BILLETS CRITIQUES 2006

Vu 24 spectacles en 2006

retour aux critiques de 2005 ( Une cinquantaine de spectacles)

Critiques 2007

Critiques 2008

 

C' est toute la question de l' évaluation des spectacles que je me pose. Comment évaluer ? Qui a les outils nécessaires ? Quels sont les critères ? Un artiste qui fait lui même des mises en scène a t-il la légitimité de juger ses confrères, ou faut -il être du collège public- public pour avoir le droit de prendre la parole.

Ce qui est sûr c' est que la critique de presse est en faillite , en totale déroute. Plus aucun critique de théâtre ne domine la question. Les critiques ne sortent quasiment qu 'à Paris, la plupart du temps c'est une espèce de copinage, on sent la plupart du temps la critique de complaisance, le devoir de répondre aux demandes expresses des attachés de presse .

La faillite des journaux, c'est aussi l'incapacité de rendre compte du monde, à en juger par la pauvreté de leurs pages culture exclusivement parisiennes et leurs continuelles fautes d'appréciation obnubilées par la mondanité des premières.

Parfois : je me dis : qu'ils crèvent les journaux tant ils sont malhonnêtes et ne rendent pas compte du Monde. Ceci dit je serais très malheureux, pusique je suis un goinfre de journaux, et j'en ai besoin pour garder une humeur et une vigueur de rebelle.

Jacques Livchine. Janvier 2006

 


 

UN SIECLE D'INDUSTRIE. LIMOGES. THEATRE DE L'UNION.

11 JANVIER 2006

 

Marc Dugowson. Je partage avec lui la même envie de comprendre, une envie essentielle : comment tout un pays peut déraper dans le nazisme.

 

Cela se passe donc à Limoges à vingt minutes d'Oradour sur Glane.

 

Et Dugowson met cinq ans pour sortir cette pièce composée comme un oratorio de Bach où l'on voit de simples industriels pas le genre criminels ou assassins mais qui pour faire tourner leurs usines vont devenir les N°1 du four crématoire.

Ce qui est fort dans la pièce, et c'est là qu'on approche de quelque chose de grave qui nous fait réfléchir, c'est que si le nazisme c'est ce que l'on voit dans la pièce, cela signifie que des nazis nous en cotoyons tous les jours, et que ce ne sont pas de grands méchants, mais des hommes et des femmes comme nous.

 

Ce Marc Dugowson dépeint simplement un constructeur de chaudières dont l'activité s'accélère en temps de guerre, qui commence à se dire que devoir brûler mille ou cinq mille cadavres par jour est problématique.

 

Golub du Volacan bleu en fait une pièce efficace, bien faite, que le public suit dans un silence épais, parsemé de quelqus rires nerveux par moments.

Les comédiens sont sobres, et dignes . c'est agréable. Du théâtre qui fait réfléchir.

La soirée est très gaie. C'est une première. Je croise Adrien Ledoux, Danièle Restouin, je discute avec Gabor, l'auteur de Pradinas. Il y a à Limoges une académie qui forme des acteurs. C'est vital pour la respiration d'un théâtre.

Et si par hasard le théâtre de l'Union était un centre dramatique non aligné ? Vivant .

J'ai envie d'y jouer. C'est sûr.

 

 


VESOUL. AU DELA LES ETOILES SONT NOTRE MAISON.

20 Janvier 2006. Cie Le Zéphyr. Mise en scène : Véronique Bellegarde

Inauguration de la salle rénovée. beaux fauteuils. Plafond rempli d'étoiles. Isabelle Sosolic la directrice est rayonnante.

Le spectacle d'ouverture est problématique. C'est la première, à la suite d'une résidence à Vesoul.

Les ingrédients sont bons: tout y est, artistes de cirque, comédiens, vidéaste, chorégraphe, musicien en direct, un texte de Avel Neves auteur portugais, un CV de la Compagnie excellent, mais rien ne se passe pendant deux heures. Certes c'est la première, mais on ne voit pas bien comment ils vont s'en sortir. Car c'est comme s'il n'y avait pas de situation, pas d'enjeu, pas de moteur. Voilà cela ne le fait pas. Les spectateurs étaient un peu perplexes, mais Isabelle la directrice a pris le risque de la création, plutôt que d'assurer avec un succès connu. C'est tout à son honneur.

Il y a Rahis Mohand, un orchestre dans le hall, à l'accueil comme à la sortie.


LE GENIE DE LA FORET. TCHEKHOV. Mise en scène Roger Planchon

25 janvier 2006 TGP ST DENIS

 

C'est une version antérieure d'Oncle Vania mais qui n'est pas OncleVania quoique des pasages entiers soient similaires.

Là, Vania s'appelle Igor et va se suicider. Là le docteur et Sonia s'aiment mutuellement. Ce sont des variations très importantes.

Le poblème c'est que pendant 3 H 30 on s'interroge sur les motivations de Roger Planchon. Lui, le grand décortiqueur de Tartuffe ou de Bérénice, le meilleur décrypteur des classiques français, qui génère une véritable légende quant à son acuité dans l'interprétation des grands classiques, semble muet.

On cherche en vain son parti-pris, sa motivation profonde.

C'est d'une platitude extrême, pas de silence, pas de profondeur. Les deux premiers actes vus du balcon sont carrément vides de théâtre. Vu depuis l'orchestre cela passe légèrement mieux pour les deux actes suivants.

Planchon joue le vieux professeur, sans en faire le personnage insupportable, égoïste et pédant que Tchekhov a écrit. On a l'impression que Planchon a envie de défendre son âge canonique.

A part Olga Kokorina qui donne du relief au rôle de Sonia , le reste des interprètes reste désespérment fade, avec une mention spéciale au docteur carrément insignifiant.

 

Le décor de ezio Frigerio, est fatigant, car le sol est trop voyant. Les scènes de jardin sont jouées sur ce sol. Sinon Planchon, à son habitude, joue avec les huit portes jusqu'à nous donner le tournis. Les personnages sortent et rentrent sans arrêt. Quand ils restent immobiles deux minutes, on est soulagé.

Alors ? J'interroge Denis Benoliel comedien que je connais, sur le pourquoi de la pièce. il me dit que Planchon avait deux motivations, jouer cette pièce peu connue dont Adamov lui avait parlée et qu'il avait traduite, et faire jouer Jean Pierre Darroussin qui se trouvait enfin libre quelques mois.

Evidemment, ce ne serait pas Planchon, mais c'est un grand Monsieur du théâtre, alors on est forcément déçu.

Le critique de Libération a fait une critique dithyrambique sans doute obnubilé par le grand Planchon , le public de même lui fait une ovation. La salle est aux trois quarts pleine.

pas une personne du public ne traîne au bar après la représentation, froidure obligée, on est dans un CDN.

 


LA MOUETTE DE TCHEKHOV . MISE EN SCENE ARPAD SCHILLING.THEATRE KREKATOR. BUDAPEST

Bobigny. MC 93. Salle de répétition. 28 janvier 2006

Un parti pris radical. Pas de décor, pas de lumière, pas de costume, pas d'accessoire. Relation proche au public: 150 places seulement. La série des 8 représentations est pleine à craquer.

On suit le texte avec des écouteurs puisque c'est joué en hongrois.

Les comédiens sortent tous cachés du public, et y retournent, histoire de dire que les personnages de Tchekhov, c'est un peu nous.

Eh bien cela marche ! Je reste suspendu 3 H 30 aux lèvres des acteurs tant ils sont vrais, tant les personnages sont forts. Quand je dis pas de costumes, ils sont en jean très serrés pour les filles, un pantalon un peu plus chic pour le docteur, une belle robe ample pour Arkhadina.

Ils jouent très bien les pauses écrites par Tchekhov. Ils sont tous vrais, et crédibles. Par moments c'est très drôle. Cependant un spectateur sort à l'entracte : "je n'ai pas payé pour voir une répétition, ils n'ont même pas de costumes ".

Je suis assis à côté d'Ariane Mnouchkine, concentrée comme moi. A l'entracte elle me parle de la musicalité des corps.

Il y a une belle tension, qu'ils ne tiennent pas jusqu'au bout ; la grande scène Nina -Treplev s'éternise.

Encore une déception, ils ne jouent pas la vraie fin. Le metteur en scène n'a pas envie de faire le suicide de Treplev, à la place il lui fait briser et piétiner son violon. Alors, on n'a pas le droit à cette phrase si simple et si dramatique du docteur "Veuillez éloigner Irina Nicolaevna, il faut vous dire que Kostia s'est tué".

A part ces réserves, c'est une équipe fantastique qui cerne bien l'univers Tchekhovien. Le public applaudit très longtemps.

On n'a plus le droit de fumer à l'intérieur, alors devant le théâtre, je parle en anglais avec quelques acteurs dont Zsolt Nagy, celui qui joue Treplev, là c'est sa tête dans la vie, mais je pense que cela raconte quelque chose ce visage.

 

 

 

Roberto ZUCCO- Bernard Marie Koltes . Mise en scène Philip B

oulay. décor : Jean Christophe Lanquetin

29 avril 2006 au Forum du Blanc Mesnil.

 

La banlieue, c'est bien sinistre. A chaque fois je m'interroge, ce sont des hommes spécialistes de l'urbanisme et de l'architecture qui ont pondu cette laideur, alors pourquoi nos petits villages édifiés sans architecte, sans urbanistes, sont -ils si harmonieux et agréables à vivre. Le forum avec son immense esplanade dégage de l'hostilité, comme si c'était écrit sur le fronton, t'approche pas . Pas de parking. Tout est fait pour refroidir l'ambiance.

Deux femmes se dirigent vers le lieu culturel, manifestement maghrébines, et genre qui ne met pas les pieds au théâtre. Mais je me trompe, elles rentrent dans le lieu, je suis éberlué. A l'intérieur elles sont une douzaine de mamans du quartier, sans leur mari, l'oeil narquois.

J'avais croisé il y a trois ans ou quatre ans Philip Boulay à Kinhsasa, il jetait les premières bases de ce projet qui lui tenait à coeur. Faire jouer Zucco par des Congolais.

Le résultat est magnifique. Parce qu'effectivement la pièce s'en trouve totalement éclairée. Le théâtre n'est intéressant que s'il sert de trmplin à l'imaginaire, et là cela fonctionne, la pièce devient une parabole sur l'avenir de notre terre, qui telle Zucco, fonce droit à sa perte, au chaos total.

Dix huit acteurs, cela donne de la force, de l'épique, ce n'est pas du nombrilisme intimiste, et les danses et les chants sont une sorte d'hymne dédié à des temps meilleurs.

Les acteurs sont sur le plateau dans une espèce de joie ravageuse et communicante, celle qui fait que les deux heures durent dix minutes. Ne pas sentir son siège, ce serait un bon critère d'évaluation du théâtre.

J'ai rencontré la plupart des ces acteurs à Kinhsasa, je suis franchement content de les retrouver, et Ados Ndombasi donne bien la dimension métaphysique du personnage, quant aux femmes, je ne peux même pas en parler, leur sensualité me rend fou.

Voilà tout, c'est splendide. Faudrait que cela soit joué partout.

Tu vois, je m'adresse une fois de plus à Didier Juillard et à Braunschweig du TNS, et à tous les autres théâtres nationaux, c'est ça que je veux dans votre programme, des pièces à l'intérieur desquelles souffle le vent de l'histoire. Bien sûr le décor est rudimentaire, bien sûr les acteurs n'ont pas la formation " Conservatoire national supérieur". mais quelle humanité nom de dieu ! Vous seuls seriez capables de financer la venue de ce Koltes dans sa ville d'origine.

Et encore, je ne vais pas dire cette phrase bateau "Koltes eût aimé cette entreprise folle". Son frangin François qui était là ne me contredira pas.

François Koltes, le frère.


LE MISANTHROPE. THEATRE DE LA TENTATIVE. BENOIT LAMBERT

BELFORT. GRANIT. 12 MAI

 

Sensation d'avoir assisté à une pièce de Brecht tant l'esthétique ne correspond pas au traitement habituel des classiques.

Bref, ils jouent dans une ambiance Mahagonny. Bar louche de 1930. Je mets un peu de temps à saisir le parti pris. Car quand on voit le Misanthrope, tous les Molière que t'as vu remontent à la surface et l'esprit ne peut s'empêcher de faire des comparaisons.

D'habitude on s'attache un peu-à Alceste, mais là, Emmanuel Vérité est irritant, il joue sur sa voix haute, il hurle par moments. On a un Alceste plutôt paranoïaque. Moi qui suis toujours dans la plainte et le désir de vérité crue, je bascule pour l'équilibre de Philinte.

Derrière moi, les lycéennes froissent leur paquet de chips, seul l'orchestre est rempli, majorité de lycéens qui suivent bien l'histoire.

Peu à peu le personnage s'étoffe d'une autre dimension plus sincère et plus attachante. Et en filgrane apparaît l'intéreprétation générale que fait Benoît Lambert de la pièce. Aquoi cela sert -il de crier , si on n'est pas capable de construire ?

Entracte d'une demi-heure, puis une belle pochade acide "ça ira quand même " avec des textes qui renvoient au Misanthrope. Se plaindre, se plaindre , certes mais après ? Mais oui, les spectacles servenet à bein poser les questions.


MEMOIRES TRANSATLANTIQUES. A L'ALLAN. MONTBELIARD

LE 14 MAI 2006

Spectacle musical avec Guillaume de Chassy, Daniel Yvinec, et André Minvielle.

Spectacle répété et produit par l'Allan et Jazz sous les pommiers (Coutances)

Je viens parce que j'adore Minvielle.

Soirée sans atmosphère. Peu de monde. Comme toujours au mois de mai le public décroche.

L'analyse que l'on peut en faire, par rapport au goût qui serait subjectif, c'est que là, il y a une tentative de faire une espèce de montage des chansons entre les années 30 et 50, la France et les USA et que la réalisation du projet peut être évaluée.

Une bande vidéo, nous annonce le menu. Avec de belles images.

Mais voilà, il n'y a pas de liant, pas de moteur, pas de prise de position, c'est létal. Il n'y a guère qu'au bis, lorsque le spectacle est terminé et que Minvielle nous scande un article de Francis Marmande, que le public sort enfin de sa torpeur.

Moralité : il ne suffit pas de se choisir 3 grandes pointures, de la musique confirmée et connue, pour déboucher sur un spectacle intéressant.

Et puis, se dire que toute création est risquée et provoque souvent de la déception.

Je suis tout de même content de saluer Minvielle, et d'autres personnes que je connais dans la salle.

Il est 23 H, il pleut sur Montbéliard. Pas facile de réussir ses soirées sur Montbé.

 


LE REVE DE CENDRILLON

Compagnie LTS . de Besançon. Mise en scène Marylin Pape, avec Eric Prevost.

Crash test aux 3 oranges le 16 mai.

 

Une critique des émissions de télé réalités.

Il faut d'abord dire que le public marche et adhère , c'est un spectacle qui fonctionne. Cela rit, cela participe, cela comprend tout.

Mais les intellos spécialistes comme moi font une petite moue d'insatisfaction,ils ne se contentent jamais, ils veulent plus

- Le présentateur Eric Prévost, qui se fait appeler Marc est tellement crédible, qu'il est trop crédible, il nous demande sans arrêt d'applaudir. Peu à peu nous sommes à la télé, à part quelques vannes machistes un peu grosses. L' esthétique est TF1, jeu TF1. Disons donc, le décalage critique est trop léger

- les candidates, elles aussi, devraient être 100% crédibles. Puisque l'animateur l'est. Il faut créer le malaise. Sinon ce n'est que du théâtre. C'est quoi la crédibilité, c'est la vérité, c'est qu'on y croit.

Si on croit au présentateur et aux candidates, sachant qu'on est au théâtre, alors quelque chose de fort peu se passer.

Leurs histoires personnelles doivent changer à chaque fois selon les journaux du coin, les faits divers. Là cela passionnera l'assistance.

Mais avoir un spectacle qui fonctionne c'est déjà ça. Le développer, c'est justement ça qu'il faut chercher, la bonne forme de croissance.


L'ILLUSTRE FAMILLE BURATTINI. L'INCROYABLE HISTOIRE DE JACK LE MANCHOT.

19 MAI 2006. AUX RENCONTRES D'ICI ET AILLEURS A NOISY LE SEC

C'est un spectacle "catégorie bijou". Car, il faut l'avouer, le théâtre de rue est souvent "débraillé" et "approximatif", c'est d'ailleurs pour cela qu'on l'aime, pour cette imperfection congénitale.

Là, nous sommes "rue" catégorie baraque foraine, chef d'oeuvre du genre. Buratini au mercato du théâtre a attiré dans ses rêts une comédienne indoor, Laure Smadja, très connue par le théâtre de l'Unité qui a fait sa connaissance dès qu'elle eût terminé l'école de Chaillot, Laure est donc devenue Rita Buratini.

Bijou, parce que le dit Burat, Gérard Guyon, de son vrai nom est un bonimenteur exceptionnel, catégorie Savary, enrichi par le célèbre catcheur de la foire du trône, Jackson. Son boniment est écrit, précis, mais il a le métier pour en sortir, et faire des disgressions.

Bijou, parce que le spectacle est un enchaînement de tableaux assez courts, et à chaque fois poétiques, grâce au vieux talent du Burat', marionnettiste éternel du guignol de la Bourboule. Chaque tableau est accompagné d'une larme de magie.

Bijou, grâce au mécanisme bien huilé, bien sûr on ne sent plus son banc, on ne regarde pas sa montre, Burat' nous transporte, nous transforme en gosse émerveillé.

Bijou, parce que non seulement Rita bouge comme une princesse, mais développe une fougue et une énergie, maîtrisées par sa double technique de comédienne, et de danseuse, et ça, on ne le trouve nulle part dans le théâtre de rue.

Bijou, parce que c'est le théâtre de notre inconscient collectif, nous avons tous en nous, la case "théâtre de foire", théâtre du mélodrame, ce n'est vraiment pas le théâtre d'une caste, c'est vraiment du théâtre de rue, du théâtre pour tous les coeurs.

 


MISERABLES ! ANNIBAL ET SES ELEPHANTS.

Le 20 mai 2006. Noisy le sec. Rencontres d'ici et d'ailleurs

 

La compagnie de Fred Fort et Thierry Lorent, et d'autres, implantée à Colombes.

Du théâtre de foire, du théâtre de mélodrame. très drôle, très décoiffant, car ils ramènent sans arrêt Victor Hugo au monde d'aujourd'hui.

Cela va à toute blinde et c'est parsemé d'incidents de toutes sortes, la séance est houleuse, car il y a du vent, des gosses du quartier un peu turbulents. Le public se tord de rire. Fred mène la baraque avec un talent de bonimenteur très confirmé et très fluide, Thierry Lorent est très efficace et les deux autres comparses aussi. Ils sont assez légers et aériens, ce n'est jamais vulgaire, il y a toutes les ficelles connues de ce genre de théâtre, mais l'originalité c'est de tout ramener au présent, et d'en faire un spectacle KO social.

A chaque fois que l'Histoire traverse un spectacle et que l'épique est présent, je suis heureux. On est dans le vrai "populaire" au sens noble du terme, et bien sûr j'adore l'auto dérision sur les intermittents, et le comédien qui sort d'une parade alimentaire au Carrefour du coin, déguisée en carottes et ayant touchée 4000 spectateurs. C'est du théâtre sain, et nécessaire, un théâtre qui gonfle le moral.

 

 


 

ILLUSIONS COMIQUES. (LECON DE THEATRE). OLIVIER PY. THEATRE DU RD POINT PARIS 2 JUIN 2006

 

Le triomphe. la salle pleine. Les critiques élogieuses. PY en gras, en gros, Py partout. Le Rond point est à PY.Le ROnd PY.

Le public sent bon, les jeunes filles ont la peau douce. La pièce parle de théâtre, les gens de théâtres sont là. Jeunes acteurs de chez Florent, du JTN , du conservatoire, éclairagistes, sonorisateurs, intermittents.

Dur d'avoir un siège.

3 heures. juste dix minutes d'entracte.

PY c'est la génération qui nous balaie. Il est là avec ses acteurs, plutôt ses copains.

Michel Fau a carrément la moitié du spectacle en son honneur. Dès qu'il n'est plus là, on s'endort. Mais quand il est là, sa tante Geneviève est un pur plaisir du jeu démesuré, excessif.

Quelqu'un dit en sortant : c'était du Gad el MALEH

Mais on le sait, le mauvais et le bon se touchent en théâtre.

Je partage peu de valeurs avec Olivier Py, et pourtant je suis proche de lui quelque part.

C'EST VIVANT

c'est intrépide, c'est libre

mais ça a tous les défauts, c'est confus, opaque, ésotérique, long,

mais il y a de tels ilots de pur plaisir qu'on oublie juste les passages de profond ennui.

Quand tu randonnes, parfois il y a des moments sans intérêt, des montées où l'on transpire, mais quand on arrive au col, c'est le bonheur.

Il dit quoi PY ?

Que Lagarce est mort, sans savoir qu'il allait être l'auteur en chef des dix dernières années, que le théâtre c'est le poème dramatique. ça parle de théâtre jusqu'à l'indigestion.

les personnages sont les acteurs eux mêmes. On n'a pas peur d'être indécent. On montre ses fesses pour de vrai. le mauvais goût devient un art. Mais il faut être dans un lieu quasi officiel pour que cela soit subversif. Le narcissisme s'étale sous forme de crème solaire, heureusement il s'auto détruit .

On termine par cent définitions du mot théâtre, j'aime ce genre de listes.

Py dit : c'est quand le théâtre parle de lui même qu'il parle le plus justement du monde.

Je n'en sais rien, mais la parodie, l'auto dérision, c'est assez sain .

Alors t'as aimé ou pas aimé ?

Les deux mon capitaine, je n'en sais rien.

Je sais juste que si PY peut mettre dehors les directeurs de nos théâtres nationaux, et leur excellence culturelle, l'Art aura fait un petit pas en France.

Py c'est tout ce que l'on veut , mais ce n'est pas l'excellence, c'est un garçon qui OSE. C'est d'ailleurs dans cet état que l'on se trouve le lendemain .

On se dit, plutôt que crever OSONS.

 

 

MUE -Première Mélopée

JLambert Wild/ Jean Luc Therminarias

Granit/ Belfort/ 10 juin/ Site Altshom

 

moi qui ne jure que par un autre théâtre qui ferait bouger les paramètres routiniers, me voilà pris au piège. On n'est pas assis pareil, on n'est pas dans un théâtre, ce n'est pas une pièce de fiction, c'est une cérémonie bien curieuse, avec des vrais indiens d'amazonie, les Xavante, on assiste à unWara, conseil routinier de cette tribu. Tout est hyper bizarre, on est largués, parce qu'on ne pige pas bien le propos.

Formellement on se croirait en plein atelier de création radiophonique de France Culture, musique electro acoustique, phrases jetées au hasard avec intonations.

 

Je cherche la démarche de Wild. Est -ce du cabotinage? nous ramener des indiens et nous les montrer, mais en même temps il joue avec , c'est peut être ça la démarche: montrer qu'une passerelle peut être jetée , entre la musique la plus contemporaine et la musique la plus ancienne, entre un group e de Belfort et des Indiens de l'amazonie brésilienne.

Je dors pas mal et me laisse bercer par le dernier chant répétitif et assez beau, avec des lumières violettes et des plumes qui tombent en guise de final.

 

Wild est en blanc avec des pantalons bouffants, il attend à la sortie, j'échange quelques mots, et je me dis que décidément rien n'est simple. On en a marre d'un théâtre "toujours le même" et en même temps quand ce n'est pas comme d'habitude , on se sent frustré quelque part.

Bref, j'aurais voulu que Wild vienne comme dans les Cinés club d'il y a 50 ans, nous expliquer sa démarche, parce que trop de mystère tue le mystère et crée de l'éloignement.

 

33 heures 33 minutes . La Française de Comptage.

Amiens 17 juin 06

Une entreprise démesurée, énergique, folle .

37 acteurs, Une grande scène, deux camions énormes, l'avion de Lindbergh quasiment à l'échelle, le spirit of Saint Louis, un film projeté sur les murs, des centaines de journaux distribués, des sonorisations puissantes, des feux d'artifice violents, majorettes, harmonie.

Voilà une jeune équipe qui pour son premier spectacle va rejoindre dès le premier jet les parades des grands frères, on pense à Royal, à Oposito, Generik, par la dimension.

On est en pleine parade dionysiaque, ça pète, ça hurle, ça fume, et le public s'y retrouve, trois ou quatre ou cinq milliers de jeunes absolument ravis qui suivent le cortège.

Un jour, il faudra remettre en cause "les sorties de chantier". Parce que ce spectacle ne prend sa dimension que par la quantité de public qu'il attire, je l'avais vu à Sotteville, à l'atelier 231, sans public, sans atmosphère, or le théâtre de rue, sa grande force c'est comment il enveloppe le public, c'est sa force festive.

On est immergés dans le ravissement de toute une jeunesse qui a quitté le temps d'une soirée, ses CD, ses DVD, ses écrans, pour voir du faux en vrai. Tous les mobiles 3 G s'agitent, on veut l'avion en photo, on court d'un véhicule à l'autre, on s'exclame, on s'éclate.

Jean Pierre Marcos et Benoît Afnaïm

 

 

Benoit Afnaïm le voulait, il l'a eu. Il lui a fallu une persistance et une ténacité sans précédent pour mener à bien tout ça. Ce qui est sûr, c'est que je vais l'appeler Monsieur Benoît, car j'admire les fédérateurs de grandes équipes. Lui au moins ne se plie pas aux lois du marché.Aphone, émotif, passionné, exigeant, il motive et entraîne toute cette énorme équipe.

Typique du théâtre de rue, il n'y a pas le moindre nom nulle part. On vend le nom de la compagnie"française de comptage " que les spécialistes appellent déjà "la Française". Donc par la bande, on sait que "Tintin" fait Lindbergh, que Lulu pilote une des machines, que Pancho, Goobie, sont de l'aventure, je croise Patrick Dordoigne, que je connais des Alamas, qui me fait la tête parce que soi disant j'aurai dit du mal de lui, une des fausses rumeurs de ce milieu devenu très sensible par les conditions drastiques. Laurent me fait remarquer que depuis dix ans je ne lui ai pas dit bonjour. Mickaëlle qui avait fait un stage avec nous à Chaillot est de la partie, Pascal le Guéhennec, je le connais de la Jacquerie, il fait de l'indoor et l'outdoor. C'est donc le collectif d'abord, les individus ensuite.

La sauce est "comédie musicale" dans un total respect. Aucune parodie. L'ambiance c'est toute l'imagerie des films américains, le scénario, on s'en fout un peu, il est producteur de grands tableaux, des fresques, je me laisse embarquer comme quand j'étais ado par West side story, ou My fair lady. Il y aurait eu le CD de la chanson "lees couilles en or" peut être même que je l'aurais achetée

"La française" c'est peut être la deuxième génération de théâtre de rue. Formés à l'école Oposito, ils ont un formidable délire en plus, un désir d'ivresse totale, une jubilation, le sens de la démesure, et une imagerie cinéma.

Le drame et la honte, ce serait de ranger définitivement ce spectacle. Ils n'ont pas de prochain rendez vous, quelques festivals les avaient déjà programmé, mais franchement cela fait un formidable final de samedi soir. Une fois de plus la question est cruciale "mais que se passe t-il " au niveau de la diffusion des compagnies ? Un tel spectacle remisé dans le hangar d'Animaville ?

 

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Les passagers/ le monde à l'envers/

24 juin . Tumultes à Vigneux sur Seine

Un superbe dispositif qui joue sur les 4 côtés. Le quadrifrontal.

Une musique planante, des hommes et des femmes- huit en tout- qui volent, se cognent contre des parois transparentes.

Avec cette compagnie déjà vue à Chalon, il y a une technique magnifique mais un rythme monotone. C'est abstrait et ils semblent allonger la sauce pour tenir le temps réglementaire.

Il y a la vieille règle, pour qu'il y ait théâtre, il faut qu'il y ait conflit. Mais voilà, Philippe Riou aime cet univers lymphatique.

Ce n'est pas très grave, on est couchés dans l'herbe, on rêvasse, on décroche, on revient.

La semaine prochaine ils sont à Shangaï

Quant au festival de Vigneux (Direction Alex Ribeyrolles) qui en est à sa quatrième année, c'est une grosse programmation dans une ville de banlieue incroyable. Vraiment on se croit à Kinshasa tant le nombre de blacks est majoritaire. Public, très jeune et très populaire.


 

CONCERT ROLLING STONES AU STADE DE FRANCE. 28 JUILLET 2006

 

ça m'amuse. Comme ils ont annulé le 2 juillet, il reste des places, j'en profite. Normalement c'est de 80 à 145 euros, j'en trouve une au rabais à 30 euros. Moi qui cherche au moins à être étonné, je le suis.

Le dispositif est carrément impressionnant.

Très sexuel. Les places sur la scène sont à 345 euros en backstage

90 000 personnes relate la presse. Chacun reçoit un batonnet lumineux.

Pour le reste, c'est une sorte de transe collective, très sensuelle, je me laisse envoûter. Jagger a une énergie folle, il bouge ses bras comme les rapers, c'est survolté, révolté. Deux heures incroyables, et d'un seul coup, la scène se met à bouger et pénètre sur la pelouse, là tout monte d'un cran.Ils terminent dans une fougue surééelle par "S I get no atisfaction". Ils n'ont rien inventé de neuf depuis 1976, disent-ils. Mais ils sont mythiques. Jagger a mon âge, mais n'a pas pris 1 kg en 40 ans. Le batteur, Charlie Watts a les cheveux tout blancs, aucun signe extérieur de rocker, ni bague, ni piercing, un vieux tee shirt vert.

L'évacuation du stade prend plus d'une heure. Je réfléchis au dionysiaque.


 

TABATABA. Bernard Marie Koltes.

Le 2 août Paris. Paris quartier d'été. square des amandiers Mise en scène Philip Boulay. avec deux comédiens de Kinshasa. Miphy Gialo Angbongwa, et Toto Kisaku Mbengana

 

Mon petit problème, si ce n'était pas Koltes qui signait cette pièce , on dirait quoi ? On n'y porterait aucune attention, toujours ce délicat problème, on veut d'abord savoir qui a fait avant de juger.

On est dans l'art pauve, c'est du théâtre léger de place publique, théâtre gratuit. C'est simple. Deux personnages, un frère, une soeur. La soeur voudrait que le frère courre un peu les filles au lieu de rester à réparer sa mobylette.

La suite, il faut voir. cela dure une demie heure.

Je trouve ça bien que Paris quartier d'été choisisse ce genre de spectacle, efficace, qui la veille avait été joué dans un quartier vraiment déshérité de nanterre où il trouvait sa dimension.
Là c'est joué devant une centaine de personnes, toutes esthètes de théâtre.

 

NUMERO 10. MASSIMO FURLAN. PARC DES PRINCES.8 août 2006

 

 

C'est tout ce qu'il y a à voir. Nous sommes 1000 à le regarder évoluer tout seul. Et cela me passionne. On nous a remis un transistor à l'entrée, et on adroit aux commentaires d'un match France allemagne de coupe du Monde joué le 10 juillet 1982 à Séville. Match à rallonge.

Incroyable, Massimo Furlan joue Platini et refait en temps réel tous ses gestes et ses mouvements, pendant plus de deux heures. Et l'imgination fait le travail. On revoit ce match, on guette les buts, on crie, on encourage. Franchement c'est débile, c'est de l'idiotie pure, mais c'est ça l'Art. Le décalage.

Ce qui est troublant, c'est que le coach Michel Hidalgo, se prête au jeu, et rejoue lui aussi le match. Donc, le vrai Hidalgo, le faux Platini, et un grand écran nous déstabilise, car par moments, montre le match de référence, mais juste après fait le focus sur Massimo. On ne sait plus où on en est. Mais bizarrement, tout le monde connaît le résultat du match, l'agression du goal allemand contre Battiston, le pénalty manqué de Didier Sixt, eh bien le suspense joue encore.

A la mi match, c'est un commentateur d'aujourd'hui, Didier Roustan qui prend la relève de 1982, épaulé par l'ancien joueur de l'OM Basile Boli. Didier nous parle du football comme il l'aime- le foot citoyen- car dit-il l'économique a tué le beau jeu.

 

j'aime ce genre d'initiative intrépide. J'aime Paris quartier d'été

 

UBU ROI / BUSSANG/ PIERRE GUILLOIS

13 AOÛT 2006

 

Est ce que je suis un malade de Bussang ?

Parce que j'étais enthousiaste sur le Révizor l'an dernier et que cette année encore je trouve qu'on est train d'abandonner le théâtre mortifère et faire du vrai théâtre qui vit.

 

ça décoiffe, ça décape, Pierre Guillois y va sans retenue.

avec une solide santé.

On traite l'immonde, la petite culotte, le vomik, mais aussi le politique.

Fellations suggérées, gauloiseries.

Tu crois que le public style éducation populaire, ou chrétien de gauche va se choquer un tant soit peu ? Mais non, ils se disent c'est dans le temple que cela se passe, alors allons y, et ça rit rit rit, ils évacuent toutes les heures d'ennui du théâtre d'abonné, ils en redemandent. Une lettre de protestation c'est tout.

3 professionnels seulement dans l'énorme distribution et ça passe haut la barre, parce que le mélange amateurs/pros c'est de l'or.

Père Ubu : Nouara Naghouche

Mère Ubu : Jean Paul Muel. (il nous fait des numéros pas possibles ) .

Théâtre de plaisir, théâtre de la subversion, théâtre de la limite, théâtre de la santé.

Mais quelle joie ! L'invention continuelle, le pétillement des idées, et tout ça pour nous raconter les moeurs politiques du royaume imaginaire de Pologne.

Allez, cette pièce, on le sait est une pochade de lycéen, elle est vraiment tordue, mal foutue, la seconde partie est lancinante, mais à l'heure où on attend le cessez le feu au Liban, bizarre de voir tous ces soldats de plomb partir en guerre, dans des ballets on ne peut plus burlesques.

Pierre Guillois qui a été souvent écarté par les sombres experts des Drac, est maintenant directeur, alors il ne se prive pas. Il est partout, sert à boire, nous fait un après spectacle avec son écriture acide "les connes" et c'est encore réjouissant. Et puis il y avait encore une fin de stage de danse, mais c'eût été l'overdose, parec qu'il y avait en plus un lever de rideau de 22 minutes.

Il veut jouer cet hiver dans le théâtre glacé.

Pourvu qu'il ne se fasse pas manger comme tous les autres, et qu'il ne soit pas tenté par le goût Moyen Uniforme de nos subventionnés. Il ouvre une brêche, il faut que cela dure.

 


ANGERS LES ACCROCHE COEURS . 8 SEPTEMBRE 2006

 

 

Un festival inventé et dirigé par la cie Jo Bithume.

Si on avait voulu montrer les deux pôles extrêmes du théâtre de rue dans la même soirée, on aurait fait ce qui s'est passé à Angers ce 8 septembre.

 

18 H : La rue en liesse

Cela s'appelle la marche rose, c'est mené par le fier Larderet et sa compagnie Cacahuètes

qui exhibe en toute liberté tous ses atouts.

Le thème c'est la vie en rose.

C'est jubilatoire, car le public joue, s'amuse, crie, danse, est fou. On est en pleine fête carnavalesque.

Des vêtements roses jailissent des fenêtres, un éléphant pour de vrai est dans le défilé. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu une fête si joyeuse, et si débridée.

La reine Fuchsia chante l'hymne que tout le public doit reprendre, on doit aller prendre le château d'assaut, et j'en passe. Le symbole de l'amour jaillit entre les tours, le préservatif gonflable.

Apollo et Adonis (Larderet et Anarkao) se congratulent. la chambre artisanale des fleuristes de l'Anjou, distribue des roses, le vin d'Anjou coule à flots, les fanfares mettent l'entrain.

Plus de 2000 personnes sont en rose, ce qui donne la gratuité dans les bus. T'y crois à peine.

 

 

22 H OCX

Lieux Publics avec Allegro Barbaro

Pierre Sauvageot. Grande première.

Tout l'inverse.

La culture coincée, la culture culturelle, et toujours cette volonté de me raconter L'iliade et l'Odyssée, le grand poème d'Homère, qui ne m'a jamais touché de ma vie. Je ne sais pas ce que tout le monde a avec Ulysse, Pénélope et le Cyclope...

On est dans l'expériemental, on pourrait être sur France culture avec le groupe de recherches de l'Ortf, mais, et c'est la vertu de Sauvageot, nous sommes mille sur la place St Eloi. Public à l'écoute, très subjugué.

Comme me glisse Chaudoir, président de Lieux publics, moi, public de merde, car je ne me laisse pas faire. Je rejette les projections soi disant splendides et au top de la technique, je rejette tous les ordis, je veux de l'humain.

Il y en a. Peu à peu j'apprends à regarder, en me déplaçant sur la place.

La harpiste est fascinante, Sauvageot est dans un état de concentration totale, les récitants sont assez beaux, et Marianne qui dirige avec ses doigts est magnifique.

Mais en même temps, j'ai l'impression d'avoir tout vu lorsque tout à coup...

 

Ces 23 choristes qui apparaissent aux fenêtres font l'image superbe que tu ne verras jamais à l'opéra.Antoine le Menestrel se ballade sur la flèche de la cathédrale.

Moments magiques, puis ça retombe, ça repart, c'est encore décousu, c'est une première.

Le public applaudit très longuement, car ils n'ont jamais vu ça.

Le lendemain on discute. Les avis sont différents. Emma Drouin a vu un humour que je n'ai pas lu, a vu le dessin se faire en direct, un autre s'est ennuyé, un autre dit "faut que ça existe", un autre " le même public a vu Cacahuètes l'après midi et décor sonore ou Ocx, et ça a fonctionné.

 

Mais ce qu'on dit tous : C'est formidable de voir le même jour Cacahuètes et Sauvageot OCX

 

Les deux se complètent.

 

Samedi : on discute le matin. Sujet : la diffusion.

Andrieu (Sotteville) fait une confidence bizarre. Il a du mal à obtenir les artistes qu'il veut. Il dit autre chose, il dit qu'il sent un regain de théâtre de rue "intello" sans doute commandité par la DMDTS.

On sent qu'il oppose l'intellectuel et le festif.

Un conseiller théâtre d'Auvergne sort le chiffre que je ne retiens jamais : financement de la culture = 82 % vient des collectivités territoriales et 18% seulement du ministère de la culture.

On pourrait dire que l'on tourne en rond, mais je ne trouve pas. Les modes de production ont changé , les résidences coûtent cher, et les budgets stagnent.

L'important c'est de voir du monde et savoir qu'on n'est pas seul à traîner cette terrible baisse de la diffusion.

Le village "pro" est sympa, les bithumes assurent.

Le quai = C'est l'immense paquebot de culture, réalisation municipale, que va diriger Chritopher Crimes, avec une rue intérieure, grand forum couvert qui permettra à Jo Bithume et d'autres de jouer dans la rue l'hiver. On fait la visite, guidé par le directeur fraichement nommé.

 

Cacahuètes a installé une piscine place François Mitterrand. La vraie éléphante Suzy prend son bain, avant que Josy en fasse de même nue avec ses naïades.

Le public est invité dans l'eau, une centaine de personnes va se mettre à barboter.

Et Pascal Larderet mène tout ça, mien de rien, totalement détendu, sous les yeux d'Anarkao, en string qui n'en revient pas.

 

 


CALAIS /L'ELEPHANT DE ROYAL DE LUXE/ 1er octobre 2006

Rien ne racontera le choc que cela a été de voir apparaître ce monstre, je dis avoir compris l'expression :

cela dépasse l'imagination

 

Là est la vraie force du théâtre, car on voit bien qu'il est faux, mais on croit tous qu'il est vrai.

Et puis c'est aussi toute une ville derrière sa scène nationale.-le channel-.

Ce que l'on ne voit que dans le football, existe ici en théâtre. Une ville avec son théâtre, car tout le monde sait que le Channel conduit cette opération.

 

Alors il y a ceux qui disent dans la communauté théâtrale, que le peuple n'existe plus d''où l'inactualité du théâtre populaire.

A Calais il y a eu démenti historique. On l'a vu ce peuple, ces dévoreurs de TF1, cette France soi- disant basique.

On ne peut pas compter combien ils étaient.

C'était incroyable, parfois cela prenait des allures de pélérinage derrière les divinités qu'étaient devenus l'éléphant ou la petite géante.

J'étais frappé de joie sidérante.

Mais j'aurais voulu qu'ils soient là Braunschweig, Schiaretti, Benoît, Nichet, Goldenberg, quoi tous nos directeurs....

Une opération qui coûterait d'après la rumeur....700 000 €.

C'est peut être le prix pour s'adresser non seulement à la ville toute entière mais à la région toute entière, mais surtout fabriquer les souvenirs d'une ville pour les cents années qui viennnent.

 

 

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HORRIFICE, 3 plaisanteries

Conception et mise en scène de Marjorie Heinrich

Sylvain Beche, Sylvie Bontemps, Marie Collins, Régis Ivanov, Laurent Maurel, Lara Suyeux.

 

et toute une équipe folle de derrière le décor/ Dominique Dumont, Benoît Favereaux, Alban Rouge, la musique en direct, et Olivier, et William et Julie Guet et Ilka Madache (une grande rencontre pour moi cette Ilka)

 

24 octobre 2006/ Tempête/Cartoucherie

 

C'est ma réaction du lendemain, je devrais m'en tenir à l'obligation de réserves, vu que j'en ai écrit des bribes, mais tant pis j'ai envie d'en parler en toute liberté.

ça arrive que le soir juste après la séance, tu ne peux rien dire, t'es choqué ou non, mais aucune remarque ne te vient, parce que t'a pas eu le temps de faire mélanger tous les ingrédients que t'as pris dans la gueule pendant plus d'une heure.

et le matin au réveil, l'évidence apparaît.

Marjorie, c'est le jeune Brecht des années 20, c'est le Brecht de Baal. Elle n'a pas rien à dire, comme plein de metteurs en scène, elle a trop à dire.

On dirait un bébé qui tape dans le ventre de sa mère pour sortir.

Marjorie est une quincaillerie ambulante, elle veut tout mettre, elle n'y arrive pas, alors elle nous montre son désarroi total, dès les cinq premières minutes.

Les panneaux qui bougent sans arrêt au début sont l'exact reflet de l'agitation de sa cervelle. Elle nous fait partager ses angoisses, pas tant sur la mort, que sur la vie, car quand tu parles de la mort , on sait bien que tu parles de la vie.

Là, les comédiens sont presque en trop, pas de vérité, on ne croit pas aux situations. Marjorie fait jouer des comédiens, mais en fait, elle ferait mieux de jouer elle. On la voit, circulant entre les panneaux, absolument ravie de créer ce bric à brac confus.

je crois qu'elle fait son picador, elle saigne le public par avance pour le mettre en disponibilité pour la suite.

On n'est pas gêné par ce début, on est juste mal à l'aise, on sent l'impuissance de l'artiste qui a trop à dire, et elle voudrait que les comédiens lui servent de médiateurs, mais ils sont largués, ils ne savent pas où ils sont, et ce qu'ils font. Ils disent des trucs, je n'accroche pas, ça fait faux, ça fait artificiel, je voudrais y croire ou que ça me renvie dans mon monde, ah ça non, les hyperliens sont grisés.

Marjorie ferait mieux de garder les comédiens en décor et de parler elle -même, les yeux brillants, de nous dire n'importe quoi, mais elle, ses didascalies à elle, son aventure méandrique à elle, les 15 000 bouquins qu'elle a lus pour aboutir à ce désordre qui est quasiment de la psychanalyse sur scène, puisqu'on voit bien que ces panneaux qui bougent c'est de l'ordre de l'irrationnel et de l'inconscient, la super agitation de son âme ou les palpitations de la vie.

Je le dis comme je le pense, ce début sera toujours injouable. Impossible de s'accrocher, il reste l'atmosphère des trains fantômes qui n'ont jamais fait peur à qui que ce soit.

Et pourtant tu peux pas l'enlever ce début, c'est le pédiluve, le marécage obligatoire.

Ensuite c'est encore pire, on est sur les gradins, on a droit à une déluge de citations et de situations improbables. Laurent meurt, Lara le gifle et d'autres trucs que j'ai oubliés.

On ne sait plus du tout. On navigue sans pilote. On est en pleine confusion. Tant mieux se dit Marjorie, je vous fais voyager dans mon désarroi dégoulinant.

Ce que l'on sait déjà à ce moment précis, c'est que Marjorie a des obsessions, un monde à elle, foisonnant, ceux qui ont vu des choses reconnaissent le style baroque, les mouvements browniens etc.

Ensuite le repas,

Franchement là, ça démarre. On dirait un avion qui décolle et s'écrase.

Bon mettre du public à table, si rien ne s'adresse à lui, si on ne le fait pas jouer du tout, c'est du gadget, mais ça va venir.

Ensuite le vrai théâtre se met à marcher. Dire le plus avec le moins.

Car la table n'est plus une table, mais le monde entier, et quand on lit le quotidien de cette famille assez banale, et qu'on le projette et l'agrandit, on a l'état de la terre aujourd'hui, des dégâts des mauvaises ententes, de la folie.

Tu me diras, Jacques c'est toi, qui l'a écrit, c'est normal que cela fonctionne pour toi.

Mais pas du tout. Je n'ai donné que quelques planches d'appel, quelques bribes de phrase, certes il y a peut être ma bactérie "idiotie" qui va mettre le feu au turbo, là n'est pas le problème.

Les personnages s'agrandissent à l'extrême, on quitte le réel, mais on n'entre pas dans l'artifice théâtral, mais dans une espèce de vérité, voilà on demande au théâtre de parler d'aujourd'hui, et le fait de décrire une simple famille un soir d'enterrement, on a une lecture parfaite du monde qui est la projection des problèmes de cette famille et de tous les liens coupés.

Je ne vais pas terminer par l'oraison funèbre classique et dire que cela serait dommage que ce spectacle n'ait aucun avenir, car il y a quelque chose, quelque chose....

 

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LA MOUETTE A LA TEMPETE /Philippe Adrien

5 Nov 06

 

C'est très dur de parler,

car je suis le plus mal placé. Quand on vient de se baigner pendant 9 années dans Tchekhov, et que l'on vient d'en traduire et d'en monter, on est incapable de la moindre objectivité.

 

Cependant,là, il faut pousser un cri d'alarme sur le décor et les lumières

 

 

Voilà ce qu'on aura comme décor pendant les deux premières heures.

C'est le petit théâtre de verdure au bord de l'étang ! On dirait une vieille salle de classe.

Je pressens que ce décor a dû poser problème. Tchekhov ne passe pas si on n'arrive pas à créer un minimum d'atmosphère.

Souffrance. Jamais la planche d'appel fonctionne, c'est à dire le passage du petit détail quotidien à la grande métaphysique. Donc bon... quoi dire, on tente d'écouter, car aucune scène ne passe vraiment.

Heureusement, la dernière heure sauve le reste, le décor se rétrécit, on retrouve les liens entre les personnages, et la beauté des situations et de l'émotion au coup de feu.

Est ce que le pari d'Adrien fonctionne ? Jouer ça quasiment en famille ?

Voilà notre Kostia et notre Nina dans la vie... Franchement.

Julie n'a rien à faire, avec son petit accent en filigrane, sa naïveté, elle incarne joliment Nina. Pascal Reneric doit composer, car son côté "poupon" prend sans arrêt le dessus sur le jeune auteur dépressif.

On entend bien le texte, et la fin est poignante.

Tchekhov doit me faire pleurer, et ouf , ça le fait au final, mais de justesse.

Quoiqu'il en soit quand on se met à détailler la distribution c'est qu'il y a un problème quelque part. Mais moi je ne suis pas réparateur ou SOS spectacle.

A chaque fois on dit la même chose . Il faut trente représentations pour stabiliser une spectacle, j'ai assisté à la troisième.

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31 Décembre. théâtre du Soleil. Les éphèmères

A chaque fois il faut redire qu'aller au théâtre du Soleil ne relève pas d'une sortie habituelle. Chacun s'y prépare comme à un rituel de fête, un moment de magie, alors pour un 31 décembre, on n'en parle même pas tant la soirée est teintée de sacré.

Au théâtre du Soleil, il n'est pas question d'arriver à l'heure, tout le monde sait que l'accueil fait partie de la mise en condition, et qui n'est pas là 45 minutes avant, pour se délecter d'une soupe, ou d'un verre, est un ignorant ou un débile.

Une heure avant le début du spectacle, le parking est bondé, et on commence son parcours-surprise. Pour être surpris, on l'est, figurez vous que lieu est totalement chamboulé. A ne plus rien comprendre. Le restaurant et l'accueil se font dans la salle de spectacle habituelle, les gradins y sont installés, mais sur scène, des dizaines de tables.

Enorme exercice mental de tous ceux qui ont leurs habitudes, mais où aura donc lieu le spectacle ? Réponse, Dans l'ex- hall d'entrée uniquement accessible par des rampes et des escaliers.

Je croise Brigitte Mulat, la prof de Montbéliard que je ne rencontre qu'au théâtre du Soleil, jamais à Montbéliard. Elle est arrivée il y a plus d'une heure, elle m'indique la marche à suivre.

 

Première surprise de la soirée ... la salle de spectacle, c'est la chambre des lords.... Des gradins de toute beauté qui se font face autour d'une minuscule bandelette de jeu. En fait il y a des centaines de petites ampoules que l'on ne voit pas sur la photo.

Telle une mère, Ariane Mnouchkine attifée de son célèbre pantalon de survêtement, commence une longue série de recommandations. "Normalement cela devrait durer 3 H 15, normalement ponctuée d'une pause verre d'eau de 5 minutes, normalement les portables ne devraient pas sonner, normalement la porte du fond va s'ouvrir, laissant s'engouffrer un violent courant d'air d'où une distribution de couvertures, normalement à la fin personne ne devra sortir etc." Les gens sont ravis. Ariane-qui-s'occupe-de-tout, ça fait partie de la légende. Tout le monde a son histoire : "j'ai essayé d'approcher en voiture...elle m'a surpris en train de fumer" etc.

Et là, l'étonnement se poursuit.

Noir, et musique non grandiloquente. Le Maître- Jean Jacques Lemêtre nous a concocté une minuscule musique très intime. Un petit chariot est installé à vue dans une demie pénombre, on visse, on s'active.

On n'en croit pas ses yeux. Le théâtre du Soleil, ferait -il dans le feutré, dans l'intime ? Dans un salon banal, parfaitement reconstitué dans les moindres détails sur un chariot circulaire, une fille range des papiers. Le téléphone sonne, un vieux téléphone, on nous fait comprendre que c'est une fille qui range la maison de sa mère décédée. Ma soeur Ketty, me regarde, ça ressemble tellement à ce que nous venons de vivre, en plus il est question de Meudon, de Jacques et d'Alain. Ketty me dit : "c'est pas possible, ça raconte notre histoire, comment elle a pu savoir "?

Photo interdite, volée au moment du rangement.

 

Et voilà, le spectacle est une succession de d'entrées et de sorties de chariots mûs par de l'énergie humaine, et chaque chariot est un moment de la banalité du bonheur ou du désagrément de notre vie : deuil, réussite à un examen, goûter d'anniversaire, divorce, saisie.

C'est saisissant de vérité. L'atmosphère est à la mélancolie. On ne pleure pas, parce qu'il n'y a aucun pathos. Le texte est minimal, utilitaire.

Je suis fasciné par la justesse des personnages, c'est criant de vérité tout le long.

Non, ce n'est plus le jeu masqué, ou de clown, ou stylisé, non, tout est naturaliste comme si c'était vrai, les pâtes cuisent vraiment. Pas de grand tableau épique à 40 comédiens soutenus par des percussions symphoniques Quotidien, petit, intime, saississant.

Oui, l'intime, l'infime, le petit, le vrai. Car c'est impossible autrement, on sent que les histoires sont vraies. Tout le monde reçoit au moins une des scènes en plein visage.

 

Mort, naissance, mariage, famille. Nos vies à chacune et chacun .

Au début, on se dit que c'est une grande fresque de la France d'en bas, mais non puisqu' arrivent des chariots de bourgeois et de riches.

Mais ne voilà t-il pas que certaines histoires se recoupent, la pièce est un imense puzzle. On va être obligés de revenir.

3 H 30 plus tard le salut. Je n'ai pas vu le temps passer.

 

Il me raconte quoi à moi ce spectacle ?

Nous avons beaucoup parlé du monde, de la mondialisation, des génocides, des inégalités, mais il reste des millions de petites vies, nos vies, qui sont des creusets de bonheur ou de malheur, il reste les familles, les neveux, les mariages, les décès, les repas, le petit fils drogué, et finalement, on n'en parle que rarement, ces petits riens de la vie, et la petite bande d'enfants éclaire totalement le spectacle. Ce spectacle nous fait rentrer dans l'intimité de chacun, on y reconnait même la famille d'Ariane Mnouchkine. Oui, je dis, l'intime est subversif, la vérité reproduite à ce niveau de précision, c'est subversif.

Les gens de théâtre, les critiques vont râler, car le Théâtre du soleil nous emmène là où leurs outils d'évaluation ne sont pas adéquats. Donc ils vont être énervés.

Où est le texte, c'est quoi ce texte? l'évolution dramatique ? La fable ? le conflit ? les belles images ? Où est passé le grand théâtre du soleil épique ?

eh bien moi, je suis content sans texte, sans évolution dramatique, sans fable, sans grandes images pompeuses, je suis content parce que la rivière est sortie de son lit, parce que le train -train du théâtre a déraillé, parce qu'il y a des artistes qui osent s'aventurer là où il y a du désert, et être artiste c'est ça pour moi, faire bouger les paramètres habituels du théâtre.

Franchement, par moment, on hallucine. Un plateau pour le salon, un plateau pour l'entrée, un plateau pour le jardin, ces plateaux tournent sans arrêt, sont censés jouer ensemble, cela pourrait se faire légèrement, mais non on voit l'effort physique des serviteurs de scène qui charrient les chariots, comme si même dans les compagnies les plus démocratiques, il restait des castes, celle des pousseurs et celle des acteurs.

On termine par le repas du nouvel an, servi par les acteurs ! Inimaginable... 550 repas. 15 € le repas.

Reste cependant un problème auquel je tiens. La mixité du public. Le théâtre du Soleil a tant de fidèles qu'il y a un côté presque pélerinage, presque mystique, un peu consanguin. On a envie que les dédés, les mimis, les momos, les Ahmed, les Diallos, les Josette, les Jeanine, soient plus nombreux dans la salle. Ça c'est compliqué.

Ah, satanés directeurs d'institution, ils pourraient s'unir pour que le Soleil parcourt un peu la France. C'est ce que j'ai dit au directeur du TNS. Sors de ton ron -ron, ça fait des siècles que le théâtre du Soleil n'est pas venu dans l'Est. Bouge toi. Si Quimper peut, si une petite association de Besançon a pu le faire il y a trente ans, tu le peux toi aussi. Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Belfort, Besançon, Montbéliard, Bussang, mettez vous ensemble, ça urge, il n'est pas croyable que 3 millions d'habitants ne connaîtront sans doute jamais le théâtre du Soleil.

Un rajoût cinq jours plus tard que j'écris dans l'arbre à palabres sur le site du Soleil.

 

Aimer ou ne pas aimer un spectacle ne m'intéresse guère. Le seul critère qui tienne pour moi, c'est la rémanence. Le théâtre du Soleil, tu ne l'oublies jamais de ta vie. Cela se grave incroyablement dans la partie droite de ton cerveau. J'ai 1789 en moi comme si c'était hier, et l'âge d'or, et les clowns et Tambours et Caravansérail etc, mais avec les Ephémères, Ariane nous fait une figure acrobatique incroyable que ni Brook, ni Kantor, ni Chereau, n'ont jamais réussi. Elle bouleverse tout, elle va dans le minimal, abandonne les beaux costumes, les grandes musiques, les merveilleux décors, et ça reste encore plus grandiose, plus historique, plus subversif que jamais. Car ce coup là, elle ne parle plus des autres, mais d'elle même, et de ses acteurs, donc de nous. Vingt fois, il nous faudra voir le spectacle, 20 fois pour saisir la richesse de cette pièce et de chacun de ses gestes. Cette pièce,c'est comme les bouquins que tu relis sans arrêt. Ces Ephémères c'est Balzac, c'est Flaubert, c'est fabuleux et saisissant. Voilà ce que je pense 5 jours après. Parce que sous le premier choc, je n'arrivais pas à saisir toute la profondeur et tout ce vécu. Jamais je ne suis resté 3 heures au théâtre sans sentir le temps passer, sans sentir mon siège.

 

 

Dimanche 7 janvier

 

J'entre au théâtre du Soleil à Midi et demi, j'en ressors 10 heures plus tard.

Je ressors léger, fort, chargé.

j'ai applaudi debout comme un malade.

je me suis précipité en larmes dans les bras d'Ariane. Je voulais juste lui dire " quelle grande équipe" ! Je n'ai même pas pu le dire. des larmes de joie, des vraies larmes, mais cela ne m'arrive jamais !

Je ne suis pas capable pour l'instant de dire quoi que ce soit.

Sauf merci à l'engagement de tous les acteurs. Parce que jouer, bon, bien jouer, ok, mais des acteurs qui savent jouer il y en a beaucoup. Ceux -là, ils ne font pas que jouer, ils font beaucoup plus, ils incarnent tout ce que peut être la force miraculeuse du théâtre.

Par défaut aujourd'hui, on voit que le théâtre n'est plus le lieu du jeu, de l'incarnation de la vie, mais de l'égo, de la carrière, de l'auto satifaction, une sorte de grave perversion.

Et là, on a le THEATRE, comme on en rêve. Un art collectif par excellence, l'art de l'intelligence et du sentiment mêlés. Et puis dans quelle compagnie en France, à part le théatre de rue, on peut demander à un acteur de jouer, et tout à la fois de pousser des chariots, pendant six heures de temps.

Là, je ne veux pas dire, allez y, allez y, ce serait ridicule, je dirais dix fois plus, je dirais : il faut être un véritable crétin pour habiter en France et ne pas profiter de cette immense compagnie qui existe depuis plus de 40 ans. Il faut être totalement crétin pour être directeur d'un théâtre national en France et ne pas inviter le théâtre du Soleil, or hormis Quimper et Lyon, à ma connaissance, personne n'invite jamais le théâtre du soleil. (Trop cher, difficile techniquement etc.). Il faut être totalement crétin pour dire : "ce n'est pas du théâtre de rue, c'est de la salle, donc c'est pas pour moi".

mais ne vous inquiétez pas de mon enthousiasme, il n'est absolument pas partagé par tout le monde. Il y avait plein d'intellectuels qui faisaient leur moue habituelle de réticence, il y avait plein d'amoureux du théâtre du Soleil, qui disaient " c'est pas comme d'habitude, je suis très déçu". Mais il y avait aussi la critique du Figaro "Armelle Héliot" qui tombait émue dans les bras du communiste "Jack Ralite." ( Donc c'est consensuel ?)

Il y a quelque chose dont je suis content parce que depuis longtemps je le prône :

- l'intime est subversif. Il faut être personnel, parler de soi, et c'est à ce moment que tu corresponds avec l'autre. Là, c'est profondément impudique, ces comédiens qui te racontent la mort de leurs parents, leur séparation, comment la vivent les enfants, et plein d'autres petits faits de la vie partagés par tous.

- Le vrai est subversif. Tous les personnages ou quasiment existent tous.

j'aurais trop à dire, mais après je ferais de tels effets -piedestal, que tout le monde sera forcément déçu, parce que ce spectacle, sa force, c'est que si toi, tu ne fais pas le travail, tu n'y trouveras rien de spécial, ce n'est pas grandiose, c'est petit, ce ne sont pas des grands décors, mais de minuscules décors, ce ne sont pas de grosses performances de comédiens étalant des techniques inimaginables, c'est du jeu sincère, c'est tout.

A part ça, on n'a pas tous le même âge, la même vie, et le même ADN, on n'aime pas automatiquement les mêmes choses.

Là c'est un spectacle pour ceux qui aiment la nourriture aigre-douce, le radis noir, les pêches, la crème de marron, le lait concentré Nestlé sucré, les enfants.

J'ai réussi, ça y est, j'ai éteint les désirs de tout le monde, comme l'amoureux trop épris qui rend sa fiancée totalement frigide.

Excusez ma machine qui s'est emballée, je ne suis qu'un pauvre adolescent attardé, j'ai eu une bouffée d'exaltation non maîtrisée, il y a les soldes qui commencent, je vais offrir un joli pantalon à Ariane Mnouchkine, j'en ai marre de ses vieux survêtements usés jusqu'à la corde et même pas Nike.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mais