qui n'aboutit pas, donc les migrants préfèrent se suicider plutôt que de retourner dans leur pays d'origine dont ils ont été chassé.

Opération du 1er mai à Vieux Condé, une folle aventure

Ces douze à quinze jeunes sont destinés à rejoindre le marché du travail dès le mois de juin. On leur a permis de participer avec nous à une aventure culturelle initiée par deux organismes de formation, le Capep , et l’Instep, installés à Valenciennes et tous les autres partenaires de ce genre d’opération (Mission pour l’emploi, contrat de ville etc.)

Quelques constatations de base :

Ils s’appellent Michaël, Vincent, Ludovic , Raynald, Isabelle, Jama, Ludovic etc.et tous sont marqués au fer rouge par des débuts de vie que l’on devine ultra difficiles, familles mono parentale, bien entendu, chômage chronique, alcoolisme, et peut être pire encore.

Quand on tente de leur serrer la main , leur regard est fuyant, comme celui d’une bête traquée.

Hoari doit les tenir, travail d’éducateur , tournant parfois à celui de maton. Ces jeunes sont dans leur majorité dénués de tout amour à donner à quelqu’un.

On a l’impression que leur cerveau n’est pas passé par ce petit couloir minimum de l’éducation, celui où l’on vous greffe quelques sentiments de bien , de mal, de respect etc. On serait heureux qu’ils soient révoltés, mais leur violence est plus une forme de décomposition qu’une forme de rébellion.

Ils s’y connaissent bien, semble t-il , en larçins légers, sinon peut être plus. (braquage pour l’un d’entre eux).

Et pourtant : Pancho, Benoït Afnaïm, Yanosh et les jeunes ont fabriqué à Vieux Condé dans l’entrepôt dit " le boulon " un superbe objet de théâtre de rue. L ’Amistad , un bateau de 8 mètres de long et 4,50 mètres de haut.

Dernier jour : H – 2 : Le stress est intense , est ce que cela va tenir ? Le moteur ? les roues ? Une énorme pancarte devant le bateau : ne pas fumer : danger artifices. Car Goobie depuis le matin gave les cales d’explosifs ;

H – 1 Houari a réussi à récupérer carrément presque tous les jeunes de la formation. Un exploit. Car la meilleure forme de résistance pour tous ces jeunes c’est prendre la tangente, prendre la fuite.

La distribution des places à prendre sur le bateau est épique. La suprême forme de résistance, c’est de ne pas le faire, de ne pas participer. Celui qui va lever la main pour faire quelque chose est considéré comme un " collabo "

Les six cornes de brume apportées par Houari vers 16 H ont presque toutes disparu.

Avec beaucoup d’effort,, on trouve peu à peu, trois metteurs à feu pour la fin .

Tu demandes : mais pourquoi cette totale conduite d ‘échec? On a l’impression qu’ils ne veulent pas que ça marche. Qu’ils vont faire sauter le bateau avant qu’il ne parte.

La tension est permanente et forte. Et puis le drame :" On m’a tiré 80 euros " gueule Pancho, le constructeur du bateau.

Pancho qui a donné tout ce qu’il pouvait depuis plus d’un mois, qui croyait avoir gagné un peu de la confiance du groupe est atteint dans son honneur. Il croit savoir qui c’est …

Réunion de crise. Et bien sûr dans le rapport de forces, nous n’avons rien d’autre que des les priver du voyage en Suisse , qui n’est d’ailleurs même pas sûr. Atmosphère irrespirable.

Goobie s’énerve , il veut traiter ça à la loyale, au bâton en quelque sorte. Jacques se planque, Hervée tente de calmer le jeu. Et bien sûr eux, immédiatement sortent leur arme : " puisque c’est comme ça, qu’on m’accuse injustement , je ne joue pas ".

On devine des attitudes narquoises, comme si empêcher le final serait leur victoire.

Ils savent à quel point, s’ils ne jouaient pas, le nombre de têtes qu’ils feraient tomber et dont ils ont envie d’avoir la peau. Les douze jeunes sont assis, décidés à ne plus bouger. Discours : faut que ça se fasse ! On se met autour du bateau. L’inertie est à son comble. Pas un ne bouge.L’un d’entre eux finit par monter et déclenche par accident les artifices. On croit que tout va péter. Pancho se précipite, désamorce les lignes en danger.

Catastrophe écartée. On s’achemine doucement vers le lieu de départ dans une ambiance ultra tendue.

Jacques est en officiel de la préfecture avec un porte- voix Pancho en marin, Goobie avec un brassard police ouvre la route. Hervée a l’appareil de photos et participe aussi .

Improvisation sur la place centrale sur le thème : la France est elle capable d’accueillir des étrangers en plus. ? Pancho répond du haut du bateau en espagnol.

La mise à feu est splendide. Les flancs s’écroulent comme prévu. Explosion de tous côtés qui laisse apparaître les cales remplies d’hommes et de femmes carbonisés.

Au moment du salut, les jeunes les plus rétifs , qui ont refusé de jouer et juste regardé viennent spontanément saluer.Un couple s’avance. Mère et beau père de Raynald, les larmes aux yeux. Ils disent " nous sommes fiers de notre fils ". Quel bilan ?

Nous disons : même si deux ou trois graines vont germer, ce sera une réussite, et leur donner un minimum de fierté semble fondamental . Sinon on se demande s’il faut garder un groupe comme celui- là, où les meneurs sont dans le refus de participation total et tentent de pourrir l’opération. Peut être les dispatcher deux par deux dans des groupes de théâtre de rue. Certains ont vraiment participé. Jama qui a été efficace tout le long et qui s’est rendu indispensable dans une bonne fiabilité de pilote. Michaël est doué en mécanique. Eh bien une expérience, passionnante certes , mais bien sûr difficile. J’avance à l’un d’entre eux : j’espère que tes parents ils vont pas voter Front National ;il réplique : ah ça non, eux, ils votent Le Pen.

Eh bien sûr, après ça , je casse maladroitement la lunette arrière de la voiture, je roule 400 km sous la pluie, comme en décapotable, et tout le monde de penser. Ah, l'insécurité...   


 Ce spectacle fabriqué pour Vieux- Condé, nous décidons de la garder comme création au répertoire.

Le rapatriement est compliqué, c'est un objet qui nécessite un transport exceptionnel.

Nous le jouerons à Expo 02 à Neuchâtel, à Audincourt pour notre ouverture, à Limoges pour les francophonies.et à Strasbourg, à Calais.


Carte postale de Strasbourg

Nous sommes engagés via la laiterie de Strasbourg dans ce que l’on appelle techniquement un GPV, grand projet de ville, une action quartier dit sensible.

Notre premier projet, un espèce de visite ultra valorisante du quartier, est rejetée par toutes les associations. En fait nous sentons bien que ce n’est pas tant le projet qui est rejeté, que le fait que la communauté urbaine s’occupe du quartier, mais sans réelle concertation avec ses associations.

En dernière minute, nous changeons notre fusil d’épaule, le terrain n’est guère amical, nous envoyons Marcel et sa compagnie Gakokoe faire sa pièce « la réception » qui pose très exactement et sous forme comique le problème de l’intégration.

Nous nous proposons de faire notre « Amistat » lors de la fête du Neuhof, qui est en plein dans le sujet, accueil de nouveaux immigrants ou non ?

Nous savons que cela va être dur , gamins et cie, jets de pierre, et peut- être même que ces incendiaires de voiture vont réussir à mettre à feu le bateau avant l’issue finale.
Nous arrivons avec une super escorte de cinq personnes, habillée en rouge pour ne pas trop provoquer avec nos faux uniformes de flics .

Ô la terrible erreur d’appréciation !

Cette fête du Neuhof, défilé de chars et cie, ne touche absolument pas l’enclave maghrébine.
C’est une bonne fête alsacienne, cochon à toutes les sauces etc.
Donc notre Amistat fait un défilé tranquille au milieu des 11 chars, très bas de gamme, à comparer à ceux des carnavals allemands et suisses, et termine sa course dans le domaine du bois du chêne, un charmant domaine équestre, devant un public largement indifférent, qui est cependant assez nombreux (600 personnes) et qui suit l’histoire , s’impliquant à l’envers et applaudissant les « retournez dans votre pays » des autorités françaises.
Tout le monde est branché sur la course au cochon qui suit le spectacle.
Je suis volontairement négatif, car il y a eu aussi des très bonnes réactions, moi, je décris le sentiment majoritaire.


Nous voulions du public populaire, nous avons eu du public TF1, et le goût amer de voir que l’argent du projet de Ville sert une poignée d’associations alsaciennes partisanes d’un apartheid style Afrique du sud. Pourvu que personne ne lise cette chronique qui va nous amener des problèmes, une fois de plus, mais si personne n’ose dire les choses…comment avancer ?

Très anecdotique mais éclairant, nos tickets repas ne nous donnent pas droit à une assiette de jambon , salade de pomme de terre, comme à tous ceux qui mangent, mais à un bout de pain merguez. Je dis que je suis prêt à payer pour l'assiette ; après m'avoir dit 7 €, une discussion s'ensuit, où le stand du cochon -qui rôtit, qui en a fait trois fois trop, après concertation avec l'administrateur de la laiterie, et l'intendante des bénévoles propose de mettre cette assiette au titre de l'hospitalité... Bizarre. Jai finalement mon assiette.
Chaque bouteille d'eau alors qu'il fait 30 °C est arrachée au prix d'intenses négociations. C'est dire la qualité de l'accueil, et la joie de nous recevoir. Nous restons Zen, car ce n'est pas bien grave, sauf sur la symbolique qui nous paraît de plus en plus claire.
Nous aussi, nous sommes quelque part des immigrés. Et on nous le fait bien sentir.