

Ultra confidentiel.
Ne pas diffuser sauf à des
personnes sûres
36/38 rte d’Audincourt.
Maison du Bord de l’eau
27mars
20Heures maximum de discrétion
La presse ne doit pas être avertie. Ce qui va se passer dans les chambres doit absolument être passé sous
(Le flyer qui annonce le "bordel poétique").
Toutes les chambres sont occupées et décorées, l'ambiance est interlope. Dans les chambres, je dois rectifier le tir, car certaines mises en scène sont éminemment"limites".
Je crois qu'il y a matière à véritable spectacle.
L'idée est basique, c'est une maison close dans laquelle les pensionnaires font le commerce des mots d'amour, exclusivement.
Ces 25 et 26 mai, la maison close était un vrai hôtel, l'hôtel de la paix, à Valréas, avec ses couloirs sombres, ses chambres, son bar 1900.
Chacune des six chambres était décorée à l'image de ses occupants.
Les pensionnaires descendaient dans le grand salon, de rouge vêtus, pour être distingués, choisissaient leur client ou cliente, puis montaient pour une "passe" poétique" d'une durée de six à onze minutes.
Donc, ce sont environ quatre vingt clients par soir qui ont goûté aux délices de l'amour. Les poètes étaient de toutes sortes : des poètes érotiques anonymes, Eluard, Aragon, Claude Roy, Maupassant, Pierre Béarn, Ghérazim Lucas, Cendrars etc.
La demande a été pendant ces deux jours supérieure à l'offre, et de nombreuses personnes n'ont pu satisfaire leur désir de passer un court moment interlope de toute beauté, car de l'avis de tous, les étreintes étaient intenses, fortes, riches, presque sublimes
Le théâtre de l'Unité a décidé de mettre à l'étude la faisabilité des chambres d'amour, non plus en crash test, mais en nouvelle proposition de spectacle d'avenir. Bon, la fiche technique comportera la mise à disposition d'un bar-hôtel de dix chambres minimum.
Un grand coup de chapeau à Pascal Larderet, à la compagnie Cacahuètes, à la ville de Valréas, à l'hôtel de la paix qui ont pris le risque de nous inviter sans savoir du tout de quoi il ressortait.
AUDINCOURT
Samedi soir 1er décembre 2001
,
Hôtel Chantalainx,
plus de 150 personnes se sont pressées pour monter dans les chambres ; bien sûr les anciens amis de l’Unité, mais quelques personnes sont sorties de leur quartier pour voir un peu ce qui se passait . Tout n’est pas perdu. Le théâtre n’est pas complètement mort.
Les chambres :
Et Hervée de Lafond avec un superbe chapeau dans le rôle de la tenancière, sans oublier Céline Poulat en robe du soir traquant les adresses des clients.
Quelques chambres étaient incroyablement transformées. On se croyait véritablement dans un hôtel de passe. Le bar n’a pas désempli.. Mais au bout de quatre heures ininterrompues, nous n’étions plus très frais.
Et aussi le conseiller général Pierre Hélias.
Bien sûr le président de l'Unité : Yves Ravey, en famille.
On a commencé à 19 H, terminé à 23 H. Puis dîner à l'hôtel. excellentes truites. Rangement : coucher : 1 H 30
16 et 17 mai 2003
Elisabeth est de St Gaudens, elle monte avec moi à 21 H 06.
Pascale s’allonge sur le lit un peu étonnée à 21 H 14.
Dans les passes poétiques, je suis spécialiste de la clientèle « guerre froide », adulte des années 60.
Claudine est bien détendue, je la caresse tendrement avec les mots de Verlaine, elle me dit : « si seulement mon mari me parlait comme ça".
Puis le défilé continue :
Mireille, Claude, Christine, Nicole, Agnès, Anne, Myriam, Liliane , Claudine, Marie- Germaine, Joana, Evelyne, Nathalie, Christine , Janine, Josephina, Joëlle, Elisabeth, Marie Noëlle, Kelinou.
Chacune et chacun des pensionnaires reçoit une trentaine de clients par soir.
On ressort de là un peu ivres , un peu fou, un peu excités, et totalement exténués. On n’arrête pas de 21 H à 23 H 45.
Qui eût pu imaginer les chambres d’amour à Encausse les thermes ?
Un village calme, à un quart d’heure de St Gaudens. Les anciens thermes sont abandonnés, il reste des dessins magnifiques sur les murs.
L’épicerie du village nous rappelle les années 50.
Le restaurant des marronniers sert encore des entremets
et l’hôtel de la mutuelle de l’ORTF est un monument du loisir laïque. C'est là que nous officions.
Le salon est somptueux avec sa cheminée.
En l’absence de Clémence Carabosse, Hervée ( Madame Renée) se fait assister par Corinne. (Sébastien Vion ).
Le couple a l’air de fonctionner. Disons que l’on entend beaucoup de rires.
Les deux soirées sont assez magiques.
Qui sont ces gens qui viennent de partout et même du village se faire dire des mots doux dans l’alcôve?
Il y a là la couturière, le notaire , le médecin, la bibliothécaire, le fabricant de fromages, la sage femme, la Mamie, le bûcheron. Ce Philippe Saunier-Borrell est vraiment curieux. D’abord l’orthographe de son nom est la plus impossible qui soit, on est presque sûr de faire une faute. Il faut dire que Saunier Borrell ne s’enivre pas des vocables arts de la rue, arts de la piste, il ose mettre le spectateur et la population au cœur de sa recherche. Il compare ce qu’il propose aux « bancs publics » et veut intituler sa démarche : arts publics.
Il ne met pas au centre, l’excellence de la création etc., lui, il ose parler de la relation au public, ce qui est tout de même de nos jours assez audacieux, et à contre courant.
Cette chose que l’on ne croyait plus possible, le théâtre pour les gens, l’équipe de Pronomades en Haute Garonne y parvient.
Je ne cesse de me répéter : c ‘est comme ça que je rêve le théâtre, et là je suis dans le rêve.
Saunier Borell, tout le monde l’avait répéré avec sa St Gaudingue. Il était un des premiers à tenter de sortir le théâtre de rue de l’ornière de l’animation ou de la fête -pour -faire -plaisir –à- la -municipalité. Il y avait toujours à la St Gaudingue un axe et une revendication artistiques fortes.
On connaît la suite, le nouveau maire de St Gaudens qui parle d’art dégénéré, et voilà notre Saunier Borrell à la rue.
Mais DRAC, conseil général, conseil Régional cinq communautés de communes, et un petite poignée de villages décident de poursuivre.
Une équipe réduite de quatre personnes est installée à Soueich et invente une programmation à l’année , d’avril à novembre, avec 46 rendez –vous.
Ici, pas d’abonnements , pas de festivaliers ; simplement un public varié rempli de désir et de ferveur.
Je crois que le devoir de tout professionnel est d’aller voir ce qui se passe du côté des « pronomades » pour aiguiser sa réflexion, et agrandir son champ des possibles.
Le directeur d’Equinoxe , scène nationale, François Claude, est aux petits soins avec nous, il suit l’expérience de près.
Nous aimons ce genre de directeur qui a encore de la fibre humaine et de la passion.
Je vais faire 22 clientes entre 19 H 06 et 22 H 22.
Il fait chaud
Je tourne autour de 5 poésies ce soir :
Copie du registre
Ensuite je joue de l’accordéon dans la salle d’attente, je récite du Cendrars,
Chante le temps des cerises (très mal)
Et fais une chanson polaroïd à Malrik,
Final à la pizzéria : Pizzicati . Filet de sandre. 90 minutes d’attente, je suis servi le dernier.
Je bois 1 Litre de Badoit
Je m’endors devant POF et Dany Boon.
20 septembre
On fait quelques rectifications et ajustements.
Soit c’est le public, soit c’est nous qui sommes mieux, mais on monte d’un cran.
On retrouve mieux l’esprit « maison close » l’atmosphère interlope de Toulouse Lautrec.
Je reçois des clientes qui ont l’écoute vibrante et émouvante.
Marjorie a raconté qu’un de ses clients avait versé des larmes.
On a intégré 3 nouveaux pensionnaires : Cécile Dehalu, Marjorie Heinrich, et Roy dit Pancho, outre les 9 anciens à savoir :
Il y a du vent sur Dieppe.
Chambres d'amour sur un paquebot
Une première fois.
Je dis souvent : dans la vie il faut s’arranger pour être toujours en situation de première fois, sinon c’est la routine.
Jouer sur un paquebot entre Dieppe et Newcastle, avec changement de méridien, passage de douane très tard dans la nuit, en faisant attention qu’un réfugié ne vienne pas se glisser dans votre voiture, tout ça c’est de la première fois.
Merci à Daniel Andrieu, Monsieur de Sotteville, de nous avoir sélectionné sur ce coup là.
D’ailleurs je lui dis à la fin en toute franchise : être directeur,c’est aussi être artiste ,c ‘est inventer des concepts, des mélanges, rien à voir avec le programmateur.
Le concept : une journée marathon pour 200 personnes qui paient pour un circuit d’une journée très longue qui les mène en Angleterre, à Brighton au milieu de plein de surprises, notamment délices dada, le pauvre matelot de Darius Milhaud, un concert baroque outre manche, un repas, une tempête sur le bateau.
C’est payé par le conseil général…
Ah si le Doubs m’entendait il comprendrait notre malheur d’être implanté dans un département où la culture est considérée comme un vague colifichet. Alors que 85% des départements ont un office de la culture ! ça nous apprendra d’aller dans un département à vaches.
Donc grosse excitation à bord. Prendre sa cabine, la transformer, coucher sur l’eau et au départ un vent à 70 km/h rend notre tâche encore amusante, nous sommes ivres et titubons dans les couloirs. (Catherine vomit et sera forfaite le matin).
Pour moi un score de 21 clientes
Statistiquement parlant on a 746 années au total soit 53 ans de moyenne. Professeurs : 21 %. Médecins : 21 % . C’est un festival de musique : octobre en Normandie.
On reprend à 19 H 38 jusqu’à 20 H 19 , c’est le dîner sur le bateau qui commence.
Débarquement à 00 H 15. Coucher Hôtel Aguado à Dieppe.
Daniel est très content , le public est content, l’équipage est venu dans les chambres d’amour, Hmm .. J’ai entendu des rumeurs sur certains moussaillons des cales, ils sont contents, eux aussi.
Le Parvis
On ne dira jamais assez l'émotion provoquée par cette non-pièce.
Marion, 23 ans est en larmes et me dit "c'est trop beau" elle n'arrive pas à sortir de la chambre.
80% des fois, les mercis sont intensément chargés.
Pourtant on ne fait pas le plein, ce qui nous évite le "speed".
Verbe poétique, atmosphère, proximité, le mélange est détonnant.
Faudrait que l'on joue plus souvent, ce qui nécessite que les directeurs sortent des objets culturels cadrés et jouent l'aventure artistique. Mais il est vrai c'est de la petite jauge pour 14 comédiens, cela est mauvais pour les statistiques de fréquentation. Pourtant combien de fois pour les spectacles contemporains, on se retrouve à 150 dans nos établissements publics.
Le Plaisir extrême, pour nous comme pour les clients de l'hôtel.
C'est la fête , sauf pour moi immobilisé par une crise de goutte, mais je joue l'homme mystérieux, j'attends les clientes dans la chambre 2.
Ma plus âgée : Jeanine 77 ans.
le bonheur quoi...
Merci au Parvis d'avoir pris le risque. Le directeur dit que nous lui faisions peur, j'espère qu'il est rassuré.
12 juin 2004. Hôtel Moritz à Chalons en Champagne. rue Lochet
dans le cadre de Furies
On nous a demandé si nous n'étions pas gênés de jouer dans un hôtel dont le patron est affilié au parti d'extrême droite de Megret.
Pour nous pas de dilemme. C'est le style de personne qu'il faut justement approcher avec l'espoir des les changer.
Toutes les 3 séances sont pleines.
les chambres sont bien décorées, l'équipe est en forme.
l'équipe : Hervée de Lafond, Sébastien Vion. Jacques Livchine, Sylvie Lalaude, Pancho, Gill Herde, Hugues Louagie, Catherine Fornal, Bernard Goetz, Julie Jouvenot, Hélène Jouvelot, Sébastien Dec, Goobie, Marie Leila Sekri.
Cela va très bien se passer.
On va toucher environ 250 personnes.
Mes clientes
Les gens adorent, et ils le disent, ce n'est pas désagréable
2 octobre 2004

L'évènement c'est cet hôtel merveilleux , à deux pas des arènes.
A notre grand étonnement ce sont les ATP qui nous invitent.

Sebastien Vion quelques heures avant de jouer.
Comment ne pas se régaler ?
On se laisse pénétrer par un luxe qui n'est pas vulgaire. Certaines personnes ont vu Terezin la veille, d'autres non. Public assez classe, on y reconnaitra le président de région, Michel Vauzelle, le directeur de l'école de photographie d'Arles qu'Hervée appelle le directeur de MJC , du personnel des maisons d'édition locales .
Les chambres en place :
J'ai une chance énorme, ma chambre est au rez de chaussée.
voici la copie officielle du registre de la chambre 18 le 2 octobre 2004
.
statistiquement :
.
.
Voilà, bizarre. Pourquoi les 20/30 sont absents. Il est vrai que je suis le spécialiste des femmes de mon âge, A part ça, à Arles on peut se réjouir de la présence de quelques élites politiques et culturelles, mais les milieux populaires étaient sous -représentées chez mes clientes.Nous sommes au coeur de l'Alsace. Le directeur du Relais Culturel est une crème, Daniel Chapelle, il nous a reçu en 1999 avec 2500 à l'heure, puis c'est ici qu'a eu lieu la création de la Tétralogie de Quat' sous des Grooms. Le théâtre est en travaux pour 7,6 millions d'Euros soit 4 milliards de nos anciens centimes.

L'hôtel a du caractère, 119 gde rue. Le patron est sympathique. Les chambres d'amour font partie de l'abonnement.

Hervée tient à ce que je prenne son chapeau en photo en mentionnant le nom du chapelier qui s'appelle SIRE, à Pamiers en Ariège.
On a 10 chambres sur 3 étages .
Le premier jour est plein. Ce qui va poser quelques problèmes puisque deux ou trois clients n'auront le temps que de faire une seule passe. Il faut dire que le prix d'accès est de 14 euros pour les non-abonnés. Je reçois 19 femmes, dont 65% relevant de l'éducation nationale. Catherine Fornal a changé sa chambre, elle a installé le lit dans la baignoire. Surprenant.
FR3 vient filmer pour le journal de midi. 2 heures de tournage, pour 3 minutes. Et Radio France Alsace fait un direct.
Quelques réflexions grapillées.
Je dis à une de mes clientes: "ce qui s'est passé doit rester notre secret, pas un mot à ton mari". Elle me réplique : "mon mari, je le quitte dans deux mois".
Une autre : J'en veux encore.
Jacqueline 80 ans, a cinq enfants, elle est huit fois grand mère, deux fois arrière grand mère. Elle grimpe l'escalier comme si elle avait 30 ans. Je lui demande:"tu es veuve, j'imagine". Elle me répond: "Non mon mari est en bas, il a 81 ans".
Michèle m'emporte. Belle femme, professeur de lettres de 45 ans. Avec elle, c'est l'état de grâce, elle connaissait le Baudelaire que je lui murmure, mais quand j'ai terminé, je ne sais plus où je suis. J'ai l'impression d'être resté toute la nuit avec elle.

Marcel Djondo se prépare
deuxième jour
Que de femmes différentes, quel tournis. Quand je demande à Irene de bien vouloir s'allonger , elle me déclare :"non Monsieur, certainement pas, je ne mange pas de ce pain là, je suis venue au théâtre". Ensuite c'est le classique -moi: " tes yeux sont si profonds" - elle : Merci c'est gentil, et tout le long du poème elle dialogue et commente le texte d'Aragon. La présence des deux femmes de chambre me ravit. Car tout le monde connait mon fantasme : un spectacle doit s'adresser à la fois au professeur fin lettré et à la femme de chambre. Très honnêtement les lettrés on en a souvent. les femmes de chambre sont denrées rares.Elles s'appellent Francine et Jeannine. Leur lien est ombilical avec le spectacle car ce sont leurs chambres, elles ont cinquante ans, elles me rappellent toutes deux les personnages populaires de Beaumarchais, elles sont avides de tout voir. Mais je ne connais pas vraiment de miracle ce second jour, pas de cette vraie harmonie que j'adore, mes clientes ne se laissent pas aller, comment l'analyser ? Difficile. Mais merci à Isabelle pour ses bras nus très inspirants, et à l'émotion transparente de Pauline.
Florian Haby des Dernières Nouvelles d'Alsace écrit :
TROUBLANT COMMERCE DES MOTS D'AMOUR. 11 novembre 2004.
C'est une certitude, le spectacle n'aura laissé personne indifférent. Pénétrer dans une chambre d'amour est une expérience extrêmement troublante, pas vraiment le genre d'instant dont le souvenir fond comme une barbe à papa sur la langue.
Dans le bar de l'hôtel Kaiserhof, grand'rue, transformé pour l'occasion en maison close, Mme Renée mère maquerelle gouailleuse, n'y va pas avec le dos de la cuillère. "Regardez l'étudiant attardé, comme il a l'air benêt, il est pas loin d'être puceau, lui... et l'autre lui, à côté de la blondasse, il ressemble à Bernardo, le copain de Zorro !"Les dames quant à elles sont invitées à "pétiller".La patronne sélectionne les élu(e)s, alors que dans l'escalier se poursuit la noria des professionnel(le)s.
Bouleversant ou dérangeant
Le temps d'une passe poétique , les acteurs du théâtre de l'Unité glissent à l'oreille de leurs "clients" quelques vers choisis pour eux, dits rien qu' à eux. On y parle de clavicules, , de libellules, de peau, et d'oiseaux. les mots parfois ravissent comme le souvenir fugace d'un baiser volé, parfois bouleversent le temps d'un "je t'aime" innnocemment sussuré, parfois dérangent quand d'anciennes blessures se voient ravivées. "t'as eu lequel ?" gloussent deux très jeunes femmes à leur copine, qui vient de monter". "Celui avec la boucle d'oreille ...waouh souffle -t-elle, les yeux brillants, oubliant presque que l'acteur en question a deux fois son âge et pas grand chose d'un chipendale. "Moi dans la vraie vie, un mec me parle comme çà je l'épouse direct !" "C'est beau, mais j'ai chaud !" résume un homme, les joues empourprées à la table d'à côté.Ah, le pouvoir de la littérature.
Un mariage
"Il arrive que les effets soient surprenants" confie Jacques Livchine, metteur en scène du théâtre de l'Unité, inventeur parmi quelques autres du théâtre de rue, et déjà à l'origine il y a vingt cinq ans , d'une expérience de théâtre en 2CV."Un soir je récitais à une demoiselle un poème qui disait:"embrasse- moi, embrasse- moi, et elle l'a fait ! Une autre fois un homme est tombé follement amoureux d'une des actrices et a tout fait pour la revoir...aujourd'hui, ils sont mariés !" "Il est bon de rappeler que l'amour , c'est d'abord les mots avant le sexe, sourit Jacques Livchine. Dans une société où la relation humaine se dégrade, cette relation intime d'amour symbolique est plutôt subversive".
Les chambres d'amour, expérience des sens est loin d'être innocente. Du théâtre total.
8 mars 2005 . BOURGOUIN -JALLIEU
Château du Chapeau Cornu à Vignieu
St Chef en Jallieu. 38990
130 personnes. 300 passes.
Jouent : Catherine Fornal, Sylvie Lalaude, Gill Maurer Herde, Marie Leila Sekri, Goobie, Jacques Livchine, Bernard Goetz, Pancho, Marcel Djondo, Seb Dec et Hervée de Lafond + Nicole Rivier à l'accueil.
Le directeur du théâtre Jean Vilar de Bourgouin, Gilles Thorant, décentralise. Nous sommes à 30 kms de son port d'attache dans un château du 18 ème entre Lyon et Grenoble.
Nous sommes tous fin excités. Jouer dans un château ! On a quitté Audincourt le matin même. Les chambres ne seront prêtes qu'à 15 H 30. Bien- entendu il est 13 H 25 à notre arrivée et le restaurant est fermé, il faut repartir à Morestel déjeuner. Petit snack, je me bourre de frites grasses.

La chambre de Gill.
Les gens arrivent tôt. La direction de l'hôtel n'est pas très partie-prenante et nous le fait un peu trop sentir. On a tous droit à des remarques. Je suis dans la chambre dîte Comte d'Artois.
Les autres chambres s'appellent Comte d'Anjou, Béatrice de Bourgogne, Catherine de Brazay, Marie de Brienne, Comte de Bavière etc.

Une des inscriptions de ma chambre.
Voici mon tableau de route
Il est tout de même très curieux que ce soient les professeurs de littérature les plus insensibles à la poésie, ou peut-être les plus protégés .
Sinon c'est la magie, avec quelques instants de grâce, ces regards, cette tendresse, et se dire qu'on ne retrouvera jamais ces créatures qui nous font tant rêver.
Hommage à Vanessa, jeune infirmière à la beauté qui dépasse toute imagination.
Fatigue extrême. Accrochage sur un buffet de charcuterie, que l'hôtel nous facture 100 euros, et que l'on ne retrouve pas à l'issue du spectacle alors que nous l'avons à peine effleuré. Grosse fatigue. petites tensions ici ou là.

A l'aller on discute, on est en forme, le retour ce n'est pas pareil.
18 au 20 août 2005
AURILLAC
On joue à Arpajon, à l'hôtel les Provinciales. Les deux gérantes, Sandrine, le matin Cathy l'après midi, jouent le jeu.
Dans le cadre d'un festival comme Aurillac, ça boume.
C'est plein, tout le monde veut venir. On vit en état de grâce pendant trois jours, épuisés aussi.
Je fais 63 clientes. A mon habitude je note tout pour faire mes statistiques. On ramasse deux articles, 1 dans le Monde et 1 dans Libération + une émission sur Canal + , un article dans la montagne. Cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu de retentissement médiatique. cela donne confiance.
Rappelons l'équipe des acteurs : Catherine Fornal, Sylvie Lalaude, Gill Maurer Herde, Marie Leila Sekri, Goobie, Jacques Livchine, Bernard Goetz, Pancho, Marcel Djondo, et Hervée de Lafond + Sébastien Vion à l'accueil.
18/08/05
Il faut dire qu'en troisième heure, il y avait un groupe d'élus de la communauté de commune. Hervée qui ne reconnait pas le Maire d'Aurillac le surnomme "Canari" ce qui fera beaucoup rire.
19 août 2005
Très bonne séance. Hervée et Sébastien sont très en forme. Le jeu se fait bien.
20 août 2005
STATISTIQUES : 11 clients sont d'Aurillac. soit 16%
O% wawache
28% milieu artistique
15% enseignants
14% corps médical
O,O8% retraités
0,04% commerce (coiffeuse, hôtellerie)
Il reste donc 26 personnes soit 42 % qui sont inclassables
1 ingénieur
3 postiers
1 guide de randonnée
2 architectes
1 éleveur de chèvres
3 lycéennes
1 directeur de cabinet du Maire d'Aurillac ( Karine, son épouse )
3 animateurs sociaux
2 animateurs handicap.
1 employée France Télécom
Ce qui signifie que :
A) Les gens d'Aurillac fréquentent le festival. 16% ma foi.
B) Le festival In est surtout une occasion pour les professionnels de se voir les uns les autres
C) Le pourcentage assez élevé d'enseignants nous montre que le théâtre de rue comme le théâtre en général fait partie des pratiques culturelles du personnel professoral.
D) Le fort taux de personnel médical, médecin, pharmacien, psychologue, psychiatre est une bonne surprise. Ceux qui sont en contact avec les corps malades viennent se regenérer à notre contact.
E) On note l'absence d'étudiants, l'absence des politiques, des cadres supérieurs, des employées de maison.
CHARLEROI (HAINAUT) FESTIVAL BIS ARTS
28 au 31 octobre 2006

franchement, ils nous ont fait une belle affiche qui trône à l'Eden
Avenue Pierre Mayence. Charleroi. Ville à la décrépétitude avancée.
On nous dit d'ailleurs que les membres de la mairie sont en prison.
Le Business Hôtel est un "western hôtel". Le personnel se met en quatre mais est un peu déstabilisé, nous occupons 10 chambres au premier , 4 chambres au second étage, mais le salon est de plain pied.
Le directeur du festival est un passionné : Pierre Bole
Le catering se passe à l'Eden, excellent , avec des pâtisseries irrésistibles, du jamais vu.
Les pensionnaires
Mères maquerelles : Hervée de Lafond, Nicole Rivier
Petite réunion de compagnie.
Faut -il baisser le prix du spectacle donc le cachet des comédiens pour jouer plus ? Comment augmenter la jauge ? Faut il jouer plus vite ? Autant de questions. Gouby avec bon sens nous signale que si l'on baisse le prix du spectacle, donc les cachets et que l'on ne joue pas plus, ce seraient les comédiens qui seraient lésés.
Première séance de Charleroi
Public pas assez nombreux, mais très enthousiaste. les retours sont bons. L'accès aux passes poétiques et de 2 €

La mystérieuse chambre d'amour de Sylvie Lalaude.
Une femme me dit : c'est trop surprenant.
Feuille de route de la 106
Jacques fait remarquer aux différents reproches qui lui sont adressés de traîner, qu'il fait toujours et depuis toujours 6 Minutes par cliente.
C'est la nuit du changement d'heure. On danse sur la musique des Années 60 jusqu'à 2 heures du matin. je me dis , t'as 63 ans mais l'énergie de Mike Jagger, je cours comme MIke dans tous les sens et danse un rock avec Sylvie.
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seconde séance

Marcel attend d'entrer en piste
Il y a parmi les clients des gens égarés. Une femme arrivant de Paris et que le portier, Jo, précipite dans la salle d'attente.
Quand je demande à Bernadette de Chatou , une bonne soixantaine d'années, de prendre place dans le lit, elle hallucine, me dit qu'elle est claustrophobe, je lui explique que je ne vais pas la toucher en dehors de mots poétiques, elle dit qu'elle refuse de se coucher, car elle n'a pas sommeil.
Dorazo quant à elle, travaille dans différentes cantines. Elle est d'origine manifestement très populaire, elle aussi découvre avec stupéfaction la chambre transformée en alcove, et pour elle, pareil, il n'est pas question de s'allonger avec un homme, question de morale.
Nathalie est une commerçante qui réside à l'hôtel car elle est là pour la foire de Charleroi. Elle se laisse emporter, je devine sa forte sensualité par sa manière d'avaler mes mots. A la fin, elle me lance" ah si seulement mon mari savait me parler comme cela, mon juif de mari" . Qu'entendait elle par là ? Son mari est au bar du rez de chaussée.
Rosalie est institutrice , elle est venu avec son gamin âgé de 4 ans qui va faire rire toute l'assistance. Rosalie est d'une beauté à vous couper le souffle. Quand vous avez cette splendide jeune fille, allongée sur votre lit, et qu'il est 21 H 30 et que vous êtes déjà dans un état second, car dire de jolis mots pendant deux heures et demi, cela ne vous laisse pas intact, l'insensibilité dont doit faire preuve le comédien se fissure. Et quand je lui dis "laisse moi respirer longtemps longtemps l'odeur de tes cheveux", je suis au milieu de ses cheveux, et je m'enivre vraiment.

Les clients de la troisième heure, étaient très drôles, il y en a qui dit qu'il veut monter uniquement avec le faisan, allusion au chapeau d'Hervée .
Et voici mon tableau de route
A la fin, je suis exténué, je m'allonge quelques instants pour reprendre mes esprits, et aller au restaurant.
Troisième séance

photo interdite prise à travers la vitre du salon. On voit bien la ligne des clients qui attendent d'être choisis, et n'osent pas nous faire des signespour qu'on les prenne.
Enfin du monde. Clients très mélangés. Dans le salon c'est assez chaud l'ambiance, Hervée, alias Madame Renée, couvre la clientèle de surnoms ridicules, mais ça marche. Les clients savent à quoi s'attendre, mais c'est encore un choc pour eux, ils restent timides pour la plupart.
Mes 22 femmes
Et voilà, pas d'artistes, pas de médecins, une pharmacienne, des puéricultrices, des assistantes sociales, des employées des allocations familiales . C'est pour la plupart le contact premier avec le mot poétique. On les sent lointaines au début et peu à peu conquises par le pouvoir sensuel du verbe. Le personnel de l'hôtel est très amusé, nombreux sont les serveurs qui tentent l'aventure.
27 au 31 décembre 2007

style marathon : 3 séances par jour à 14 H, 16 H, 18H
Nous ne jouons pas dans un hôtel mais dans la résidence d'artistes des abattoirs récemment restaurés que nous inaugurons en quelque sorte.
Calais : nous y venons régulièrement depuis 2001, année de la soupe populaire et poétique.
Calais : cas unique , une scène nationale fréquentée par la population de la ville.
10 chambres :
Plusieurs de nos acteurs habituels sont pris au réveillon de Montbéliard d'où 3 nouveaux et nouvelles.
Liste des pensionnaires de Calais 2007
A l'accueil : Hervée de Lafond, et Nicole Rivier
CAS DE FIGURE UNIQUE / Il faut traverser la cour du Channel, pour rejoindre la maison close proprement dite.
Rien que les prénoms racontent le style de nos clients. On peut même dire que la séance de 14 H a été celle des veuves et des handicapés./
Evidemment, la rotation est moins rapide qu'ailleurs, mais dans la mesure où une pause d'une heure sépare les séances , ça passe.

Le couloir rouge qui mène aux chambres
les gens ne s'attendent pas à cette forme là , ils sont receptifs mais n'osent pas trop poser de questions. Dans ma chambre, j'ai même l'impression qu'ils écoutent les poèmes en pensant que c'est mon délire à moi. On le sent bien, ils ne connaissent pas Aragon, Cendrars ou Eluard, et c'est tant mieux, car ils écoutent.
le 27
Rien que les prénoms racontent le style de nos clients. On peut même dire que la séance de 14 H a été celle des veuves et des handicapés./
Evidemment, la rotation est moins rapide qu'ailleurs, mais dans la mesure où une pause d'une heure sépare les séances , ça passe.
Le couloir rouge qui mène aux chambres
les gens ne s'attendent pas à cette forme là , ils sont receptifs mais n'osent pas trop poser de questions. Dans ma chambre, j'ai même l'impression qu'ils écoutent les poèmes en pensant que c'est mon délire à moi. On le sent bien, ils ne connaissent pas Aragon, Cendrars ou Eluard, et c'est tant mieux, car ils écoutent.
Le 28 décembre 07
les places deviennent chères. Il paraît que le spectacle serait très apprécié.
J'ai tout de même encore quelques clientes d'une naïveté incroyable. Elles pensent que c'est une conversation que j'entame . ça donne :
-"la courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur ".
-c'est joliment dit !
" Un rond de danse et de douceur "
- Bien dis donc comme vous y allez !
"Auréole du temps, berceau nocturne et sûr"
- sacré gaillard, ah vous en avez de l'imgination !

La chambre de Gil Herde
Mon tableau de route :
Par moments on a le tournis, une espèce d'ivresse.
Les prénoms racontent les couches sociales : on a les Renée, les Jeannine, les Henriettes, et de l'autre côté on a les Bénédicte, Marine, Elisa
Cette mixité sociale est la marque spécifique du Channel.

Dans ma chambre un tableau de Kinshasa
On a fait un point avant de commencer pour que les couloirs ne dégénèrent pas, leur garder un mystère de maison close.
Et on termine par une présentation rapide de chacun, puisqu'il n'y a pas de programme et les gens ont envie de savoir qui est qui. Nicole se met à hurler qu'elle n'en peut plus de Sartkozy et que Bartabas a bien fait d'arracher les radiateurs de la DRAC. Le public très anti sarko applaudit et nous reprenons en choeur "Arrachons les radiateurs".
Je termine à genoux.
Le 29 décembre
Comme tous les spectacles sont à 3 €, les gens prennent des places sans savoir du tout de quoi il s'agit . Donc certains vivent des moments surréalistes : engueulade de la mère maquerelle, puis on vient les choisir pour les faire monter.
Tout l'après midi j'ai droit à : "on va où ?" . "qu'est ce qui se passe" "Pourquoi c'est si peu éclairé". Et qand je dis à la personne "allongez vous sur le lit" , je peux dire qu'il y a de l'étonnement dans l'air.
On n'a vraiment pas la composition sociologique du public habituel : infirmière, sages femmes, animatrices auprès d'handicapés, quelques enseignants. Mais aussi des commerciales, représentantes en produits ménagers, des secrétaires, des dames de service. Tu vois le choc : Louis Aragon contre WC Net. Parfois on sent un tout petit peu de BCBG, c'est l'orthophoniste, elle sent bon.
Les femmes défilent et cela donne le vertige de leur faire l'amour en mots :

Isabelle Sosolic. Photo Michel Vanden Eeckoudht.
Je connais mes six poèmes parfaitement, mais pour peu qu'un incident inattendu me trouble, je peux perdre le fil. (Exemple: le rideau de ma porte prend feu, avec Karine on fait les pompiers, la chambre est pleine de fumée). On a étéint, et on termine, j'aère copieusement. Comme tout le Channel est plein de feux partout, personne ne s'étonne.
A un moment je sens une femme en plein désarroi, très timide, très coincée, elle me fait comprendre qu'elle n'a jamais connu l'amour. Elle est très troublée et moi quasiment gêné.

Le dimanche 30 décembre 2007
Promenade dominicale de tous les Calaisiens. Enormément de monde. Il paraît qu'il y a eu des défections incompréhensibles à la seconde séance, sinon, les femmes se succèdent dans mes bras, les unes plus disponibles que les autres.
Certaines hyper frissonnantes et sensibles, d'autres plus froides, mais ce qui nous fait tenir à monter sans arrêt les escaliers, c'est l'étonnement de la cliente, et le moment où on lui dit "la passe est terminéeé et qu'elle en veut encore.
Parfois on tombe amoureux, c'est à dire que dans la pénombre, le visage de l'autre s'éclaire et que nous tombons dans une espèce de fusion étrange, qui ressemble à une espèce d'amour, mais heureusement en principe quand on se redressse et que l'on quitte la chambre, la vie matérielle et raisonnable reprend le dessus.
Tableau de route
Marche régulière. Intervalle de 8 minutes. Je n'ai plus le temps de noter les métiers. Le sommet de l'échelle sociale touchée , ce sont les ortophonistes.

Avec Danièle .
On a fabriqué quasiment une nouvelle fin pour ne pas se quitter trop vite, vu qu'il y a une pause de 60 minutes entre les séances, les douze acteurs se présentent, racontent une petite histoire et Nicole s'envole et s'emballe, le public est enchanté.

Dernier jour le 31...
Faustine avec son client.
Cent passes par jour. Nous sommes épuisés, dans un état bizarre.
L'effet des mots comme de la toxicomanie.
Minuit est frappé par 4000 scintillements
Tout cet amour qui coule à flots, je n'arrive pas à m'endormir.
Commentaire de Libération du 31/12/07
C’est l’heure des Chambres d’amour, avec les gens du théâtre de l’Unité, de Besançon. Une généreuse maquerelle en chapeau à plumes engueule tout le monde. On va être choisi, ou pas, pour aller faire un tour avec des dames et des messieurs en rouge, dans les chambres d’amour. «Il faut vous rendre excitants, pétillez, pétillez !» Elle donne un nom à chacun : «Poil de carotte», «le skipper», «le séminariste», «l’abruti», «la vierge Marie», «le ragondin», «la prof d’allemand»… Une petite chambre dans la pénombre, un lit sous des voiles, couvert de lucioles. «Allonge-toi !» dit le comédien. D’accord. Il s’allonge à son tour. «Mets ta tête là !» Ah, là, non. «Mais c’est du théâtre…» Au théâtre non plus, on n’est pas sommé de tout aimer. Il chuchote : «Madame, quel est votre mot, et sur le mot et sur la chose ? On vous a dit souvent le mot, on vous a fait souvent la chose.»
Bonimenteur. Retour dans la salle où la dame au chapeau à plumes distribue les compliments : «Le puceau», «le curé de campagne», «la randonneuse», «la strip-teaseuse»… Deuxième départ vers la chambre. Le comédien ouvre la porte sur un lit bleu : «Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères / Des divans profonds comme des tombeaux.» Annick, c’est la randonneuse, prof à la retraite. On lui a récité Baudelaire : «Un second degré très chouette.»
Haydée Sabeyran
Une belle lettre d'un client
Monsieur Livchine, Messieurs et Mesdames les comédien(ne)s,
Je suis journaliste, donc rompu à l‚écriture, mais c‚est la première fois que je m‚adresse à une compagnie de théâtre. Cette démarche trouve sa source dans un bouleversement. Depuis qu‚à Calais, j‚ai croisé votre route, j‚oscille entre émerveillement et questionnement. Ses sentiments reposent sur deux forts jolis ressorts : l‚art et l‚amour. Pris comme amour de l‚art autant qu‚art de l‚amour.
Je suis spécialisé dans les sujets culturels, sans doute les plus riches variations du champ médiatique. Mon travail consiste à écouter des albums, lire des bouquins, voir des films, assister à des concerts et rencontrer des artistes. En débarquant à Calais, j‚étais en proie aux doutes professionnels. Allais-je continuer dans cette voie ou changer de cap pour voguer vers des cieux plus rémunérateurs ? Je trainais ce mal-être depuis quelques semaines et espérais qu‚un éloignement pourrait m‚être salvateur. Aux « Feux d‚hiver », j‚ai donc pris des places pour tous les spectacles. Je n‚imaginais pas qu‚à l‚intérieur d‚une salle, je vivrais un satori.
En vous tous, individuellement et collectivement, j‚ai vu la passion, l‚humanité ; le souffle de vie en somme. D‚un coup, j‚ai redécouvert la raison profonde qui m‚avait fait choisir ma profession : l‚émotion. Depuis quelques années, mon activité s‚est recentrée sur les sujets musicaux d‚obédience pop-rock et electro. Ces disciplines artistiques sont évidemment émotiogènes, surtout si on y mêle l‚image, fixe ou mobile. Mais, à quelques exceptions près, on navigue dans des strates d‚énergie pure et éphémère. De votre côté, les prestations seraient plutôt du genre coriace pour la mémoire et la réflexion. En trente ans d‚existence, j‚ai écouté des milliers de chansons, vu des centaines de films et quelques dizaines de pièces. J‚y ai connu le frisson, les larmes, la joie, la communion des salles ou des foules, les introspections et prises de conscience. Culturellement, je pensais avoir tout vécu, effleuré le noyau. J‚avais tort. Avec « Chambres d‚amour », vous êtes parvenus à me toucher profondément.
La première fois, je suis monté avec Catherine. Je n‚avais pas la moindre idée du sort qu‚elle allait me réserver. Pendant quelques minutes, ses vers m‚ont léché la joue autant que l‚imagination. Ce fut très court, trop pour réaliser. Je suis donc revenu quelques jours plus tard. Comme le client contenté par une passe, j‚espérais rempiler avec cette pensionnaire. Ca ne s‚est pas passé comme ça, tant mieux. C‚est Faustine qui a écrit le chapitre suivant. Allongé, mon visage face à ses yeux verts, j‚ai siroté ses mots. Situation inédite, même avec la personne qui partage vos nuits. J‚ai été plus troublé encore que la première fois. Un instant, j‚ai cru que ses poèmes m‚étaient personnellement destinés. L‚action conjuguée du vert et des vers m‚a presque fait pleurer. Je me suis retenu. J‚ignore si j‚ai bien fait. Je me pose encore la question. À mon tour, j‚ai eu envie de lui réciter un texte, histoire de rétablir l‚équilibre. Par peur de briser le processus théâtrale, d‚outrepasser ma condition de spectateur et peut-être du ridicule, je me suis ravisé. Longtemps, je me souviendrai de Faustine. De ses yeux émeraude et de la manière dont les mots d‚Aragon coulaient de sa bouche. D‚ailleurs, c‚est drôle comme les éléments de l‚existence ont tendance à s‚emboîter. J‚ai toujours aimé le concept d‚absolu chez Louis. Je pense que, dans cette chambre du Channel, il y en avait une part.
D‚un point de vue personnel, je suis toujours marqué par l‚expérience. A un niveau plus global, je m‚interroge sur la nature même de la performance. Comment « aimer » plusieurs dizaines de « clients », sans y laisser un peu de sa santé mentale ? Est-il simplement tenable de témoigner de la gentillesse à quelqu‚un qui en a manqué ? Est-ce si facile d‚offrir des mots d‚amour à des personnes qui n‚en ont jamais entendus de leur vie ? Ne tombe-t-on pas parfois « amoureux » ? Par moment, n‚est-on pas confronté à des « spectateurs » dont le trouble est palpable ? Dans un monde idéal, j‚aurais aimé avoir des réponses. Mais peut-être serait-ce là fausser le jeu.
Je vous souhaite de continuer, de ne jamais vous détourner de votre route. Vous détenez une part de la vérité, c‚est incontestable. Comme l‚a écrit un jour René Char : « Impose ta chance. Serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder ils s'habitueront. »
Avec gratitude et affection.
S.
CAPDENAC. HOTEL DE PARIS
21 mars 2008
Dans le cadre du chainon manquant, invitation de "Derrière le Hublot" Fred Sancerre, Delphine et Karine.
L'équipe :
et Hervée de Lafond, Sébastion Vion
Le patron de l'hôtel s'appelle Samuel Poireau. Jeune et sympa.
Bien sûr, on a oublié une malle, celle de la déco des couloirs. Et il manque quantité d'accessoires à Goobie. Trente ans qu'on n'arrive pas à rationaliser notre dépôt de décor.
Il pleut, il fait froid. Conditions idéales pour s'abriter dans nos chambres d'amour. Public bien mélangé. Des habitants et des pros venus au festival.
Particularité : le café est le lieu de rassemblement des équipes de rugby, et de football. Ambiance, atmosphère.

Comme d'habitude, je note la liste de mes clientes
J'ai un nouveau Verlaine qui s'ajoute à Aragon, Baudelaire, Cendrars.
Toujours des scènes drôles : celle qui s'appelle George et qui a 78 ans, sidérée de ce qui lui arrive.
et les mêmes remarques : c'est beau, c'est agréable, encore un peu. Si mon mari me parlait comme ça ...
et une autre un peu excitée "j'espère que vous allez me caresser !".
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