Calais 2005

Calais 2007/Les chambres d'amour


LA RUE EXTRAORDINAIRE. DEUXIEME EPISODE. PREMIERE PARTIE

CHOISIR UNE NOUVELLE RUE POUR 2004!

 

NOËL 2003

    

Sous toutes les coutures. recherche de la rue extraordinaire. Calais du 26 au 31 décembre 2003. Feux d'Hiver.

Equipe de 23. L'Unité, c'est à dire Hervée et Jacques, Goobie, Pancho, Catherine Fornal, Nathalie Mielle, Sam et Julie Guet, auxquels il faut rajouter les "eux et elles" 4 personnes, à savoir Emmanuel Letourneux, Nathalie Gal, Guillaume Manteau, Jacot Biederman, et 9 lycéens de la classe A3 du lycée Berthelot : Pierre Martin, Julien Gosselin, Fatima Tourabi, Camille Boulogne, William Adams, Lucien Fradin, Caroline Martel, Pauline Simonot, un prof de français, Jennifer Landri, et puis Sylvie Marchand, ces deux dernières déjà vues pour la soupe poétique. Notre régisseur du grand local mis à disposition c'est Benoît Hénon

Il s'agit de choisir entre huit rues prénominées celle qui se verra attribuer le titre de "rue extraordinaire" pour Jours de fête 2004.
Encore un exercice acrobatique car de plus tous les jours à 18 H 30, nous exposons au public ce qui s'est passé pendant la journée. Les quotidiennes ou rapport d'inspection.
Le concept est dangereux et limite.
la mise en valeur de gens modestes est toujours compliquée, il faut éviter l'amour de l'exotique, la mise en valeur des décalés complets, des trop pauvres, c'est à dire éviter le populisme et la démagogie.

 les patrons du St Eloi, Evelyne et Serge, charmants tous deux, on fait l'action des dormeurs chez eux. Le soir même ils seront au Channell.

Interville est suspendu comme une épée au dessus de nos têtes. Mais très vite on se dégage en évitant de mettre en valeur le côté concours, mais plutôt celui de recherche d'humanité.

Le nom de quelques rues :

le principe :

on part en inspection le matin.
Pêche aux mots aux images, aux regards, tests réactifs, l'après midi, on range, on expose on prépare une "quotidienne" ou l'art de raconter la matinée.

Toujours du nouveau, de l'angoisse.
On part de rien, et puis cela vient.

   

je rapporte ce bout de mur de la rue Van Grutten, trace de merveilleux urbain.
------------------------------------------------------------------------

L'idée centrale est simple.
On envahit les rues en question avec des images, ou des impostures, ou des brigades, et on note les réactions, l'accueil. Nous sommes suivis par des noteurs, des auteurs, des photographes , des grands reporteurs, des collecteurs d'objet.
L'après midi, on procède à l'épluchage de la récolte, photos, phrases, réactions, ouverture etc. une véritable usine bourdonnante

------------------------------------------------------------------------

* La rue Denis Papin aura droit à la brigade des pères Noëls,
* La rue Martyn à l'armée de l'art
* La rue des fleurs aux chansons Polaroïds
* La rue du bout des digues à la brigade des fées en goguette
* la rue Van Grutten à la brigade de zombies, et aux filatures secrètes.
* La rue verte aux chanteurs de rue
------------------------------------------------------------------------

Donc on vit des choses pas possibles,les pères Noëls rentrent chez les gens, on fait toutes sortes d'actions pour faire réagir des rues étrangement vides d'âmes mais remplies de vie derrière les fenêtres.

  Pancho et Catherine se la jouent chanteurs de rue et rapportent 10 Euros de la rue verte.

Mais qu'est ce qui nous sous tend ? Quelle passion ? Pourquoi cette énergie à aimer cette exploration géographique et humaine. Je m'interroge.

 

On va filer pendant plus de quarante minutes cette Peugeot, qui va se garer à Auchamp, rentre chez Brice, sort de chez Brice, la femme téléphone, on l'entend dire qu'elle n'aura pas le temps de.. (inaudible) et la voilà repartie sur l'autoroute pour une destination mystérieuse qui nous fait encore rêver.

Ce dimanche matin est infiniment triste, nos lycéens sont presque découragés,

on ira s'endormir dans le café St Eloi de la rue Van Grutten, mais le patron n'est pas dupe, il préssent un coup du Channel.

encore une Camille,un peu d'oxygène pour nous, Camille fait option théâtre avec Madame Mathieu à Berthelot. J'aime les groupes mélangés, différence d'âge, de métiers, etc.

C'est aussi épuisant que passionnant.  

 

Mais c'est nouveau alors c'est excitant. Les après midis on tire des photos, on monte des vidéos, on prépare des diaporamas, des petites mises en scène, d'autres installent l'expo.

A 18 H 30 , rapports d'inspection.

  

Les gens viennent,se pressent et se passionnent , cela me réchauffe le coeur, moi qui crois souvent que les artistes sont totalement coupés de la réalité. Mais ces moments de vraie rencontre sont rares. Evidemment, les gens sont concernés, mais ce n'est pas de la soupe TF1 que l'on leur sert, tout du moins, je le crois.

   La comédienne du groupe "eux et elles " Nathalie Gal, associée à nous, frappe aux portes et se présente comme australienne, pour expliquer la rue extraordinaire. Un certain Daniel Bulot vient lui offrir 52 mètres de dentelle au nom de la rue des quatre coins.
Le Channel, scène nationale de Calais, est très connu dans la ville et très populaire, ce qui est absolument exceptionnel sur le plan national.
D'habitude, on entend toujours les populations se racler la gorge pour exprimer par rapport à leur scène nationale un "c'est peut être bien, mais c'est pas pour nous".
Au risque d'en énerver certains je trouve que le ministère de la culture devrait décerner au Channel le titre de site pilote. .

------------------------------------------------------------------------
A la quotidienne du 29 décembre, l'émotion est à son comble, on rejoue en théâtre la scène d'une femme de 70 ans Marguerite Delplace de la rue des fleurs, qui éclate en sanglots retenus, pour dire sa tristesse d'être seule. "Je n'ai pas eu d'enfants, je n'ai personne", et elle rajoute :
Il n'y a que les murs qui ne se rencontrent pas.

Chaque membre du groupe raconte en public, ce qu'il pense de l'expérience. J'aime la concision des lycéens. Je leur avais prédit un abandon rapide, mais je me suis trompé.

Il est vrai que moi-même je ne sais pas pourquoi j'aime tant ce genre d'actions, honnies par les milieux professionnels du théâtre.
J'aime le côté illicite, rentrer chez les gens et cette recherche de pollen dans la vie de tous les jours.
Je sors ma sentence:

L'artiste est un voyeur, un voyant, un voyou".

------------------------------------------------------------------------
La fatigue monte.
Le 30 au matin, débat, bon , on n'en parle pas. Il ne faut jamais mettre ensemble des gens d'accord dans les débats, c'est trop poli. Les cousins et Jacques Bonnaffé et moi.
Toute ma journée va être ratée.
------------------------------------------------------------------------
Hervée revient de sa mission "fées" dans la rue du bout des digues dans un tel état de contentement total que cela me refroidit, et me déprime.

Ce qui m'atteint , c'est que toutes hurlent, c'était formidable ! mais sont incapables de nous transmettre la moindre émotion, le moindre charme de leur histoire. Et c'est dramatique. Parce que ce n'est pas "on a mangé des nems " qui est l'évènement du jour.
Bien évidemment, il n'y a rien à prendre de la vidéo, et les photos ne sont pas terribles.
Donc pour le soir, rien de vraiment fort à raconter ou d'assez drôle, la quotidienne va tourner à vide et au potache. Mais ce qui est important, c'est que la mayonnaise prenne auprès des habitants.
la salle est hyper pleine à 130%. les gens viennent voir, se passionnent, se positionnent.

 

Bien longtemps après la quotidienne ils regardent les objets collectés. Certains racontent des morceaux de vie, pleurent.
L'évènement est en train de nous dépasser un tant soit peu.
"Passionne toi pour des gens ils se passionneront pour toi"
Ce serait bien ma phrase du jour.

mais il faut déjà imaginer l'annonce des résultats, de ce soir.
J'ai peur que le concept de rue extraordinaire fasse des enfants. Puisque déjà on nous en demande une au Portugal en juin 2004. Tu le crois pas ? Hein.

 

On est déjà allés la voir, la rue da Velha au Portugal, à Santa Maria da Faira.
------------------------------------------------------------------------

Ce matin il neige, Mais la Féé Téran l’avait prévu, puisqu’elle l’avait dit en exauçant les vœux de quelqu’un qui voulait qu’il ne pleuve pas, elle lui avait affirmé, il ne pleuvra pas, il neigera.

Cinquième jour d’investigation et d’inspection des rues.


L'inspectrice titulaire Julie Jouvenot en action.

Nous voilà repartis ce 31, casques sur la tête, outils en main, carnets, jumelles, caméra, dans les deux dernières rues à départager : La rue des fleurs et la rue du bout des digues.

La brigade d’inspecteurs titulaires et stagiaires est assez performante, on récolte , on récolte.

   

Samuel Guet nous prépare des bons petits sujets vidéos.

On se retrouve à dix dans le salon d’une famille, plaisantant sur le nom du mari Hildefonse et de ces cinq filles.

La brigade spéciale « eux et elles » retrouve la Marguerite Delplace émouvante dans son appartement , où elle montre son hamac pour chat.

inspection à l'intérieur d'une maison de la rue du bout des digues. Une famille avec cinq filles, ça respire le bonheur.

Nous tissons avec passion des liens et des liens dans tous les sens. Nous sommes au cœur du vers de Rimbaud, j’ai tendu des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des cordes de clocher à clocher, des chaînes d’or d’étoile à étoile et je danse.

Hervée s'explique un soir en public sur ce que nous faisons :
ce n'est pas de la sociologie, et pourtant ça l'est, ce n'est pas de l'anthropologie, et pourtant ça l'est, ce n'est pas de l'ethnologie, et pourtant ça l'est, ce n'est pas du journalisme et pourtant ça l'est, ce n'est pas du théâtre,
et pourtant c'est le mélange de tout ça qui finit par faire théâtre, et peut- être même plus.

Même le Daniel du bar de la rue des fleurs un peu revêche la veille se confie sur son besoin de fête «on n’a même plus de majorettes ».

L’après midi , ça déreushe

4 points d’ateliers fonctionnent à plein temps .
* Tirage de photos légendés .
* Deux vidéos
* Un Mac pour l’écriture. Aujourd’hui c‘est le comble on a deux séances « quotidiennes » à monter.
18 H 30 et 22 H 30.

Dans les rangs des artistes, ça commence à craquer un peu en douceur.

 

Mais Julie se déchaîne écrit écrit écrit, ne s’arrête plus de produire. Même qu'elle nous rapporte une histoire de ce facteur qui confond sa droite et sa gauche, puisqu'il affirme que le gouvernement de gauche actuel, Raffarin et sarkozy n'est pas très gentil avec La Poste.

Goobie est passé à la vidéo, ses portraits seront applaudis, têtes marquées, têtes du Nord ravagés par le travail et l’alcoolisme.

On a été sévère avec la soirée de la veille au débriefing ça en a déprimé certains.

On fabrique un conducteur bien mené par Hervée.
Seule Hervée arrive à assurer l’épine dorsale avec sûreté garantie.
La salle se remplit vite, notre grand local débordant de vie et de photos, et d’objets récoltés.

La folie je te dis

Cela nous fait rire le Libé du jour qui met en avant Montbéliard et Calais.

On est devenu des vrais amateurs, ; on rit ensemble on s’en fout. Mais les professionnels nous rabrouent avec leurs regards critiques, alors on annonce d’emblée le caractère

« rater mieux »
de la soirée.

On navigue entre le génie et la nullité.

Je fais voter à main levée : "Ceux qui ne veulent pas voter pour la rue des fleurs ne lèvent pas la main". Personne ne comprend ce que je dis. Puis je procède au vote "banane". Que ceux qui veulent l'élection de la rue du bout des digues afficnet une banane. On compte les sourires.

Rue du bout des digues proclamée rue extraordinaire 2004.

Et puis en plein milieu des ébats du nouvel an, je place mon morceau tragique sur la sortie des indemnités de chômage de 250 000 personnes en France dont les intermittents.

Silence de mort. Je suis allé trop loin. Je m’en fous, je ne pouvais pas faire la fête comme si de rien n’était.

C’est vraiment mon obsession, la fête dans le désespoir, la fête du fond du gouffre.

On danse, on est échevelé, mais ce n’est que notre désespoir
mélangé de l’optimisme de voir tous ces gens formidables
Ces baisers qu’on n’osa pas prendre
Ces cœurs qui doivent nous attendre
Ces yeux qu’on n’a jamais revus


On termine par une chanson totalement débridée autour de Marie de la rue du bout des digues sacrée impératrice.

------------------------------------------------------------------------
Minuit.
C’est curieux, je regarde le feu d’artifice de minuit, ce déluge de feu, et rien, néant sur les vivants, rien ne se passe,
Pas de vie, rien,
J’en ai marre des feux d’artifice

On sort de notre salle surchauffée de chaleur humaine
Et le ciel s’embrase
Quelques personnes crient Oh. Ah.
Et tout le monde rentre chez soi.
------------------------------------------------------------------------

Deuxième acte de la rue extraordinaire, jours de fête 2004


Dans chaque brigade d'inspection il y a un service collecting. Les objets ainsi prélevés sont exposés. Genre.