"Je ne suis pas toujours de mon avis".

La page que tient Jacques Livchine dans le journal Cassandre.

 

Cassandre est une revue trimestrielle qui a déjà plus de 70 numéros . Cassandre parle de toute cette réalité artistique authentique et ignorée par les autres médias, car Cassandre ne parle que des expériences artistiques en prise sur le réel. Nicolas Roméas en est le rédacteur en chef (ex journaliste de France Culture) secondée par Valérie de St Do, une ex- journaliste de Sud Ouest.

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OCTOBRE 2002

Artiste ou intermittent ?

T as  tes heures ? On ne parle plus de jouer, on parle de monter son statut. Les musiciens ne parlent plus de  concerts, ils parlent de  dates. C’est bientôt ma date anniversaire, cela signifie le jour où l’on compte les heures. Vaut mieux un cachet  de 12 H que de huit heures, mais  deux cachets de suite, ce sera 16 heures. Le chiffre magique   à atteindre, c’est 507. Voilà, ce brave statut des intermittents qui entraîne de nouvelles mentalités. Chacun bricole à sa manière et met toute sa créativité au service du meilleur taux possible. Attention, dit l’un, je n’accepte plus de cachets qui me feraient baisser mon taux, Il y a des fois où il vaut mieux refuser. Moi je suis prêt à acheter des cachets.Il me manque 3 cachets sinon je suis radié. Tu m’en avances. ?

Et voilà, nos artistes sont devenus des intermittents..On est passé d’artiste dramatique à intermittent. L’artiste n’avait même pas la sécu …Intermittent, c’est le nouveau mot magique. Plus d’intermittent équivaudrait à plus de théâtre.  Mais pour le patronat c’est chacun pour soi, les assistés doivent  se débrouiller tout seuls, y en a marre de payer pour eux . Et, pensent en secret les patrons, les artistes qui nous plaisent,  ils n’attendent pas, eux, après les Assedic.

Apprendre à cocher

Le spectateur moyen est devant une liste. Il va falloir cocher. La Cie Metzger zimmerman, C’est pas très connu ? Pascale Houbin ? une chorégraphe non ? Ostrovski… oui., ah Brecht ok,   Sivadier. À qui demander conseil. Il est connu Sivadier ?  non je prends Annie Girardot, Madame Marguerite cela doit être  marrant. Daniel Larrieu. Laïs ?  Si j’en prends 3, j’ai la réduc…Une carte à 15€ , ensuite 7 €  par spectacle, attends sauf Mathilde Monnier, là c'est plus cher. Délire..Si c'est plus cher cela doit être meilleur... Mais Pascale Houbin, méfie-toi, ce n’est pas Stéphanie Aubin, Moi je ne prends plus jamais de création, méfie-toi, quand il y a marqué «  création » c’est à coup sûr raté… faut assurer. Molière, même quand c’est nul, c’est encore bien. Yves  Ravey, attends, s’il est joué à la Comédie Française, c’est que cela doit être pas si mal…

Le problème, c’est que je ne dois pas trop hésiter sinon, je n’aurai pas le C 15. Tu vois ni  trop devant, non, trop loin non plus, C ,  C ‘est bon. . J’ai appelé Martine, elle me garde C 13, C 15. Sympa.

C’est quoi un exo ?

Ribes, Bezace et Sommier  sont sur France -inter, un dimanche. Ils donnent du théâtre une image un tantinet moisie.  L’un dit qu’i l ne jouera que des auteurs vivants, l’autre lui réplique que Molière n’est pas vivant mais contemporain., Chacun s’escrime à montrer à quel point  son programme est excellent, et qu’il est d’actualité. Ribes  est à Paris, pas dans le 9. 3 .  Patrick Sommier parle d’exo, l’animateur le reprend, c’est quoi un exo ?     . Bezace nous annonce comme une grande nouvelle  que le théâtre ce sont  des gens qui se connaissent, qui racontent des histoires pour des gens qui ne se connaissent pas, définition de Strehler, nous sommes rassurés. …Il est bien sûr question du 21avril. «  Le théâtre n’a pas servi de digue,  mais  nous devons frapper la culture molle, le disneylandisme, le poujadisme, le populisme, le  démagogisme » affirment- ils tous ensemble.

Ce qui est bien avec nous, hommes et femmes de théâtre c’est que nous sommes persuadés que notre art est capable d’arrêter les guerres et le fascisme.. Nous, gens de théâtre,     nous    sommes persuadés que nous pouvons changer le monde  dans le bons sens,  c’est ça qui est bien avec nous, et  qui nous donne un certain charme. Nous sommes des attrapeurs de nuage.

Ribes tue Vitez

Nouveau débarqué dans le secteur subventionné, nominé hors normes, vainqueur de Jacques Weber, Francis Huster, Gildas Bourdet dans la course du Rond point, Jean Michel Ribes  pète la forme . Depuis longtemps on n’avait vu un tel élan dans le secteur public du théâtre . Sans doute parce qu’il a toujours été sur la limite privé /public. Ce Ribes et un formidable enjôleur, Enrobeur, caresseur,.il répète inlassablement son nouveau slogan : « je passe de l’élitaire pour tous, de Vitez, à l’enchantement pour tous ».
Mais si vraiment le verre de vin est à 8 €,  dans son théâtre vaut mieux parler de l’enchantement pour quelques uns.    Pas de mesquinerie, le théâtre a besoin de grandes déclarations éclaboussantes. Jean Michel Ribes affirme qu’il va arracher  le théâtre  comique, et le théâtre drolatique au bannissement.  Topor va être réhabilité, nous annonce t-il. Méfiance, on a tous dans la tête les déclarations tonitruantes de Nordey.   Il fait quoi d’ailleurs Nordey ?

La ruse du Ministre

Des rumeurs circulent. Le budget de la culture va baisser,  et avant décembre 2002. Crépitent les portables, ; les mels circulent dans tous les sens. Help, SOS partout. Les Dracs ne démentent pas … Seul le Ministre est serein : le titre IV , spectacle vivant ne sera pas touché.ne cesse t’il d’affirmer partout. N’empêche que la rumeur enfle, les chiffres circulent  6% de suite, 15 % l’an prochain des lettres assassines sont envoyées au premier Ministre, aussi  au Ministre., Fall , président du Syndéac a son éternel article dans le Monde où  il affirme qu’il  a fait l’évaluation, c’est cent millions qui manquent. D’autres théorisent, seuls les dictateurs ont le toupet de toucher à la culture surtout que Chirac a dit qu’elle serait « « sanctuarisée ». Dans l’ombre, le conseiller Laurent Brunner se régale de ce tumulte. et note tranquillement les noms de ceux qui ont tenté d’altérer l’image  de notre ministre.


Décembre 02

À chacun sa culture

Il est directeur de centre dramatique, il n’a jamais entendu parler de Zingaro, d’Archaos, des arts sauts, de Plume, il me demande si je connais  Botho  Strauss, Schwaab,  Peter Handke, Heiner Muller.  Mélanie est marionnettiste, elle a fait Charleville,  elle n’a jamais entendu parler de Peter Sellars, de Peter Stein, de Peter Zadek, de Simon Mac Burneys.Elle me demande si je connais les chiffonnières, Tohu Bohu, Garin Trousseboeuf, la Licorne. C’est un jeune de collège : il n’a bien sûr  jamais entendu parler  de Jean Vilar,  d’Ariane Mnouchkine, de  Planchon, de Lavaudant.  Il me demande si je connais Pierre Alain Fraut , Ronaldinho,  et la place de Rennes au championnat, il me demande si Arsenal a gagné.

Ainsi chacun vit dans son jardin avec ses valeurs à lui. Que l’on ne vienne surtout pas le déranger. À chacun sa culture compartimentée.

C’est à Paris que cela se passe  

Paul se présente comme artiste plasticien travaillant dans le département de l’Aisne. L’autre le toise : « dans l’Aisne ?  ».tout en pensant : si c’était un vrai artiste, il ne serait  tout de même  pas dans l’Aisne, il serait à Paris...

Ainsi pense toute la presse. Les bons sont Paris, la Province,  c’est du quatrième choix. S’ils avaient de la valeur,  ils seraient à Paris.

Et voilà comment les 3/ 4 de la création française restent ignorés,  et demeurent dans l’ombre  à moins que l’artiste saisi d’un sursaut de demande de reconnaissance parte présenter son œuvre  à Paris devant des « vrais » journalistes.

 Courbet

Pierre est son prénom, il évolue dans les milieux artistiques du nouveau cirque. Il n’habite  pas loin  d’Ornans. Par curiosité, il va voir  une exposition Courbet, il a trouvé  les peintures  sombres    et sans intérêt,  très déçu il ne reste pas longtemps et   raconte son indifférence  à un de ses amis plasticiens.

L’ami lui explique l’importance de Courbet dans l’histoire de la peinture,  Courbet, le premier peintre des humbles, Courbet peintre de la Commune. Pierre est retourné voir l’exposition, maintenant il ne jure plus que par Courbet. La morale  de cette histoire vraie n’est pas si évidente que ça…

Le directeur du festival d’Avignon  ressasse sa colère.

 Il aurait bien voulu passer entre les gouttes, mais il fallait  bien qu’il paie pour son passé socialiste.  On n’est plus dans le domaine de la compétence, mais de la punition. La profession ne lève pas le petit doigt. On est en pleine chasse aux sorcières et dans le culte du jeunisme.  Lassalle avait été la victime expiatoire de Toubon, BFA sera celle d’Aillagon.

Quand vous changez d’appartement, il y a toujours un rituel d’appropriation du lieu par le changement du papier peint. Les ministres, c’est pareil, ils marquent leur territoire en limogeant une des pointures qui s’est trop illustrée avec le ministre d’avant.

Alors sur vos listings, vous sélectionnez BFA, vous appuyez sur la touche supprimer, à la question  êtes-vous sûr de vouloir supprimer Faivre d’Arcier, répondez oui, et inscrivez dans sa case, Baudrier, Archambault. Les logiciels sont aussi cyniques que les ministres.

Les fédérés de Montluçon  c’est fini.

Cela s’arrête en silence, sans histoires, sans conflit. Ils se retirent sans communiqué vengeur, sans explication, c’est comme la fin d’une pièce.  lls ne saluent même pas. C’était pourtant un lieu incandescent, un lieu de ferveur, un lieu de spiritualité. Le théâtre ne se consommait pas chez eux comme ailleurs. C’était de l’ordre du partage intellectuel. L’équipe était soudée, jusqu’à la vendeuse de quiches à l’entrée, tout le monde était partie prenante. Olivier Perrier est un  acteur exceptionnel, chargé de toute l’humanité de sa terre natale, le bourbonnais. Wenzel était resté fidèle à lui -même dans le sens de l’écoute du monde d’aujourd’hui. Les  Fédérés ne seront jamais remplacés, même si déjà la nomination des remplaçants est lancée.

Il n’est pas né le visionnaire

Celui  qui sera capable d’écrire pour les trente ans qui viennent la politique culturelle de notre pays, celui qui serait capable de dire : un établissement culturel, c’est comme ça ou comme ça, celui qui redonnera tout son sens au rôle de   la culture, celui qui ne sera pas un simple déplaceur de pions mais un  vrai créateur d’idées, celui qui  sera capable de faire des choix. Mais   tu cherches quel genre  : Périclès ?  Louis XIV ? Malraux ? Lang ?   Lounatcharski ? Maurice Pottecher ? Victor Hugo ? Romain Rolland ? Jeanne Laurent ? Mais non,  il n’a pas de nom, et pourtant il  doit bien exister ce poète capable de bien saisir l’évolution du monde et  de placer la culture  et les arts au centre des choses essentielles.

Pétitions à gogo

Le paysage culturel français prend des coups.  Des dizaines de pétitions ne cessent de circuler. Partout  la guerre  souterraine fait rage. 

On fait sauter ceux qui tiennent à garder leur liberté de parole, comme Bojko à Nevers, on fait sauter les directeurs  qui n’ont pas envie d’une culture abaissante à la Disneyland, c’est Ghislaine Gouby à Mâcon, c’est Macoco Lardennois à Feyzin, Jacky Castang à Vesoul, Dominique Ferrier à Bourg-en-Bresse.  Les maires veulent des directeurs aux ordres, ils veulent de la culture électorale  et flatteuse. Le festival d’Annonay disparaît. Les intermittents  en sont à leur dixième année de sursis.

Tous les jours on signe des pétitions, et des pétitions  à tel point que l’on se demande s’il ne vaudrait pas mieux signer une fois pour  toutes   contre la dictature de la    civilisation  des loisirs.

 

 

 

Février 03

Le dossier d’Antonin

La vie culturelle en France est foisonnante, tout le monde nous l’envie.

Toutes ces créations, toutes ces compagnies, tous ces théâtres et toute cette vie, et pourtant toute cette vie culturelle est plate, terriblement plate, désespérément conformiste, formatée, attendue. Pourquoi si peu de secousses ? Si peu d’étonnement ?  Explications :

Quelle municipalité, quel ministère, aurait envie d’attribuer une subvention à Antonin Artaud ?

On lui demanderait un dossier 21X 29,7 avec ses intentions, et un budget dans lequel il lui faudrait montrer ses partenaires, scènes nationales, festivals, il aurait rendez-vous avec le maire qui ne sentirait pas ce créateur assez proche des électeurs. Il ferait un peu peur avec son regard étrange. On ne voudrait pas de lui non plus pour les animations scolaires  de classe A 3. 

Et voilà pourquoi aujourd’hui l’avenir appartient aux artistes propres sur eux, ne faisant pas trop de vagues, tranquilles, et sachant surtout ficeler de solides dossiers rassemblant de bons partenaires.

Juger sans voir

Fred, animateur d’une compagnie s’interroge, « mon dossier est bloqué, car les experts de la DRAC, ne m’ont pas donné leur aval artistique, mais ils ne m’ont même pas vu » !

Le pauvre Fred est un naïf, il croit qu’il faudrait l’avoir vu pour savoir quoi penser de lui.

Mais être expert, c’est justement savoir évaluer sans voir. Il ne comprend pas, son spectacle est souvent vendu, il a même fait l’ouverture d’une scène nationale. Oui, mais Fred, c’est du théâtre de rue, cela ne veut rien dire. 

Alors on lui explique, qu’il faut avoir « la carte ». « La carte » c’est un accès à Libération ou à Télérama, c’est l’air entendu des professionnels de première catégorie entre eux. S’il l’un d’entre eux dit : « Il paraît qu’il fait des choses intéressantes ce Fred ».C’est gagné pour Fred, mais si une seule personne du sérail a fait une moue au nom de Fred, c’est terminé. Fred restera en marge jusqu’à sa prochaine création.

On dirait un champ de mines.

Les directeurs de structures culturelles sautent les uns après les autres. Les maires en ont assez de payer pour des esprits indépendants qui prétendent avoir la vérité artistique, sont insolents et revendiquent leur totale liberté. Si je vous donne 100 000 € , je peux tout de même avoir mon mot à dire sur votre programmation, dit le maire. Et le directeur de se cabrer, ce n’est pas votre argent, monsieur le Maire... Et le Maire de se vexer, car lui sait ce que veulent ses citoyens. Le Maire fait occuper le hall du théâtre par un goûter du troisième âge sans prévenir le directeur, ce dernier envoie une lettre salée au maire qui répond aussi sec :   « vous, vous n’êtes pas chez vous, moi je suis chez moi ». Et voilà, politiques-artistes, un dialogue de plus en plus impossible. Une des premières conséquences de la décentralisation, car jadis l’Etat s’interposait, il avait les moyens de le faire. De nos jours dans bien des lieux, l’Etat parvient tout juste à payer l’apéritif...

Mention « paillette.

Ils sont   une quinzaine d’artistes de théâtre  catalogués  « paillette », c’est-à-dire qu’ils ont accès de façon permanente aux ondes et aux télés.  Il existe un comité de régulation des « paillettes » pour ne pas avoir la même personne toute la semaine sur les médias. Malgré ces précautions, les seuils d’écœurement médiatiques sont vite atteints. Pierre Arditi et Jacques Weber ont dépassé par leur nombre de passages les limites de la décence. Le dernier venu, Ribes, a dépassé, lui aussi la dose prescrite. Autant il a pu être régénérant les quelques premiers jours, autant ses passages relèvent aujourd’hui de la rengaine. Il croit être assuré par sa notoriété médiatique du soutien sans réserve de la ville et de l’Etat et se sent donc autorisé à entamer un solide déficit, sûr du renflouement par ses tutelles.  Jean-Michel a déjà oublié Stanislas, il nous prépare le scénario Nordey N° 2., la seconde vague médiatique… « Le rond-point assassiné, le Rond point en danger » et la suite, conciliations, missions, médiations, soit il passe, obtient son augmentation, soit ça casse.  

Le connaisseur est au théâtre ce que l’œnologue est au vin, ou le gastronome à la cuisine.

 Le connaisseur est un fin gourmet, en cela ses goûts différent de celui du public, ce qui engendre les pires malentendus.  Une pièce peut être accueillie par moult applaudissements, adorée du public, le connaisseur sera quant à lui dans une humeur assassine, car quand le public apprécie, le connaisseur exprime du dédain, lui, ne porte au pinacle que ce qui déstabilise et fait fuir le public.À deux exceptions près, Chéreau et Brook, qui ont droit, heureux élus, à un double sentiment favorable, celui du public et celui des connaisseurs.

 

Eté 03

 

Quelques évolutions sémantiques à signaler

Capitalisme est remplacé par libéralisme.   .

Intermittent  est remplacé  par professionnel  du spectacle.

Passer un message est remplacé par forwarder  un message.

Zonard est remplacé par oua ouach.

Et dans une  AG, il est indispensable de « rebondir ».

 

Une compagnie s’explique « notre spectacle est militant, il vaut  toutes les AG du monde. On y parle de l’OMC, du mondialisme, tu vois ce que je veux dire ». Du haut de la salle, une jeune comédienne, s’exclame  « et alors tu crois que Beckett  c’est  pas militant, tu crois que mon Godot  il n’est pas militant ?  Tu te prends pour qui pour te décerner la palme du  spectacle militant ? »

-« Moi je suis obligé de jouer, sinon je meurs, il faut  que tu comprennes ça ».

-« Tu mourras de toute façon, et ta mort tu l’auras méritée, car tu  fais des paris à court  terme ». 

Partout on s’entre -déchire, on s’insulte, les dégâts  humains sont énormes.

D’abord c’est qui l’ennemi ? La CFDT ! Mais pas du tout, c’est  le  Medef. Mais non, c’est la CGT qui nous manipule  tousVous êtes tous des naïfs, l’ennemi c’est l’OMC et l’AGCS Mais pas du tout , l’ennemi , c’est la CGC. Mais pas du tout, c’est CRS, l’ennemi. Chirac, Raffarin, Sarkozy.Une petite voix susurre : l’ennemi c’est nous, car nous n’arrivons même pas à notre mettre d’accord sur notre ennemi.

La presse et les télés cherchent  le leader charismatique du mouvement...Au début ils avaient Jean Voirin de la CGT, après ils ont compris que ce n’était pas lui.  Quand ils arrivent quelque part, ils demandent, à qui s’adresser pour un entretien , et tout le monde de répondre, y a pas de chef.

L’AG a refusé que FR 3 filme, FR 3  incendie l’AG au journal  de 19 H, l’AG aimerait  bien contrôler les médias, mais elle ne sait pas comment faire.

 Les médias aiment Chéreau. Il est connu lui au moins, comme son nom est connu, son avis fait autorité,  pourtant on sent qu’il n’a pas été intermittent depuis longtemps, et que ce n’est pas son rayon. Mais il est content, cela lui fait de la pub pour ses films.

C’est une jacquerie, c’est une révolte de la piétaille. Quelqu’un dit que dans l’histoire ouvrière,  il n’y  a que les canuts qui avaient cassé leurs outils de travail. On ne sait pas où on va. Les stratégies se font  et se défont de deux heures en deux heures.

 « Jamais je n’ai autant travaillé depuis que je suis en grève », s’exclame Loïk

9 H AG , 11 H cellule de crise,  14 H commission action .  16 H rencontre interpro.18 H rencontre avec les non grévistes   20 H   projection débat. 22 H action nocturne.

L’épuisement est total. Mais Loïk est heureux. La lutte est finalement plus excitante que la routine des représentations devant des publics endormis.

Celui qui dans dix ans décidera de  raconter   l’été  des festivals outragés devra éplucher près d’un million de mels.

Un militant du mouvement reçoit 85 mels par jour minimum. Il en forwarde une dizaine .  Il faut répondre argumenter, intéresser.

Franck injurie  tout le monde sur son ordi ,  vous êtes mous, pas déterminés, vous êtes des savonnettes. Où sont les cocktails Molotov ?  Qu’attendez vous pour détruire les émetteurs TV, prendre en otage le baron Sellières. Je réponds à Franck : fais le.

Celui qui lance une idée doit l’assumer.  « Fais-le », deux syllabes magiques.

Le fameux protocole  va jeter 35 000 professionnels sur la paille. C’est faux répond le Ministre.

Le protocole est anti-constitutionnel, il nie les principes d’égalité. Faux répond le Ministre.

Le protocole ne sauve pas le régime des intermittents, i l l’enfonce : faux répond le ministre.

Le protocole ne rapportera pas un centime aux caisses de l’Unedic, ce n’est pas le problème, répond le ministre.

 Il rajoute : « Je ne suis pas celui que vous pensez  je ne suis pas un assassin, mais si vous voulez me pendre, prévenez- moi deux heures avant".

La Chaise Dieu est un festival bien gardé.   C’est une cible sensible, puisque le maire  est un proche  du gouvernement.  Le théâtre est cerné par les CRS. Les intermittents  bloquent les rues d’accès et annoncent l’annulation  du concert.  Je propose au secrétaire général de la préfecture  le marché suivant . Faîtes rentrer  les CRS sans leur calot au concert,  qu’ils goûtent un peu à l’Art et dans ce cas le concert  ne sera pas perturbé.  La préfecture a peur que cela soit ridicule.  On  fait voter les CRS pour savoir s’ils ont envie d’écouter de la belle musique, le chef leur  interdit de lever la main. Alors nous leur faisons un concert de bidons et quelques poèmes grenade.

Discussion avec le CDN sur sa fête de rentrée. Pourquoi ne pas remplacer les petits fours par du pain sec et donner l’argent au mouvement des intermittents ? C’est la première saison de ce jeune directeur. Il refuse.

Pourquoi ne pas mettre sur le fronton du CDN : JE REFUSE. Les   directeurs sont mous et velléitaires, ils ont peur de perdre leur place, sauf une poignée.

Cet été était une immense université de la démocratie. Des votes, des questions. Une formidable formation sur le tas, une politisation express. C’est quoi ta légalité ?  d’où parles tu ?  Comment peux tu critiquer ? Tu ne fais même pas partie de  l’AG.  Certains se prennent pour Guevarra, d’autres pour le sous -commandant Marcos. Nous sommes  tous exaltés puis effondrés.

« Non, on suit le tour de parole », « mais je dois répondre de suite, je suis apostrophé », mais non, il faut attendre huit tours de parole, alors on ne se répond pas.  L’extrême gauche noyaute souvent  les débats avec de bonnes vieilles méthodes

Qui peut prédire quoi que ce soit ? Personne n’avait imaginé ce qui allait se passer. Le mouvement va t-il s’éteindre ? Les assises vont elles changer quelque chose ? Le PS est silencieux, hormis Montebourg. Ralite dit aux intermittents : « vous pouvez être fiers, grâce à vous, on parle  enfin de culture  en France ». Et la solution de réchange ?  On me dit : « ne fais pas sauter Aillagon, car ils iront plus loin que toi, ils feront sauter le ministère de la culture , ils n’attendent que ça ».

« En tonnes vous m’entendez en tonnes je vous arracherai  ce que vous m’avez refusé en grammes » J’ai bombé ce vers de Michaux sur la maison Unité. Je suis fier de l’avoir fait.  Je lis dans le Monde un des mots d’ordre que j’ai inventés : « l’art est une arme de construction massive ». Dans ce marasme cataclysmique, un rien vous contente.

 

Janvier 04

 

Les sociologues étudient le public

J’écoute un sociologue parler du public. Les sociologues disent toujours des évidences que tout le monde constate, mais eux , ils sont scientifiques, ils vérifient par enquête.

Par exemple : en Avignon,  affirme le sociologue spécialiste du « public réinventé » le public du IN est différent du public du OFF, quoique certaines personnes du IN fréquentent le OFF.  C’est l’enquête qui le confirme.  Formidable.    

 Vilar n’aurait touché que 2% des classes laborieuses, le festival actuel en toucherait 6%¨soit un triplement, comme quoi, affirme le sociologue, le vocable théâtre populaire cher à Vilar, aurait mis 32 ans pour  faire tripler la statistique. Ça je ne le savais pas.  Autre remarque   : le public est fidèle, un vieux noyau de spectatrices vient depuis 1947.  Tu les connais, elles dorment toujours au Lycée Frédéric Mistral…

Sans voix

Le Revest  les eaux, c’est au -dessus de Toulon. Comment un petit théâtre a t-il pu pousser dans cette anfractuosité. C’est mystérieux comme les graines qui font pousser des arbres sur les murs. Ici le théâtre cohabite avec la pétanque.  Ce soir-là, c’est une pièce qui s’appelle « sans voix », la pièce s’attaque à un tabou, les élèves  y assistent  dans un silence religieux.

Au débat de la fin, une assistante sociale  se lève et dit : « mon bureau   est ouvert, au cas où certaines d’entre vous auraient quelque chose à me dire sur le sujet de cette pièce ».

Tous ces jeunes acteurs ont de la force, de la ferveur ; la mise en scène est précise et stylée  Eh bien, une douzaine de directeurs  ayant vu le spectacle ont trouvé que cela risquait d’effrayer leur public. Évidemment Pierre Grafféo, lui à Port-de-Bouc, n’est pas un  de ces directeurs alignés sur un goût moyen uniforme, il demande à Nathalie un dossier.

Mais le problème c’est que  des Grafféos en France il y en a 4.

La  liste CLEF (Culture Liberté Egalité Fraternité )

En Franche- Comté, une liste CLEF se met en place pour les régionales  Se servir de la démocratie pour dire aux politiques : « vous n’allez pas nous refaire les présidentielles où pas un mot n’a été prononcé sur la culture ».  La culture  devrait être au centre du débat, pense la CLEF,  selon le vieil adage de Dostoïevski : la beauté sauvera le monde. La culture seule est « fronticide ».

Et puis avec la décentralisation les régions vont être  de plus en plus décisionnelles sur le plan culture. Le PS n’aime pas ce genre d’arborescence, mais la CLEF déclare s’attaquer  aux abstentionnistes avant tout. La culture doit être au centre du débat.

 Il y a ceux qui disent et ceux qui font.

Dès qu’Ariane a compris qu’un de nos acteurs-techniciens, Goobie,  était en danger et une de premières victimes de l’euthanasie  après avoir perdu 23 cachets à Avignon,  elle s’est empressée de lui proposer ce qu’il lui fallait d’heures pour passer la barre fatidique.    Goobie a goûté aux ateliers, aux cuisines, au bar et même au plateau. Il a passé un mois sur un nuage à l’intérieur du  Soleil.

 

Avignon en grève une seconde fois ?

Le grand débat promis par le Ministère de la culture ne démarre pas, il faut dire que le débat sur l’éducation sent le fiasco.  Dans le domaine de la culture, c’est assez branquignolesque, le Syndéac dit ne vouloir discuter qu’après le retrait du protocole, la CGT lance l’idée  de vraies assises de la culture, mais personne ne suit. Latarjet de la Villette nommé par le Ministre transforme le débat en audit, il choisit un panel de conseillers dont aucun n’est artiste. Et ses premières conclusions avant même de commencer le débat ressemblent furieusement aux positions du Ministre de la Culture. L’offre culturelle étant supérieure à la demande, éradiquons donc les sans -grade du métier pour rééquilibrer. Telle est la pensée qui filtre dans un entretien au Monde.

Est ce à dire que toutes nos luttes n’auraient servi à rien ?

Mais  non , ça  y  est, le printemps  revient déjà . Si vous ne retirez pas le protocole, c’est le festival de Cannes qui va trinquer. L’idée fait son chemin, et annuler Avignon une seconde fois est à l’ordre du jour.  

Michel et Odile

Je les croise au Rond Point. Toujours ensemble, toujours habillés en noir. Un de ces couples de théâtre inébranlable. 

Ils font partie   de la classe 70. Ils ont toujours  poussé la langue et le corps dans ses derniers retranchements. Ils sont encore  et toujours beaucoup  plus d’avant -garde  que les auteurs  à la  mode   comme Rodrigo Garcia, Sarah Kane, et Gabily. Michel et Odile ont un  handicap, c’est qu’ils font rire . Alors les 62 directeurs de scène nationale hésitent un peu à les programmer parce qu’ils risquent  de décoiffer leurs abonnés.

Bizarre tout ça

Le Maillon à Strasbourg a encore été attaqué, maintenant  c’est le CDN de Nancy qui a été victime d’un vol très ciblé. Ordinateurs et mémoire .En 2001 c’est l’Unité qui avait été mis à feu. On sait que c’est criminel, on ne trouve jamais les coupables.  On devient parano, je le trouve assez bizarre le vol de mon Mac en plein festival de Chalon.  Certaines personnes autorisées me demandent d’être prudent et d’arrêter cette rubrique dans Cassandre si je ne veux pas perdre ma subvention.  Alors là, je dis non.   La  subvention de la République, ce serait  acheter mon silence avec des Euros ?

Qui décide du bon goût en matière d’art ?

C’est qui les instances de légitimation ? Toute la loi d’orientation de la culture devra régler ce grave problème. Pour l’instant les DRAC ont leur comité d’experts, le problème c’est que les directeurs de structure y siègent majoritairement. On ne va tout de même pas demander aux représentants du public, ce serait encore pire. On comprend bien que les critères d’excellence artistiques protègent des dérives commerciales et consommatoires. On ne va tout de même pas faire entrer  non plus dans ces instances les partisans de l’action culturelle ceux qu’on appelle les « socio-culs ».  Certains parlent  de remettre en selle les princes de la renaissance, ce n’est pas une commission d’experts qui a commandé le plafond de la chapelle Sixtine à Michel Ange ! 

Pendant vingt ans c’est Libération qui faisait le tri. Maintenant il y a Télérama  et  des assemblées de diffuseurs qui décident de la survie de telle œuvre et pas de telle autre, or on sait qu’ils sont dépendants de leurs abonnés. C’est la question centrale du non- débat sur la culture. Va t-on enfin accepter une diversité non hiérarchisée. Ce n’est pas une mince affaire.

 

 

 

Mars 2004

Temps ressenti, temps réel

C’est une oeuvre de théâtre musical au théâtre de la Colline. Durée annoncée : 1 H 05.

Le temps se démultiplie. Jamais je n’aurai cru qu’une seule heure puisse être si longue.
J’ai l’impression que 2 H 40 se sont écoulés. Là c’est le lendemain à Bobigny, Castorf, la Volksbühne, durée annoncée 2 H 40. L’angoisse m’étreint. Et pourtant c’est comme si ça avait duré   une heure, et cinq minutes .  

C’est bien ! ça ….

Elle dit : « c’était vraiment bien cette pièce ». je réplique, mais non  tu n’as pas le droit de dire ça, c ‘était formidable pour toi, par rapport à ta connaissance du théâtre, à ta subjectivité, tu dois dire : moi, j’ai trouvé ça bien. Ce n’était pas formidable dans l’absolu, c’était formidable pour toi,  parce que moi j’ai vu la même pièce , la même représentation, et je n’y ai rien trouvé de bien, je n’y ai vu qu’une succession de scènes fadasses jouées sans ferveur  et qui ne me parlaient pas.

Les intelligents énervent

La pétition dite des intelligents n’a fait qu’attiser le climat anti intellectuel latent qui règne dans notre pays. RTL s’en donne à cœur –joie, insulte les « intermittents nombrilistes » qui pensent être le sel de la terre, les chercheurs qui ne trouvent rien, et qui ne font rien. etc.

Mauvais présage, une société qui stigmatise ses intellectuels ne peut pas être en bonne santé.

Peut- être aurait il fallu lancer la pétition des idiots ?

Vu à Paris

Plus la décentralisation se met en place, moins les pièces crées en région n’ont droit à la moindre mention dans la presse nationale.  On a l’impression qu’il n’y a de théâtre qu’à Paris.

Nos valeureux critiques  n’ont pas une journée à perdre en province, leur journal ne veut pas les défrayer, et si  la compagnie qui souhaite les inviter leur paie le séjour , ils perdent leur indépendance. Alors la compagnie, doit se déplacer, jouer un mois à Paris  pour espérer quelques   précieuses  lignes dans la presse nationale.  Cela se paie cher un article, or comment être légitimé auprès des financeurs  sans avoir   le label , »Vu par la  presse nationale ».

 Et le théâtre se vida   tel un évier

C’est une séance théâtrale dans un théâtre municipal pour abonnés..  Shakespeare au programme, beaucoup de bruit pour rien. Applaudissements cadencés nourris des abonnés, la salle se vide comme un évier. Une jeune comédienne fraiche du conservatoire a refusé de saluer, elle trouvait les premiers applaudissements trop faiblards. Dans les coulisses c’est la crise, Les figues et les dattes  gisent  éparses sur la table du cattering avec un brick de jus ‘orange entamé. Les comédiens enfilent vite leurs vêtements de ville, le restaurant qui reste ouvert pour eux ne servira pas après 23 H 30. 

 C ‘est terrible,

C’est reparti comme avant, pire qu’avant. Ce marché tant attaqué a repris le dessus. Les programmes des festivals ré apparaissent, les déclarations  des compagnies assoiffées de jouer sont encore plus passionnées. Les scènes nationales commencent leurs présentations de saison 2004-2005. Tout est oublié, les serments, les on -va -tout -changer, La course aux dates est impitoyable.  Je croise Michel Poulain, l ‘ ex Petit pois de la cie Blaguebolle qui a fait rêver nos enfants, il me regarde avec pitié  : « tu es encore là dedans ?  non moi c’est fini » il me tend la carte du restaurant  où il est chef cuistot.

 

 

 

JUIN 2004

T’as lu Latarjet ?

Latarjet c’est l’homme du rapport du même nom  destiné à Aillagon, ministre qui n’émarge plus  aux   effectifs du gouvernement... Le successeur n’a rien commandé à qui que ce soit, ce rapport ne l’intéresse pas au prime abord.  Dommage, car il se dit des choses graves et éclairantes dans ce rapport. Nombreux sont  ceux qui ont boudé  et refusé de répondre officiellement aux questions posées. Ils pensaient que ce rapport ne servirait à rien. Ils ont eu raison, mais à force se s’attendre  et de s’excommunier, le théâtre le mieux subventionné du monde fait grise mine.

Nouveau cirque à l’ancienne

On l’attendait au tournant. Car le nouveau cirque  est maintenant vieux, disent les langues vipérines des experts.Alors du côté de chez Plume, à la veille de la nouvelle création on a peur. Bernard K. est pâle. Tout le monde lui a prédit  que Plume ne rebondirait plus.Il attend le verdict, le verdict ce n’est pas le  public, Plume l’a toujours eu,   le verdict ce sera   l’opinion générale des experts.  Que disent-ils ?   Qu’ont ils  dit ?  Aux dernières nouvelles, Il paraît que l’on respire chez Plume.

La critique agonise

Libé du vendredi 28 . Pas de rubrique théâtre. Le bloc- note  est squelettique, 1 groupe de rock à Lille, et 7 choix à Paris : Colline, Odéon, Bobigny, Rd Point, Cité U, théâtre de la commune, TGP St Denis.   Dans  Le Monde, un article de théâtre, le journaliste parle de Simone Herbstmeyer, il se trompe dans le prénom, c’est de Mireille qu’il s’agit,  oui la comédienne de JL Lagarce une franc comtoise, oui mais l’auteur étant  Simone Weil, il a contracté les deux noms, quel mépris…  Le journaliste s’est  tout de même déplacé à Orléans. Il paraît qu’il y a en France environ dix nouvelles pièces  crées chaque jour.  De 90% de pièces  crées, jamais, dans aucun journal, il n’en sera question.

Fais ce que l’on attend de toi, ne surprends pas

Avignon. Tout le monde est content dans le sérail du théâtre, les deux nouveaux directeurs sont jeunes, ils ne déçoivent pas, ils font ce que tout le monde attend d’eux.Thomas Ostermaier etc. Rien à dire, c’est excellent.  Ils ont même planifié les programmes sur quatre ans... Impeccable. Les entretiens qu’ils accordent sont raisonnables, équilibrés, sages. Mais moi je rêvais après 2003  d’un festival décoiffant, débridé, ouvert, bouillonnant, contradictoire, engagé, offensif, choquant,  festif, politique,  mélangé, social, vivant, et nouveau, surtout nouveau.

Lille 2004 est-ce un leurre ?

Bodo c’est l’attachée de presse de Lille 2004. Elle a fait fort   Déferlement médiatique  sur Lille, d’une amplitude 24.  On ne parlait plus que de ça. Martine Aubry  faisait de la culture son cheval de bataille, des paroles magnifiques... Une seule envie nous tenaillait, courir à Lille, se laisser envahir par cette fête exceptionnelle.  Mais bon, il fallait  mieux se renseigner, ne pas y aller n’importe quel jour, car tout ce qui était exalté sur les ondes n’était pas encore en place, en fait on avait à faire à un leurre de grande ampleur. Mais Bodo conteste  et va nous prouver que Lille 2004, ça existe.

Après l’embrasement, le retour à la norme

Ah pauvres naïfs. Nous avions cru à la nuit du 4 août, à l’abolition des privilèges, des inégalités, nous avions cru que la piétaille de l’art allait marquer de son sceau la vie artistique figée. Pauvres naïfs.  L’aristocratie du théâtre, les directeurs d’établissements sont des malins.  Ils ont prêté leur hall aux colériques, qu’ils collent leurs tracts enflammés,  et qu’ils échangent  des serments définitifs. Et puis, tout le monde  a vaqué  de nouveau aux occupations routinières.  Rien n’a changé, c’est le règne de la continuité. Les slogans ont disparu des frontons. L’Institution  est restée fidèle à elle-même. Les abonnements sont déjà en vente.

La Volksbuhne à Disneyland !

Attroupement autour de Frank Castorf  le metteur en scène de la Volksbühne  à Bobigny,  . Castorf, issu du théâtre de la défunte RDA. Castorf, le metteur en scène qu’il faut avoir vu…Un journaliste lui demande un RV au plus tôt. Castorf répond  « ah non pas jeudi, jeudi, je suis avec ma fille à Disneyland toute la journée. Silence de mort dans l’assistance. C’est le thème du livre de Bernard  Lahire, on peut être issu des classes cultivées mais avoir du loisir culturel  dissonant et non légitime. Il est évident que bon nombre d’intellos  disent se reposer en regardant Ardisson, Fogeil, Starac, ou  la Ferme. Mais le mouvement  est nettement moindre du côté des classes modestes qui iraient  se hisser au niveau des œuvres légitimes.Castorf, lui, va à Disneyland sans culpabiliser

Qu’est ce qui sous-tend l’acte artistique ?

On a l’impression que  tout est éventé, conformiste, conventionnel en ce qui concerne l’art.
Les annonces  sont si plates, sans vie, sans passion. Affiches du métro. Le problème est réel- Qu’est ce qui sous-tend tout ça ?   Où est l’urgence ? L’un fait parce qu’il le doit, sinon il perd sa subvention. L’autre cherche à obtenir une reconnaissance par un article, le troisième a envie de diriger un CDN et doit faire l’oeuvre en conséquence. Et puis il y a celui qui cherche, qui reste anonyme, dont la démarche est nourrie profonde pour qui c’est une question de vie ou de mort de raconter ce qu’il raconte, le destinataire c’est du vrai public.Ariane Mnouchkine dit  souvent à ses comédiens    : « n’oubliez pas que vous allez jouer devant un public dont certains viennent pour la première fois au théâtre, d’autres pour la dernière fois ».  

 

 

Spécial Institution /juin04

  LE G.M.U.

 Je discute avec Odile et Michel Massé  de la compagnie 4,12 L qui jouent au Rond point. 

Je ne peux pas croire que leur  spectacle créé il y a 4 ans  n’ait été joué dans aucun CDN, et seulement dans deux scènes nationales .

Où sont les choisisseurs, les programmateurs, les diffuseurs, les directeurs, les  dégustateurs., les experts ? Que se disent-ils dans leurs réunions ?

Les directeurs de nos établissements  publics sont atteints par  le terrible virus du  GMU (Goût moyen uniforme).,

En fait qui connaît  vraiment l’institution ?  Qui ?

Nous , les artistes, les compagnies. C’est nous qui y jouons, testons  le public, les accueils.

L évaluation  des lieux ? . On demanderait une petite note à chacun d’entre nous, on aurait rapidement une photographie très précise du paysage culturel..

Il n’y a pas que les statistiques pour juger un théâtre, il y a l’âme, l’atmosphère.

Les refusés s’insurgent

 Il y a un paradoxe entre les critiques sévères adressées à l’institution, et les directeurs pris un à un. Christopher  à Mulhouse est jovial, Jean Michel de Cavaillon  est extra, Daniel  de Besançon, exerce ça comme un sacerdoce, Patrick ;Ariel,  Stéphane, Henri tous sont des gens fréquentables , ouverts, humanistes, connaisseurs. Pourquoi sont- ils la cible de  tant de mécontentement ? Parce qu’ils  ont l’argent, alors  ils sont assaillis de demandes, ne répondent jamais au téléphone, se protègent par de l’arrogance. Leurs choix déterminent ou non la légitimité d’une compagnie ou d’un spectacle. Comme il y a 3000 créations par an, chaque année ils engendrent 2700 mécontents . soit en dix ans  27 000 mécontents.

L’entreprise selon le Syndéac

 A Pizza Hut on vous demande d’adhérer à une charte si vous y rentrez comme employé. mais pas dans  nos établissements culturels subventionnés. Certains employés ne mettent jamais les pieds dans leur propre théâtre, et ce n’est pas la convention collective qui va leur demander d’être des passionnés de théâtre.

Le profil du bon directeur

Les villes comme le ministère n’aiment plus les directeurs à forte personnalité, ils veulent du malléable, du soumis. Ils n’ont pas envie de se payer des cabales.

Et ainsi s’affadit la vie culturelle de nos régions. Un seul mot d’ordre : ne pas déranger, ne pas s’adresser à  la ville toute entière, mais à sa minorité cultivée tranquille (souvent 80% de Maif, Camif). Ne pas inviter les spectacles qui décoiffent  et qui ravagent.

Faire en sorte que les soirées ne s’éternisent pas, éviter les rencontres artiste- public. Eviter de faire  du  théâtre de rue, c’est mauvais pour la statistique.  (Pas de billetterie).

Des outils formidables

Evidemment et heureusement Le Lieu unique de Nantes est incontournable, un vrai lieu culturel, ouvert quasiment jour et nuit. Et beau et vivant   jusque dans les moindre recoins. 

 Il y a le Channel de Calais, installé dans les abattoirs, lieu ouvert, sensible , vibrant. Et quand on voit que le théâtre de Cornouaille, scène nationale d’une petite ville comme Quimper a réussi à s’offrir le théâtre du Soleil.  Alors ?

Il faudrait simplement que le ministère de la culture, dans cette loi d’orientation que tout le monde attend fasse souffler sur les terres de culture qui perdent tous les jours un peu de leur prestige, de l’intrépidité, cet ingrédient de l’Art, manifestement relégué en quatrième division.

Les outils existent, il suffit de s’en servir.

 

 

Octobre 2004

 

 

 C’est pire que de l’immobilisme, 

L’étalage de nos 600 programmations hexagonales. est un championnat de platitudes,  Le TNS écrit saison 2004 ::2005.  Vous avez noté, le doublement des deux points.  En fait c’est le sigle du graphiste qu’il glisse dans l’affiche.  Ça c’est original .15 spectacles, dont pratiquement huit ressemblent à des échanges futurs ou passé. Schiaretti, c ‘est le TNP, Françon, entrée assurée à la Colline, Bezace, Fisbach, nominé pour la direction d’Avignon 2006, c ‘est un placement. Il y a eu un large courant réclamant de l’ouverture, de la circulation de la vie dans nos établissements subventionnés.  Rien n’a bougé, une rencontre de jeunes metteurs en scène, pendant 3 jours ?  L’euphorie n’est pas au rendez vous. On a beau naviguer et chercher, les listes se ressemblent, le Goût Moyen Uniforme continue de régner en maître absolu.    

  Comment être subventionné et illicite ?

Partout  les spectacles sont estampillés « excellence culturelle «  agréé  par les commissions d’expert,  tamponnés Télérama-Libé –le Monde. Quatre à cinq légitimations fortes au niveau des co-producteurs. 

Tel metteur en scène , jadis  rebelle et rimbaldien du temps de sa jeune compagnie est admis au cénacle du réseau des scènes subventionnées, 1er cercle. Le discours et la forme s’assagissent, il ne faut pas décevoir Les experts ont oublié que l’Artiste   avance  dans les zones interdites, flirte avec les tabous, déplaît à certains, plaît à d’autres. L’heure est à la médiocratie,au 12/20, au pas de vagues.

Les compagnies s’éteignent en silence,

Il ne faut pas attendre du nouveau Ministre la moindre exhortation Là, c’est néant.  On  nous a mis un gestionnaire, sans aucune idée, sans aucune initiative. C’est un  gars sympathique, Renaud Donnedieu de Vabres il sort beaucoup, aime montrer qu’il est là. Il a fait un bon travail de pompier, éteint tous les débuts d’incendie des festivals estivaux avec une cagnotte.     Mais voilà, par centaines les intermittents changent de métier.  ou mettent en place une double activité, .d’autres cherchent des dates désespérément.

 

Ah Bussang, le théâtre du peuple !

Lieu préservé, lieu où l’on voit le théâtre comme on en rêve. Des grandes fresques, amateurs et professionnels mélangés, des enfants sur scène, le fond de scène qui s’ouvre sur la nature. Des entractes sur l’herbe. On accourt de tout l’Est de la France, c’est une espèce de pèlerinage laïque. Mais voilà, il y a des mauvaises ondes dans l’air.  On commence à modifier le sacro- saint horaire de la matinée, voilà que les metteurs en scène à la mode contemporaine sont programmés le soir  avec du Jean Luc Lagarce.    .Alors la presse accourt. Jouanneau  l’incontournable est dans le coup.  Jusqu’à maintenant Bussang était zone protégée, l’excellence culturelle n’y mettait pas les pieds. Mais ça y est d’ici qu’ils nous mettent   le système d’abonnements. D’autant plus que le président, héritier de Pottecher vient de décéder.  

Fabriquer du théâtre vendable

Discussion au sein d’une compagnie. Si on ne veut pas mourir il faut que l’on fasse dans le vendable. Oui, mais c’est  quoi le vendable ?  Quatre acteurs  maximum, 1 technicien, 1 petite camionnette, 1 H 20 de spectacle. La petite Emilie Debard sort du théâtre du jour -l’école de Debauche  à Agen, elle a monté un cabaret chanté sur les « gueules noires ». des jeunes  qui parlent de la classe ouvrière, c’est pas si fréquent  elle a l’enthousiasme, mais ils voilà ils  sont quinze, quinze billets SNCF depuis Agen, le spectacle est proposé à 3000 Euros. Eh bien, nos programmateurs et directeurs du premier cercle au quatrième cercle, tous hochent la tête négativement. Quinze, vous vous rendez compte c’est  trop  de frais. Les lieux culturels restent  des citadelles imprenables.

Janvier 2005

 La maison de Copeau

 Tous ceux qui se soucient de la sauvegarde d’un théâtre « spirituel » se  sont retrouvés le 9 octobre à Pernand Vergelesse. La légende de Copeau y est encore vive, Copeau qui fuit le théâtre mercantile parisien en 1925 pour se donner aux villages de Bourgogne, s’en va à pied sur les routes pour jouer dans les granges. On aime tous cette légende. Catherine Dasté , petite fille de Copeau par sa mère a vendu la maison à Jean Louis Hourdin, puisque ni Etat, ni département,  ni Région n’ont été capables du moindre geste. Jean Louis Hourdin, on le sait est quasiment le plus humaniste de nos metteurs en scène. Il y a un grand banquet, on baigne dans la foi laïque, c’est une ambiance de mariage, certains ne se sont plus vus depuis 35 ans. Tout le monde est là, sauf le village, qui s’en contrefout d’avoir abrité ce grand janséniste du théâtre que fut le Jacques.

Dire la vérité à un metteur en scène à la sortie d’une pièce devient quasiment impossible.

 Il faut tricher , se camoufler, inventer des subterfuges. Evidemment, les officiels, experts, directeurs en titre, fuient  droit devant eux    habités par une soi-disant  obligation de réserve, mais le fantassin de base, qui a été invité en tant que professionnel doit, lui, affronter la présence du créateur, et tenter de sortir quelques remarques intelligentes, car « il  y a de bons moments « ou ‘j’ai passé une  excellente soirée » ne suffisent plus, l’argumentaire doit être plus pointu. Pourtant il est vrai que « juste après », on a souvent du mal à exprimer le moindre avis, parce que aimer ou ne pas aimer, n’est pas la question. On peut très bien détester ce qu’on estime  être un excellent « travail ».

Une expo sans commissaire

Au palais de Tokyo, on peut exposer soi-même son, œuvre. Vous l’apportez sur disquette, une imprimante géante HP, vous la tire, en 80x120  et hop là, elle se trouve immédiatement  encadrée, collée suspendue. Intelligente opération de sponsoring de Hewlett.Packard .

Eh, bien on voit que les commissaires sont bien inutiles, car cette présentation  sans  sélection des meilleurs projets   sans filtrage par des experts tient aussi bien la route que tout ce que l’on peut voir ici et là.  A lire l’excellent pamphlet » l’artisme «  de Michel Guet. sur les  commissaires d’exposition. (on se le procure au regard moderne .10 rue git-le cœur. 75006 Paris

Peut- on être artiste et ignare ?

Voilà comment on passe ses samedis à Audincourt, on discute à perte de vue. D’abord définir ce qu’est un artiste, sachant que nombreux sont les artistes  auto -proclamés qui ne produisent pas de l’art. Résultat de six heures de débat, synthèse de Marjorie. « Bien- sûr on peut être artiste et ignare, mais ce n’est pas conseillé ».

 Par contre il semblerait qu’à la télévision le diplôme d’ignare soit non seulement prisé mais exigé à l’entrée, 

Nouveaux lieux artistiques

La piste des nouveaux territoires de  l’Art est dans l’impasse complète. Toutes les friches, squats, nouveaux lieux  urbains ou ruraux, lieux d’art polyvalents ne semblent éveiller aucun intérêt de la part des instances officielles. Les propositions de Jérôme Boüet pour le spectacle vivant leur accordent à peine une ligne. C’est triste cette absence de perspective, pourtant le rapport met en avant la recherche de nouveaux publics, mais où sont –ils ces nouveaux publics sinon dans ces nouveaux lieux. ?   Une exception  cependant, grâce au pressing constant de la fédération des arts de la rue, les lieux de fabrique  seront peut- être mieux dotés.

La peur du théâtre

Il cherche vainement quelqu’un pour l’accompagner au théâtre, il  est invité à la nouvelle pièce de Slimane Benaïssa, « les confessions d’un musulman de mauvaise foi. » Les jeunes n’ont plus envie, ils ont peur de s’ennuyer, les quadragénaires et cinquantenaires ont des obligations familiales ou sont fatigués.  Pourtant la pièce est incisive, elle mord le lard des tabous sur la religion, elle parle de l’Algérie, de l’indépendance, et de la bêtise de la religion mal comprise. Slimane Benaïssa devrait  être décoré comme bienfaiteur de l’humanité. Quand le théâtre parle d’aujourd’hui, il devient vraiment indispensable. C’est de la même veine que Kateb Yacine.


 

 

AVRIL 2005

 

Les bons chiffres de la France

L’Unedic bat tous les records de déficit, mais se vante d’avoir  jugulé l’afflux de nouveaux  intermittents (- 36,5% ). Pendant ce temps le nombre de RMIstes  augmente de 9,4%. La dette   est de 17 000 euros, par Français  et  nous coûte 50 milliards.  Le coût de l’envoi de la constitution à 42 millions de français coûte 67 millions d’euros. Les comédiens n’ont plus droit à l’abattement pour frais professionnels,  le fuel  a  flambé.     Mais au moins, la France peut avoir une fierté, son taux de chômage a refranchi la barre des 10%. Parmi vingt -cinq pays européens, nous sommes dans le peloton de tête,   Encore un effort nous talonnerons la Pologne est ses 18% de chômeurs. Alors n’allez pas en plus  me demander de dire « oui, oui, oui » à un traité dont le chapitre culturel est totalement bâclé.   

L’épingle à nourrice

On est toujours en train de chercher une épingle à nourrice avant d’entrer en scène. Le jour où les compagnies auront réglé le problème des épingles à nourrice , le théâtre aura fait un pas en avant. Le problème N° 2 c’est le  « gaffeur », il y a toujours un technicien qui cherche du gaffeur. Le gaffeur est une espèce de papier collant qui aurait toutes les qualités. Le problème N° 3 c’est la bouteille d’eau de montagne. Chaque acteur « planque » sa bouteille, mais quelqu’un l’a  toujours déplacée.

Le syndrome de la nourrice

C’est Francis Peduzzi , le directeur du Channel, scène nationale de Calais qui énonce simplement l’équation. Pourquoi la nounou de ses enfants ne met-elle jamais les pieds au théâtre ?  Alors Francis Peduzzi  a réussi l’impossible, sans compromission, sans vendre  son âme au diable. Oui, cela existe, donc cela est possible. A Calais, les nounous vont au théâtre.

 Ne me parlez pas de populaire, c’est vulgaire

Il y a encore un bouquin qui vient nous démontrer que la démocratisation du public est un leurre. (Jean Michel Djian Politique culturelle, la fin d’un mythe). Or tous ceux qui jouent savent bien que la composition sociale du public rentre à 50% dans la réussite d’une représentation.  Les  spectateurs  hyper- spécialistes de théâtre assèchent les représentations, même si leurs jugements sont pointus et respectables.Il faut impérativement les mélanger à des gens riches d’une autre culture, celle de la vie. C’est ça la force du théâtre,  pouvoir dire des choses compliquées   à des  gens simples, de bon sens,  à la sensibilité à fleur de peau. . Oui, nous avons besoin de nounous, de femmes de ménage, d’aide soignantes, de facteurs, de chauffeurs de bus dans nos  salles, venant se mélanger aux kinés, aux chirurgiens, aux professeurs de faculté,  aux chefs de service, et aux spécialistes qui connaissent tout de Pina Baush, Peter Brook, Jacques Lassalle, Yves Ravey, Ce dont nous avons surtout  impérativement besoin c’est d’une élite, celle de la sensibilité.

Rue ou salle ?

L’opposition  théâtre de rue, théâtre de salle commence à ressembler  à  la bataille théâtre public, théâtre privé.  Ceux de la rue disent que le théâtre de salle est long et ennuyeux, ceux de la salle prétendent que le théâtre de rue, c’est du bruit et du feu avec un contenu proche de la nullité.  Ceux de la rue disent que le théâtre de salle est incompréhensible, ceux de la salle disent que le théâtre de rue c’est tout ce que l’on veut mais certainement pas du théâtre. En vrai ceux qui pratiquent le théâtre de salle ne mettent jamais les pieds dans un festival de théâtre de rue, et ceux de la rue ne vont absolument jamais voir du théâtre de salle.

Ça y est. Les Molières, cela repart. 

On vote. Les fichiers  de votants sont enfin  devenus des  vrais fichiers de professionnels.  717 pièces à départager.  On s’étonne que les pièces pour lesquelles on aurait envie de voter soient absentes de la liste. En effet  ne sont pas prises en compte les représentations en tournées ou isolées dans les festivals, ce qui élimine tout un pan de   théâtre vivant. Et que les  600 compagnies qui continuent d’enrichir la mairie d’Avignon en payant pour jouer dans le Off ne figurent pas dans le catalogue est assez croquignolesque. Quand on est « off » on l’est jusqu'au bout.

O temps suspends ton vol

On  peut dire ce que l’on veut, le théâtre  National de la Colline a son public, un public éclairé,  sûr de lui, un public bien intégré, un public cultivé, pas de doute là dessus. 

 Mais il faudrait inviter des étudiants à faire un mémoire sur la notion de temps ressenti  et temps réel  au théâtre de la Colline, car le phénomène est récurrent dans ce lieu.

Le coefficient atteint le seuil critique  limite de 3. Une heure peut parfois paraître durer  trois heures.   Cette démultiplication du temps  est –elle le signe de l’excellence culturelle ?

 


 

JUILLET 2005

Moati se vantait de renouveler la cérémonie des Molières. 3,7% de part de marché.

 Elle a été tragique comme d’habitude. La télévision a ses lois et ses contraintes surtout en prime time, et voilà,  de concessions en concessions, on en arrive à ce tissu de mièvreries, cette image du théâtre,  incolore, édulcorée,  d’une tristesse totale. Seule Ariane Mnouchkine et Wajdi Mouawad  ont sauvé leur peau en ayant le courage de ne pas être là.   Gens de théâtre,  vaut mieux l’ombre que cette lumière-là.

 

On dit que le dernier Royal de Luxe aurait coûté presque 2 millions d’euros.

Et alors ? Pour la ville de Nantes, c’est une aubaine de promotion, et  un coût dérisoire. Ce Jean Marc Ayrault dynamise Nantes, comme Aubry a dynamisé Lille. La Culture a des retombées « marketing » inestimables. Une publicité pour la ville de Nantes disait « L’effervescence culturelle favorise le dynamisme industriel ».

Artaud, pour lui, c’est foutu.

A la DRAC et au Conseil Régional on va lui demander sa licence d’entrepreneur, ses co-producteurs, son projet en A 4. Il n’appelle même pas  Avignon  pour demander un rendez-vous avec Vincent Baudriller. Avec sa voix nasillarde et ses intonations étranges,   il n’arrive pas à  jamais à passer le standard. Et voilà, celui qui comme Artaud n’a aujourd’hui aucune carte d’appartenance  à quoi que ce soit,  qui n’est pas dans la mouvance auteur, qui  ne cite pas Koltes toutes les minutes, qui  ne connaît pas le travail d’ Hubert Colas,  qui n’a jamais entendu parler d’Armelle Heliot, de Gil Costaz et de René Solis,  qui ne sait même pas qu’il y a Frictions à Dijon,  eh bien disais- je ce pauvre Artaud, s’il ne fait pas la bonne rencontre au bon moment,  restera dans son coin et nous continuerons notre route  avec l’excellence culturelle d’aujourd’hui.    Vive Eric Emmanuel Schmitt,  vive Jean Marie  Besset.

 

L’important, c’est que le public soit content .

 Il n’y a pas d’autre critère de sélection affirme le jeune metteur en scène naïf. Le second metteur en scène plus confirmé dans le métier, explique que la légitimité théâtrale s’acquiert auprès des experts et des autres professionnels, car le public n’y connaît rien, et qui plus est, plaire au public,  c’est déjà une forme de compromission. Nombreux ceux qui ont bien compris cette règle élémentaire de notre métier,  qui est de jouer là où sont les experts, et fuir le  public ignare.

Les nouvelles diplômées de la culture

Les jeunes filles fraîchement sorties des nouvelles formations  DESS médiation culturelle,   affluent de toutes part. Elles sont mignonnes, ont un bagage extrêmement  léger et se jettent dans le brasier culturel. Ces jolies jeunes filles manquent   de personnalité. Elles ont choisi  le monde de la culture,  comme on choisit une glace. Elles manquent souvent de passion et d’enthousiasme, elles sont à l’image du théâtre d’aujourd’hui.

 

Maintenant l’heure est à la formation.

Enfin ! Il y a une école de metteur en scène, des chantiers nomades, une formation avancée itinérante des arts de la rue,  des cours de théâtre par milliers. Manque juste l’école d’écriture de scénarios de théâtre.  En Angleterre ça existe. Bien sûr nous pensons tous en secret que ce n’est pas une école qui nous sortira Molière, ou Shakespeare. Un acteur fameux disait : « en théâtre,  je n’ai eu que deux professeurs, le premier s’appelait « Douleur », le second s’appelait « Souffrance ».

La culture pour l’Europe

Une fois de plus la culture a été quasiment  absente du débat  du référendum. Politique culturelle de l’Europe  ?  Absente. Seule  La Croix sort un beau dossier « la culture, pour relier les Européens ». Si c’était à refaire, disait Jean Monnet, il faudrait commencer par la Culture. 


 

 

 

SEPTEMBRE 05

À chacun sa culture

Il est directeur de centre dramatique, il n’a jamais entendu parler de Zingaro, d’Archaos, des arts sauts, de Plume, il me demande si je connais  Botho  Strauss, Schwaab,  Peter Handke, Heiner Muller.  

Mélanie est marionnettiste, elle a fait Charleville,  elle n’a jamais entendu parler de Peter Sellars, de Peter Stein, de Peter Zadek, de Simon Mac Burneys.Elle me demande si je connais les chiffonnières, Tohu Bohu, Garin Trousseboeuf, la Licorne.

C’est un jeune de collège : il n’a bien sûr  jamais entendu parler  de Jean Vilar,  d’Ariane Mnouchkine, de  Planchon, de Lavaudant.  Il me demande si je connais Pierre Alain Fraut , Ronaldinho,  et la place de Rennes au championnat, il me demande si Arsenal a gagné.

Ainsi chacun vit dans son jardin avec ses valeurs à lui. Que l’on ne vienne surtout pas le déranger. À chacun sa culture compartimentée.

 

C’est à Paris que cela se passe  

Paul se présente comme artiste plasticien travaillant dans le département de l’Aisne. L’autre le toise : « dans l’Aisne ?  ».tout en pensant : si c’était un vrai artiste, il ne serait  tout de même  pas dans l’Aisne, il serait à Paris...

Ainsi pense toute la presse. Les bons sont Paris, la Province,  c’est du quatrième choix. S’ils avaient de la valeur,  ils seraient à Paris.

Et voilà comment les 3/ 4 de la création française restent ignorés,  et demeurent dans l’ombre  à moins que l’artiste saisi d’un sursaut de demande de reconnaissance parte présenter son œuvre  à Paris devant des « vrais » journalistes.

 Courbet

Pierre est son prénom, il évolue dans les milieux artistiques du nouveau cirque. Il n’habite  pas loin  d’Ornans. Par curiosité, il va voir  une exposition Courbet, il a trouvé  les peintures  sombres    et sans intérêt,  très déçu il ne reste pas longtemps et   raconte son indifférence  à un de ses amis plasticiens.

L’ami lui explique l’importance de Courbet dans l’histoire de la peinture,  Courbet, le premier peintre des humbles, Courbet peintre de la Commune.

Pierre est retourné voir l’exposition, maintenant il ne jure plus que par Courbet.

La morale  de cette histoire vraie n’est pas si évidente que ça…

 

Le directeur du festival d’Avignon  ressasse sa colère.

 Il aurait bien voulu passer entre les gouttes, mais il fallait  bien qu’il paie pour son passé socialiste.  On n’est plus dans le domaine de la compétence, mais de la punition. La profession ne lève pas le petit doigt. On est en pleine chasse aux sorcières et dans le culte du jeunisme.  Lassalle avait été la victime expiatoire de Toubon, BFA sera celle d’Aillagon.

Quand vous changez d’appartement, il y a toujours un rituel d’appropriation du lieu par le changement du papier peint. Les ministres, c’est pareil, ils marquent leur territoire en limogeant une des pointures qui s’est trop illustrée avec le ministre d’avant.

Alors sur vos listings, vous sélectionnez BFA, vous appuyez sur la touche supprimer, à la question  êtes-vous sûr de vouloir supprimer Faivre d’Arcier, répondez oui, et inscrivez dans sa case, Baudrier, Archambault. Les logiciels sont aussi cyniques que les ministres.

Les fédérés de Montluçon  c’est fini.

Cela s’arrête en silence, sans histoires, sans conflit. Ils se retirent sans communiqué vengeur, sans explication, c’est comme la fin d’une pièce.  lls ne saluent même pas. C’était pourtant un lieu incandescent, un lieu de ferveur, un lieu de spiritualité. Le théâtre ne se consommait pas chez eux comme ailleurs. C’était de l’ordre du partage intellectuel. L’équipe était soudée, jusqu’à la vendeuse de quiches à l’entrée, tout le monde était partie prenante. Olivier Perrier est un  acteur exceptionnel, chargé de toute l’humanité de sa terre natale, le bourbonnais. Wenzel était resté fidèle à lui -même dans le sens de l’écoute du monde d’aujourd’hui. Les  Fédérés ne seront jamais remplacés, même si déjà la nomination des remplaçants est lancée.

Il n’est pas né le visionnaire

Celui  qui sera capable d’écrire pour les trente ans qui viennent la politique culturelle de notre pays, celui qui serait capable de dire : un établissement culturel, c’est comme ça ou comme ça, celui qui redonnera tout son sens au rôle de   la culture, celui qui ne sera pas un simple déplaceur de pions mais un  vrai créateur d’idées, celui qui  sera capable de faire des choix. Mais   tu cherches quel genre  : Périclès ?  Louis XIV ? Malraux ? Lang ?   Lounatcharski ? Maurice Pottecher ? Victor Hugo ? Romain Rolland ? Jeanne Laurent ?

Mais non,  il n’a pas de nom, et pourtant il  doit bien exister ce poète capable de bien saisir l’évolution du monde et  de placer la culture  et les arts au centre des choses essentielles.

 

 Pétitions à gogo

Le paysage culturel français prend des coups.  Des dizaines de pétitions ne cessent de circuler. Partout  la guerre  souterraine fait rage. 

On fait sauter ceux qui tiennent à garder leur liberté de parole, comme Bojko à Nevers, on fait sauter les directeurs  qui n’ont pas envie d’une culture abaissante à la Disneyland, c’est Ghislaine Gouby à Mâcon, c’est Macoco Lardennois à Feyzin, Jacky Castang à Vesoul, Dominique Ferrier à Bourg-en-Bresse.  Les maires veulent des directeurs aux ordres, ils veulent de la culture électorale  et flatteuse. Le festival d’Annonay disparaît. Les intermittents  en sont à leur dixième année de sursis.

Tous les jours on signe des pétitions, et des pétitions  à tel point que l’on se demande s’il ne vaudrait pas mieux signer une fois pour  toutes   contre la dictature de la    civilisation  des loisirs, 

 


OCTOBRE 2005. SPECIAL EDUCATION POPULAIRE

 

 

On doit revenir sur Avignon 2005 et en dégager 4 aspects positifs.

1) Plus de doute, la mission de service public  de ce festival est définitivement enterrée, tant mieux.

2) L’entre -soi et la consanguinité sont de mises.  Au diable,  Bourdieu et sa distinction culturelle, plus de culpabilisation, Avignon In est le rassemblement des catégories socio professionnelles supérieures, comme on dit maintenant les CSP +,  c’est le nid de  la culture haut de gamme, des gens qui s’y connaissent. Ce n’est pas plus mal.  

3) Un des grands malentendus du théâtre est dissipé par rapport à la relation d’ennui.    « Au diable c’est l’ennui » de  Peter Brook,  est remplacé par la   formule de Boulez « les œuvres accessibles sont toujours mineures ». Alors bien -sûr on peut se demander ce que venaient  faire Sivadier ou Sierens, metteurs en scène trop limpides  dans cette programmation.   Petite faute de goût pardonnable.    

4) La vieille garde de Vilar, toutes ces vieilles profs retraitées, est en  train de décrocher. Ouf, avec leur morale mi- communiste-mi -chrétienne, à nous rappeler sans arrêt leurs 40 ans de festival, elles encombraient. Un dernier petit coup de turbo, un peu plus de nu et de sodomisations, elles disparaîtront définitivement du paysage.

Conclusion : une espèce de karchérisation de la culture s’est mise en place sans dire son nom.

Des festivals de rue pour faire l’amour

Ceux qui trouvent Avignon trop élitaire, peuvent aller dans les festivals de théâtre de rue. Chalon ou Aurillac. Mais il faut prévoir un journal pour s’asseoir par terre, accepter l’idée de ne rien voir, de ne rien entendre, l’important c’est la communion, c’est être ensemble. Des préservatifs sont distribués partout, car ces festivals sont l’idéal pour les premières expériences amoureuses au camping, où l’on vient pour ses seize ans, sans papa –maman.

 D’ailleurs le théâtre de rue fort de son immense public, de sa vitalité, de ses progrès a obtenu du Ministre,  une attention spéciale « le temps des arts de la rue », histoire de populariser le théâtre de rue auprès des autres professionnels de théâtre qui acceptent difficilement que les artistes de rue veuillent eux aussi goûter au gâteau de la « subvention ». Objectif 13 millions d’euros pour 2007.

C’est Bussang que je préfère

Les vrais moments de grand théâtre que l’on pouvait vivre cet été se passaient à Bussang. Alors là,  pas de Libé, pas de Monde, pas de Fabienne Pascaud, pas de vaine polémique.  Christophe Rauck mettait en scène « le Révizor »  avec des acteurs formidables,  et  des amateurs. De la vraie mise en scène, un  rythme fou, et puis des renvois en filigrane à notre société. Du théâtre subjuguant.  Vitalisant. Et puis Bussang n’a pas encore vendu son âme au conformisme ambiant, les enfants vendent les programmes, quantité de bénévoles se pressent autour du public, les entractes sont magiques.   Quand le théâtre fonctionne, c’est mieux que tout. Bien entendu la pièce ne sera plus jouée. « Trop lourde », disent les directeurs de structure.

Les analyses de Robert Abirached  sur le système théâtral   sont un bonheur, car lui seul ose encore parler.

  Franchement ça éclaire bien la réalité de notre microcosme. Son dernier ouvrage : « Un système fatigué »- est fou de vérité.  Nous sommes les uns et les autres tenus par des obligations de réserve, parce que l’on a beau dire, celui qui  est à la tête d’une compagnie et qui osera dire que les scènes nationales sont des lieux de manque de courage politiques,  et artistiques, sauf exception , celui -là peut changer de métier. Celui qui osera dire  que le Ministère de la culture est un véritable radeau  errant, paumé, ayant égaré tous les instruments de navigation, celui- là peut ranger ses affaires  et s’exiler à la campagne.

A chaque fois, vous me demandez de pleurer sur la statistique : 90 % des français ne fréquentent pas les lieux culturels etc.   

Mais oui, ils flairent par avance le mauvais plan, la sortie coûteuse, qui vous laisse sur le bas côté de la route. Ce qui est grave, ce n’est pas tant pour eux, car ils compensent  avec une autre culture, c’est grave pour nous, les artistes- ceux qui jouent- de ne pas avoir  les Dédés, les Mimis, les Momos,   d’avoir dans nos salles,  un public trop attendu, trop conforme. Vive la mixité sociale du public.

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JANVIER 2006

 

On ne les croise plus jamais  au théâtre

Les hommes politiques n’aiment plus la culture. Ils ne pensent qu’à leur survie, et la culture ne les sert pas., alors ils jouent « service minimum ». Pourtant, tout le théâtre public ne dépend que de leur bon- vouloir. Heureusement, les régions, passées à gauche, signent à tour de bras des conventions  financières avec les compagnies. 

 Passer du compliqué au simple .

Lors du colloque « mettre en scène à Rennes », les philosophes se succèdent.   Bernard Stiegler   évoque  l’Art devenu consommatoire, la libido remplacée par de dangereuses pulsions , le capitalisme qui se dérègle, tout ça pour nous dire qu’un retour à » l’Amatorat »  serait bénéfique au théâtre. La salle  remplie de professionnels  est interloquée.  Denis Guenoun, notre artiste défroqué, revenu à la philosophie, nous fait un raisonnement BAC +14, pour nous dire à la fin qu’il se demande pourquoi il s’ennuie si souvent au théâtre.

Faut -il être transparent et plat pour être nominé ?

A chaque fois je me pose l’atroce même question alors que se multiplient les appels d’offre en tous genres pour diriger les établissements. Quelles sont   les qualités recherchées ?  Il y a un appel pour le centre dramatique national Dijon-Bourgogne, pour une scène nationale à Douai, pour  une maison de la culture à Chambéry, pour Evry et bientôt Gennevilliers. Tous ceux qui ont fondé ces lieux avaient des personnalités d’enfer. Aux repreneurs, on réclame un profil fiable et tranquille, un côté- –ne- fera- pas- de –vagues.

Rodrigo Garcia veut il « épater le  bourgeois ».

Rodrigo Garcia  nous montre un homard en train de mourir, dans « accidens para comer »  le homard nous fait un dernier signe avec ses grosses pinces, puis   est mangé par l’acteur. Je suis un peu interpellé.   A la sortie,  personne ne discute, seul  un metteur en scène    que je connais  me dit  qu’il  qualifie cette performance d’ « art bourgeois ».

La bataille d’Avignon continue de ne pas s’achever.

  On y voit un peu plus clair. Soit ce sont les futurs génies de la création  qui ont été hués comme Stravinsky, Victor Hugo, Merce Cunningham en leur temps, pour leur radicalité et leur rupture avec la tradition,  soit ce sont des spectacles nuls, qui le méritaient.  Le problème c’est  l’évaluation,  et surtout le critère majeur, celui du public. Un vrai artiste contemporain doit déplaire au public,  mais plaire aux professionnels. Une véritable aristocratie du goût s’est mise en place, dominatrice, arrogante, sûre d’elle, c’est elle qui fait la loi.

 Aux artistes des camps de réfugiés

Une petite pensée et du respect  pour ceux qui jouent dans un camp de réfugiés sur la frontière birmano thaïlandaise, Christophe Chatelain, Cyril Jaubert etc.   devant des assemblées de 500 à 2000 personnes et dont on ne parlera jamais. Qui nous racontera un jour l’amour d’une population pour sa scène nationale comme à Calais  ?  Pourquoi la presse est-elle  remplie de non- évènements  style  Oh les beaux jours,  ou Platonov ?


AVRIL 06

Panne de libido

Plus envie de sortir. Plus rien ne m’attire, plus rien  ne m’intéresse. Tout m’a l’air artificiel, tout m’a l’air convenu. Soit ce sont les mêmes, et c’est comme si on l’avait déjà vu, soit c’est nouveau, on ne saisit pas les motivations. Je regarde toutes ces pubs de spectacle  comme  un   étranger.   Une publicité d’une page dans le Monde,  pour les caprices de Marianne,  mise en scène de JL Benoît. Ah mais c’est Karen sa collaboratrice,  Karen je la connais, ou je me trompe ? 

Le  gentil petit couple d’Avignon remonte dans mon estime

 Parce qu’ils sont installés à Avignon,  qu’ils font des rencontres artistes –public , mais leur programme, c’est  celui   d’un théâtre National concentré en trois semaines. Au moins ils garderont leur place.  Adieu polémiques. Il y a tout ce qu’il faut voir, tout ce  qui est bien  : Brook, Platel, Françon, Zingaro,  Nadj, tout est bon, tout est de qualité.  Moi je n’ai envie que d’un seul spectacle celui d’Alloucherie. Mais dès que je dis à la caste des directeurs ; un programme, cela doit décoiffer quelque part, avec d’un seul coup l’irruption dans la série habituelle d’un corps étranger,  de quelque chose d’illicite qui n’a pas sa place là, je me fais incendier

Je croise le frère de Minyana,

Il est professeur de maths dans un collège de Béthoncourt, banlieue un peu chaude de Montbéliard. Je lui dis  « alors t’es allé voir  ton frangin à la comédie Française » ?   Bien sûr que oui, me répond -il ,  et il me dit que son frère est ravi d’être au Français. Et dans ma tête je me demande si moi je serais content d’y  être  à la Comédie Française. Si on me proposait une mise  en  s cène, franchement je crois que je dirais non merci, je préfère ma banlieue,  mais  en suis- je sûr ?Alors pourquoi donc ai-je  rempli  si consciencieusement le formulaire du who’s who ?

Ariane

Je suis assis à côté d’Ariane Mnouchkine, à Bobigny pour une Mouette en hongrois.  Pour moi elle est l’étalon –or. C’est ma valeur sûre. Je me plains, à mon habitude de la morosité, ambiante,  des hommes politiques sans élan  etc. Elle me réplique juste 3 mots  ?  Et le public ? Elle me dit, oui le public, c’est ça qui compte le public. Il est formidable, le public.   

Je  lis l’annonce du recrutement du prochain directeur du Centre dramatique de Gennevilliers.

 Sobel fait partie de ceux qui m’ont éveillé au théâtre. Je fréquentais les Grésillons, ce lieu totalement austère et froid et j’aimais la passion de Sobel. Sobel n’a jamais cherché à tourner, à jouer à Paris, et là on lui dit « limite d’âge, prenez la porte ». Il a fondé ce lieu, il a tout fait ; sa démarche n’est qu’exigence et rigueur. J’envoie immédiatement une lettre pour dire que j’ai l’honneur de ne pas me présenter au poste de directeur du CDN.  Le directeur de la DMDTS ( Direction de la musique, du théâtre et des spectacles ) me répond par lettre manuscrite, qu’il faut laisser la place aux jeunes et que Sobel ne sera pas maltraité,  il sera aidé pour  faire des  mises en scènes dans d’autres théâtres.  

Les calendriers sont vides.

Toutes les compagnies se plaignent. Je  ne croise que des artistes  qui dépendent du fond de soutien ou du  RMI,  et  tout à coup je découvre que la compagnie Artifices de Dijon croule sous les demandes, que leur calendrier est plein jusqu’en 2008, que c’est à peine s’ils répondent au téléphone.On me dit qu’ils font de l’excellent théâtre jeune public, et que le Molière zappé à la télévision c’était eux.


SEPTEMBRE 06

 

Je lis frénétiquement les plaquettes de rentrée de saison des établissements culturels .

 Et je pense à Cadalbert,  un  élu de St Quentin en Yvelines, qui m’interrogeait. « Mais pourquoi tant de plaquettes,  tant de graphistes, tant de programmateurs,  tant d’éditoriaux, tant de dépenses, on  en ferait un ou deux modèles pour la France, il n’y aurait que les adresses à changer, comme ils font dans les Ibis  » ? Je ne savais pas quoi répondre devant ce bon sens.   Car il est vrai, les plaquettes sont lisses, impersonnelles, fades, interchangeables.  Faut pas choquer l’abonné de base. Une petite mention pour le Maillon de Strasbourg, et ses interrogations sur le peuple, le tout dans un emballage maoiste, la plaquette qui fait tâche.    

Le jeu des prénoms

Dans les hautes sphères du théâtre , il est de bon ton d’appeler les artistes par leur prénom pour bien  montrer sa connivence. Style : « j’ai parlé à Patrice*, Alain* m’a appelé, je ne sais pas ce que monte Ariane*, j’ai vu le dernier  Jo*, Jean Louis* était là hier, Pina* m’a filé un exo ».  Oui, mais avec Bartabas, cela ne marche pas, il faut dire Martex pour être dans le coup.

Chéreau, Françon, Mnouchkine, Lavaudant, Martinelli, Baush

 Faire la différence entre  les experts et les intellectuels,

 Le sénateur  Mélanchon (PS)  bien allumé explique :  « vous avez d’un côté les experts, les spécialistes, chacun connaît sa petite partie à fond, mais ne connaît pas l’ensemble.      De l’autre côté,   vous avez l’intellectuel, lui ne connaît pas le détail, mais l’ensemble. Mélanchon aime bien être déstabilisé par les thèses des intellos, cela aiguise sa réflexion. Mais il n’a pas parlé des artistes, et il a tort, car  pour moi, ce souvent les artistes qui démêlent le mieux les fils de l’opaque réalité.

L’intermittence, ça fatigue

Désormais,  je veux me battre pour pouvoir jouer, pas pour être indemnisé quand je ne joue pas. Ne plus attendre des contacts et des dates qui n’arrivent jamais.  En 1989,  les compagnies donnaient  de 100 à 200 représentations par an. Maintenant ça bouchonne dans les vieux circuits de la décentralisation. Il faut réinventer notre vie autrement. 3 ans après la grève de 2003, on est toujours au point mort sur l’intermittence, et on n’avance pas sur la diffusion.

 Il y a un chiffre qui est très peu diffusé, cet an -ci,

 C’est le chiffre du déficit de l’Unedic,   Depuis la mise en place du nouveau régime,  on est passé de  890 millions d’euros en 2003 à 952 millions d’euros de déficit en 2004 , sans compter le coût du fonds de transition mis en place par le ministère de la culture.  Pourquoi ?  Le système est tellement débile qu’une certaine catégorie de salariés qui touchaient de bons cachets ont vu leur taux augmenter considérablement, tandis que d’autres étaient froidement jetés au RMI.  Quant aux chiffres 2005, ils sont  tout simplement introuvables.

Jadis tout était simple en matière de subventions théâtrales.

 Il y avait une seule adresse, 53 rue saint Dominique au Ministère de la culture à Paris. Un certain  Jean Pierre Rousselet s’occupait de toutes les compagnies dramatiques de l’hexagone, une  certaine Marie Claude Poncet gérait les 50 scènes nationales, et  il n’y avait qu’un seul groupe d’experts.  Maintenant, c’est la décentralisation,  avec 22 conseillers théâtre, 22 conseillers  musique- danse, 22 conseillers action culturelle,  22 directeurs de DRAC, 22 secrétaires, 22 comités d’experts,  et 22 bâtiments prestigieux qu’il faut chauffer.  Il y a en plus 22 régions, avec 22 chargés de culture, sans oublier les  conseils généraux qui ont mis en place  98 délégués culturels, et il y a maintenant les communautés  de commune, espérons qu’elles créeront elles aussi  des postes de responsables culturels. Alors celui qui dit que le budget de la culture diminue, se trompe lourdement.   Et attention, je ne parle que de la métropole.

 

 


NOVEMBRE 06

 

Ça a été. ?

Au restaurant après chaque plat le garçon en débarrassant les assiettes demande : « alors ça a été ? ». Imaginons que cela soit pareil dans les théâtres. Après chaque acte, le metteur en scène nous demanderait, alors ça a été  ?». Je rêve.

Ton urgence.

Je discute avec une jeune metteuse en scène, je lui dis que je ne comprends pas l’urgence de sa démarche, que ce n’est pas lisible, je lui demande si elle a un objectif, elle me dit qu’elle n’a pas à me le dire. Je lui demande quelle est la phrase –motrice qui la fait avancer, elle se vexe.

 Ma petite Lamya.

 Je lui dis : « Lamya, toi issue des quartiers de Montbéliard’  toi dont la mère est illettrée, le père ouvrier chez Peugeot, Lamya, tu pars à Los Angeles avec la bourse Villa Médicis hors les murs, étudier la littérature américaine » ! Lamya ne supporte pas mon côté paternaliste. . Alors je dis « et toi Moussa, tu viens d’obtenir la bourse de 6000 € écrire pour la rue », Moussa toi que je ne connaissais que comme « bidouilleur », je découvre que depuis dix ans tu écrivais en cachette, et que ton écriture est magnifique, toi  sans papier,  éloigné  de la Kabylie., te voilà promu.  Moussa, lui n’est pas gêné par mon lyrisme.  Quant à Djamel Debouze, si je le croise je lui dirais ‘ Tu sais, les ateliers d’impro que t’as suivis à Trappes avec Papy, c’est qui qui les avait montés  au début, hein ?  c’est l’Unité . Il faut croire que l’on sert à quelque chose.  J’ai de la tendresse pour ces destins. Je me dis « c’est possible ».  

Frigidité.

Mon voisin de fauteuil pousse des cris de stupéfaction et de joie devant les acrobaties de cette jeune compagnie de cirque , c’est la première fois qu’il voit ça de sa vie. À côté de lui, je suis froid, j’ai vu dix mille fois tous ces flip flaps et autres sauts périlleux. Pour moi c’est insipide.  Une autre fois,je vois le public terrassé d’émotion par cette pièce d’un libanais exilé au Québec, je reste étranger à la pièce. Je m’ennuie.  Devant cet engouement, je me dis que sans doute je me trompe, que mes sens se sont émoussés avec les années.

J’aime lorsque le théâtre s’adresse à la ville tout entière,

J’aime le théâtre lorsqu’il est aussi populaire que le football.  Cela arrive. La compagnie Royal de Luxe met les villes en transe, j’ai vu Calais en transe. Pourtant Calais n’est pas une ville folichonne... Moment de liesse où toute la communauté humaine se retrouve ensemble au coude à coude, toutes classes sociales mêlées. L’objet fabriqué par François Delarozière est un appel au rêve, un tremplin vers l’imaginaire.  

Jean Luc Lagarce,  cet inconnu.

C’est l’année Jean Luc Lagarce, l’auteur le plus joué en France paraît-il. Il n’y a guère qu’un seul endroit où Jean Luc Lagarce est totalement inconnu,  c’est dans sa propre ville de Valentigney dans le Doubs où résident encore ses parents.   Indifférence complète. C’est bizarre tout de même ce rejet. Il faudra peut -être encore attendre cent ans, pour que Jean Luc Lagarce, auteur puisse avoir une impasse à son nom.  Ce que j’aime dans ce pays de Peugeot-Montbéliard , c’est ce rejet de toute ce qui est intellectuel, de tout ce qui est artistique.  

La folie des sorties de chantier.

La mode est aux sorties de chantiers, aux répétitions publiques, aux crashs tests. Le problème de la diffusion des spectacles est devenu tellement épineux, que les artistes sachant qu’ils ne pourront pratiquement pas jouer, montrent leur travail  pas fini, leur « work  in progress ». Pour moi, c’est comme faire goûter une soupe à mi-cuisson. Comment apprécier ?


HUIT ELUCUBRATIONS SUR LE THEME DE LA FETE.

1

Le théâtre est né dans une sorte de très joyeuse fête agricole, où l’on fêtait le culte de Dionysos, dieu de l’alcool de l’ivresse et des excès.

Ces fêtes s’appelaient des comos, les animateurs de la fête, les comodos, et c’est donc devenu plus tard les comédiens . Un de ces comodos, du nom de Thespis, s’est mis un jour à  ‘ slamer » debout sur une charrette, et ce serait donc lui le premier comédien de toute l’humanité.

2

 2500 ans plus tard, nos sociétés occidentales, au nom du progrès, ont mis Dionysos au chômage. Alors la fête dionysiaque ?  Les bacchanales, les débordements, la liesse, l’expression dans les espaces publics. On s’ennuie partout, sécurisation oblige.

Si par malheur, quelques jeunes s’organisent une fête spontanée dans un pré, les préfectures s’affolent, au secours Dionysos revient.

 3

Pourtant nos sociétés ont besoin de désordres, nous sommes en manque absolu de désordres, on nous fait vivre dans une cocotte-minute, avec le seul droit de déborder une fois tous les 12 ou 20 ans pour une victoire à la coupe du monde de football..

Strasbourg faute de vrai réveillon a montré l’exemple en illuminant les quartiers de grands feux de véhicules. L’émeute est une sorte de fête que s’offrent des gamins dont le besoin d’hyperactivité est sans arrêt réprimé.

Il faudrait créer des émeutes artistiques un peu partout.

Mais les préfets veillent.

4

La fête n’existe plus que totalement bridée et organisée, sécurisée, balisée et contrôlée.

Les artistes sont peu à peu tous castrés par des règlements sécuritaires ridicules. L’espace public n’est plus public.

5

La France s’est pourtant couverte de pustules festives :

Opérations d’animation, abominables carnavals pour enfants,  ou des petits festivals  assez insipides et consensuels    organisés par les services culturels,   et puis  ensuite, les grosses opérations de communication.

Pas de jour sans qu’une grande ville ait commandé un audit qu’elle paie souvent plus.

de 25 000  €  pour apprendre  qu’elle doit organiser un festival de musique ancienne,  des rencontres de cinéma indien,   une fête de la BD, une fête du livre, un marché de Noël, une foire au troc

Il ne faut pas se plaindre non plus, cela donne parfois du travail aux artistes, pas très valorisant, mais enfin.

6

Les villes veulent bien de temps en temps un peu de désordre, mais bien canalisé.

Les fêtes de rupture sociale, de rébellion, de renversements des valeurs sont remplacées par des évènements de programmations vendus clés en main prêts à la consommation.

Les retombées économiques et médiatiques de ces fêtes artistiques sont telles que toutes les villes rêvent de devenir Avignon, Chalon ou Aurillac. Or ce sont à chaque fois les artistes des Off qui font le succès de ces festivals en venant gratuitement, et présentant au moins 500 spectacles, attirant donc un public de 80 000 à 400 000 personnes. Les mairies et les offices de tourisme se frottent les mains devant ces retombées économiques non négligeables.

 7

Est ce à dire qu’il n’y a plus aucune fête, que la fête est triste, qu’il faut supprimer le 14 juillet, que les fêtes religieuses ont perdu de leur sens, que les fêtes agricoles sont mornes, et que ne subsistent que les fêtes commerciales ?

De nouveaux concepts naissent, mais très vite ils perdent de leur fraîcheur…

Fête de la musique, Nuits Blanches, on s’en lasse vite, la subversivité est rapidement récupérée  par le pouvoir.

8

Y aurait-il une vraie bonne recette de la fête. ? Pourrait-on dire :  il n’y a de fête que lorsqu’il y a implication active des habitants ? qu’il n’y a pas fête lorsque l’Etat ou la mairie sont maîtres d’œuvre ? 

Aucune règle n’est absolue..

Royal de Luxe met Calais en transes avec un éléphant et une petite géante. Comment se fait –il que toute une ville s‘approprie cette histoire ?

Pourquoi le carnaval de Bâle au moins dans son réveil à 4 H du matin avec ses milliers de masques de tambours et de fifres ne prend pas une ride ?  Est ce par le secret des cliques, ou par sa critique des pouvoirs établis. ? Pourquoi Liestal (Suisse) laisse débouler dans sa rue principale des chariots de feu avec des flammes de 20 mètres de haut ?  Comment la ville de Trinidad danse cinq jours et cinq nuits dans une ivresse et une liesse collective totales ?

9

Il y a dans l’inconscient collectif de chacun « une fête perdue, il y a très longtemps ». Malheureusement au désir spontané et naturel de fête, se sont substitués les valeurs de communication, de marketing politique, de merchandising. 

On peut toujours aller voir les Rolling  Stones ou Johnny Hallyday pour se dire que Dionysos n’est pas tout à fait mort…

 

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MARS 07

Le jeu des coprodes

Il n’y a pas encore très longtemps, celui qui arrivait à aligner sous le titre de son spectacle cinq à six co-producteurs, style théâtres nationaux, centres dramatiques ou scènes nationales, avait droit à notre respect et notre admiration. Qu’autant de lieux prestigieux lui accordent sa confiance, voilà un gage de qualité. Mais aujourd’hui, aligner ces noms-là-là nous rend très méfiant vis-à-vis du spectacle dont on sait par avance qu’il va être très très convenu.  

À la sortie du spectacle.

 Je tombe nez à nez sur la chargée de diffusion qui me lance un « alors c’était bien, non ? ». et moi de répondre spontanément « non, oh non, pas bien du tout ». La chargée de diffusion qui ne peut pas du tout prendre en compte ma remarque s’exclame » quelle belle aventure ! » Et puis arrive l’actrice principale, je me jette dans ses bras « magnifique, c’était magnifique, et vous savez, je suis sévère moi ».

Obtenir une salle pendant deux heures.

C’est un jeune acteur qui a rassemblé des comédiens sortis de l’école pour jouer du Camus, alors il décide de faire une lecture devant des professionnels. Il téléphone à l’Odéon pour parler à Lavaudant, et lui demander une salle.  On lui demande d’envoyer un dossier. Il appelle Françon à la colline pour emprunter une salle deux heures de temps, on lui dit « envoyez un dossier ». Pas découragé il appelle Violette au théâtre de la ville pour faire sa lecture. On lui demande d’envoyer un dossier. Trois semaines plus tard il rappelle, mais plus personne ne le prend au téléphone.  Je lui dis « appelle Mustapha à gare au théâtre à Vitry ou Régis Hébette à l’échangeur à Bagnolet.

Ça se passe où on ne s’y attend pas.

Dans un sous-sol du centre social et culturel du quartier Etouvie d’Amiens, cinquante habitants discutent d’un spectacle à inventer autour de la tour bleue vidée de ses habitants depuis quatre ans. La discussion est riche et vivante. Adélaïde, une