
UN BRECHT POUR MUGUETTE .
La tournée et ses petites histoires croustillantes
2000 à Montbéliard
Livchine joue le rôle du Maire de M. C'est la saga d'un adjoint à la culture qui se fait écarter à cause d'un projet Buren pour l'entrée de la ville. C'est la grande usine infiniment puissante. C'est l'arrivée d'un jeune énarque socialiste qui doit enlever la mairie. C'est la description sans concession des rituels municipaux. C'est aussi les jeunes et le haschisch, le racisme quotidien, l'univers des licenciements. C'est la description de l'abattement de la résignation des esprits. C'est une fresque. Et puis l'étincelle. Va t-on vraiment accepter ce monde qu'on nous impose ? Et si on se mêlait de ce qui ne nous regarde pas , et si on franchissait la ligne jaune ? Et si on se mettait tout simplement à vivre ?
Le théâtre a cette force de dire les choses autrement.
Une réalisation du théâtre de l’Unité sous la direction
de Jacques Livchine et Hervée de Lafond
Parole poétique, rêve politique
L'Unité est l'un des rares théâtres en France a s'inscrire dans la continuité du théâtre de l'avant-garde russe, un théâtre d'action, un théâtre d'utopie théâtre d'agit-prop, celui de Maïakovski, celui de Trétiakov qui avait aboli la dramaturgie
traditionnelle pour créer une forme unissant la parole poétique et le rêve politique, le rêve d'un homme nouveau, d'une cité nouvelle.
Les comédiens de l'Unité ont su montrer que le théâtre pouvait être a la fois un lieu de plaisir et de travail, de création et de réflexion, d'art et de vie, de fiction poétique et d'engagement dans la réalité la plus quotidienne. Ils ont su tirer le suc poétique et le sens politique de cette réalité. <
La domination par l’économique
On s'aperçoit alors que les systèmes de domination, depuis l'Inquisition jusqu'au Nazisme, jusqu'au Stalinisme, jusqu'au Mondialisme ne sont que les variantes historiques d'un même principe qui est la destruction de l'homme au nom d'une finalité donnée comme inévitable, d'une transcendance fictive, d'une raison supérieure inéluctable, inébranlable, immuable. Hier les maîtres du monde se referaient a une raison religieuse, politique, aujourd’hui ils font appel a la raison économique pour justifier leurs méfaits. Mais ce n'est toujours qu'un subterfuge, un alibi qui recouvre toujours le même principe d'exploitation, une exploitation qui passe par l'aliénation pour aboutir a la réification de homme, a la négation de l'humain.
Sur le local
C'est dans cette lignée la que se situe le travail de l'Unité, dont le point de vue local n'est jamais limitatif mais ouvre sur l'universel et transcende l'anecdote par le passage continu du particulier au général, du concret vers l'idée par emploi spontané de la synecdoque, la partie pour le tout un procédé largement mis en œuvre dans le théâtre et le cinéma russes d'avant-garde des années vingt, un procédé qui ouvre l’ ici sur l’ ailleurs , le réel sur le rêve, le quotidien sur l'utopie. Or, le rêve, l'utopie sont plus que jamais nécessaires au moment ou, sous l'effet d'un progrès perverti, d'un humanisme travesti, d'une démocratie devoir, la démocratie du plus fort , comme il est dit dans la pièce, le monde n'a jamais été plus près de sa ruine.
Le travail de l'Unité montre que toute action culturelle a une incidence politique, dans la mesure ou cette action est tournée non vers la consommation de mets esthétiques plus ou moins raffinés, mais vers la transformation de la cité.
Les critères artistiques
Cependant, les maîtres d'œuvre de l'Unité sont conscients que leur travail aura cet impact, cette résonance que s'il reste fidèle aux lois du genre, que s'il se développe selon des critères artistiques.
La principale qualité esthétique et morale, de leur pièce est ce que j'appellerai le tact au sens noble, au sens plein, au sens fort. Cette justesse du doigté apparaît dans la structure narrative, dans le rythme et dans l'alternance des scènes, dans le jeu des acteurs admirablement mené par Hervée de Lafond, explicatrice celle qui tire les rideaux brechtiens.
LA TOURNEE
12 JANVIER 2001 ELANCOURT
13 janvier 2001 ATHIS MONS
19 janvier 2001 LES ULIS . 23 JANVIER AU 3 FEVRIER THEATRE DES SOURCES à FONTENAY AUX ROSES (Hts de Seine) . 22 février 2001 CEBAZAT (63) . 22 mars 2001 SEYNOD (74) .27 avril 2001 . STRASBOURG 19 mars 2002 CORBEIL .19 mars 2002 . EYZINES (33) .19 avril 2002.PORT DE BOUC .20 avril 2002 . FOS SUR MER .25 avril 2002 . MARSEILLE .26 avril 2002. MARSEILLE .7 avril 2002. ARLES 30 avril 2002 HOMECOURT .

UN BRECHT POUR MUGUETTE
Ce qui suit est réservé aux spécialistes de la chose, c'est un domaine à part, ne vous y aventurez pas sans autorisation.
Les notes de Gérard Conio, professeur de littérature comparée à l’université de Nancy , après avoir assisté à la pièce.
Ces commentaires ont été publiés dans le journal Cassandre.