Critiques 2006

Critiques 2007

Critiques 2008

 

LES SPECTACLES QUE J'AI VUS EN 2005

Je suis toujours consterné par la façon dont on parle des spectacles. J'ai aimé ou pas aimé, j'ai dormi, ou je n'ai pas dormi. J'essaye de raconter ce que je vois, ce ne sont que quelques notes, n'attendez pas de moi des analyses approfondies, juste les réactions du lendemain, pour m'en souvenir.

Cette année 2005 je vois 48 spectacles sans compter la douzaine d'Avignon (blog spécial).

 

Au théâtre, le sommeil est une opinion.

le géant de Kaillass. Cie Brozzoni

Alice schyzotope, Julien Travaillé. Granit.

La Périchole. Offenbach. mise en scène Philippe Chamaux

Dieu est un steward de bonne composition. Yves Ravey, Ribes, Rd Point

Zazie dans le métro. Cie Heuclin Houdart

L'ébloui. Luc Laporte/Joël Joanneau

Cabaret Nono. Serge Noyelle

Week end de rêve à Lilas en scène

La guinguette à trois francs six sous, le Samu

Le retour de Sade/Bernard Noël. Charles Tordjman. (Colline)

Mathilde. de Véronique Olmi. (Arditi, Ariane Ascaride) Mals de Sochaux

Par le Boudu. Besançon

Oncle Vania. Kiev. théâtre de la jeunesse.

Cabaret philosophique de Fred Toush/ Conférence de Cintegabelle.Lons/Dijon

Théâtre à la campagne. David Lescot/Gilles Cohen. Chalon sur Saône

Les 3 soeurs. mise en scène de Declan Donnellan par le Chekhov international theatre de Moscou

Fantomas revient. mise en scène Pierre Pradinas au TEP

Accrorap. Pourquoi pas ?

Il y avait seize cheminées. par la Cotonnière

La cérémonie des Molière. France 2-

Oncle Vania. Aquarium. Julie Brochen

Théâtre du Mouvement

Drames Brefs / festival Frictions de Dijon, théâtre des Intrigants, Kinshasa

Révolte(s) au théâtre de la tempête. rencontres de la cartoucherie

A la vie, à l'amour. déambulatoire opéra d'Oposito aux Invites de Villeurbanne

Opération chaises aux Invites de Villeurbanne

Avignon 2005,blog.

Cabaret d'été des Nouveaux Nez

Les caissières sont moches. Chalon dans la rue

Le Pudding à Chalon

Braakland par la compagnie Dakar

Laura Herts

Le Révizor à Bussang

Le champ du repos. Jacques Auffray

Quelque p'arts. Villages d'Ardèche

La mort de Danton (Sivadier, Büchner)

Les Nouveaux Nez font leur cirque

Temps d'image à la ferme du Buisson

Sidi Larbi Cherkaoui/Théâtre de la Ville

Contes de vies ordinaires. Gakokoe

Cosi Fan Tutte au Touquet

L'autre guerre d'Elsa Solal à Nantes

Mettre en scène à Rennes

Inspirez, soufflez. Xavier Chavari,Bruno Durand. Mulhouse

Platonov

Daewoo.François Bon

L'Odyssée au théâtre de la tempête

Carnet 4. Frank Esnée

le bal des 26000

 


 

6 janvier 2005

LES BRIGANDS de Friedrich Schiller (1781)

au Nouveau théâtre de Besançon.

Mise en scène de Paul Desveaux

avec JC Jay, Ninon Bretecher, Michel Fau, Alain Macé et 10 autres acteurs.

Cela fait peur 3 H 50. Mais le temps va passer vite. Distribution homogène, belle énergie. Il est vrai, j'aime cette pièce bourrée de voyous de deux sortes, Franz proche du pouvoir, intrigant et Karl, vrai bandit, tueur, mais à l'anarchisme fascinant. La traduction est nerveuse, moderne. J'aime le texte de Jörn Cambreling. Et puis évidemment le jeu de Michel Fau me passionne toujours, il a une grande variété de registres. Alain Macé fait une composition de curé, puis de valet dans un style qui n'appartient qu'à lui. Voilà, un grand texte, des grands acteurs jusque dans les rôles mineurs, ça passe bien. Paul Desveaux a une trentaine d'années, il vient de Normandie, sa compagnie s'appelle l'Héliotrope. Je ne connaissais pas. Mais le plaisir vient des acteurs, ils ont de la ferveur. cela fait du bien. Et puis cette pièce pour moi parle déjà du nazisme, et est bourrée de philosophie comme j'aime.

8 janvier 2005.

ALICE SCHIZOTOPE

à la coopérative de Belfort

Mise en scène, texte et décor de Julien Travaillé.

On a souvent dit que j'étais le parrain de Julien Travaillé, parce que je l'avais un peu soutenu auprès du conseiller DRAC, et reçu du temps de la scène nationale de Montbéliard. Il est vrai que Julien fait toujours dans le théâtral que cela soit avec un groupe de lycéens, ou avec des acteurs. Il a monté un Sarah Kane, deux spectacles de rue, mais il a de la peine à "tourner" ses spectacles. Pour moi, il a un sens indéniable de l'image. Certains lui reprochent son côté "branché" ou "opportuniste" ou affirment qu'il n'a rien à dire, je ne le crois pas. Il nous avait fait peur au mois d'avril sur une sortie de chantier de cette même pièce qui était plate et sans saveur, mais là, il sauve la mise. J'assiste au premier filage et c'est tout simplement beau, comme une illumination de Rimbaud. Il a abandonné ou plutôt introverti son côté "gore". Il est toujours assisté par "Titine" c'est à dire Christine Lapre, qui est sans nul doute plus importante que ce que l'on croit. Ce que cela raconte ? un rêve un cauchemar, un coma. Liliane David, comédienne étrange a son double en plus jeune, Marie Fraschina, une chanteuse, apparait et disparaît derrière un faux miroir, elle dégage une lumineuse beauté scénique ."Cela le fait" comme on dit. Il faudrait que les pros se bougent, bon, avec le Granit derrière, il y a un peu d'espoir, parce que ses deux spectacles précédents lui étaient restés sur les bras, dont un pourtant repéré par Libé.

10 janvier 2005

La Périchole (1868)

à Montbéliard au Palot.

Mise en scène et adaptation Philippe Chamaux. avec Isaure Equilbey et Gorka Corbes Alegria. Au piano Christophe Fossemale

Ce pays, pour un immigré comme moi, est tellement sinistre le dimanche que je me décide à sortir. L'ambiance n'est pas top, la mise en scène est faible, c'est une version réduite pour deux chanteurs et un piano, alors le vice- roi est dans le téléviseur, ça doit être drôle en appartement, mais là, c'est lourdingue, j'écoute les airs connus et les voix sans sono, ça a son charme tout de même, même si les chanteurs quand ils jouent sont N.A.C.L'Allan offre du champagne Guy Méa à la sortie. Mais je ne bois plus. Quelques personnes traînent, je demande à Joëlle comment ça va, je serre la main de Monique, l'ex député de droite, le directeur arrive sur la fin. Voilà comment on peut éviter Drucker le dimanche.

 

13 janvier 2005

LE CONCERT / François Cervantes/ Cie l'entreprise

à la Friche de la belle de mai. Marseille

avec Catherine Germain et Philippe Foch.

Au dernier moment à la fin de la seconde journée du jury FAIAR, (Formation avancée itinérante des arts de la rue je me glisse dans la voiture d'Antoine le Menestrel. je sais que je vais voir une mise en scène de Cervantes. A Avignon il y a au moins quinze ans j'avais vu "le dernier quatuor d'un homme sourd" dans une chaleur inimaginable sous un toît en tôle.
Mais j'avais de nouveau croisé François Cervantes à Pontempeyrat, je partage avec lui, la même et folle lubie, la seule qui sauvera le théâtre :
A savoir que soient rassemblées dans nos salles de théâtres toutes les composantes de la société. Comme dit Cervantes:" plus il y a de personnes différentes dans la salle, plus la compréhension des histoires est profonde".
Normalement je crains les clowns, à part les Nouveaux Nez.
Mais je sais que Cervantes n'est pas dans la mode "clown". C'est chez lui une recherche permanente. Et effectivement, ce que j'ai trouvé passionnant, c'est la rencontre d'un percussionniste, pas comédien du tout, qui va jouer son propre rôle, face à un clown venu le perturber. Un magnifique clown.
Catherine Germain qui a suivi l'école Lecoq possède son clown, depuis 15 ans.
La rencontre est très belle, toute remplie de poésie. Je me suis même surpris à rire ( ce qui est rare) et à ne pas dormir du tout, ce qui est rare aussi.
A la fin de la pièce, sur un écran, on lit la déclaration d'intention de Cervantes sur son implantation à Marseille après 18 ans de voyages. Son rêve est d'ici quelques années de jouer six mois par an à la belle de mai.

Il y a un grand cahier à la sortie, pour les impressions du public et nombreux sont ceux qui écrivent.

La Friche de la belle de mai est vivante, bourrée de jeunes. Je croise avec plaisir Philippe Foulquié, le directeur, avec qui nous avons fait une bout de chemin ensemble dans les années 1975.


16 janvier 2005 Annecy. Bonlieu scène nationale

LE GEANT DE KAILLASS de Peter Turrini

Cie Brozzoni

C'est une fleur en train d'éclore, j'assiste à la troisième représentation. Je suis chiant comme un vrai professionnel, je décrypte, j'analyse, je ne me laisse pas aller. Lui, le public, il est content, il se laisse bercer. Les enfants, nombreux, ce dimanche après midi, vont être tout à fait silencieux. La pièce va faire 7000 spectateurs à Annecy. Le directeur de Bonlieu, scène nationale se frotte les mains...

Brozzoni est une espèce de monstre de théâtre, bourreau de travail, il travaille depuis trois ans sur ce projet écrit pour lui par l'écrivain autrichien Turrini. Brozzoni c'est aussi une équipe. On y retrouve depuis que je les connais, un noyau de comédiens, Thomas Desfossé, Sylvain Stawski, Dominique Vallon, Anny Vogel, ainsi que Thierry Xavier, peintre, et surtout Etienne Perruchon, le compositeur, dont le rôle va être majeur , puisque les douze pages de texte vont devenir la base d'une musique de 140 minutes.

Brozzoni a une facture classique, j'aime bien l'appeler "chrétien post brechtien". cela lui convient toujours, il aime l'ordre sur le plateau, la géométrie, les groupes bien nets. Tout est réglé au millimètre, les comédiens jouent des partitions gestuelles, on sent bien qu'ils sont encore coincés dans le carcan, mais par moments, ça décolle.

Le début est lent comme si l'énergie n'était pas au rendez vous, on sent bien que le "punch" est encore enfoui. La lumière me semble molle. Les musiciens sur le plateau encombrent l'image, on met du temps à les oublier, car c'est un conte on a envie de se laisser emporter dans le merveilleux.

Heureusement le spectacle avance en montant. On en sort réjouis. Parce que Brozzoni a le goût du grand spectacle ( 20 personnes sur le plateau) . Il y a dix huit tableaux accompagnés à chaque fois de changements de décor, des toiles peintes naïves exécutées par ThierryXavier, compagnon de route.

L'histoire est sociale et généreuse, même si j'ai eu du mal à suivre, je ne suis pas comme les gosses, adepte des histoires compliquées. C'est bien- sûr la société qui n'accepte pas les êtres différents.

Moi, j'ai dans la tête le géant de Royal de Luxe qui m'encombre avec ses six mètres de haut, or, Sylvain qui joue le géant, fait avec ses chaussures compensées 2,04 m , il me paraît presque petit. C'est ça le problème du pro qui est encombré de références qui a trop vu et qui a du mal à être naïf.

La musique de Perruchon est splendide. Je me serai précépité pour acheter le CD, il n'est pas encore sorti. Etienne Perruchon a fait fort. Parce que c'est une comédie musicale qui ne dit pas son nom, et on ne tombe jamais dans la variété, ou dans Notre Dame de Paris, ni dans la musique trop savante qui éloigne, ni dans le sous- Kurt Weill. Figurez vous d'ailleurs que Perruchon, par l'entremise d'André Engel est devenu le partenaire musical du cinéaste Patrice Leconte, comme quoi, pour peu que l'on s'intéresse aux régions on y trouve mille trésors.

Ah je dois citer Frédérique Moreau de Bellaing, petite comédienne de tempérament ,que je connais de 26 000 Couverts et de chez Pascal Rome (Ophus) et aussi Pierre Trapet. Franchement les comédiens méritaient mieux dans le programme que leur nom, ils sont tout de même la base de l'édifice. On a envie de savoir qui est qui. Et puis Olivia Peressetchenky, ma nièce qui fait partie de l'avenure en tant que chargée de production et qui fêtait ses 30 ans.

Le spectacle part en tournée chez les coproducteurs et ailleurs. Thonon, Marseille, Angoulême, Vannes, Sète, Albertville, St Etienne, et à la Filature à Mulhouse du 26 au 28 mai 2005.

Espérons qu'il y en aura d'autres, mais cela coûte 35 000 euros les deux représentations. Le théâtre populaire, c'est cher, parce qu'il y a du monde sur le plateau, et c'est ce que l'on aime.


Mardi 18 janvier

DIEU EST UN STEWARD DE BONNE COMPOSITION

Yves Ravey, Mise en scène Jean Michel Ribes, au théâtre du Rond -Point avec Michel Aumont, Claude Brasseur, Judith Magre.

C'est la première. La foule des grands jours. Jean Michel Ribes est poursuivi par une équipe de télévision, c'est le maître de la maison, une aisance extraordinaire, il serre les mains, a un mot pour chacun.

"Tu vas voir quoi ? Ribes ? Mais quoi de Ribes ? non Ribes ? mais Ravey ? Non Ribes ? C'est le grand rendez- vous, c'est la première, c'est Paris. Yves Ravey, escorté de ses amis franc- comtois va être jeté dans quelques instants dans la fosse aux lions des premières parisiennes. Toute cette foule sympathique est "hyène". On est là pour "démolir". Mais Ribes ne craint rien, lui il est là pour faire "découvrir".

Ce "Rond- Point" a une caractéristique incroyable, et nouvelle, il est sur la lisière "privé-public". Ribes ne veut pas donner dans la grand messe du théâtre public toujours un peu trop austère et méprisante, mais il ne veut pas donner non plus dans le "tout pour plaire" du théâtre commercial. On a là, un nouvel alliage.

Ribes est au théâtre ce que le titane est à l'acier.

Le Rond- Point est le carrefour obligatoire de toute la création. Qui n'a pas sa création au Rond -point n'est pas digne de vivre.

La salle est pleine de 800 personnes. Des gens du métier, certes, mais d'autres aussi, le placement est assuré par des jeunes apprentis du cours Florent. Belle fébrilité.

Quand cela démarre, on se croit au "boulevard " un peu branché, puisque le décor n'est pas "nickel chrome" mais un peu BD, enfin il est énorme tout de même, avec escalier, fenêtres, portes. Je suis étonné par l'aisance de Michel Aumont, le texte semble quotidien, sans emphase, je ne reconnais pas l'écriture assez littéraire de Ravey. Claude Brasseur est tellement connu, que je vois Claude Brasseur, absolument pas le barman de la ville de Palerme. Tout à l'air bien, quant au bout de 40 minutes on perçoit enfin les fils du drame, le jeu de Judith Magre se durçit, on sent des sombres histoires d'immigration, un discours sentant l'égoût. Ouf, enfin ! Yves Ravey est revenu. Les conflits éclatent, mais Judith Magre mange son texte, j'en perds une partie. L'histoire s'accélère, se termine par un beau monologue de Claude Brasseur. On a envie de relire le texte pour examiner sa complexité.`

Le salut est sobre, l'accueil mitigé, Yves Ravey vient saluer avec Ribes et tous les autres réalisateurs du spectacle.

Les conversations s'éternisent, passionnées, il y a de la vie, c'est ça qui compte. J'aime le théâtre provoquant d'âpres discussions. Je retrouve ce Paris des coteries que j'ai quitté il y a quinze ans. Tout est "représentation" se montrer, tenter de tirer son épingle du jeu. Tout le monde triche, parce qu'il y va de notre carrière, un mot de travers et tu peux être relégué et envoyé dans le "Cayenne" du théâtre, mis aux fers. Le monde du théâtre est violent.

Yves Ravey a écrit dans le programme à quel point les répétitions étaient passionnées, à quel point Ribes empoignait le texte "en mouillant sa chemise". L'auteur vit l'accouchement d'un spectacle comme celui d'un enfant. C'est toujours magique de voir son propre texte prendre vie.

Le public n'est pas dans la même position. J'entends des avis très contrastés. Un ami photographe, d'Art, Claude Pernet, s'approche d'Yves, le félicite et lui dit "tout le monde a adoré". Yves est soulagé. Ribes interroge Yves : content ? Entouré des ses fils, de ses nombreux amis, Yves avale une dernière gorgée de champagne.

Je sors , le restaurant du théâtre est plein à craquer. Audincourt est bien éloigné. Et je me dis juste, qu'Hervée de Lafond n'aura ni presse, ni reconnaissance, avec le texte d'Yves Ravey, Promenade avec Luther, mais que pourtant....

26 janvier

Zazie dans le métro.

Médiathèque de Dole.

Cie Houdart, Heuclin , invitée par scènes du Jura.

Un montage d'une heure à partir d'une interviewpar Marguerite Duras de Raymond Queneau. Des marionnettes de Zazie jaillissent de partout. Le public est constitué par une classe de collège, très intéressée par la technique. Dominique et Jeanne, plus de quarante ans de métier, ont une incroyable énergie et ferveur. Ils jouent comme des gosses, puis aiment expliquer leur travail. Dominique Houdart avait créé il y a vingt ans un grand "carrefour de la marionnette" à la chartreuse de Villeneuve les Avignon. Ce spectacle a déjà été joué 106 fois. Ils font en outre du théâtre de rue avec les Paddocks, sortes de grandes marionnettes à taille humaine.

Notre génération est tout de même étrange et animée d'une foi inébranlable.

30 janvier 2005

Théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine

L'ébloui/ un conte initiatique de Joël Joanneau

Cie Contre ciel. Mise en scène Luc laporte. Images : Thierry Dufourmantelle

Donc c'est le dimanche après midi, c'est du théâtre jeune public. Le hall est noir et austère. Ajoutez l'absence de public, et nous voilà au coeur d'un des problèmes du théâtre. Ce manque d'atmosphère, de ferveur, d'attente, ce hall style Sécu ou Poste, ce bâtiment froid. moderne. Nous sommes dans la logique de diffusion d'ajourd'hui. La compagnie a vendu 90 fois, et le théâtre Jean Vilar fait sans doute ce que la mairie demande : du théâtre pour jeune Public. `

les marionnettes sont vraiment belles, rien à dire, il y a des ombres chinoises parfaites. Luc Laporte a un bon CV de marionnettiste. il a même fait des stages de masque en Indonésie, il a créé des masques pour Strehler. Mais voilà ...

L'histoire de Joanneau, ferait dix minutes, commes ces histoires que l'on raconte aux enfants le soir, ça passerait, mais là on dilue, et on étire à souhait pour faire une heure, marché oblige. C'est triste, lent.

C'est un des problèmes les plus graves du théâtre : on formate le temps pour pouvoir vendre, d'où tous ces ratages.

31 janvier 2005

Cabaret Nono

Théâtre de Chatillon. , dîner spectacle. Création du Styx théâtre. Mise en scène de Serge Noyelle. Musique de Marco Quesada. Scénographie : Noyelle, Stéphane Vareillaud

Une immense entreprise totalement folle comme j'aime. 21 acteurs et musiciens pour une jauge limitée à 110. Sans doute dix techniciens en plus. Un lustre fabriqué avec 1500 petits glaçons qui mettent deux heures à fondre et qui rafraîchissent le champagne. Les spectateurs sont installés au centre d'une piste de cirque et l'anneau circulaire sur-élevé est un espace de jeu qui se rajoute à la scène du théâtre. C'est innovant, c'est beau. Les tables sont mises dans le style restaurant de grand luxe ultra chic. Quand on rentre, on est accueilli par Noyelle en Maître de cérémonie, les acteurs tels des chevaux de manège, tournent lentement autour de la piste.

Le repas est succulent. Le spectacle, c 'est du cabaret, ils ont tous appris la musique, ils s'en sortent bien. Bons gags. on pourrait bien faire une analyse ADN du spectacle : il y a des traces de Fellini, il y a de l'Achille Tonic, il y a du Savary, du Paradis Latin, mais il y a en majorité du Noyelle, des belles images baroques, et bien vitaminées, du kitsch, et ce magnifique lustre aux 1500 glaçons.

Pour moi il y manquait juste l'ingrédient C comme causticité. Marion fait bien un numéro de sociologie moderne : "Qui a acheté un fer à repasser ?" , mais j'en voudrais plus.

C'est bien entendu cent fois meilleur que le Grand Mezzé du théâtre du Rond Point, mais voilà, nous sommes à Chatillon en banlieue.

Le public n'est pas idiot, les réservations marchent à fond, et ça part à Marseille au mois de mai.

Ah si seulement notre riche réseau de théâtre subventionné osait prendre des risques ! Là, le risque, c'est que le coût du plateau est cher pour une jauge limitée. Mais combien de fois dans les théâtres subventionnés on se retrouve à 100 pour des plateaux de 10 000 Euros ?

Vendredi 4 février 2005

Week-end de rêve par l'improbable troupe de l'art éclair

spectacle d'Olivier Brunhes à Lilas en scène

Une friche de banlieue en hiver. On s'attend aux courants d'air, aux poubelles pas vidées, aux toilettes approximatives. Là, pas du tout, c'est impeccable, ça bruisse de vie de tous côtés. Claire Acquart dans une sorte de jubilation totale, sert au bar, accueille, reçoit, veille sur le public.

Claire Acquart et Jean Pierre Granier sont des constructeurs de décor bien repérés. Leurs immenses ateliers de construction jouxtent Lilas en Scène. On l'a compris. Claire Acquart s'est emparée de 1300 M2 de salles pour en faire un lieu théâtral inédit. On y joue , on y mange, on y crée.

Est ce que l'on va dire que le lieu est vivant parce qu'il reçoit de maigres subventions et que toute l'équipe (ils sont 4) est militante, et adhérente au projet artistique? Ou bien parce que Claire est née dans le théâtre, qu'elle sait que le théâtre c'est de l'artisanat, du tissu, de la menuiserie, des accessoires, et surtout des heures et des heures à tatonner à discuter. Le lieu est bourré d'âme, c'est dit, mais c'est fondamental.

le metteur en scène Olivier Brunhes

Quant à la pièce le début : Olivier Brunhes est assis au milieu de son équipe d'acteurs, il leur demande s'ils ont envie de jouer ce soir, s'ils sont prêts. Chacuin répond oui, alors on y va ? Pierrot semble troublé, il s'acharne sur une personne du premier rang, et lui demande si elle a son sac. Ce n'est pas dans la pièce, mais ça intrigue.

Nulle part dans le programme, il n'est indiqué que la plupart des acteurs sont considérés par la société comme handicapés ou mongoliens.

Evidemment, on ne sort pas sa boite à outils de critique professionnel, il s'agit d'une aventure autrement plus intéressante. Tous n'ont pas la présence de François Bieth, mais ce François, un des 13 acteurs, est tellement lui -même, tellement riche, tellement nature, que son personnage d'hôtelier en devient fascinant. Il y a la scène de la plage , la scène du bus qui sont vraiment des belles scènes.

Ces acteurs jouent, mais leurs corps sont insensés, leurs voix, leur épaisseur, leur rayonnement... Mais oui, ils sont différents, c'est ce que j'attends du théâtre : de la rupture, de la différence.

Une joie indéscriptible règne dans le foyer à l'issue du spetacle. On se parle. Car ce n'est pas du spectacle à consommer en "fast théâtre" c'est une vraie démarche avec la lenteur qui s'impose. Pour finir, moi je n'ai pas vu des handicapés, j'ai vu un moment de vraie vie sur scène.

Samedi 5 février de 11H 01 à 13 H 01

La guinguette au 3 francs six sous / le Samu/ les grooms

sous la halle couverte du marché de Pierrefitte

Cela m'intéressait d'aller voir du spectacle de rue, les grooms, hors festival. Il s'agit là d'un concept tout bête. Un groupe de musique le samedi à l'heure du marché, une fois par mois. Des tables où l'on prend son apéro avec des tapas.

Le Samu fait bien les choses, l'espace est agréable. Le service est assuré par les comédiens du Samu et même l'administratrice.

C'est plein de monde. Je suis assis à côté d'une femme de ménage qui m'explique qu'elle vient ici oublier son cancer.

Bernard Bellot, le maître des lieux

Y a pas à faire de grand discours, car c'est tellement élémentaire, ce moment de rencontre le samedi, que le fait que je doive dire que c'est bien, montre bien, à quel point la culture est malade et que le lien le plus élémentaire n'est la plupart du temps plus assuré.

Bon, les grooms, ils gardent leur énergie, leur poésie, leur qualité de son , je les connais trop pour pouvoir en parler, sauf qu'ils arrivent à un moment capital de leur histoire. Ils doivent s'inventer une nouvelle aventure.

Or c'est un collectif : quel est leur phantasme commun ? Ont- ils un phantasme en commun ? Ils vont être obligés pour poursuivre de changer un de leurs paramètres habituels. Lequel ?

LE RETOUR DE SADE. texte de Bernard Noël. Mise en scène Charles Tordjman.Samedi 5 mars au théâtre de la Colline.

Soirée microcosmique. Uniquement des gens de théâtre, avec leur aplomb légendaire, leur côté je- sais -tout, leur dossier de presse étalé sur leurs visages. C'est la première. Tout le monde se salue. Je suis assis à côté de Jean Louis Besson, traducteur de Brecht et prof à Paris X. A ma gauche Hélène Icart et Vincent Colin ;devant moi ça discute de Sauvageot et de Lieux publics. BFA trône au milieu comme le pro des pros, et bien -sûr, mon ami du TNS, Didier Juilliard, se devait d'être là, et il est là. La petite salle est pleine. Et la fatuité suinte à souhait. On est entre quinquagénaires, à part deux ou trois acteurs sortis du conservatoire.

Bernard Noël est l'auteur, âgé de 75 ans. Charles Tordjman c'est l'ancien administrateur du TPL, puis directeur du CDN de Thionville, puis de celui de Nancy la Manufacture. On a l'impression d'un remake d'Antoine Vitez. Le décor est de Kokkos, très esthétique, un immense escalier blanc. Le jeu des acteurs est artificiel et désincarné à souhait. Le sujet de la pièce est un peu opaque, on y sent une critique de la religion et des relations entre la religion et la littérature. C'est une suite de démonstrations, chaque réplique fait au moins quatre pages. c'est du théâtre d'idées. Le problème c'est que le théâtral est totalement absent. On est à la radio. Chacun joue dans sa bulle. Par moments on frôle les 4,2 g d'ennui. Dominique Valadié qui joue Sade nous fait un mélange alambiqué avec quelques torsions du corps, mais on n'y croit jamais. Léna Breban joue la papesse, elle est lumineuse à son habitude, mais comprend -elle ce qu'elle nous raconte ? Agnes Sourdillon enfile le texte à toute vitesse et nous largue en dix secondes. Voilà. Notre petit monde fait cinq rappels. Au bar, on parle de tout, sauf de la pièce. Sauf moi, qui gêne tout le monde.Allez me dire que le Goût Moyen Uniforme n'existe pas. Franchement, où est la personnalité du metteur en scène, sa position, sa passion ? C'est impeccablement propre et bien réglé. Pas une bavure. Nous avons pris 1 H 40 d'excellence culturelle.

MATHILDE de Véronique Olmi. Mardi 15 mars 2005. MALS de Sochaux

Une histoire d'adultère dans un milieu cancérologue/écrivain. La femme a fait un détournement de mineur et le revendique.

Un décor imposant qui ne sert à rien. Des comédiens qui servent bien le texte. jeu cinéma, naturel, psychologique. Ils assurent sans facilités. Technique pour Arditi, Ariane fait un peu dans le pathos. Cela m'amuse de voir ce genre de théâtre que d'habitude j'ignore. La mise en scène consiste en quelques déplacements.(Didier Long). La salle est pleine. Beaucoup de femmes sexagénaires. Accueil assez neutre. trois petits rappels.

Je vais embrasser Ariane Ascaride dans les loges. L'Unité a été en 1977 son premier employeur. Elle me présente à Arditi qui ne connait ni le théâtre de l'Unité, ni la 2CV théâtre. Je lui réplique que moi non plus je ne le connaissais pas et que formé au style de jeu brechtien son jeu m'a semblé exotique. il s'énerve gentiment, assomme les universitaires de mille injures, me catalogue "mec d'extrême gauche". J'ai beau lui dire que je ne l'ai pas trouvé mauvais, il n'écoute plus. Ils s'engouffrent dans une grosse Mercedes direction Mulhouse où ils reprennent l'avion demain huit heures.

Ariane n'a pas changé , elle reste amicale. Arditi veut voir la photo.


Par le Boudu. Bonaventure Gacon

Besançon 16 mars 2005

C'est le théâtre de l'espace qui programme au CDN. Donc nous sommes au nouveau théâtre avec le public de Planoise.

Des lycéens attentifs et enthousisastes.

Bonaventure Gacon juste après.

C'est un monologue clownesque. Les jeunes rient beaucoup, pas moi. Parce que tout est éventé pour moi. Décidément, il faut échapper au formatage clown. Bon ok, c'est un clown méchant. Je trouve le maquillage confus, la démarche attendue. Evidemment je ne peux m'empêcher de le comparer à Popov, à Lisedei, à Grock, et pour l'instant il ne fait pas le poids. Il a fait l'école de Chalon, il a stagé avec Catherine Germain et Cervantes.

Je suis sévère, je détestais les premiers Jérôme Deschamps, je détestais Coluche au début, et je me dis que Bonaventure c'est peut être pareil, Il n'a pas pris sa maturité.

Pourtant le public se plie de rire. Moi je mâchouille mon pessimisme.

Et puis voici une danse à moitié folle assez incroyable et une scène de patins hilarantes.

Dix minutes qui sauvent le reste, mais vraiment dix minutes extraordinaires qui me font dire que de ce Bonaventure Gacon, on reparlera tôt ou tard.


ONCLE VANIA. THEATRE DE LA JEUNESSE A KIEV (Ukraine)

Mise en scène de Stanislas Moïssev

27 mars 2005

Le décor est preque un cliché. Samovar, tasses à thé. Sur le plancher, un peu de paille.

La pièce est jouée en ukrainien.

Le théâtre de la jeunesse est un théâtre de répertoire officiel. 50 acteurs permanents, avec l'administration, un personnel de 150 personnes au total. Organisation encore soviétique. Doublage de certains rôles.

La pièce a été crée en 2003, c'est la vingt et unième représentation ce soir.

Le jeu est très stanislavskien, très naturaliste. Le décor est très chargé, les personnages passent leur temps à ouvrir et à fermer la grille de la propriété. L'accent est mis sur les histoires d'amour. Les acteurs sont très bons surtout Vania (Alexis Vertinski) et Sonia (R.Zioubina) .

Le problème, c'est qu'on en reste à la fable horizontale, la métaphysique, ou le sens visonnaire de Tchekhov, son côté interstitiel, ne passent pas, sauf dans les cinq dernières minutes, où on assiste enfin à un bel effet de mise en scène, la structure de la maison descend et juchés sur le toît, on voit Sonia et Vania :" Nous allons vivre, Oncle Vania, passer une longue suite de jours et de soirées interminables, supporter les épreuves qui nous attendent . Nous travaillerons pour les autres maintenant jusqu'à la mort sans connaître de repos..."

Et là, enfin, la scène n'est plus surchargée, l'imaginaire fonctionne. La salle est figée dans un silence émouvant, on a l'impression que c'est toute la reconstruction de l'Ukraine qui est évoquée, le renvoi à l'époque d'aujourd'hui est total.

La salle est pleine, le public jeune, assez enthousiaste. Pendant la représentation, il y avait de nombreuses réactions, des rires, des murmures, du vrai théâtre vivant,

Cabaret philosophique de Fred Toush à l'amuserie de Lons le Saunier / Conférence de Cintegabelle de Lydie Salvayre au Nouveau théâtre de Dijon Bourgogne

Vendredi 1er avril

Deux soirées à mettre en parallèle. Parce que le sujet est le même. Eloge de la conversation, mais voilà à Lons le Saunier, c'est une soirée Utopie, la salle regorge de monde, 50 personnes ne pouvant pas rentrer dans la salle, écoutent à l'extérieur. Le public a la trentaine, ça rit car Fred Toush , Arnaud Aymard ( Paco) et Laurent Petit sont incroyables, ils parlent de tout, avec un ton d'expert, ils sont pataphysiciens, absurdes, mais on y croit parce qu'ils sont convaincus.

samedi 2 avril 2005

Au théâtre de Dijon , théâtre du parvis St Jean, c'est la soirée moisie et triste. Roland Bertin malgré son formidable CV, Comédie française et cie, n'est pas sincère, on sent même qu'il s'ennuie sur scène. Le public est constitué quasiment que de retraités de l'éducation nationale. C'est l'ennui. Quelques personnes crient cependant Bravo. A la fin du spectacle, cinq à six personnes traînent au bar, nous discutons avec Jean Marc, le sonorisateur. Sensation glauque dans un lieu pourtant superbe.

Que l'on ne me dise pas que ce soir là, Roland Bertin a bien joué... non. Il n'y avait pas une once de théâtre. Alors oui , comme lecture, car une fois de plus on confond théâtre et lecture. Comme ose t-on appeler mise en scène deux vagues déplacements ? Et puis scénographie, un frigidaire et un cercueil et deux chaises . Excuse moi, cher Antonin Bouvret si tu me lis, car je trouve ce jeune homme très doué, on appelle ça "élements de scénographie ", ou accessoires... On avait besoin de rien d'autre d'accord, peut être même pas du cercueil. Et bravo pour le sol invisible , du moins là où j'étais. Eh bien oui, il y a de l'argent à craquer, histoire de faire "création".

Espace des Arts de Chalon sur Saône

Jeudi 7 avril

théâtre à la campagne de David Lescot. mise en scène Gilles Cohen

Une histoire librement inspirée de celle des Copiaux, l'équipe de Jacques Copeau, dégoûté de Paris qui se décentralise en Bourgogne en 1924. L'histoire est sans pitié pour Copeau, très exigeant, toujours absent.

1 H 15 bien faite, vivante. Le théâtre aime parler du théâtre. Mise en abyme permanente avec des belles sorties de Copeau sur sa haine du succès, le manque d'argent. On voit les répétitions, la vie des comédiens.

On voit les Copiaux jouer, naïveté etc.

Sortie idéale pour les classes -théâtre de la région.Les élèves apprécient, rient énormément. Cela se passe dans le magnifique petit théâtre de Chalon, baptisé Piccolo. C'est produit par l'espace des Arts dirigé par Bocquet que je reconnais du TNS je pense.

Je reste au débat. Les comédiens ne descendent pas dans la salle, ils dialoguent à quinze mètres des élèves. Bien -sûr pas de question, au début comme tous les débats qui se passent là où on vient de jouer. Alors un comédien se lance "vous connaissiez cette histoire?" Choeur des élèves : Non. -Vous avez compris ? -choeur des élèves : Oui !!

Un comédien raconte donc la légende de Copeau. Le metteur en scène, Gilles Cohen, reste sur le côté .Enfin une élève se lance :"pourquoi y a t-il des chaises?" Gilles Cohen : "Les chaises c'est pour s'asseoir". L'élève " ah bon, je ne les ai pas vus s'asseoir". Gilles Cohen demande aux élèves " c'est ce que vous attendiez du théâtre". Choeur des élèves : Oui !!

Et voilà. Le débat est terminé.

LES 3 SOEURS / TCHEKHOV/DECLAN DONNELLAN

Par le Chekhov international theatre de Moscou. En Russe sous titré.

aux Gémeaux de Sceaux

Le 9 avril 2005.

Declan Donnellan est anglo-irlandais, il travaille un peu partout, le Cid avec un black dans le rôle , et plein de Shakespeare, il a souvent des commandes au Français. Mais voilà, les théâtres n'ont plus de programmes, on nous donne des vagues papiers avec la distribution à l'entrée, impossible se savoir le parcours des uns et des autres. Dégradation dégradation.

N'empêche, chapeau aux Gémeaux de Sceaux, bar licence 4, restaurant, Salle pleine, pas d'élèves le samedi. Public intello, pas trop bourgeois, des quinquagénaires, des russophones bien sûr. Mais à la fin, je me trouve seul dans le hall à attendre. Que cela doit être triste pour l'équipe de ne parler à personne. Quand je m'avance pour parler à Declan Donnellan pour lui dire mon émotion, il est disponible et trop content.

Attention je suis ému, moi. Cela ne veut pas dire que vous serez ému, vous. Parce que moi cela me touche partout. Ces quatre enfants qui se retrouvent sans parents dans une grande maison et qui se demandent bien quoi faire de leur vie, et qui veulent vivre. Cela s'installe en moi, cela se superpose sur mes histoires de famille. Je vois ma mère, je me souviens de mon père, et je me vois moi, avec ma philosophie bon marché sur comment vivre ? et l'ai-je raté ma vie ?

Tchekhov est vraiment mon auteur, il ne se passe rien, tout passe dans la musicalité et dans certains silences.

2 H 30 . Bon début , puis long trou, mais dernière heure magistrale.

Et là, hyper rare pour moi , j'admire, je suis fasciné par les actrices, par la justesse, la finesse du jeu et tout ce qui passe. Olga c'est Evgenya Dmitrieva, Macha c'est Irina Grinyova, Irina, Nelli Uvarova. Les larmes montent en moi sur la fin, mais des larmes immenses, celles de la beauté et de la profondeur du jeu, celles de la vie qu'on essaye de construire sans y arriver. Pas des larmes de mélo et de petites affaires privées. La fin s'ouvre sur la métaphysique, agrandit notre petit monde. Je me dis que le théâtre c'est magnifique quand "ça le fait", mais c'est comme les records en athlétisme, cela n'arrive pas tous les jours .


FANTOMAS REVIENT

texte : Gabriel Rassov. Musique Christophe Minck et Dom Farkas. Décor de Jacques Rouxel. mise en scène Pierre Pradinas Coprodes : CDN Limoges (direction Pradinas) et scènes Nationales Annecy, et Ales.

Samedi 23 avril . Théâtre de l'Est Parisien

Pierre Pradinas le metteur en scène. Ancien directeur du théâtre du chapeau rouge .

A été directeur, après le Campagnol, du théâtre de Chatenay Malabry, la Piscine.

Est maintenant directeur du Centre dramatique de Limoges, le théâtre de l'Union.

Pauvre Marcel Allain, l'inventeur de Fantomas, tout le monde a oublié son nom. Mais son personnage est devenu le mythe du méchant du début du vingtième siècle. L'affiche annonce 100% musical. Salle bourrée, même dur d'avoir des places. Est-ce pour Fantomas, Pradinas, la comédie musicale ou Romane Bohringer ? Toujours est-il que les coupures de presse affichées ne parlent que de Romane Bohringer, Télérama en tête. Peut -on échapper à l'esprit "pipol" pour faire un succès ?

Le public est mélangé, des jeunes, des enfants, des gens. Peu de professionnels, je croise juste Alain Crabot, et je suis assis à côté d'Alain Léonard.

Enchaînement de 16 tableaux rapides, bien faits, des images projetées. Irruption d'un serpent géant , de l'hémoglobine, des savants fous etc. Pas de problème, Pradinas est loin du goût Moyen uniforme des centres dramatiques, il a son style, inspiré du Grand Guignol, Cela fonctionne bien, on devient des enfants qui écoutent une histoire, on comprend tout. Cela résonne. On ne peut s'empêcher de penser aux grands méchants destructeurs Hitler ou Bush. Oui, le mal nous fascine.

La petite Bohringer-fabrication médiatique- est on ne peut plus banale, mais bien, sans problème, parfaitement intégrée dans la compagnie.On espère juste qu'elle ne connaîtra pas le destin de Marie Trintignant que Pradinas faisait jouer dans le temps.

Hop là, mon appareil de photo glisse dans son, décolleté tandis qu'elle parle à des enfants.

Bernard Taillade, le régisseur général du TEP, qui a survécu au départ de Guy Rétoré me glisse qu'il y a autant de techniciens que de comédiens. (11)

Une demie heure après la fin du spectacle, le hall est encore bourré de monde. Catherine Anne, la directrice, doit être contente d'avoir un théâtre vivant. Il ne faut pas oublier que le TEP est à l'origine un théâtre de quartier, et est longtemps resté le modèle d'un théâtre qui avait des relations fortes avec son quartier.

ACCRORAP, POURQUOI PAS ?

Au Thé'V de Vesoul le 24 avril 2005

Création de 2002.

La salle est pleine. Age moyen 19 ans. Isabelle Sosolic, la directrice, se régale, elle ne faisait pas partie du sérail, a été nommée par le Maire, Joyandet, grâce aux relations qu'elle entretenait avec sa femme, copine de lycée. Cela a fait jaser les milieux culturels de la Région, mais elle se débrouille aussi bien que les caciques des établissements culturels.

Gilles Rondot est le mentor de la compagnie Accrorap. Assez taciturne, rien ne le prédispose à diriger une compagnie de hip hop, puisqu'il n'est ni danseur, ni chorégraphe, il est artiste plasticien, il a fait les beaux arts. Mais voilà, il se sent mal à l'intérieur de l'Art tel qu'il se pratique la plupart du temps. Il pressent qu'une des seules ouvertures possibles pour échapper au "fétichisme bourgeois", c'est l'incursion de cette nouvelle forme d'art, jeune, issue des quartiers. Fondée à St Priest dans la banlieue de Lyon, la compagnie Accrorap a maintenant son siège social à Besançon.

La pièce présentée est curieuse. Des séquences s'enchaînent où le Hip Hop n'apparaît que fort rarement sous forme de figures maintenant classiques mais impeccablement exécutées par des danseurs étonnants : Hamid Benhaïm, et Kadder Chelef.

Je suis un peu destabilisé par cette écriture discontinue et déstabilisante. Car comme cela se fait maintenant, la danse emprunte beaucoup au théâtre, et j'ai du mal à saisir le fil rouge. En même temps je me dis, Accrorap a perdu de la sauvagerie du début, en se rapprochant de la danse contemporaine. Et pourtant je sens que la démarche de Kader Attou n'en est qu'à ses débuts, il se cherche encore, mais ce jeune homme est modeste, réfléchi, et surtout attentif au monde qui l'entoure. Il n'est pas dans la carrière, mais dans la recherche. Le fait que dans la bande sonore il intègre des bouts d'actualité toute proche, le fait qu'il voyage à l'étranger avec la compagnie mais tient des chroniques, réfléchit, travaille avec des palestiniens, des algériens, tout cela fait que j'aime cette compagnie, et cette complémentarité qui existe entre Gilles Rondot et Kader Attou.

Et bien sûr la séance de "free style" est toujours un moment prodigieux.

Kader Attou, le chorégraphe.


IL Y AVAIT SEIZE CHEMINEES. LA COTONNIERE.
1er MAI. Site de la grand pré. Héricourt. (Hte Saône)

Une conception générale de Patrick Plaisance. mise en scène Sophie Kordylas. Distribution : Céline Caussimon, Marie Forissier, Béatrice Plaisance, Sébastien Dec, Jean Louis Deville, José Nieto.

Un spectacle sur la mémoire ouvrière, d'après les entretiens de Patrick Plaisance avec une trentaine d'ouvrières etc. Malheureusement leurs noms ne sont pas dans le programme.

Non seulement, Patrick Plaisance est engagé politiquement, mais il est lié à cette histoire par sa maman, ancienne ouvrière de la filature. et bien sûr ce double lien ombilical se ressent positivement dans le spectacle.

On peut dire ce que l'on veut sur tous ces spectacles fabriqués d'après les paroles des habitants, cela pullule un peu partout, mais cela se comprend, car décidément, cela fait toujours du bien un spectacle qui a quelque chose à dire, et tous ces sans- grade de l'industrie parlent bigrement bien.

Sophie Kordylas, discute avec une ancienne ouvrière à l'issue du spectacle.

C'est bien fait, bien réglé, émouvant.

et puis le renvoi à aujourd'hui est fort. La France est justement en train de perdre toute son industrie textile, reprise par les chinois.

Est-ce irrémédiable ?

Il y a toujours une émotion spéciale pour les acteurs de savoir que leurs modèles sont dans la salle, et puis bien sûr le fait de jouer dans la filature à l'abandon rajoute du dramatique.

La troupe se défend bien, le courant passe.

 

 

 

En partant je saisis cette image très poétique, la vieille mère et sa fille quittant très lentement remplies de bons souvenirs.


Les Molières. Cérémonie sur France 2. de 21 H à 23 H 40 le 9 mai 2005

Décidément le théâtre et la télévision ne font pas partie du même monde. Peut être même que ce sont deux mondes antagonistes. Vaudrait mieux arrêter cet assassinat du théâtre par ceux qui veulent le défendre.

D'abord France 2 ne doit pas prendre deux animateurs comme Ruquier et William Leneyrgie qui ne fréquentent absolument pas le théâtre, parce qu'ils le détestent, et ça se sent le long de l'émission, ils ont trouvé quelques vannes sur Internet, style Guitry, mais c'est plaqué, artificiel.

Ensuite, O bizarrerie, quand JC Carrière ou Pierre Santini prétendent faire l'éloge de l'art théâtral, c'est tout le contraire qui se passe, l'ennui monte, on dirait des épitaphes de plaques funèbres.

De plus, les artistes de théâtre sont si avides de reconnaissance, que tout en devient obscène. Bezace en tête suivi de Savary, du directeur du théâtre de l'oeuvre etc.

Alors on peut dire que les deux seuls qui ont été dignes de ce triste palmarès, ce sont ceux qui ont eu le courage de ne pas être là, comme Ariane Mnouchkine ou Wajdi Mouhahad.

Heureusement tout s'oubliera vite.Une chance !


ONCLE VANIA. Théâtre de l'aquarium.

samedi 14 mai 2005. Mise en scène Julie Brochen. Traduction Markowicz /Morvan.

 

Julie Brochen, metteur en scène, directrice de l'Aquarium et qui joue Elena.

 

 

Pendant que je peste contre le théâtre et ses clonages, que je dis sans arrêt que le Goût Moyen Uniforme est une calamité et envahit tous les plateaux, eh bien là, non pas du tout, bien au contraire.

D'abord parler de l'âme de ces théâtres de la Cartoucherie. Tout est le contraire de d'habitude. J'ai souvent coutume de dire qu'il y a peu de différences entre les théâtres et les crématoriums. Froideur des matériaux, grands halls tristes etc.

Mais là, dès l'entrée, on est saisi par l'atmosphère. Le tapis en coco, nous change des carrelages froids, tout est chaud, la lumière aussi. Et la librairie Equipages est une vraie librairie.

Evidemment le public, ce sont des passionnés de théâtre, bien -sûr des intellectuels, pas trop jeunes, mais agréables, et quelques jeunes comédiens du Conservatoire qui viennent voir leurs copains.

Ensuite la pièce.

Il y a tout un travail sur l'espace. La pièce commence dans le hall.

Marina et Astrov se parlent d'un escalier à l'autre, environ vingt cinq mètres de distance. Tout de suite la couleur y est, on ne va pas faire dans le feutré, dans l'intime.

Et puis quand on pénètre dans le théâtre, ils chantent, tous, un magnifique chant polyphonique, style Moussorgski, et on découvre encore un espace encore plus large.

Ils sont sur un plateau qui domine les gradins. Au bas des gradins, la grande table et le samovar et bien -sûr un peu de paille partout, non pas de la paille, des feuilles mortes de tilleul.

La photo présente la scène où le docteur montre son dessin à Eléna. Le dessin du district est gigantesque, cela fait du bien de ne pas être dans le réalisme intime.

Ce qui m'a le plus frappé, c'est qu'ils arrivent à nous rendre plausible le grand domaine, la maison de 26 pièces. Donc ils courent, passent derrière le décor tournent autour, la pièce respire avec beaucoup de ludisme.

Julie Brochen nous montre une Elena extrêmement féminine, délicate, mystérieuse. Le Docteur, Jean Baptiste Berquin, est en costume de velours marron. Vania-François Loriquet- joue très rapidement et très energiquement. Décidément, la pièce n'est pas languissante. Quant à Sonia, Julie Denisse, même si on voit qu'elle sort du Conservatoire, même si elle est assez jolie, rend crédible Sonia, qui se décrit toujours comme "pas belle". Elle est même émouvante.

1 H 50 haletante, avec des décollages constants.

Malheureusement, Marina la nourrice, nous manque, l'actrice titulaire, malade, a été remplacée en une journée par l'assistante, Sabrina Delarue. Et Maryseult Wieczorek, qui a créé le rôle, la cantatrice des grooms, n'a pas fait la reprise. Dommage.

La pièce rend bien les envolées métaphysiques, l'amour bien- sûr, mais il me manquait la dimension sociale. Tant mieux, car ce sera l'axe de l'Unité.

A la fin, quand Sonia termine son monologue splendide. "De l'autre côté du tombeau, nous dirons combien nous avons souffert, combien nous avons pleuré", tous reviennent un par un et chantent magnifiquement"Mon merle il a le bec cassé".

C'est ça la mise en scène pour moi : donner des éclairages.

Il existe donc ce théâtre que j'aime, celui de Yann Joël Colin, de Sivadier, de Brochen, un théâtre d'équipe. D'ailleurs, Julie Brochen appelle ses acteurs dans le programme-les compagnons de jeu.

Ah, j'oubliais, la traduction d'André Markowicz et de Françoise Morvan est splendide. Je l'achète bien-sûr et découvre ce que je ne savais pas, le célèbre théâtre de Stanislavski, le théâtre d'Art de Moscou, s'appelelait en fait "théâtre d'Art à la portée de tous". Cela me réjouit le coeur et l'âme.

 

THEATRE DU MOUVEMENT. Blancs sous le masque, au théâtre du Lierre.
26 mai 2005.

 

Yves Marc et Claire Heggen sont des super bosseurs. Elèves de Decroux, ils donnent des stages un peu partout et représentent le théâtre du geste. Ils ont trente ans d'existence. Mais voilà, t'as beau être un champion du mime, tu n'es pas obligé d'être le roi des bouffons.

Et comme d'habitude, nous avons tous ce même défaut, nous adorons faire ce que nous ne savons pas faire.

Et cette histoire du mime est une sorte de bric à brac démolie par les bouffons qui ne sont jamais ni drôles, ni poétiques et qui gâchent tout.

Mais les moments sans bouffons, sont splendides, notamment l'hommage à Etienne Decroux.

Sinon, des gens qui s'escriment à faire rire, mais qui n'y arrivent pas, c'est carrément triste. Alors qu'Estelle Bordaçarre est si bien en mime, que son clown n'est pas mal, elle nous assène son bouffon et c'est dramatique.

Yves Marc se défend pas mal.

Le public est un public qui s'intéresse à ces techniques.

Evidemment quand un metteur en scène regarde un autre metteur en scène, qui aborde des rivages que je connais bien, moi qui raconte l'histoire du théâtre, on ne peut pas ne pas être très critique. Mais comme on dit : le principal c'est que le public soit content, pas ce grincheux de Livchine.

DRAMES BREFS/ Minyana/ théâtre d'Eleusis, théâtre des intrigants.

Dijon, Orangerie. Le 27 mai 2005

Je suis content de retrouver ces comédiens congolais que j' ai eu en stage à Kin. Edgar, Bonaventure, Julie etc. Ce théâtre des intrigants est situé au coeur du quartier très populaire de N'Djili. C'est Mitendo Mwadi Yinda qui le dirige, et malheureusement Katanga Mupey, l'autre fondateur est décédé.

Bien sûr, ils ont eu leur visa de justesse le jour du départ.

Mais voilà le grand problème, le théâtre de RDC (ex Zaïre) n'a aucune ressource et son seul espoir reste d' hypothétiques tournées en france, en Suisse, ou en Belgique. Alors ils sont toujours en train de demander à des metteurs en scène français de leur faire des mises en scène.

Le Centre culturel français dirigé par Jean Michel Champault est très à l'écoute et fait tout pour que les congolais puissent sortir du pays. Et nombreux sont les metteurs en scène français qui filent un coup de main, Philippe Boulay, Sophie Le Carpentier

Personnellement , j'ai toujours refusé, parce que ces comédiens ont une richesse humaine énorme qui leur vient de leur pays. Comme je dis souvent, en Europe on n'a rien à dire, mais on a l'argent pour ça, eux ils ont tout à dire, mais pour le dire doivent passer par nos metteurs en scène ou nos auteurs. J'ai vu de belles pièces à Kinshasa qui parlent de leur pays, mais ils ne veulent pas les exporter croyant que cela ne nous intéressera pas.

Alain Gintzburger a donc signé cette mise en scène, il tente le mélange Minyana/Kinshasa. J'eus préféré qu'ils parlent d'eux-mêmes, c'est trop tiré par les cheveux, le texte ne leur convient pas trop.

Alors je garderai la belle énergie, et les chants magnifiques, mais Minyana était en trop. Dommage.

Le public un peu clairsemé rend hommage au travail par des applaudissements nourris.

 

REVOLTE(S)

Mise en scène Marjorie Heinrich etc. Théâtre de la Tempête. 12 juin 2005

Rencontres de la Cartoucherie. 150 comédiens au service d'un théâtre d'urgence.

En fait on assiste à six mises en scène qui se jouent simultanément. Le public est divisé en petits groupes qui sont acheminés sur les lieux de spectacle par des policiers qui jouent une pseudo-violence.

Les arrêts spectacle sont de type différents, des interrogatoires, un tango, une confession, une discussion sur le racisme à la fin d'un repas. Parfois les textes sont opaques, oppressants, parfois cela mord bien le réel.

Ce théâtre "des tous les recoins" devient peu à peu jubilatoire, car certains spectacles sont bien déjantés. Le concept à l'intérieur de la Tempête est stimulant. S'il y a la moindre révolte visible ce n'est pas l'oppression policière, c'est plutôt la révolte contre un théâtre assis et d'excellence culturelle.

110 personnes assistent au spectacle . Nombreux professionnels. Durée deux heures que l'on ne sent pas passer sauf quelques scènes à texte trop "plombantes".

Discussions à la sortie. Philippe Adrien est heureux de tout ce désordre qu'il attendait depuis dix ans. je discute avec un partisan de l'excellence culturelle qui trouve que cela manque de répétitions. Je lui réplique que toutes les mises en scène trop travaillées de "Révolte(s)manquent d'énergie et de spontanéité.

Une fois de plus, ce n'est pas ce qui est dit qui compte, c'est ce qui n'est pas dit, c'est ce que l'on peut sentir en filigrane et qui se transmet dans les interstices.

 

A la Vie, à l'amour. Oposito

le 18 juin à Villeurbanne

C'est donc 4 mouvements dans les rues qui nous mènent de scènes en scènes . On a tous les plus grands airs d'opéra et une composition finale d'Henri Claude Fratapié.

Cette oeuvre a été créée à l'occasion d'une commande pour Lille 2004. Oposito est un groupe de théâtre de rue implanté à Noisy le Sec, répèré pour ses "monumentaux déambulatoires" avec au minimum une cinquantaine d'artistes.

 

IF : (indice fréquentation) : excellent. Entre 1500 et 3000 personnes selon les endroits.

IO (indice originalité) : Bon. Dans le monde du théâtre de rue, on touche rarement à l'art de l'opéra

IA ( indice appréciation du public) : Bon. Les gens se laissent envoûter par ces grands airs, sauf à la fin quand la création est originale

IM (indice mixité public) : bon. Présence de familles, d'immigrés. Public large, public de feux d'artifice.

ID (indice dramaturgie) : Moyen. L'objectif semble être de dire" Ecoutez, gens d'en bas, ce que la France des élites a tenté de garder pour elle, l'opéra, emparez vous en".

ID2 ( Indice décalage) : Mauvais. On nous présente l'Opéra dans sa version la plus figée, la plus "cliché."

ITR(Indice temps ressenti) : Bon,sauf la fin qui s'étire un peu, le fait de la déambulation rend le temps agréable.

IQ (indice qualité générale) : Bon. Costumes soignés, décors monumentaux bien exécutés, voix professionnelles. rien à dire. C'est bien fait.

IS (indice qualité son) : Très moyen. Les sonorisations pour 10 000 personnes valables pour la POP Music, alourdissent la qualité sonore, parfois on se croirait au cinéma pendant une charge de cavalerie ou au cirque Amar.

ID3 (Indice de décoiffant) : moyen .Très peu décoiffant.

IE (Indice experts) : Divisé. Le directeur de la DRAC Franche Comté croisé dans la foule, s'exclame :"magnifique n'est ce pas ?" Tandis qu'un amateur éclairé d'Opéra hurle "Celui qui a fait cette oeuvre de populisme dégénéré mérite d'avoir la tête coupée".


OPERATION CHAISES AUX INVITES DE VILLEURBANNE

18 Juin

Génial. 2500 chaises récupérées chez Emmaus, sont peintes tout l'année par des habitants etc sous le contrôle de Enrique Jimenez le décorateur d'Oposito.

Elles sont lâchées dans la ville, installées sous forme de sculptures et mises à disposition de ceux qui en ont envie.

Alors on voit des gens dans le métro avec leur chaise, d'autres qui se balladent la chaise sur la tête. Les chaises décorent l'espace. Voilà une opération peu onéreuse en budget, et efficace.

Chroniques Avignonnaises


 

CABARET D'ETE. BOURG ST ANDEOL. 8 juillet 2005

Une création de l'APIAC ( Association de préfiguration de l'Institut des arts du clown)

 

Chapiteau plein, public local + le président de la région Cairanne, qui part en plein milieu +le conseiller théâtre Michel Roussel.Règle du jeu intéressante, spectacle monté en une semaine, coordonné par André Riot Sarcey.

Rituel qui en est à sa douzième année.

Pas évident. la fraîcheur des premières années s'est perdue. Mais le public est toujours enthousiaste, c'est important. N'empêche que cela devient un peu désuet, gentil. Le monde tremble, et là on reste un peu en surface. J'ai besoin de plus de métaphysique.

Thomas Bodinier sort du lot avec un jeu naturel, spontané, un côté "je connais rien" mais il fait décoller le spectacle. Nicolas Lourdelle est excellent au mat chinois. le reste c'est un peu du "déjà vu" pour moi. Et malheureusement ou heureusement, on sent la fin d'une aventure, celle des quatre nouveaux nez qui nous a enchanté quatorze ans et qui va redémarrer sous une nouvelle forme.

 

 


 

Les caissières sont moches. Pierre Guillois et les Octavio

Chalon dans la rue. 22 juillet 2005.

 

Je me souviens de Pierre Guillois à Montbéliard dans Pelleas et Mélisande de Maeterlynck. Quel chemin parcouru !

En fait il avait écrit "Les caissières sont moches" qui avait été joué au Rd Point, et René Marion de Cognac lui a proposé de faire une version "rue" . Le texte est décapant au possible, ironique, acide, tonique, incisif, et drôle très drôle et de plus cela parle du sexe, des pipes, des pédés, des culs avec une distinction et une légèreté déconcertante. Ni du Rodrigo Garcia, ni du Tardieu, ,peut-être serait-ce du Ionesco 2005, car c'est absurde, certes, cocasse aussi, mais pour terminer l'équation des ingrédients d'auteur, je dirai le côté Plume de Michaux. Et je m'avance, mais Pierre Guillois a tout d'un auteur.

L'esthétique est très propre. Des beaux costumes modernes. les personnages sont bien dessinés.

800 personnes sont littéralement coagulées rue du cloître. Un beau mélange de public, on sent bien que ce n'est pas le public des premières d'Avignon.

Théâtre de rue à texte. Qui eût dit que cela pouvait marcher. La technique du son est parfaite, les éclairages efficaces. Et c'est un régal.

Je retrouve avec plaisir, Philippe le Gall et Elsa Bouchain, mais je découvre aussi les Octavio de Gill Ostrovsky qui sont de fameux acteurs comiques.

Dis donc, cela fait plaisir tout ça et on me dit de plus que Pierre Guillois est nommé à Bussang.

 

allez , une mauvaise photo , mais elle n'est pas à l'envers, ce sont les acteurs qui se retrouvent à l'envers dans une des saynettes.

 


PUDDING THEATRE. LES VIEUX FRIGOS. MEMOIRE DE CHAMBRE FROIDE . CHALON DANS LA RUE .23 Juillet 2005.

Le Pudding, c'est Christophe Chatelain, Laurent Giroud etc. une vraie équipe. Ils viennent de Franche Comté (Salins les Bains) Ils travaillent comme des fous depuis cinq ans. Et puis l'un de leurs piliers, le François d'Hollywood Tif, porteur du projet, s'est tué en voiture en mars 2004. C'est donc d'autant plus émouvant d'assister à ce spectacle et de voir qu'ils ont remonté leur traumatisme.

Le spectacle est magnifique. En quelques minutes, l'aire de jeu totalement vide comme une page blanche se remplit de personnages, de machines, de frigidaires. C'est une équipe qui a le génie de la récupération. Ils ont même trouvé des projecteurs à gaz qui vont éclairer le spectacle.

Le spectacle est profondément humain. Des vieux racontent leur bal d'avant la guerre. Sébastien Dec en vieux, premier conteur, est excellent, et de ce bal teinté de nostalgie où quelques personnes du public sont habilement intégrés, ils passent à la seconde guerre mondiale.

Superbes images. Une vraie chronique historique, criante de vérité, car ils sont allés recueillir les souvenirs des anciens dans deux maisons de retraite, à Vieux Condé et à Salins les Bains.

C'est émouvant cette troupe qui a trente ans de moyenne d'âge qui se penche sur l'histoire de leurs grands parents. Ils passent à la libération, et 1950, les premiers HLM, et toc ils deviennent anachroniques, c'est Sarkozy à la Courneuve, c'est les vieux qui réclament leur part de Pentecôte.

Cette attention au monde d'aujourd'hui me touche. Il y a un propos. C'est fait avec beaucoup d'habileté, les frigos deviennent des appartements.

Et d'un seul coup en moins de deux minutes, la place est de nouveau vide, comme par enchantement.

Maintenant il ne faut pas lâcher cette équipe, il faut les faire jouer.

Le théâtre de rue est en train de s'arracher à l'image de sous-théâtre. On a du vrai théâtre. Les 600 personnes dont certaines se sont installées dans les arbres pour mieux voir les ovationnent.

C'est un grand spectacle, et pourtant techniquement léger. Ils peuvent jouer sur n'importe quelle place de village. Et cela parle aux vieux aussi bien qu'aux jeunes, et c'est drôle et c'est émouvant.

Rien à dire de plus. Si ce spectacle leur reste sur les bras c'est à désespérer du monde du théâtre.


BRAAKLAND /CIE DAKAR . Lotte Van den Berg. Chalon 24 juillet 2005

Le spectacle -polémique. Nous sommes emmenés aux confins de Chalon.La photo raconte la pièce. Les 9 personnages vont doucement s'entretuer et s'enterrer dans le silence de la campagne. C'est très lent. Cinquante minutes. L'imagination a le temps de s'envoler. Certains spectateurs s'irritent, d'autres crient au génie.

Je dirai moi que c'est tout de même beau de mettre un gradin face à la nature, et d'écouter le silence. Nous qui l'avons déjà fait en 1978 avec "me prenez vous pour une éponge" nous ne sommes guère étonnés.


Laura Herts, a one woman show le 7 août 2005 aux Fondus du Macadam à Thonon

 

 

La cour de l'office du tourisme est presque pleine.

Public très mélangé qui va faire une standing ovation à cette artiste d'origine américaine.

Tempérament à la Django Edwards, une bonne présence qui finit par me fatiguer. Elle a fait l'école Lecoq et elle le montre. On a droit à tous les clichés. Sinon, rien ne m'étonne, moi, alors que le public est ébloui et enthousiaste alors que j'ai de nombreuses réticences. Séquences répétitives. Bon c'est sûr elle a un visage très mobile et un bon clown, un corps qui bouge bien mais trop formaté, et cela m'énerve.mais le public adore le mîme et rit sans arrêt. Je suis bien plus sévère que le public, mais elle sait tenir la scène la bougresse, fait monter des hommes sur scène, elle fait aussi beaucoup de choses dans la salle, mais je ne suis pas rassasié.


 

LE REVIZOR DE GOGOL.MISE EN SCENE CHRISTOPHE RAUCK A BUSSANG

le 10 août 2005

Je dis "total respect" à Christophe Rauck.

Franchement, pendant 2 H 30, je ne sens pas le dur banc de bois, pendant 2 H 30, je ne regarde pas ma montre. Pendant 2 H 30 je ne me trémousse pas attaqué par l'ennui. Pendant 2H 30 je suis emporté par le rythme, les songs, les images, l'histoire.

Quel bain de jouvence !

Mais attention, je ne suis pas devenu enfant devant un conte de fée.

On est dans le réel. Le bourgmestre rappelle Chirac, ou tous les Maires que l'on connait. (Excellent Marc Chouppard) .

Le faux inspecteur général est joué par une femme, Juliette Plumecocq-Mech, élégante, mobile sur ses jambes, cynique. Elle renvoie à toute une faune interlope sachant trouver des petits arrangements plus ou moins honnêtes pour vivre sur un certain train de vie.

Les tableaux s'enchaînent, se mélangent, dans un rythme effrené.

Parfois le temps est suspendu pendant les songs typiquement brechtiens.

Au salut, l'émotion monte en moi. "C'est trop beau le théâtre quand c'est comme ça".

"Comme ça" cela veut dire quoi ? cela veut dire c'est comme de l'eau de source, c'est simple, évident, cela ne s'adresse pas aux autres professionnels mais au public.

Cela veut dire que Christophe Rauck a gardé de son séjour au théâtre du Soleil la monstrueuse efficacité théâtrale d'Ariane Mnouchkine, il a gardé de Dodine, où il a été en stage avec la formation nomade à la mise en scène, la générosité du théâtre russe.

Vous ajoutez là-dessus le charme et la magie de Bussang, quand vous sortez, vous ne sentez plus le sol.

Alors bien sûr, je connaissais la pièce, montée par l'Unité en 1974, j'ai des affinités avec le théâtre russe, j'admire Mnouchkine. Mais pour une fois je n'étais pas en conflit avec le public, il s'est levé comme moi à la fin.

Alors bien-sûr, Christophe Rauck n'est pas dans le flux de la mode, du nombrilisme, il est en prise sur la vie, le monde dont il raconte les histoires.

Il n' a pas la place qu'il mériterait dans les médias, paree qu'il ne fait pas de la com, lui, il fait du vrai théâtre.

La pièce n'est pas facile à monter. Vitez s'y est cassé les dents et d'autres. Mais même le Revizor de Langhoff, je l'avais trouvé trop long et mangé par son superbe décor.

 

 

LES TOURNEES FOURNEL. COMPAGNIE 26 000 COUVERTS A DIJON. LE 30 août 2005

 

Spectacle que j'avais déjà vu en 2000 à Chalon dans la rue.

J'avais émis à l'époque la réserve du "déjà vu, déjà fait". Avec les compagnies que l'on aime, on ne peut pas s'empêcher de faire des tiercés.

N° 1 La poddémie

N° 2 Le sens de la visite

N° 3 :Le championnat de n'importe quoi

N° 3 : Fournel

N° 4 : Direct

(Je n'ai pas vu le grand bal)

N'empêche que j'assiste à une splendide représentation. Ce que j'appelle représentation c'est l'adéquation et la relation forte qui vont se nouer entre le public et la scène.

Les "26 000" ont cette formidable capacité de rassembler un public métissé, mixte, c'est à dire pas seulement les spécialistes de théâtre, les intellos de théâtre, mais ausssi des voisins, des gens basiques et de bon sens, et qui donnent au théâtre tout son sens, car ils sont là pour se laisser embarquer, et là on a le phénomène et la magie du théâtre qui marchent à fond.

Qu'un projecteur ou un rideau tombe, la spectatrice de devant dit "les pauvres ils n'ont pas de chance". Que la lumière saute, un spectateur demande s'il n'y a pas un électricien dans la salle.

Cette jubilation du public fait plaisir.

La compagnie a beaucoup de tendresse pour la famille décrite. Les tableaux se succèdent, certains sont décoiffants, d'autres un peu moins.

En tant que gastronome distingué, super blasé de théâtre, ex expert à la Drac, je prends du plaisir mais je reste sur ma faim.

Comment expliquer ça sans se faire honnir ?

Tout le monde pense que l'important c'est que le public soit content. Or je trouve cette sensation de plaisir immédiat insuffisante. Je la trouve horizontale. Dans les fondamentaux que je me donne pour le théâtre, il y a que le théâtre doit nous changer, nous armer, nous aider à décrypter l'opacité du Monde. OK c'est ridicule de dire ça sèchement.

Je veux que le théâtre entre dans ma chair, me pose des questions, me fasse douter.

Là, j'ai un regard sur le théâtre des amateurs, sa poésie, j'ai la confrontation avec le comédien type CDN, arrogant et ennuyeux. Mais cela reste trop un discours autour du théâtre, autour de la dérision, j'aurais envie d'un conflit d'idée comme il en existe dans la Poddémie(le mépris de Jean Claude et l'instrumentalisation des indigènes ) ou comme dans le sens de la visite ( la compagnie et l'élu).

Il me manque quelque chose de plus incisif, de plus déstabilisant, quelque chose qui me fasse réfléchir au monde.

Il faut dire aussi que ma réserve vient du fait que je donne beaucoup dans le "rater mieux" , que j'ai fait "la plus mauvaise pièce de l'année" et que je ne suis pas devant quelque chose qui m'étonne profondément.

Et pourtant, je le répète, c'était une représentation toute magique. Comme quoi...


 

LE CHAMP DU REPOS

 

Cie l'édilic .Mise en scène Jacques Auffray avec Jacques Auffray et Jean Christophe Cornier

Parc de Bercy. Jardin Ytzhac Rabin. le dimanche 3 septembre 2005. dans le cadre Opéra des rues ( Valérie Binn, Mélanie Elsner Lheureux)

 

Jacques Auffray est un des piliers des "grooms", tromboniste et chanteur. Ce spectacle est une petite branche qui pousse sur le tronc des grooms. Il fait ça en marge , histoire de chanter et de se tester tout seul. Pour l'instant c'est la seule représentation de prévue.

C'est la première. Il fait beau, l'ambiance est agréable, au moins 400 personnes attendent sagement le début du spectacle. le public est 25/35 ans , très amateur de musique. A peine dix personnes vont partir.

Le spectacle est salué par une belle ovation.

J'aime bien l'idée de départ. Obsèques inoubliables.com

Une société vous propose plusieurs formules d'obsèques musicales, et à chaque fois le Borniol de service fait des démonstrations de chansons funèbres, Schubert, Brahms, Gounod, Mozart.

Alors évidemment, le spectacle n'est pas encore du tout abouti, Jacques Auffray n'a qu'une amorce de personnage , la plupart du temps il se repose sur la technique "grooms" ou alors il se retrouve en position récital.

Il parsème le spectacle, surtout au début, de propos philosophiques sur la mort.

Je trouve le sujet excellent, peu traité en théâtre de rue et important, d'ailleurs beaucoup de spectateurs naïfs croient que cette société "obsèques inoubliables" existe vraiment.

 

 

QUELQUES p'ARTS autour d'Annonay (07)

16 et 17 septembre

 

On dit souvent à Palmyra Picon Archier , ex directrice du festival de la Manche à Annonay, fermé pour cause de mairie de droite ne supportant pas le désordre, que cela a été sa chance de pouvoir rebondir dans les villages alentour.

Mais il y a longtemps que Palmyra rebondissait.

Donc le nouveau concept de "saison des arts de la rue" prend forme ici ou là.

Les temps forts de quelques p'Arts se présentent sous forme de parcours.

6 villages, 19 spectacles.

On ne vient pas pour le bain de foule, mais pour le plaisir des paysages, des tracteurs que l'on croise avec leur remorque pleine de raisin, d'un arrêt à la coopérative pour faire le plein de St Joseph, des rues étroites. Bref , une qualité de vie que l'on ne trouve plus dans les méga-fêtes

Les artistes couchent chez l'habitant.

Evidemment, Pina, ma chienne a plongé dans un joli bassin plein de nénuphars, et cassé tout le système d'irrigation, je me suis trompé de chambre en rentrant tard, ai réveillé la propritéiare que je ne comprenais ce qu'elle faisait dans mon lit, je lui ai posé au petit déjeuner les questions qui font mal et que je n'aurais pas dû poser.

J'étais hyper heureux avec le GPS de ma 307, tu programmes Félines, Savas, Peaugres, St Désirat et t'y arrives sans même regarder une carte.

Le public. Formidable, car belle mixité sociale. Des habitants de village, des gens d 'Annonay, des citoyens, des citadins, des rurbains, et les propfessionnels de sautres spectacles, ici on peut se voir le suns les autres et c'est important.

De plus j'assiste à deux spectacles ( car j'étais là pour faire l'acteur avec le >Sam des chercheurs d'air)

 

Pierre Pilatte dans Parfait état de marche

Cie 1 Watt

130 personnes, à Davezieux sur la place de l'Eglise.

On se souvient de cet acteur belge, dans "les hommes en noir" et puis comme un des piliers du circuit D de Délice DadaTout seul, il présente un personnage un peu décalé et phantasmatique, poétique. Je le sens inspiré par le "Plume " d'Henri michaux.

C'est magnifique par la force et l'humanité du personnage qui renvoie à tous ceux qui ne trouvent pas de place dans la société et qui la survolent en tgéranger

et puis le métier fantastique, l'à propos, la justesse, l'anticipation, fraîcheur.

 

Il sait jouer avec tout ce qui l'entoure, il sait disparaître réapparaître.

Un tel spectacle, si léger, si petit, si humbl,e remue en vous beaucoup de choses, comme quoi ceux qui dient que le théâtre de rue c'est 99% de technique, 1% de création se trompent vraiment.

Là c'est l'Acteur au Centre.

 

CARNAGE PRODUCTIONS . DOMI ET CLAUDE

à Savas

 

 

Comment Stéphane Filloque invente un nouveau personnage après les frères Grumeaux ! Là encore, on a à la base de tout, deux personnages. lui va jouer l'anti- forain. Il joue quasiment à voix basse comme si cétait du Tchekhov, sa comparse Babeth Joinet, joue la timide, ce qui n'est pas facile et provoque d'habitude du sur-jeu, mais là c'est juste.

Il est vrai que parfois on n'en peut plus des clonages et des intonations toutes faites des bonimenteurs.

L'histoire qu'ils racontent dans une extrême fragilité déclenche l'imaginaire du spectateur.

Moi j'y voyais, ce monde des saltimbanques qui s'écroule tout doucement, j'y voyais deux petits êtres perdus et à bout sur une île qui dérive, parfait symbole du monde des artistes si malmenés par le Pouvoir.

Le personnage de Stéphane est doux et tendre et c'est pourtant l'Hercule sur qui va passer la caravane, c'est le lanceur de couteaux, c'est d'habitude le gros macho avec sa femme comme assistante, mais là c'est en plus une histoire d'amour avec une femme très fragile.

Alors bien sûr , il ne faut pas trop de public, car les personnages murmurent plus qu'ils ne parlent.

Le public était bien mélangé, des jeunes du village , prêts à chahuter, des gens, mais là c'est vraiment accessible à tous et pourtant beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît.

 


LA MORT DE DANTON DE BUCHNER Mise en scène Jean françois Sivadier

aux Amandiers de Nanterre. salle transformable . Le Dimanche 25 septembre 2005.

 

D'abord le public... Colette Godart, l'ex du Monde, Kourilsky, revenue de New York après 30 ans, Jean Marc de la Drac IDF, que des gens biens, que de la bonne compagnie, des retraités en masse, c'est dimanche. des professeurs d'Allemand, des copains comédiens qui viennent se montrer un peu.

A chaque fois, j'enrage de cet entre- soi, de cette culture de l'inceste.

Heureusement miracle, aucun scolaire. 2 H 35 sans entracte.

Bon démarrage, les acteurs déambulent et regardent le public qui rentre. Nicolas Bouchaud finit son repas il est nu-pied. Et là, lumière allumée chacun son tour va à l'avant scène pour dire une phrase sur l'état du monde , phrase qui commence par "Faudrait que" Style : Faudrait que quand quelqu'un est malade, même s'il a des responsabilités, il puisse partir en congé maladie prolongé". Mais sans qu'on y prenne vraiment garde, les phrases sont peu à peu remplacées par celles de Büchner.

Je jubile, mais voilà, peu à peu les acteurs sont noyés par la quantité de texte, ils hurlent, ils sont creux. Nicolas Bouchaud et Vincent Guédon, respectivement Danton et Camille Desmoulins sont plus habités que leurs camarades.
mais c'est l'ennui qui prend le dessus.

Monotonie. Pas de traitement.

Il y a une sorte de pause où Danton affirme une maxime et demande au public son avis. un homme du public se met à dialoguer, je n'entends rien, c'est dommage.

Et c'est de nouveau le train -train avec cependant un beau final, puisque l'échafaud est symbolisé par les personnages peints au vaporisateur qui se retrouvent statufiés.

Pourquoi je dis "heureusement pas de scolaire" parce qu'après une telle punition, ils n'auraient plus envie de revenir au théâtre.

Comment une si bonne équipe comme je l'aime, comme celle de l'Italienne avec Orchestre, l'ancienne équipe de Gabily, semble être anéantie par le "goût moyen" perd son insolence, son impertinence, sa poésie, son inventivité ? Je ne le sais pas.

3 gros co -producteurs/ Nanterre, Grenoble, Rennes.

Je pars vite, je suis triste.

 


 

LES NOUVEAUX NEZ FONT LEUR CIRQUE.

Lieusaint, Carré sénart. centre commercial géant. en plein champ.

Invités par la Coupole, scène nationale de Melun Sénart, installée à Combs la Ville dans un bâtiment Jean Nouvel

Dernière répétition dite la générale mercredi 5 octobre 2005

Les Nouveaux nez sortent d'une douzaine d'années d'une équipe de 4 clowns formés à Chalon, ayant écumé toute la France, avec un succès considérable en catégorie music- hall et des remplissages de salle absoulument parfaits.

Mais voilà, Roger Bories, leur Jésus a pris le large, ils se retrouvent à 3 avec de nouvelles envies, et les mutations des compagnies sont des moments passionnants et passionnés.

Ils se lancent parallèlement au spectacle dans une entreprise énorme de création d'un centre de formation du clown dans le village de naissance de la compagnie à Bourg Saint Andéol en Ardèche. C'est leur administratrice la belle Claire Peysson qui assume cette tâche gigantesque, plus difficile encore que la descente de l'Ardèche en Kayak.

L'idée énorme qu'ils développent, c'est le retour aux sources, retour à la piste circulaire sous chapiteau. Donc le noyau historique se lance dans une aventure bancaire d'abord, achat du chapiteau et des camions, et des caravanes, artistique ensuite.

Ils se lient à une compagnie d'acrobate, les Zanzibars avec qui ils montent une première version, qui a été présentée à Antony à l'automne 2004, et puis voilà ça casse avec des beaux dommages collatéraux, et ça repart autrement.

Donc voici une compagnie de cirque nouvelle, ils sont douze, on assiste à un énorme chantier ouvert, à un work in progress. Leur compagnon de route, leur ancien professeur, André Riot-Sarcey, les assiste dans cette rude tâche.

O coincidence , ils doivent faire sortir de terre un spectacle dans un lieu où la ville Nouvelle de Melun Sénart fait sortir de terre son centre ville, au milieu des pommiers.

Tout l'Art du cirque c'est de continuer de nous étonner.

Alors que les cirques se sont multipliés en France, alors que l'on compte des centaines d'écoles de cirque, alors que le nouveau cirque a énormément fait progresser les lumières, et le son, et la Musique et la mise en scène, les nouveaux nez qui il y a quatorze ans étaient seuls dans leur style, et portaient bien leur nom, se trouvent être désormais des vieux du "nouveau cirque".

L'important , alors qu'évidemment la trame est encore très fragile, c'est qu'il y ait des moments extraordinaires qui donnent le ton de ce que sera le spectacle dans une dizaine de representations.

Souvent ce n'est pas le grand numéro qui fait l'émotion, c'est peut -être l'hésitation, le petit détail, l'inattendu, et vraiment quand les deux cyclistes, Jacques et Serge, valsent pendant que le reste de la troupe chante du Haendel, on trouve le moment de grâce.

Tout l'art de ces spectacles se trouvent dans les transitions, ce qu'assumait le cirque traditionnel avec son Monsieur Loyal , il faut le ré-inventer.

Tous les dosages, les ré- équilibrages doivent être recalculés, et c'est surtout aux 3 nouveaux nez de bien trouver leur place au milieu des nouveaux artistes qu'ils ont engagé, et qui quelque part leur font de l'ombre.

Cela s'appelle se faire de la concurrence à soi -même.


TEMPS D'IMAGES A LA FERME DU BUISSON A NOISIEL (77) le 8 octobre 2005

José Manuel Gonçalves est au moins un directeur de scène nationale qui ne se contente pas des vieilles formules d'abonnements, et d'une programmation de goût moyen uniforme.

Dès que l'on pénètre dans l'enceinte de cette ancienne ferme des chocolats Poulain, on est saisi par l'atmosphère de culture vivante. On n'est pas dans le compassé, on n'est pas dans un funérarium, on est dans un lieu vivant. Cela se sent tout de suite.

 

Temps d'image s'annonce comme un laboratoire des arts. Cela est initié par Arte, et cela a lieu dans huit pays d'Europe et même au Canada.

Ce qui est curieux, c'est que ce n'est absolument pas l'ambiance frelatée de l'Avignon 2005. On a droit ici à des réelles recherches d'artistes qui même non abouties vous ouvrent l'appétit.

Je ne vois que 3 spectacles sur une vingtaine de propositions, puisque je ne peux être présent que cette fin d'après midi du 8 octobre.

A FLEUR DE PEAU. Prue Lang, Mathieu Briand.

On doit revêtir une combinaison blanche, être nu pieds, et porter un masque. On est introduit dans une salle remplie de talc (4 tonnes). Sensation de douceur sous la plante des pieds. Les 40 personnes du public sont disposées sur les 3 côtés de la salle. Dès que l'on bouge, un léger nuage de talc s'élève au dessus du sol. Lumière violette rasante. Un couple, dont une danseuse de Forsythe, vont bouger très lentement au fond de l'arène. C'est amoureux, intime et très doux. On plane. L'imagination est à la fête. Cela ne dure qu'une demie heure. On ne voit pas tout, on devine les formes, la danseuse a la seins a l'air, mais en suis- je vraiment sûr, c'est sans importance.

 

L'AUBE D'UN TORTIONNAIRE Théâtre clandestino

Une tentative de reproduire sur scène l'expérience de Stanley Milgram. (Montrer comment n'importe qui peut devenir tortionnaire à partir d'une expérience où l'on doit envoyer des décharges électriques de plus en plus forte à un individu).

L'équipe est italienne. Un commentaire nous raconte qu'Eichmann était tout sauf un monstre, or il a commis des choses monstrueuses. Le spectcale commence très mollement avec de la musique techo et de la vidéo, on bout de 20 minutes, on voit enfin la chambre de tortures. Malheureusement, cela n'avance touours pas. Tentative avortée. Dommage.

 

TOUT VU. Transquinquennal. Jan Hammenecker

Un spectacle sur la télévision, par une équipe de belges bien décapante. Le spectacle n'en est qu'à sa seconde représentation, donc il est encore trop foisonnant, mais la première demi-heure sous forme de conférence est un bonheur. Ensuite, cela traine en longueur, et à partir du moment où un jeu se fait avec 24 téléviseurs, cela devient ennuyeux comme de la télé. Mais potentiellement, il y a à attendre de cette équipe.

 


ZERO DEGREES. Chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui . Théâtre de la ville. 14 octobre 2005

Tout ce qui sort de chez Platel du côté de Gand me passionne, aussi j'y cours. Car c'est une production des ballets C de la B. Et Cherkaoui vient de la mouvance Platel.

Une fois de plus, on s'arrache les places au théâtre de la ville. Ce n'est pas du public de spécialistes. Le public est dans un état quasiment religieux.

En fait c'est un duo. Akram Khan danseur indien raconte en simultané avec Sidi Larbi Cherkaoui, un contrôle de passeport assez musclé dans un train Indien. C'est magnifique , car réglé au millimètre, chaque mot est accompagné d'un geste de la main. Et ces geste précis et identiques chez les deux joueurs forment peu à peu des images enivrantes.

Donc dix minutes éblouissantes.

Ensuite c'est de la danse, avec quelques figures un peu hip hop, et d'autres figures que j'ai l'impression d'avoir vues. l'orchestre de cordes est en direct. Et cela s'étire en longueur pour faire un spectacle normal d'une heure et dix minutes. C'est délayé. Et pourtant le public est en transes à la fin. Moi je suis resté en dehors.

Le calendrier de Sidi Larbi Cherkaoui est rempli jusqu'en 2009. Il se produit dans le monde entier. Et voilà , d 'un duo de 15 minutes magnifique, les grands théâtres lui ont sans doute réclamé un spectacle d'une durée normale.

 


Contes de vies ordinaires. Cie Gakokoe.

Coproduction scène nationale Allan. Grand Charmont, quartier des fougères . Le 31 octobre 2005

Coproduction : Compagnie Gakokoé, L’Allan Scène Nationale de Montbéliard, Fantaisie Théâtre, D.KAP

Mise en scène : Patrick VOITOT

Distribution :
Gill HERDE
Marie-Leila SEKRI
Sébastien DEC
Marcel DJONDO
Création lumières : Luis CAVALO

Décors : Compagnie des Bains Douches

Interviews : Fabienne SIRE ; Yasmina TABECHE ; Anne PEGEOT ; Sandrine JANDOT ; Louisa BOUADMA ; Serge STACHOWSKI ; Aziz SEKRI ; Gaëtan NOUSSOUGLO ; Patrick VOITOT ; Marcel DJONDO

Il n'est jamais très facile d'avoir des avis sur des compagnies si proches. On connait tout le monde, tous les comédiens, une bonne partie des spectateurs.

Gakokoe est fondé par Marcel Djondo, un nouveau français originaire du Togo, qui aime entrer en dialogue avec tous ces nouveaux coins de la douce France que sont ces quartiers périphériques.

La démarche de ces contes est claire : collecter des histoires d'habitants, et les restituer traitées par une auteure : Dominique Bourgon. L'auteure est une gardienne d'immeuble d'un quartier de Belfort.

La mise en scène se déploie au milieu des blocs dans des locaux collectifs style hangars à vélo. Chaque personnage nous raconte à tour de rôle une histoire ou un rêve, avec un petit élément de décor non réaliste.

Sur l'écriture, je suis de ceux qui pensent qu'il faut toujours aller du compliqué au simple, là on a droit à l'inverse. Pour ne pas faire trop sociologique ou basique, l'auteure a aimé transformé les entretiens en littérature poétique. Trop de poésie, tue la poésie, donc les comédiens ont des personnages désincarnés, qui ne souhaitent pas s'appuyer sur du réel. Alors on pourrait dire que cela donne un ton bizarre, ce texte choyé, dans des lieux déclassés.

L'intérêt réside dans le geste Gakokoe. l'originalité, c'est comment toi, compagnie de théâtre tu tentes de t'immiscer dans un quartier, quels alliés tu vas trouver.

 

Pour se déplacer de lieux en lieux , les spectateurs sont entraînés par des passeuses. Car bien entendu les garçons ne participent pas ou du bout des doigts.

Amara a appris un texte, elle est émouvante dans sa maladresse, et dégage sans le vouloir la poésie du spectacle .

 

Tout se termine autour de succulents gâteaux, préparés par les familles, et un échange chaleureux, qui à l'heure de tous ces divorces des communautés avec les Français vaut de l'or.

Il faut dire aussi que les Fougères sont peut être exemplaires, grâce à un gros travail de deux associations, Trame et AOE, et la chaleur communicative de Yasmina Tabèche.


COSI FAN TUTTE. MOZART.ORCHESTRE AMADEUS.

A PALAIS DE L'EUROPE. LE TOUQUET PARIS PLAGE

5 novembre 2005

Une incroyable soirée dans ce palais de l'Europe style 1950 désuet.

Une occasion de voir la mer, et de revoir Lorraine Prigent, comédienne de franche comté devenue chanteuse d'opéra. Et puis aussi une envie d'entendre un peu de Mozart.

Mise en scène sans moyens, minimale au possible, mais énergie farouche des trois chanteuses , Caroline Alonzo, Caroline Chassagny et Lorraine Prigent bien sûr.

Orchestre de 30 musiciens. On se laisse envoûter par le charme de Mozart et par quelques sextuors admirables.

La salle me fait rire, les notables locaux se la jouent : on est à l'opéra. "je n'aime pas Mozart, mais cette jeune équipe était piquante".

Bizarre, l'opéra d'habitude, c'est si fastueux , là c'est le misérablisme non voulu qui domine. Pendrillons noirs, lumières élémentaires, costumes amateurs.

Et pourtant ça tient. Lorraine tient bien la scène , sa formation "théâtre" l'aide, car elle a toute une légéreté et une mobilité que l'on voit rarement chez les chanteurs.

On termine au casino de la porte d'à côté et je gagne 7 euros. Le vent marin souffle. On est loin d'Audincourt.


 

L'AUTRE GUERRE d'Elsa SOLAL. 8 novembre 2005. MCLA NANTES

Noter d'abord la bonne idée de la région Pays de Loire de faire un mois complet consacré aux compagnies locales. 100 000 € sont consacrés à cette opération.

Spectacle d' 1 H 10. Solo d'Odile Frédeval, comédienne qui s'annonce avec un beau CV (Enssatt, Bozonnet, Grinewald). Mise en scène de Fréderic de Rougemont.

Sujet : les femmes battues. Fait à partir d'enquêtes de l'association solidarité femmes de Grenoble.

Tout est surjoué, pas de sincérité. Sauf quelques éclaircies vers la fin.

Trop de métier tue le métier.

Dans la salle : 44 femmes, 12 hommes.

La solidarité féminine fait que l'actrice reçoit plein de compliments. belle performance etc.


METTRE EN SCENE A RENNES

j'y suis du 9 au 12 novembre

Rencontre internationale de metteurs en scène et de chorégraphes

Organisé par le TNB (théâtre national de Bretagne) une de nos grosses maisons de la culture.

Ils sont en travaux, pour 17 milllions d'Euros, alors le festival se répand un peu partout. Dans le site Ropartz, le TNB s'est acheté une immense baraque en bois qui sert de lieu de rencontres et de restauration.

C'est une rencontre bourrée de professionnels de toute la France. 20 créations sur onze jours.

Il n'y a pas tromperie sur la marchandise, c'est pour du public averti qui vient par curiosité voir ce qui se fait de nouveau. François le Pilloüer était dans le temps à Dijon.

Ce n'est pas du public d'abonnés. Il y a pas mal d'étudiants, et tous ceux qui apprennent le théâtre à Rennes sont engagés comme ouvreurs, ou dans les navettes etc.

De la part du ciel. Bruno Meyssat. d'après Camille Flammarion.

Je reste allergique à ce genre de recherches. Bien sûr, il y a du nu, on se lave, on se jette par terre, on se peint le visage. Le programme parle des recherches fantastiques de ce savant (Flammarion). Je m'endors au premier rang, la salle est loin d'être pleine. Ma réputation est faite.

Au dîner qui suit, je me retrouve à côté de Puigserver, agent du spectacle, je ne peux pas cacher le fait que le spectacle n'a déclenché en moi que de l'ennui. Je discute aussi avec Angelina Berforini du CDN Lacascade de Caen, et avec Jean Louis Collinet, directeur d'un autre TNB, le théâtre National de Belgique à Bruxelles, dont il est directeur. Il a vu les grooms à Liège dans la tétralogie, et cela lui a plu.

RODRIGO GARCIA. ACCIDENS PARA COMER.

Voilà, c'est lui, Rodrigo Garcia.

 

C'est à l'aire libre de St Jacques. On est assis par terre. L'acteur sort un magnifique homard de l'aquarium, le suspend à un cable, pose un micro- contact sur le corps du homard dont on entend les battements de coeur. On va assister à la mort en vingt minutes du homard. C'est horrible, il remue ses grosses pinces on dirait des bras. Plusieurs fois j'ai eu envie de le décrocher, tant la scène était cruelle. L'acteur fend ensuite le homard avec un immense couteau, le fait cuire et le mange. Pas un mot. Rodrigo Garcia souligne le fait que l'on travaille pour gagner de l'argent et qu'on le troque contre des cadavres. Le public est très sceptique, surtout Bernard Colin qui dénonce l'art bourgeois. J'avoue que j'ai été sensible, parce que ce petit coeur qui étouffe et s'arrête de battre, pour un urbain comme moi, qui ni ne chasse, ni ne pêche, c'était éprouvant. Mais comme je ne crache pas sur le homard, je n'ai qu'à fermer ma gueule.

DEBOUT ON NE SAIT PAS COMMENT. JULIKA MAYER

avec 3 coproducteurs: Erlangen, Mont Saint Aignan, centre régional du cirque

Très improbable. De la difficulté de monter une tente. magnifique espace blanc, chaises désign. Sous la toile de la tente, une danseuse essaye de se dégager pendant 55 minutes, une autre essaye d'enlever son pull, et Julika danse vaguement avec les piquets. Je ne me mêle pas aux applaudissements assez peu frénétiques.

Je ne sais pas dans quel monde je suis. Dans le hall d'ailleurs, personne n'évoque le spectacle, comme s'il n'avait jamais eu lieu. Toujours le même problème, on a de la matière pour 15 minutes, on allonge la sauce pour que cela soit vendable.

 

PASTEUR EPHRAIM MAGNUS.

Texte de Hans Henny Jahnn . 1917 - 2 H 30 . Coproduction Gennevilliers.

Salle Gabily, la magnifique salle de répétitions du TNB. Un peu à la périphérie. Exhumation d'un vieux texte assez cru, avec exaltation des forces du mal. La mise en scène est signée Christine Letailleur, disciple de Nordey, d'ailleurs on croit que c'est du Nordey, il joue dans la pièce avec Valérie Lang.

Alors tout est noir, mais absolument noir. Du noir espèce de gouffre, jaillissent des visages qui parlent de façon assez désincarnée, avancent doucement, c'est lent, lancinant, ça berce, c'est beau aussi, ennuyeux énormément, mais l'ennuyeux beau c'est mieux que l'ennuyeux moche, on a l'impression que ça se répète et se repète, les personnages marchent lentement, ils exaltent la débauche du corps, ce n'est pas un évêque très chrétien qui nous prodigue ses conseils. Là, on a enfin une vraie mise en scène, avec des parti- pris, de la lenteur, un style de jeu. Je dis enfin, car pour le reste on a l'impression d'un vieux paquet de Lu qui a été oublié dans une voiture après un voyage.

Pour les pros, cela s'appelle un beau travail.

 

UN DEBAT AVEC BERNARD STIEGLER DENIS GUENOUN, JEAN CHRISTOPHE BAILLY

 

6 heures passionnantes. On ne sent pas passer le temps.

Le principe est clair. 1 Heure par orateur. Discussion à 3, puis ouverture au public. Pour une fois il n'y a pas du côté de la salle trop de "moi je" c'est à dire, moi je fais ça, et ça et de faire sa pub... On ne sait pas qui intervient.

Ce Stiegler domine haut la main le débat, car il élargit le sujet "Théâtre, peuple et passion " aux problèmes et aux chaos du capitalisme casseur, nous transformant en consommateurs. En filigrane il développe l'idée du peuple qui manque.

Je ne comprends que des bribes, que je re -cuisine comme ça m'arrange.

Le peuple ce n'est pas le public, le public est quantifiable, pas le peuple. Qui parle de populaire est toujours dans le populisme. Le capitalisme a transformé le peuple en audience, et l'audience, c'est l'audimat et le temps de cerveau disponible.

On nous a tous transformé en consommateurs, même la musique contemporaine se consomme.

Individuation propre de ce qui manque. (répété cent fois).

Communauté d'attente de l'inattendu.

Préconstitués communs. Remettre de l'amatorat. Elaborer une pensée industrielle. Salles flasques, salles passionnées chez les amateurs.

Bailly c'est un peu bouillie, mais il est amusant.

Guenoun pose des questions essentielles : qui convoque ? Pourquoi cet écrasement du désir ?

Petit retour sur Avignon : Stiegler reconnait qu'il ne sait pas s'exprimer sur Fabre. Mais c'est bizarre de ne jamais mettre aucune pression sur Baudriller.

Stiegler pense qu'Avignon est l'expression des fissures qui apparaissent dans le théâtre.

J'interviens vers la fin, avec ma thèse que le peuple n'a pas besoin des artistes, mais que les artistes ont besoin du peuple, ça tombe bien à plat, car ici tout est fait pour clouer ce qui est populaire au pilori.

 

UMWELT /MAGUY MARIN

Une heure répétitive à fond la caisse. gestes quotidiens, gestes violents. C'est envoûtant. On se dit "c'est fait après les émeutes"? Mais non ça les annonce. La musique est très forte, trop pour certains qui sortent.

ça baigne dans la vie de banlieue, c'est social, sociétal, sociologique. les corps ne ressemblent pas à ceux des danseurs.

Evidemment les tenants de l'avant- garde trouvent que ça pue les années 70. On peut ironiser, dire que c'est schématique, que ça en dit trop.