Journal d'Arkhangelsk 2001

        

On pose pour la photo souvenir devant la gare d'Arkhangelsk  

On débarque de l'avion le 14 juin 2001          

Le jour est là 24 H sur 24 H, aucune trace de nuit.

partiales et subjectives , Notes Livchiniennes

Jour 1 :

La Vodka et le Perrier sont au même prix.

La ville est grande, très Union Soviétique avec ses monuments ses bâtiments et ses statues, avec une petite désuétude, et quelques supermarchés hypermodernes.

Mais c'est où ? Prenez une carte, pointez St Petersbourg, remontez vers le Nord Est, juste en dessous du cercle polaire, au bord de la mer blanche, et ça a y est vous y êtes

Et bien sûr quand à 1 heure du matin tu sens que le soleil va se lever, et que jamais la nuit n’est arrivée une seule seconde.

C’est aussi bien que l’éclipse, et puis il y a de l’espace.

Rayon de soleil à la sortie de l’avion, le groupe de danse de Panov danse, poésie, magie. Première promenade dans la ville.

Panov le terrible

Grande excitation.

Jour 2 :

Accrochages au petit-déjeuner, on s’énerve, sur les attentes et heures, les bus. Tu petit déjeunes là, mais ce n’est pas à l’hôtel, tu déjeunes là, à l’institut des mécaniques. Les cuisinières ont du charme, et les filles élancées au type finlandais, et aux jambes très jolies font du ravage chez nos garçons.

En intervention préparatoire du matin : les touristes, c’était compliqué, le fait de les faire en français, c’est un décalage, or ce qui en faisait la poésie, c’était le grommelot slave. Les pères Noëls font une belle prestation filmée par la TV, mais les rues sont vides de vie. Admonestation de la police russe en prime pour dérangement sur voie publique.

Inquiétude, devra t-on tenir dix jours comme ça ?

Grande fête avec les pops stars, elles couchent dans notre hôtel, délire. Décalage entre la star russe que nous trouvons hyper ringarde, et l’attitude des russes assoiffés de voir leur vedette et qui attendent des heures le stylo à la main. Petit jeu à la sortie de l’hôtel-- les paparazzis. Le repas prend de l’ambiance : Atabac se fait remarquer. On est invités à l’english club , boîte pour officiers de sous-marins, dehors la fête avec un feu d’artifice à minuit en plein jour, modeste comme un feu pour enfants acheté au supermarché.

Nous observons une bagarre, avec les filles qui s’y mettent et la police qui disperse.

Jour 3

Grosses pertes humaines dûes à la vodka.

Huit personnes seulement sur 18 de notre groupe se présentent au petit-déjeuner, et de se raconter une " after " chez des russes. 11 H petit espace devant un modeste supermarché, on se lance dans les masques. Il faut qu’Hervée plonge dans l’arène pour mettre sur orbite le style de jeu qui convienne, concentré et musclé. L’attroupement se fait sur des choses simples : le vol du sac, la gourmandise, un mari pour ma fille. Après la peur au ventre de l’échec, on respire ;

Jacques a perdu un verre de lunette, son moral est plus bas que la mer morte.

Laure et Nathalie se lancent, c’est leur première. Problèmes amoureux avec les interprètes, on se refait loft story, elle veut,

il veut pas il veut, elle veut pas,

elles ont vingt et un ans et mythifient ces pauvres médiocres de français, mais c’est vrai que les jeunes d’ici ont l’air falot. Les téléphones portables fonctionnent à 50 F la minute vers la France, d’autres parlent de la poste, ouverte jour et nuit pour téléphoner. C’est l’ouverture du festival pour les politiques, dans un théâtre assez beau, le théâtre moderne,

Victor Panov, le directeur a mis un beau costume qui brille mais est très antipathique avec nous, bon, nous avons revêtu nos costumes rouges, quelques passes drôles, mais malheureusement quelques dérapages vulgaires style je pousse le strip-tease trop loin, nous enfoncent. Dommage. Tous les groupes se présentent. La fanfare de Jo Bithume est très classe, et aussi un nouveau groupe Incognito avec deux énormes figures gonflables de belle allure. Il y a encore des énervements dus aux bus navettes après lesquels il faut sans arrêt courir.

Moi je souffre de trop manger.

Scène peu soutenable, deux femmes qui mangent à même une grande poubelle.

Des enfants de rue réclament du pain, on leur en achète (Nath et Céline pour 200 roubles) mais ils continuent de mendier quand même. Que penser ?

Le soir encore une soirée nuit blanche au club anglais. Fête française organisée par Cacahuète, fromage et vin français, plus sympathique que la veille. Overdose pour moi, Je vais vérifier " ma bal" ma messagerie. De 1 H à 2 H et demie du matin, je suis dans le centre Internet, où huit ados jouent toute la nuit à des jeux vidéos.

Je marche dans la ville, c’est déjà l’aube, on ne s’y fait pas, on a du mal à s’endormir.

Pas évident, l'organisation  

La révolte couve

Jour 4

Voyage prévu à Severodvinsk, la cité des sous marins. Pas de soleil. Personne au petit-déjeuner, dans ce grand palais des pionniers. Tu sais que le duty free était fermé lors de notre départ, je n’ai pas de cigares, je mâche des nicorettes, frustrant. Le rouble est à 0,25 F.

C’est loin cette ville qui ferme le soir, no mans land , les gens se rassemblent sur la place Lénine pour nous attendre. 500 personnes mais la place est énorme ; Départ de la parade, nous sommes en jaune. Atabac mène la danse, efficace.

Au parc de la culture,

bide effrayant

avec nos masques, ça ne démarre pas, pourtant la foule nous entoure sur les 4 côtés. Rater mieux, on a bien appliqué notre devise. trop de monde, pas un moment de théâtre, effrayant, 500 personnes, cela ne passe pas,

On se venge avec les pères noëls plus sympa, on grimpe sur un toit, Areski escalade la cheminée, belle image, en redescendant il s’introduit par la fenêtre dans une famille qui sort le champagne (mousseux) et est émue à l’excès, Sylvie pleure secouée :

Quand on quitte, on dirait les bleus après la finale du Mundial, nos supporters qui nous assaillent.

Repas infernal à 100 à la vodka, ça rend fou, on rentre dans un état festif total, dingue, on danse, on virevolte. Il faut partir, parce que la ville ferme le soir, on aperçoit entre les arbres les énormes bâtiments de l’armée où on fabrique les sous marins nucléaires comme le Koursk. La nuit ne vient pas, on reste tous ensemble à ne pas dormir jusqu’à plus d’heure, moi je vois les lueurs du soleil sur les murs vers 2H 45.

Il paraît que dans la ville où nous étions, on meurt vers 50 ans, problème de radiations.

Jour 5 : On fomente une révolte. Trop de potentiel pour peu de résultats. Le rendez-vous des compagnies a lieu juste après le déjeuner, dans les herbes folles de la cour d’un immeuble populaire. Cela chuchote de partout. Les interprètes sont inquiets. On reproche à Panov de ne jamais être là, de ne rien voir, de ne pas dire bonjour et de nous soumettre des horaires du matin où il n’y a personne. Faut dire aussi que le 18 juin est propice aux appels à la résistance.

17 H. l’Ecole Ste Odile Toutes les filles sont contentes, c’était fort, il y avait de l’écoute, du monde, Nathalie manque de se faire embarquer par la police, mais quelle idée de toujours vouloir rentrer dans les voitures de police.

Pendant ce temps, on invente des scénarios "masques" qui ne font pas l’unanimité, ce qui vexe etc.

On se prépare au cercueil.

Panov montre son spectacle " si t’es pas content, passe ton chemin " Chansons, danses, sympa, c’est son export, international.

Réunion juste après : il se sent mis en cause, parle des appréciations différentes de la liberté. On arrive à lui imposer un minimum de concertation.

On sort à 0 H 22, le soleil fait un petit tour de deux heures derrière l’horizon, les nuages sont roses, c’est exaltant, mais on dort mal, sauf ceux qui sont pleins de vodka et quasiment inanimés.

Les russes sont fascinés par la mise en bière; il y a de nombreux candidats qui veulent connaître la mort  

Les filles sont contentes de l'Ecole Ste odile  

On inaugure le nouveau cercueil

Jour 6

C’est acté, on a le droit de ne jouer que l’après midi. Donc le matin, tourisme, on va vers la sovietskaïa avenue dans la ville ancienne en transport en commun, via la gare. Beaux visages marqués, ambiance 1950. Maison en bois, troncs d’arbre sur le fleuve, enfants avec des nœuds dans les cheveux, c’est comme dans les livres d’enfants. Le temps est trop beau.

Alors soit on fait beaucoup d’interventions, avec un risque de manque de concentration, soit moins d’interventions mieux préparées. Un journaliste de Moscou, Arthur, veut nous voir jouer. Alors on va en faire trop.

Gill se sent blessée par les remarques sur le travail sur le masque, Hervée critique les continuelles nuits blanches incompatibles avec nos plans théâtraux. Jacques a envie de faire du masque, mais il y a encore une soirée brochettes.

On descend et on essaye le nouveau cercueil.

Jour 7

Explication avec Hervée. Il faut réinventer, passer à une autre vitesse, c’est un festival très dur, pas annoncé, pas de retour, comme si cela n’existait pas. On ne doit pas s’ennuyer une seconde.

Action Cacahuète : les slips. 30 personnes des différentes équipes marchent de l’hôtel à la statue de Lénine, en simples sous-vêtements blancs. Effet garanti. Les gens font semblant de ne pas voir. Il ne fait pas très chaud tout de même.

Toujours le même repas avec concombre, purée boulette, soupe russe et pain de seigle, je me régale moi, surtout qu’on boit soit du thé, soit de l’eau acidulée.

Après midi : les rouges à la Vaksal, c’est-à-dire à la gare, une belle gare, et les trains sont très longs et vont très loin, on a l’impression que ce sont des espèces de transsibériens,

les 18 vestes rouges font bel effet,

poèmes dans la salle d’attente, adieux et Areski qui s’envole sur les wagons. Personne du festival n’est venu regarder, bon, ce n’est pas grave mais tout de même, un peu. C’est bizarre, cela nous rappelle les tous débuts de la brigade dans le Paris Pékin.

Atelier masque le soir coupé par Panov qui nous invite de force à voir un orchestre russe. Quand on se couche à 2 H 30 du matin, on se dit que c’est tôt. Le temps est au beau fixe, mais 5°C la nuit.

Premier essai au croisement d’un chemin dans un parc, personne ne s’arrête, on traverse l’avenue, et là des jeunes filles de 18 ans au teint rose, veulent absolument essayer, Nathalie traduit, C’est pas mal, le cercle est épais, curieux, le principe fonctionne, restent les détails, les personnages.

Puis Ste Odile, pas mal, mais les pères Noëls faute de préparation se trompent de direction, et s’alourdissent d’une échelle inutile.

Céline a reçu un message d’Hassan et n’en peut plus, d’autres disparaissent pour téléphoner à la poste, on fait fonctionner Internet ;

La soirée brochettes, bon sympathique, mais cela tourne aux JMJ, (journées mondiales pour la jeunesse) disons côté camp scout, joyeux, on chante, tout le monde s’entend bien, tous ensemble, les groupes fraient.

Jo Bithume est allé jouer dans un village, de leur propre initiative, formidable paraît-il. Moi je suis de plus en plus insatisfait.

On a une opportunité fantastique d’être à 18 et d’avoir du temps libre, on transforme tout ça en centre aéré débile,

je crois qu’il y en a qui n’ont même pas fait quelques pas seuls dans la ville. Cela tourne dans ma tête.

Le bar dans l’hôtel est abominable, imprégnation totale, ça fait pitié de voir Sébastien trônant au milieu des ivrognes,

Il y a de la crise dans l’air.

Tout le monde réclame des autographes aux Français  

Qui est bon ? Nous ? ou le public ?

Jour 8 (le plus long de l’année)

On a décidé de jouer sur le marché (Vinok ) Othello et Desdémone, Parfois je suis morose, j’aurais eu envie d’une sorte de méga atelier pour progresser un peu partout, mais les matinées sont totalement consacrées aux récupérations, car les autres se couchent ou s’endorment vers 6 H du matin quand le soleil est déjà très haut dans le ciel, on n’a jamais vraiment ce qu’on veut.

Il fait beau, le marché est vivant, Hervée place les huit groupes de 2, le parcours est déterminé, ils ont quatre tours à faire,

la mort intervient à la fin du quatrième,

le public s’en donne à cœur joie, car il devine très vite de quoi il s’agit, il réagit, joue, intervient. Maintenant on sait placer les départs, il y a encore des écarts, mais on approche de la forme finale de cette action que nous mettons au point depuis dix ans. Le marché avec ses cornichons, ses poissons et ses shashliks est trop bien, on achète des chapkas, on y reste pour déjeuner, le soleil est généreux.

Sulfate, c’est le combinat, banlieue lointaine d’Arkhangelsk, pollué comme pas possible. Une sorte de lieu culturel année 1950. C’est par là qu’il va falloir jouer. L’horreur. On a mis les garçons au repos. On n’a pas envie de jouer.

La directrice de l’administration de cette banlieue vient nous faire un discours accompagné de cadeaux. Trop gentille. Cela nous motive. Okupamobile ouvre le feu, la foule les entoure.

On y va à notre tour avec Ste Odile et les cercueils. Le public, assez prolo, comme on disait dans le temps, mélangé, jeunes vieux, enfants, poussettes est assoiffé,

les yeux sont magnifiquement ouverts, comme les oreilles, c’est de la joie de jouer avec des gens qui ont un tel désir de te voir, de t’écouter, ça rit de tous les côtés.

Évidemment on termine dans les loges par l’éternelle discussion :

qui était bon ? Nous ou le public ? ou la relation entre les deux ?

Quoi qu’il en soit, on signe des dizaines d’autographes, comme si on venait de gagner la coupe du monde.

Je répète ma théorie qui affirme qu’un bon spectacle peut faire une mauvaise représentation, et qu’une bonne représentation peut exister à partir d’un mauvais spectacle. D’ailleurs très souvent quand le public est complice, les acteurs vont chercher les rires et succombent à la vulgarité.

Le groupe a droit ensuite comme récompense, au théâtre de marionnettes : représentation spéciale pour les français. C’est le délire dans la salle, cinq jeunes filles et un garçon encore élèves nous montrent 1 H 15 de travaux à partir des mains : technique époustouflante et la modestie qui va avec.

Minuit, Panov nous offre une promenade dans l’estuaire, le bateau appareille à minuit, l’heure du crépuscule, vodka d’Arkhangelsk à gogo, et butterbrot. Au lever de soleil, à 2H 30, c’est la folie sur le bateau. Nathalie me demande :

" dis- moi le pourcentage de filles russes qui ne draguent pas leur Français ? ".

Les couples s’enlacent un peu partout, des chansons sont hurlées. Une vraie fête de la musique.

Jour 9

Le matin, nouvelles mœurs, on consulte sa BAL (boîte à lettre de messagerie) et on commence les repérages des souvenirs. Cacahuète (4 festivals) connaissent les petits antiquaires bien cachés aux deuxième étage d’immeubles qui vendent des accordéons à moins de 200 F. On se passe les infos sur les différents caviars.

L’après-midi c’est clown sans frontière qui est au programme. On doit intervenir dans l’hôpital pour enfants.

Décidément, le théâtre est un moyen incroyable pour pénétrer le cuir chevelu de n’importe quel pays.

Nous sommes 7 : nez de clown et blouse d’infirmière, Marik nous a briefé sur la douceur à déployer. On nous donne un étage avec une dizaine de chambres. Quand on commence, l’accueil est assez tiède, ils nous craignent, sourient à peine, puis peu à peu la décrispation commence, ils sont tous adorables, ils ont entre 6 et 13 ans. Quand on termine, ça y est, nous sommes leurs amis. Bien sûr , il ne faut pas juger cet acte sur le plan artistique, nous nous adaptons aux situations. Les infirmières nous remercient.

Interview de télévision d’une heure. Le journaliste pose les questions essentielles, il s’appelle Serge Alibertovitch, sa boîte de production, c’est AMT. Nathalie se colle la traduction. On décide de ne pas aller à la cantine ce soir, mais au restaurant. On est déçus, décor moderne sans caractère, cuisine de même, et attente très longue digne de l’ex Union-- Soviétique. On rejoint Serguié dans sa maison, dans un quartier éloigné, et totalement à l’abandon, mais l’intérieur est chaleureux, sa femme faisait justement partie des marionnettistes extraordinaires, et lui aussi dans le temps ; Beau moment de chaleur et d’échange, mais je suis furieux de ne pas encore assez comprendre le russe, ça me tue, je m’endors.

Jour 10 Décidément, l’organisation du festival est de plus en plus déficiente. On n’arrive absolument pas à avoir le programme de la journée, notre interprète est amoureuse, alors, alors. ..Nous devons nous mettre en colère pour obtenir le planning de l’après-midi. De toutes façons, nous sommes morts - dix jours de BIT c’est trop exténuant, pas tant physiquement que sur le plan du ressort et de l’énergie de jeu. Fête du quartier Sollomiala, il fait encore et toujours un temps côte d’azur sans trop de chaleur Petits stands avec thé et jus de fruits, quelques grandes mères vendent des tricots et des napperons, le quartier est au bord de la Dvina.

Public bien mélangé. 4 interventions

Puis pique nique avec Cacahuète, sur la grande plage du bord du fleuve. Mais on rate le discours de Panov pour la journée du lendemain, Faut dire que c’était une fois de plus une info glanée par hasard. On arrive tous en retard histoire de dire notre désapprobation.

On se couche tôt (2 H et demi du matin)

On en profite, il y a du monde !  

On se donne a donf    

Grande fête de la ville qui a 514 ans

Jour 11 et dernier 10 H30 , rendez vous, nervosité, les rues vont être bloquées, c’est la grande fête de la ville.

On va faire les rouges chorégraphiés. On s’invente une série de huit figures et mimiques dans les loges avant de partir et on compte huit temps et tous les premiers temps, hop la figure. Les interprètes nous pressent.

D’abord c’est le défilé, il y a beaucoup de monde, nous défilons comme des vrais militaires, bien au pas, mais quand nous faisons nos oreilles de lapin, c’est assez amusant. On arrive sur la grande place Lénine, plein de groupes folkloriques, des discours, des danses russes, babouchkas en costumes traditionnels.

On nous donne l’ordre de ne pas bouger, une des mariées de cacahuètes, travesti, aurait embrassé un ministre, ce qui aurait mis Panov dans une colère extraordinaire.

Nous nous plaçons sur le devant et amusons les gens qui ne voient rien, play-back sur les petits chanteurs, minimes bêtises, on nous donne l’ordre assez violent d’arrêter, alors que vraiment nous sommes discrets.

La scène est offerte aux Français au final, tous les groupes s’agitent avec joie et énergie, le public (1500 personnes) semble heureux.

Panov remercie au micro tout le monde, mais tout le monde sait maintenant que Panov n’est là que lorsque la télé n’est pas loin. Nous apprécions de moins en moins son côté calculateur, et politique.

Branle bas de combat, l’opération bagages doit commencer dès cet après-midi, rapatriement de toutes les valises à la maison des officiers, pour un départ à 22H, on ne comprend rien, Il faudrait attendre 4 H 45 du matin dans la boîte de nuit…

Ordre, contre-ordre, on devrait jouer à 18 H 30 devant l’usine de vodka… La ville est pourtant pleine de monde, que faire ?

Finalement on décide comme dernière intervention de jouer avec Cacahuète les mariées. Ils sont une douzaine de mariés, on en rajoute 6, plus deux gros phallus.

Hervée n’est pas d’accord, mais elle n’a pas d’autre idée, Goobie s’aligne sur Hervée, hiérarchie oblige.

Moi, j’ai envie de me fondre dans un autre groupe, l’occasion est rêvée

Tout démarre par une bagarre dans le bus qui ne démarre pas, parce que l’interprète Wladimir veut qu’on attende, Pascal de Cacahuète est hyper énervé, il a envie de jouer tout de suite, c’est trop dur d’attendre dans le bus, sachant qu’on peut jouer sans déranger Atabak, alors il force la porte du bus et bouscule Wladimir qui revient pâle : " c’est toi qui l’a fait, c’est toi ".

Finalement on démarre, dès l’arrivée c’est la cascade de rires, on joue tous avec le public très enjoué, nombreux sont ceux qui sont imbibés. On est dans le style cacahuète, très carnaval, très rabelaisien,

nous Unité, à côté, c’est de la dentelle, Zicho s’éclate, mais des excités agitant des grandes tiges de brochettes nous poursuivent. Scènes de folie dans le tram et sur le tank , Pascal est heureux, Josy sa femme : " allez Pascal, on rentre " encore un peu Josy, je t’en prie ". Les couples de théâtre sont tous les mêmes.

C’est fini, remise de petits cadeaux aux femmes de chambres, affiches signées à la cantine, Pliage des bagages, qu’Hervée dirige avec maestria.

Grande nouvelle : l’eau chaude est revenue à l’hôtel, depuis huit jours toute la ville était privée d’eau chaude.

Une grand mère russe, Babouchka, on a joué pour elle, et c'était un grand moment de vie, voilà  

fascinante la Russie, comme cette femme.  

Alors la Russie ?

Le retour

Certains ne se sont pas couchés. Embarquement toujours folklorique . 99 français. À Moscou problème de douane pour un violon des Barbarins. Duty free très cher.Moi je note que Panov ne nous a pas dit au revoir.

Quelqu’un interviewe Hervée sur le festival : elle répond sèchement :" le festival était nul,

mais le voyage très bien "

Moi je reste enconvaincu qu’il fallait le faire, jouer ailleurs, élargir le cercle.

Tout n’a pas été fort, certes, mais quand c’était fort, cela rattrapait tout le reste.

Sur la Russie : c’est maintenant un pays avec magasins, concurrence et cie, elle s’aligne sur l’occident, gardera t-elle encore son âme, sa doucha ? Il reste encore pas mal de poésie tout de même. Mais la langue continue d’être magique, et Tchékhov continue d’être dans chaque pierre et dans chaque visage, et puis la pollution est au meilleur de sa forme, on ne respire pas, on ne peut pas se baigner non plus à cause des armes chimiques enfouies dans la baie d’Arkhangelsk.

J’offre à Edith au retour un magnifique pot de 300 g de caviar. Quelle belle fête en perspective, sauf qu’à l’ouverture du pot, l’odeur est épouvantable, tous ces magnifiques petits œufs devaient être pourris il y a déjà bien longtemps, c’est ça la Russie !

Alors ce voyage … peut- être bien un rendez vous raté quelque part, on n'a pas eu de vraies relations avec le festival, non plus avec les artistes russes, et même avec les Français, il n'y pas eu de profondes rencontres,

bon, ne faisons pas la fine bouche, et ne gardons que les moments de joie et de jubilations, il y en a eu tout de même...mais si, mais si.

Jacques Livchine

28 juin 2001