Calais 2001. la soupe populaire et poétique
Le choix de la rue du bout des Digues en décembre 2003
La soupe populaire et poétique
Calais 2007/ les chambres d'amour

Rue extraordinaire
Le projet extraits d'entretiens presse plaques Musée de l'intime
25 et 26 septembre 2004
"Les jours de fête" de Calais organisés par le Channel sont beaucoup mieux qu'un festival de théâtre de rue. Ilotopie, Délices dada, Royal de Luxe, François Delarozière sont des habitués de l'évènement. Il y a en plus Kumulus, et d'autres spectacles. 8000 places vendues, l'engouement est réel, sans le côté grande foire accumulatoire. Un concept précieux. Si seulement d'autres scènes Nationales en prenaient de la graine, ce pourrait être une belle avancée.
Le local, c'est l'universel moins les murs .
J- 3

Les fabricants de nuage n'arrêtent plus. Ils en sont à onze nuages, ils doivent en sortir 30, ils en feront vingt sans doute. C'est Pancho qui a conçu les nuages, rotin + coton.


Hervée barbouille les fenêtres des habitants de leurs propres phrases, c'est l'attraction.
Moi , j'écris les plaques, je suis plongé dans le recueil d'entretiens qui fait 164 pages. (Merci Elsa Quinette) Je suis sidéré par la richesse des vies, le nombre de romans qu'elles contiennent.
A part les réfractaires, une dizaine de maisons qui ne veulent rien entendre, ne rien faire, qui sont bouleversées par le changement d'habitude et surtout les problèmes de parking, le reste des habitants joue le jeu.
Victor françois Machard, dit Abdul, nous prête l'usine de son grand père. Il a même rempli une pièce de whisky etc. pour que nous nous sentons bien.
Moi je m'interroge sur le sens de ce que l'on fait. En quelque sorte nous sussurons aux gens : vous êtes extraordinaires, votre rue est extraordinaire. Eux sont ravis de se retrouver au centre, ravis de connaître leurs voisins, ravis de voir leur rue transformée. Mais moi je me demande si c'est bien. Et pourtant, je suis au comble de ce que j'adore. M'exposer aux gens, à une population mélangée, il ya des médecins , des professeurs, des artisans, des ouvriers, des pharmaciens, des cas sociaux, nous faisons une espèce de troc, donnez moi votre matière première, et moi j'en fais une sorte d'oeuvre.
J'ai toujours envie de faire ma parabole de l'abeille : je butine, je ramasse le pollen, et j'en fais du miel. C'est ça l'art, un condensé, un concentré de réel. De l'Art ça ? C'est à voir diront certains.
Cette rue est un concentré de la France.
François Vanhem, le photographe me dit :
" la rue du bout des digues invite le reste du monde."

Ce sont nos poissons pilotes, ils sont de Calais, leur aide nous est précieuse. Paquito Bernard, Julien Gosselin, Sandra Garcia,Marie Bourgouin. Pascal Petit travaille au fond de l'atelier. D'autres jeunes vont nous rejoindre, Julie, Camille etc. Etudiante en médiation culturelle...

Hervée n'arrête plus, elle connait toute la rue. Elle s'est fait voler son escabeau. Elle a peur devant la montagne de tâches à accomplir.
J-2
Les gens ont les pieds bien campés sur terre. La croyance en Leroy Merlin est gigantesque.
Nous devons leur apporter un peu de rêve, d'imaginaire. Nous pénétrons le privé des existences, l'intimité, nous connaissons les odeurs de leurs lieux de vie. Nous tissons des liens perdus.
ENTERRER LES MORTS, REPARER LES VIVANTS
Bien sûr je doute sur ce que je fais, le théâtre dans le cadre, c'est tellement plus simple que le plein vent, tellement plus rassurant pour nos tutelles.
Là ce n'est même pas du théâtre de rue, mais comme avait dit Hervée , ce n'est pas de l'ethnologie et pourtant c'est de l'ethnologie, ce n'est pas de la sociologie , mais ça l'est, ce n'est pas de l'anthropologie mais ça l'est, ce n'est pas du théâtre et pourtant c'est du théâtre.
Hélène Latour m'envoie un mel :
"c'est beau ce que vous faites!
de la poésie avec le quotidien!
de la poésie humaniste qui permet aux gens de se regarder et de se trouver beaux! hors du commun! eux qui pensent qu'ils ne sont rien!
c'est le regard qui change tout!"
Je pourrai répondre que les gens ne pensent pas qu'ils sont "rien", ce sont des gens cultivés, très cultivés, très riches, mais ce n'est pas Nietzsche, ou Kant leurs fréquentations, ce sont les digues, les merlans, l'air, ou des passions de grenier, des collections.
Nos politiques feraient bien de faire un tour au bout des digues, ils verraient que la France qu'ils ont osé appelé "France d'en bas" n'est pas ce qu'ils croient. J'ai l'horreur des lecteurs du Monde et de Libé qui se croient au-dessus.
J -1
Hervée craque légèrement. "On n'y arrivera jamais, j'ai trop de mal à obtenir ce que je veux".
Moi je lui dis : travaillons le sens de ce que l'on prépare.
Voilà : je suis Tchékhov, j'étudie tel un enthymologiste à la loupe un échantillon humain, une rue, j'observe à quel point le bonheur est fait de petits riens. Cette rue de Calais, lorsque l'on soulève son couvercle, bouillonne de vie, d'histoires, de richesses, chacun ici tisse sa vie, mais ce qui manque c'est la vie ensemble. c'est clair.
ça y est les voitures sont dégagées . Les gens sortent, l'ambiance est en train de naître.
C'est là que nous jouons un rôle. Est ce encore du théâtre. Mais quelle importance me dit Bastien à table. C'est vrai, nous sommes "interstitiels".
Maintenant c'est aux habitants de jouer. Nous ne pouvons pas faire les choses à leur place.
J'ai préparé 48 plaques bleues. Hervée dit "elles sont moches". On rajoute du "boldo" bleu. Cela le fait. La tension monte. Les enfants de l'école maternelle sont venus déposer leurs dessins.
Martine Deyres filme tout, même les petits déjeuners dépressifs.

L'école de Musique sous la houlette de Jean Robert Lay répète la composition du directeur. Les élèves sont en face et jouent à la fenêtre de l'école de musique.

Xavier Juillot prépare quelque chose, avec lui, on ne sait jamais quoi
Briefing du soir
Tout le monde est là. Ils sont arrivés à 7 d'Audincourt. Sylvie Lalaude, Eric Prévost, Sebastien Dec, Marcel Djondo,Vahid Abay, Nathalie Mielle, Gill Herde, et Magali Jacquot est arrivée de Marseille. On a quelques poissons pilotes en plus.
Donc on ne pense plus à rien, on doit y aller .
Le grand jour
on se met en place, depuis le matin ça circule, ça lit , ça se promène.
A 18 H, déjà la foule s'amasse. 18 H 30, la rue est pleine, 90% des personnes sont en bleu. Au péage on ne vend que quelques foulards on en a préparé 3000.

On décide en dernière minute d'ouvrir le jardin secret avec un discours officiel. La maire adjointe à la Culture de Calais se prête au jeu.
Nous gérons bien le flux de monde. Des comédiens juchés sur des escabeaux jouent tous les quinze mètres les histoires de la rue. "Inconito" avec deux personnages gonflables bleus occupe le haut de la rue.
A 19 H 30 L'envol de ballon par toutes les fenêtres de la rue est réussi.

Les habitants allument à 19 H 35 comme prévu les chandelles qu'on leur a distribuées. La fumée ne monte pas car l'air est trop humide. Cela tousse un peu partout.
"La panika" fanfare pleine de pêche style manouche fait le final.

La maison N° 40 celle dite de la sorcière, a été mise sous vide.
Seul impair, l'acrobate "Tintin" qui devait intervenir sur camion nacelle se retrouve sans chauffeur. Les habitants ont joué le jeu.
Bon taux de satisfaction de notre part, du public, des habitants, du Channel et des professionnels présents. Patrick Bouchain, l'architecte que j'admire nous fait un beau compliment sur notre compréhension de l'architecture.
Il nous reste à confirmer l'essai Dimanche.
LE DIMANCHE
On entame à 7 H 15 on termine à 23 H 40.
Je suis comme saoul, saoul de tous ces regards surtout, saoul d'entendre les habitants me répéter inlassablement :
"c'est magique, cela ne sera jamais comme avant, c'est grand, c'est magnifique, on se regarde autrement, et dire que demain c'est terminé, mais non cela continuera, car cela ne s'oublie pas".

Pourquoi cela passionne t-il les autres rues de Calais ? On vient voir ce que l'on connaît. Chacun a les outils de décryptage, chacun se retrouve dans toutes les histoires.
J'ai l'impression d'être un osthéopathe, d'avoir su rééquilibrer la rue au niveau de la colonne, d'avoir remis en place certaines synapses et certains nerfs.

Le matin, les pyjamas qui apparaissent aux fenêtres, la brigade qui fait les majorettes, le service du café sur 500 mètres de long.

Pas de public, une histoire entre nous et les habitants.
Seul Bruno Mallet s'est levé, un malade celui -là, un vrai journaliste, qui observe, prend le temps d'analyser, toujours là. un partenaire, cette voix du Nord, et Nord Littoral est là aussi, je n'y crois pas. Quelle passion !
La brigade se donne, Marcel circule en patinette, le pot à sucre sur la tête.
A midi, les habitants nourrissent les 70 artistes . On va de table en table, du pain bleu, des gâteaux bleus, des assiettes bleues , des costumes bleus.
ï
Etonnant déjeuner, 700 personnes sont à table.
Partout le même accueil. Je me goinfre de veau en gelée, d' excellents gâteaux. y a soleil.
15 H On se croirait sur les champs élysées, les gens montent et descendent la rue, la foule est moins compacte, ils font du lèche maison, lisent toutes les pancartes, et plaques.
Les familles sont souvent sur le pas de la porte et reçoivent.

Assis à une table, parce que la Panika s'est mise à improviser saxo- accordéon, je lâche une larmette, et je me dis : c'est ça qu'on a envie de vivre et de faire vivre.
voir les gens ensemble, bien ensemble, de toutes conditions.
On casse l'ambiance avec"" nos miroirs" et leurs phrases métaphysiques "est- ce que je saurai quand je serai mort" ?

La traversée de la rue par le poète- grimpeur Antoine est splendide.
Hommes bleus, chorale, branle (toujours problématique) problème d'espace, pourtant on joue avec rythme.
Julliot sort une manche à air sur le toit de l'école de musique.

Quand en fin de journée le bateau Amistad remonte la rue, c'est de la belle l'image.
Le spectacle n'est pas tout à fait adapté à Calais, ça fait un peu théâtre et trop explicatif pour ici.
Mais nous sommes sur un nuage depuis ce matin, on joue avec routine le texte écrit.
L'explosion est jouissive.
Le Channel vit mal ce final, oui, il aurait peut- être fallu faire du cousu main, une sorte d'adieu et d'aubade finale à la rue, faire exploser le bateau, mais autrement, rappeler que dès le lendemain on descendra des nuages et que nous retrouverons notre terre-poudrière, on eut pu, on l'a pas fait. C'est vrai, on aurait pu faire de l'Amistad un final qui sans abandonner quelques grandes des idées généreuses soit plus centré "bout des digues".
Parce que le débriefing du matin nous mettait en confiance totale, et quand tu fais ce genre de choses, tu ne dois jamais être en position de "gagné d'avance".
Nos jeunes lycéens et étudiants avaient une magnifique énergie regénérante.
Démontage des nuages, rangement, une tonne de poubelles, de tasses à café, de verres, de vieux papiers, une semaine de vie où tu ne sais plus le jour et la nuit, où les nouvelles du monde te passent dessus, où tu vois Jacot , le cattering, qui s'assied sur sa chaise au bout de l'épuisement. Peduzzi et Marianne qui foncent d'un lieu à l'autre, même le réveil ils y étaient.
Et moi j'ai épuisé ce que j'ai à dire sur le Channel, ce serait de la rengaine.
J'aurais voulu que l'équipe de "hors les murs" envoie des observateurs, que les journaux nationaux soient vraiment là pour voir qu'une scène nationale et des artistes sont encore capables de s'adresser à une ville toute entière, et la remuer.
Oui les lieux de culture, ouverts, sont les espaces verts de la pensée, ils font respirer les villes, les arrachent à l'étouffement.
fin du récit.
Vous pouvez consulter ci-dessous en annexe la presse, le texte des plaques, des extraits d'entretien.
des réactions
(carte postale de Paris le 2 octobre)
Jacques, toutes et tous, la rue extraordinaire, c'est bien la plus belle et la plus juste des choses vues cette année !! Merci
Patrick Bouchain
lettre de Julien Gosselin, poisson pilote.
Ce matin je suis rentré dans la cour du lycée et je me suis dis qu'on ferait bien de le rendre aussi un peu moins ordinaire.
Je n'écris pas ce mail entre un boeuf bourguignon et un cours de philo pour me lamenter benoitement sur ma condition immonde de lycéen déprimé, mais plutôt pour vous montrer à quel point vous m'avez rendu heureux.
Comme quoi il est possible de plaire à un adolescent boutonneux de 17 ans et demi, parce qu'à cet âge là, 6 mois ça compte, et qu'on peut lui arracher des sourires en l'habillant en rouge et on l'exhortant à la connerie, pas si conne. J'ai été content de rater, et j'espere que je l'ai bien fait.
Je pris, non pas Dieu, mais Francis Peduzzi de vous reprendre l'année prochaine au feux d'hiver, précisément meme dans 1 an et 3 mois, parce quà cet âge là, 3 mois ça compte...
Je sais toujours que je serai un artiste. C'est cour comme mot, c'est vague, c'est con, ils disent tous ça à cet âge là...
Mais je suis encore plus sûr, parce que l'art c'est AUTRE CHOSE, et que je sais qu'avec vous ce le sera toujours, autre chose.
Merci à tous de m'avoir fait VIVRE, enfin, pendant une semaine...
Je crois que Gaston avait raison : une marlboro light, une kro, et un ptit chocolat ça suffit au bonheur...
Voilà, c'est tout.
A bientôt goobi, roi jimenez del sansho de cuba de fajitas, catherine fornal, jacques livchine, Hervée De Lafont et tous les autres...
A bientôt jps noires, camel souples, nicorettes, havanes, gauloises, et toutes les autres.
A bientôt parce qu'il faut arrêter d'écrire, les larmes vont couler, le boeuf bourguignon mal se digérer, et le petit Julien aurait vite fait de tomber dans un drame bukowskien...
A bientôt et Merci.
Merci.
Merci.
Julien Gosselin

Lettre de Thierry d'Atabak en réponse à la question : pourquoi Aurillac et Chalon attirent tant de presse et de pros et pas Jours de fête de Calais ?
Pour ce qui est de ton interrogation, je te dirais que c'est surement parce que le ministre s'en fout royalement que "Jours de Fête" se porte si bien.
JdF est une rencontre directe entre les artistes et le public (vous en êtes la preuve vivante, comment faire plus proche que votre spectacle, j'ai loupé la rue du bout du quai, mais je me souviens très bien de la rue Newton). Qu'aurait-on à y gagner à avoir quelques culs serrés du ministères pour venir nous expliquer à quoi doit ressembler la culture populaire ?
Et les médias ? Pourquoi voudrais-tu que TF1 vienne filmer la preuve que le spectacle vivant ne se vit pas au château et que le véritable artiste n'est pas celui qui est sauvé par le public par SMS? Est-ce qu'ils vendrons aussi bien à Coca-Cola des cerveaux suffisamment ramollis pour recevoir la pub après ça?
Quand bien même les médias s'y intéresseraient ?
Ils montreraient que les calaisiens peuvent être heureux et faire la fête même si la ville est économiquement sinistrée. On y découvrirait que le MEDEF n'a pas réussi à tuer l'art vivant et que les empêcheurs à oppresser le peuple tranquille sont toujours debouts. On constaterait que les hordes barbares de réfugiés chassés par la démocratie US et l'économie de marché de leurs terres n'ont pas mis le pays à feu et à sang et que la solidarité résiste encore dans ce petit village gaulois.
Je sais bien que le Channel s'épuise à faire vivre ce festival, mais il vit ! Il vit pour les artistes et les spectateurs, pas pour la seule gloire du grand manitou Didier Fusillier qui avec Lille 2004 a préparé pour notre région une immense friche culturelle: il n'y a plus un rond pour la culture et pour faire vivre les structures montées à grand coup de copinage ! Je fais un pari avec toi si tu veux: je suis sûr que le Channel survivra à pas mal de maisons-folies !
Au fait, Jacques, juste un indice: le maire de Calais est aussi député européen, mais c'est surtout un communiste. Est-il politiquement correct de dire de nos jours qu'un autre monde que l'ultralibéralisme est possible ?
A bientot, et embrasse toute l'équipe de ma part et de celle d'Atabak.
Thierry
(Il y a surtout la voix du Nord car ils ont un site, il y avait aussi Nord Littoral qui a bien couvert l'évènement.
Rue extraordinaire
par Bruno MALLET
L’acupuncture selon Jacques Livchine
La rue du Bout-des-Digues s’habille en bleu, ce soir, pour l’inauguration à 18 h 30. Un moment magique, que l’on devra à Hervée de Lafond et Jacques Livchine.
IL Y A trois ans, Jacques Livchine et Hervée de Lafond étaient prêts à tout arrêter. Le premier a créé le théâtre de l’Unité en 1968. La seconde l’a rejoint quatre ans plus tard. Ils étaient prêts à mettre un terme à plus de trente ans de carrière, parce qu’ils ne savaient plus comment faire pour défendre leur vision du théâtre. C’est le Channel qui les a relancés, en leur proposant l’idée de la rue extraordinaire. Ce fut, il y a deux ans, la rue Newton. Ce sera, aujourd’hui et demain, la rue du Bout-des-Digues.
Jacques Livchine et Hervée de Lafond sont encore là. Hier matin, dans le jardin à peine défriché de l’ancien relais de poste de la rue du Bout-des-Digues, Hervée de Lafond commence à installer le Musée de l’intime. Elle extirpe d’un carton un paquet de vieilles photos jaunies : « C’est Ginette qui nous les a données, explique Hervée. Elle n’habite pas la rue, mais ses parents se sont connus au n°8 ! » « Pfff, on ne sera pas à la hauteur, on ne sera jamais à la hauteur des gens... » C’est Jacques Livchine qui soupire, il est ému, déjà, et semble dépassé. « Tout se passe trop bien, c’est mauvais signe. Pour être bons, il faut des difficultés... »
Après trente ans de travail commun, le duo fonctionne ainsi. Hervée, les pieds sur terre, les mains dans le cambouis, semble la plus rationnelle. Jacques Livchine, lui, est un rêveur pessimiste : « Il ne faut pas que ça aille, il ne faut pas s’exciter, c’est s’exposer à la déception ! »
Rater mieux
La grande affaire de Jacques Livchine, c’est le « rater mieux ». « Dans cette discipline, on est les meilleurs de France. On rate toujours, mais plus ou moins. »
On saura demain si la rue du Bout-des-Digues sera « ratée mieux » ou pas. Mais on sait déjà que le projet tient au coeur d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine, comme un aboutissement de trente ans de travail : « On constate que ce qui prime, c’est le bonheur individuel au détriment du bonheur collectif, commence Jacques Livchine. L’objectif de la rue extraordinaire, c’est de remettre le vivre ensemble au goût du jour. Les gens de la rue Newton continuent de vivre ça, puisqu’ils organisent encore, deux ans après, des repas ensemble. Ce contact-là, on le provoque à l’échelle d’une rue. Ce qu’on fait, c’est de l’acupuncture : quand tu piques la ville en un endroit, tu fais du bien à toute la ville. Avec les Jours de fête, le Channel l’a compris : il fait respirer la ville. Ici, il y a plein de gens qui n’y ont jamais mis les pieds, mais ils le connaissent et ils lui sont reconnaissants. La culture, c’est l’espace vert du mental. Et ça coûte moins cher que les fleurs ! »
Aujourd’hui, l’espace vert dont parle Jacques Livchine sera bleu. La population de la rue du Bout-des-Digues, derrière ce magnifique duo, s’est unie pour, ensemble, « rater mieux. »
Hier matin, Jacques Livchine croise une habitante. « Ce serait mieux, madame, que vous ne veniez pas ce week-end, car vous serez déçue...
» Tout à l’heure, des milliers de Calaisiens en bleu lui donneront tort.
La rue du Bout-des-Digues s’apprête à vivre les deux jours les plus fous de son histoire
Tous en bleu !
Depuis le début de la semaine, l’équipe du théâtre de l’Unité, emmenée par Hervée de Lafond et Jacques Livchine, a décoré la rue du Bout-des-Digues, et a installé son atelier au n° 108.
À 18 h 30, l’ensemble de la population calaisienne, et du monde entier, est invité à l’inauguration. Rappelons-le, l’entrée est gratuite, pourvu que vous soyez habillés en bleu. Bleu nuit, bleu pâle ou bleu marine, peu importe. Certaines dérogations pourront très exceptionnellement être accordées, notamment aux personnes étant dotées d’une paire d’yeux de couleur bleue.
Demain, un premier rendez-vous est fixé à midi. « Le monde entier est invité », annonce le programme, pourvu que chacun amène son repas. Un pique-nique qui précède le gros du spectacle, puisqu’il est prévu de « petits délices artistiques et spectaculaires », de 15 h 30 à 18 h 30. Sont annoncés les Urbanologues, des marcheurs qui ne touchent pas terre ; Xavier Juillot, un spécialiste des structures gonflables, qui transformera quelques bâtiments ; Tintin, dont la seule chose que l’on sait est qu’il s’appelle Tintin et qu’il vous fera lever la tête. Il y aura aussi une fanfare dénommée la Panika, et une chorale appelée Voix de garage.
Et puis il y aura des musiciens de l’ENMD qui seront aux fenêtres, le directeur Jean-Robert Lay (décidément très sollicité durant ces jours de fête) ayant même composé deux chansons pour l’occasion.
Il y aura des choses à voir partout, des photos, des pancartes, des décorations, des surprises.
Et puis il y aura le Musée de l’intime, caché dans le Jardin extraordinaire. Des objets, des souvenirs, confiés par les habitants de la rue y seront exposés, qui racontent des petites histoires banales ou tragiques.
Et pour clore l’après-midi, un spectacle pyrotechnique, et la traversée de la rue par... un bateau.
Le monde est bleu
3000 personnes environ (presque) toutes habillées de bleu ont convergé vers la rue-du bout-des-digues, la rue extraordinaire et ce n'était qu'une mise en bouche
ça y est elle est enfin extraordinaire, cette rue. Hier, bien avant l'heure officielle de son inauguration, les Calaisiens et Calaisiennes se pressaient aux quatre coins d'accès pour voir d'un peu plus près cette rue du bout des digues. A l'entrée des membres du théâtre de l'Unité jouaient les ouvreuses : yeux bleus ou habits bleus entraient gratuitement, les autres moyennant 1 € se voyaient offrir une écharpe bleue servant de Sésame.
Au premier coup d'oeil, oui, elle était extraordinaire, cette rue. Des nuages bleutés, accrochés entre les toîts, faisaient la nique à ceux, gris, qui menaçaient plus haut. Efficace, il n'aura pas plu de la soirée.
On se pressait à l'entrée du jardin extraordinaire, on contemplait l'école de musique transformée en hovercraft, on écoutait les élèves jouer de la musique aux fenêtres, et les fées foldingues conter les petites histoires de la rue. Et jacques Livchine, avec sa fougue et son accordéon, chantait d'une voix terrible l'histoire du N° 38. Puis deux coups de canon ont retenti. Au premier une nuée de ballons bleus a rejoint le ciel gris. Au deuxième, des feux d'artifice tirés devant chaque maison ont embrasé ses trottoirs. Une fois la fumée dissipée et les toux calmés, une joyeuse fanfare a traversé l'ensemble de cette rue. Dans les garages, au pas des portes, les habitants offraient des coups à boire à qui voulait bien, hier soir tous les bleus étaient leurs amis. Et ce n'était qu'une mise en bouche : demain on remet ça dès midi, sans contrainte monochrome on en verra de toutes les couleurs.
Bruno Mallet . voix du Nord .
Dimanche
C’était la rue du Bout-des-Dingues
La rue du Bout-des-Digues, où se sont pressés des milliers de Calaisiens dimanche, ne sera plus jamais comme avant. Les Jours de fête et le théâtre de l’Unité sont passés par là.
Tout a commencé à huit heures, par un réveil en fanfare. Les habitants de la rue, le cheveu bleu et la gueule enfarinée, se sont réveillés de bonne grâce :
les fous furieux du théâtre de l’Unité leur apportaient croissants et cafés chauds jusqu’aux fenêtres du premier étage. Ça a continué par un repas partagé tout au long d’une rue encore bleue de monde, car le monde entier y était invité. Ils étaient fiers, les habitants de la rue du Bout-des-Digues, du Bout-des-Dingues. Et l’après-midi, ce fut un crescendo dans le délire. La magie n’a pas opéré tout de suite, la foule se demandait par où il fallait regarder, s’il y avait quelque chose à regarder. Puis ici, la fanfare de la Panika s’est mise en branle, là, la chorale des Voix de garage s’est mise à donner. Durant les temps morts, on s’offrait une barbe-à-papa bleue, une visite au musée de l’intime, ou une lecture de ces plaques, sur chaque maison, qui révélaient que le banal de nos vies n’était rien moins qu’extraordinaire. Ensuite, les déjantés de l’Unité ont organisé le Branle, n’importe quoi pourvu que ce soit joyeux et pas fait n’importe comment. Puis un homme des Urbanologues associés a entrepris de traverser toute la rue sans jamais mettre le pied au sol. Il fallait bien l’aider, parfois, mais ses évolutions le long des corniches étaient magnifiques, aériennes. Et un bateau a fait son apparition, a vogué tout au long de la rue, suivi par une procession immense et radieuse. Pour finir, ce bateau qui brûle, qui explose... Tout s’est terminé là, vers 19 heures. Et pourtant, cette rue du Bout-des-Digues continuera d’être extraordinaire, pour toujours.
Bruno MALLET
Interview
Francis Peduzzi, directeur du Channel
« Il existe un tel appétit... »
La Voix du Nord : Avez-vous apprécié ces Jours de fête ?
Francis Peduzzi : « Les premiers échos que je reçois de la part du public sont très favorables. Son adhésion est de plus en plus forte. Il existe un tel appétit, une telle disponibilité des gens pour cette manifestation ! On peut les amener dans les histoires les plus invraisemblables, ils nous suivent avec une grande confiance. »
Et votre point de vue de spectateur ?
« Je n’ai pas encore assez de recul pour juger les spectacles. Mais bon, la Symphonie mécanique est absolument fantastique. Là, elle part dans d’autres villes, mais je suis sûr qu’on peut continuer son histoire, ici, à Calais. »
Des choses vous ont-elles déçu, déplu ?
« Je suis déçu par le manque de public au Fort-Nieulay pour les trois spectacles de KompleXKapharnaüM. Je m’attendais à mille ou deux mille personnes par soir, il y en a eu deux cents. Il y a un genre de frontière, que les gens du Fort traversent beaucoup plus facilement que, dans l’autre sens, ceux du centre-ville. Mais l’histoire qu’a vécue KompleX est passionnante, et il fallait l’engager. Sinon, je trouve que l’omniprésence du logo de Lille 2004 sur les façades du Fort-Nieulay avant le feu d’artifice était vulgaire. Et que le final de la rue extraordinaire était un contre-sens, ce qui n’enlève rien à la beauté de ce qui a précédé. »
C’était mieux que la rue Newton ?
« La rue Newton a eu la chance d’être la première, il y avait la surprise de la nouveauté. Il n’y avait pas moins de choses rue du Bout-des-Digues. À certains moments, ça manquait peut-être de rythme, il y a plein de choses à améliorer. La rue extraordinaire, c’est devenu très important, comme un événement dans l’événement. En tout cas, je suis très admiratif du travail de l’Unité, de Jacques Livchine et Hervée de Lafond. Quand j’aurai leur âge, est-ce que j’aurai la même énergie ? Maintenant, il faut réfléchir : y aura-t-il d’autres rues extraordinaires, y aura-t-il d’autres Jours de fête ? »
Pardon ?
« C’est une question à toujours se poser, toujours s’interroger sur la manière de continuer. Mais on dépend aussi de choix politiques.
Je souhaite réunir tous les partenaires publics pour voir comment on peut continuer, avec quels moyens. Les Jours de Fête, c’est 800 000 euros de budget, c’est un minimum. En 2006, on veut faire venir le nouveau spectacle déambulatoire du Royal de Luxe, sur Jules Verne. Ça s’annonce gigantesque, le plus grand spectacle du monde. Ce serait dramatique qu’une histoire qui a commencé à Calais il y a dix ans ne s’y poursuive pas. Je crois très sincèrement qu’il doit y avoir une prise en compte plus importante de la manifestation par l’État, la région ou le département. Les Jours de Fête, comme les Feux d’hiver, méritent plus d’égards. Le Channel est l’une des scènes nationales les moins dotées de France, mais on est celle qui est la plus connue par sa population. Tout le monde parle de fracture culturelle, de démocratisation culturelle. Il me semble que depuis dix ans en ce domaine, on a expérimenté et posé des choses intéressantes. »
B. M.
30 plaques racontaient quelques petits gestes extraordinaires.
Les plaques ont été remises à leurs propriétaires
texte des plaques de la rue du bout des digues
(N° 3 )
Dans cette maison habite Julien Clerbout, 80 ans, qui en tant que pompier
a habillé plusieurs voisines qui étaient décédées
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
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(N° 8 )
C’est à cet endroit précis que Dino a eu un coup de foudre pour Violette en 1921
Le fruit de leur amour s’appelle Ginette
Rue du bout des digues =rue extraordinaire``
(N° 13 )
Ici, au numéro 13 réside la famille Famille Godwin
173 ans à 5 . Anne à vingt ans est allée en Inde et a revu l’orphelinat qu’elle a quitté quand elle avait dix huit mois.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 18 )
Dans le grenier de Roger, N° 18, il y a un TGV qui tourne à vitesse proportionnellement réelle.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 22)
C’est juste en face que la femme de David a retrouvé son professeur d’économie : elles se sont dit que le temps avait passé.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
Au N° 28, un jour, la douche a fui pendant qu’il y avait des invités bien habillés
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
N° 33
Ici habite Patrick qui a aidé Monsieur Gislain malade à rentrer son bois, s’est occupé de la tante de son voisin, a refait la chambre de Jean -Paul est devenu copain avec Mr Masuy qu’il a rencontré à Leroy Merlin.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
C’est ici au numéro 34 qu’ils étaient trente pour les quarante ans de Catherine qui a reçu quarante cadeaux.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 36 bis)
Derrière ces fenêtres on s’aime et on s’embrasse toute la journée, c’est la maison de l’amour
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 36 )
C’est dans ce garage que Laurent et Marie- France ont vécu les plus grands moments de leur vie.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N°42 )
Dans la maison de Dorothée, un jour le courrier a dépasse de la boîte à lettre , alors les voisins l’ont monté chez elle
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
N° 43
Ici Mathilde Vanhoutte ,dix ans, a dit à ses parents que c’était sa maison, pas la leur.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 46 )
Les Martinage n’ont que dix sept marches à parcourir pour aller de leur lieu d’habitation à leur lieu de travail.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
C’est quand il prend sa voiture que Jean Sébastien Maubert du n° 50 salue régulièrement son voisin du coin de la rue.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
N° 53
C’est dans cette maison de famille que Jeanne-Marie Kiers a bu le champagne avec tous ses voisins pour ses 71 ans. qui étaient aussi ses noces d’or.
( vu le décès de Mr Kiers début septembre, cette plaque n'a pas été posée).
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
N° 59
Sur ce bout de trottoir , un chat siamois a été foudroyé par une crise cardiaque, ça s’est passé juste après la naissance de Raphaël.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 60 )
Dans cet interphone tous les matins Emilie, 23 ans, en partant au travail dit « je t’aime » à Michel, 23 ans.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
C’est ici au niveau du 61, que des gens demandent souvent à Marion, niveau Bac, « Et ton père, ça se passe bien, il en est où ?
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 65)
A l’intérieur de cette maison , Jessica 22 ans partage son lit avec Shaïna, 16 mois, qui a déjà gagné un concours de beauté. Shaïna est de la race des Rotweiler
(N° 66)
Derrière ces murs se cache la collection d’Alain Gerrebout. :70 bonzaïs. Alain a fait aussi en 1988 une chute de quatorze mètres dans le vide. Il a 59 ans
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 75)
Ici Cédric, propriétaire à 29 ans emprunte à Mr Morant son voisin,sa tondeuse, sa scie sauteuse, ses rallonges, ses forets, en échange de tours de magie.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 80 )
Maison du facteur de la rue du bout des digues. . Frédéric rend divers services. Quand le mari handicapé de Madame Baert tombe , il va l’aider à se relever.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(N° 81 )
C’est sur la terrasse de cette maison que des chats se rassemblent la nuit et miaulent. très fort. Quand Stéphane a voulu les chasser, il s’est fait attaquer. Stéphane n’ose plus monter sur la terrasse.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(92 )
Ici demeure Ildephonse, sa femme, Marie et ses cinq filles : Marion, Coline, Lélia, Elsa, Myrtille. Un jour, Ildephonse, dit Pap, a aidé son voisin d’en face à faire son nœud de cravate.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
(91)
Plaque érigée en l’honneur de Gaston Ledoux, l’homme le plus connu de la rue du bout des digues, qui en fait habite rue des quatre coins.
Rue du bout des digues =rue extraordinaire
Calais, le choix de la rue extrordinaire en décembre 2003
recueillis par Elsa Quinette à Calais, rue du bout des digues en juillet 2004
Là je fais mon garage, ça fait trois semaines que je suis en train de travailler au garage, je remets tout cela en état, on aime bien que ça soit clair. Et puis je faisais un peu de vélo aussi… Ben j’ai dû ralentir un peu, c’est certainement l’âge. Le vélo on en fait quand il fait beau, parce que quand il fait froid, on est plus assez fort pour rester dessus, c’est quand même dur, hein. Parfois on part, on a le vent derrière, on va jusque Graveline, mais après il faut revenir avec le vent de face, et alors là c’est autre chose. Et puis je fais du train aussi…Du train miniature… Je fais tout moi-même tout tout tout… ça m'aide à passer mon temps, et puis c’est agréable, on est dans son petit truc…La technologie c’est pas enfantin, il faut le faire quand même. Moi je cherche quelque chose qui n’existe pas, parce qu’il ne faut pas copier, il ne faut pas faire quelque chose qui existe déjà, il faut le faire de façon différente. D’ailleurs début janvier je commence un bateau, ça va aussi demander du temps…
Roger Bloume 73 ans. N° 18
Oui, pour moi il n’y a que Lucas, je n’ai pas d’autres passions parce que je n’ai pas le temps.J’aime quand il vient nous réveiller le matin, et qu’il dit « Coucou maman, coucou papa ! » et qu’il nous fait des bisous…Il ouvre la porte et il allume la chaîne hifi, et il vient nous dire bonjour.(Jennifer Chevreau 27 ans . N° 75
Ben moi j’aime bien les jours où je rentre à 13 heures, et m’asseoir, m’arrêter, et manger.Manger et puis dormir… Oui, mais surtout rentrer, me poser après le travail, quoi. M’asseoir dans le canapé, et prendre une bière, un coca, un jus de fruits…Et penser à ce que je vais faire l’après-midi, regarder dehors s’il y a du vent, pour voir si je vais faire du planeur ou autre chose. J’aime bien rentrer à la maison mais je n’aime pas y rester, j’aime bien bouger.
Cédric Chevreau 29 ans . N° 75
Vous voyez au bout de la rue là, c’était des digues ! Quand ils ont creusé pour faire le tout-à-l’égout, ils ont retrouvé des digues ! La mer, elle a été jusqu’à Saint-Omer. La mer elle est venue rue du Bout des Digues, mais ça remonte à très longtemps…Ici on a toujours les airs marins, on n’est pas tellement loin de la plage. On entend les mouettes. Il y en a qui font leur nid ici. N° 3 Julien Clerbout. 80 ans .
Ce que j’aime bien faire, c’est m’occuper du jardin. J’ai un peu mélangé les fleurs de l’ancienne propriétaire et j’ai rajouté les miennes, donc cela fait un peu fouillis… Puis il y a un petit potager avec des tomates, cueillir des tomates en été c’est un petit plaisir aussi. Sinon en hiver, c'est faire du feu dans la cheminée et s’installer avec un bon livre devant la cheminée…J’aime bien voyager. J’ai déjà été au Vietnam, en Thaïlande, en Argentine l’année dernière, il y a un peu plus longtemps j’ai fait un petit tour aux Etats-Unis et au Canada, au Québec en fait… Et puis Suède, Finlande, j’aime bien aller me balader à l’étranger. Sinon depuis un an et demi je fais du secourisme à Oye-Plage, j’ai découvert qu’il y avait un groupe de secourisme dans mon collège. C’est une association qui fait des postes de secourisme sur des manifestations sportives ou non sportives qu’on encadre, par exemple il y a eu un semi-marathon à Oye-Plage, et on a installé un poste de secours au cas où les gens ont des problèmes, sur le trajet ou à l’arrivée, aussi bien les coureurs que les spectateurs. Ça, ça m’intéresse bien. Ce qui m’a plu au départ, c’est l’ambiance d’équipe. (Anne Boenisch N° 26)
Objets prêtés par les habitants, objets de valeur sentimentale.
Ces objets étaient exposés dans le jardin de l'ancien relais des postes ouvert pour l'occasion.
Pendant les deux jours, trois mille personnes ont défilé devant ces objets souvent banals mais chargés humainement. Voici la liste et les commentaires.
N° 8 Ginette Clément
Photo de ses parents.
Vase avec dauphin
Parce que j’ai toujours aimé les vases comme ça. Je me suis dit que ce serait bien dans un musée.
« On a fait toutes les îles des Antilles en bateau, sur un paquebot, le Mistral. On s’était toujours dit qu’on s’offrirait cela quand on partirait en retraite, et cela s’est réalisé. »
N° 26 . Marie Chevallier.
Mon père voulait m’avait promis de m’emmener au Viet-nam après laguerre. Il est mort, et je suis allée tout seule sur la tombe de ma grand mère
N° 32 Bis Jean Paul Ducrocq, 47 ans agent SNCF
Un objet cher à mon cœur, j’aime courir, les dernières , les moins usées, je les range , je leur mets un coup de chiffon
N° 31 Michaël Delefortrie 22 ans tolier peintre chez Peugeot
Reste d’un bouquet
déchiqueté par Vodka le chien
N° 33 Patrick Delforterie. 47 ans Magasinier de centrale nucléaire
Cadeau d’un copain d’école, un martiniquais, cadeau de mariage en 1979
N° 36. Laurent Mazuy. 62 ans. Retraité de l’éducation nationale, et Marie France 57 ans. Retraitée, ex employée comptable
N°36 Bis. Pierre Delambre. 60 ans. Médecin homéopathe,acu-puncteur, phytothérapeute. Betty Delambre 57ans Vendeuse
Quand on est arrivé dans cette maison, on a reçu les voisins, on a reçu deux cartes et des fleurs de tous les voisins. Ils nous ont fait un poème "du château (notre ancienne maison) à la chaumière, on vous accueille et on vous souhaite beaucoup de bonheur avec ce bouquet de fleurs", c'était à peu près ça de mémoire. On a été accueilli très gentiment par les voisins.
N° 42 Nicolas Boucher
Il représente Bouddha, il m’accompagne depuis cinq ans, il m’aide dans les moments difficiles de ma vie.
La dernière carte d’anniversaire que mon père m’a envoyée. Elle représente tout le souvenir de l’enfance, quand je vois son écriture, je l’entends parler. C’est un des derniers mots écrits que j’ai de lui.
N°50 Camille Oguet 24 ans. Aide médico pédagogique auprès d’adultes autistes
Cadre avec la photo de mes grands parents
L’objet le plus précieux que je possède, parce que mes grands Parce que c’est mes grands-parents, les meilleurs grands-parents du monde…Ma grand-mère Jeanne, 77 ans, et mon grand-père Marcel, qui est décédé au mois de janvier à 76 ans. Je tiens vraiment à eux, je les adore. J’étais pratiquement plus souvent chez mes grands-parents que chez mes parents.
N° 53 Claude et Jeanne Marie Kiers. (71 ans). Claude a choisi l’objet juste avant de mourir.
N° 54 Bertille Prevost 40 ans. Responsable de boutique de prêt à porter à Cité Europe
Avant j’avais un chien. A Calais, je n’ai plus de chien, alors je l’ai remplacé.
1 Tasse-théière et 1 cassette
N° 61 Pierre-Yves Chatelain 50 ans. Professeur d’éducation physique
C’est une dent de baleine ou de requin, ça vient des Açores. C’est les pêcheurs qui gravent des dessins sur l’ivoire des dents. Les Açores c’est vraiment un endroit qu’on aime beaucoup, on y est déjà allé deux fois avec toute la famille, c’est vraiment un endroit protégé, privilégié. Cette dent symbolise le lien privilégié de la famille avec le bateau, avec la mer.
Le fait de jouer à un haut niveau, ça donne un sentiment de fierté. Maintenant j’ai arrêté, un problème de genou.
N° 77. Agnès (51 ans) et José (60 ans) Morant. Instituteurs à la retraite
Léon est né en 1905 dans un village près de St Amand les eaux, il choisit de passer sa retraite de chef de gare à la retraite.
Sa femme Esther et lui s’installèrent au N°75.
N° 78 Françoise Gloriant 50 ans. Travaille à la sécurité sociale depuis 30 ans
Rouleau distributeur
Cadeau ironique offert par mes voisins Mr et Madame Goubelle il y a cinq ans. Cadeau permettant de mettre un rouleau de scotcgh du fait que je suis administrative de profession.
N° 83 Andrée (77ans) et Noël (80 ans) Baert. Sténotypiste et chef de gare à la retraite
Une peinture
. Au dos : « À mon ami M. Baert, en souvenir du vieux Calais »
On a eu ça en échange d’un paquet de tabac. C’était à un moment où il y avait une grève des buralistes, je crois, il y avait pénurie de tabac, et cet homme il fumait du tabac gris et il ne parvenait plus à en avoir. Mon gendre, qui était bien avec le buraliste du coin, avait réussi à avoir un paquet de tabac, alors à la pétanque Noël l’a offert à ce monsieur, M. Gillet, qui nous a donné ce tableau en remerciement. On l’aime bien, c’est un souvenir quand même. Le peintre l’a fait directement pour nous. c’est le vieux Calais, ça n’existe plus. Le beffroi, là, il n’existe plus. Oui, Gillett il faisait partie de ceux qu’on appelle les peintres de Calais. Il est décédé il y a quelques années. C’était un vieux monsieur très bien, vieille école, célibataire, un vieux garçon. Il enlevait sa casquette pour nous saluer, très poli, très gentil.
N° 92 Marie Soubry. 50 ans Responsable du relais assistance de la maison de la famille à Calais
Donc, l’idée, c’est que toi, Ildephonse, tu repères la chaise dans une brocante et tu l’achètes, Marie tu la peints, et les filles l’usent.
N° 102 Cathy Rogliano 42 ans secrétaire
N° 108 Victor François Machard dit Abdul 49 ans Mécanicien en filtration
Une enseigne
C’est l’enseigne de l’usine de dentelle de mon grand père et de mon père.
Rue du bout des digues une rue qui mène à l’infini
Un appel au rêve, au voyage
à l’envol
C’est la rue du bout du monde
Les gens sont très souriants,
C’est une rue centrale peu passante
Une rue à l’écart de toutes les tensions du monde.
On va toujours au bout de la digue,
Et c’est là que l’on regarde au loin.
Donc c’est bleu, c’est aérien, c’est léger,
C’est déjà l’anti -chambre du paradis.
Dans la rue Newton on échappait à l’ apesanteur
Au bout de la digue, on va regarder l’horizon.
L’utopie est comme l’horizon.
Quand je fais deux pas, il s’éloigne de deux pas,
Je fais dix pas , il s’éloigne de dix pas,
L’horizon est inaccessible.
Mais alors à quoi sert l’utopie ? A ceci, elle sert à continuer à marcher.
La rue du bout des digues , rue de tous nos rêves.
Bout du monde – Léger, aérien – Oiseaux. Bleu