DIRE SANS DIRE

du 2 au 14 décembre 2002

au théâtre National de Chaillot

comment intervenir sur le monde ?

Groupe de 12 comédiens. bien motivés. Anne Sophie Pauchet. 27 ans elle vient du Havre
Sébastien Vion de Nancy , faisait partie jadis des pious poious de Chalon dans la rue et puis de Laackaal Duckrick. Il est connu à Nancy sous le nom de Corinne.
Michaël Monnin : 35 ans vient d’un petit village de la Meuse. Musicien. fait partie de la compagnie Azimuts
Nicolas Soullard : 32 ans de l’opéra Pagaïe de Bordeaux.
Eric Fardeau : 32 ans vient de Nice.
Cécile Bayle : 28 ans de Bordeaux, chanteuse aussi, et plasticienne
Magali Jacquot : 30 ans . de Marseille
Edmard Pauillac : 45 ans arrive de Cayenne.
Valentina Sergo : de Ferney Voltaire
Marie Pierre Scoliège : plutôt danseuse
Nicolas Saelens : 30 ans. d’Amiens et de St Etienne
Sabrina Horvais-Amengual : de Paris

Travail d’approche en première semaine

On fait beaucoup d’écriture , on cherche les phrases dites billard, celles qui font ricochet ailleurs on évite les phrases dites « toukédi « qui ne résonnent pas .

On fait de multiples tentatives, et on avance.

C’est vrai qu’il faut de l’écriture, puisque les auteurs vivants ne nous suffisent pas. On avance en tâtonnant . On poursuit le stage AFDAS précédent où l’on travaillait l’intime. Nos stagiaires ont de la sensibilité et de la ténacité . On va vers quelque part, un peu indéfini, une pièce qui part de répliques banales et ordinaires, mais qui renvoient et laissent entrevoir les fissures de notre société. Le programme c’était ça :

Ce stage s’adresse à tous les comédiens, acteurs, auteurs qui cherchent à relater le monde d’aujourd’hui.
Ce stage s’adresse à ceux qui se sentent insatisfaits sans savoir de quoi.

Ce stage s’adresse à ceux qui pensent que le théâtre pourrait tout de même intervenir sur le monde, mais n’apprécient pas un théâtre engagé trop simple et trop direct.

Comment doser, comment traiter , comment surmonter ces obstacles ?

On écrira, jouera, lira, on suivra toutes sortes de pistes, on se perdra, on se déstabilisera, on sortira des sentiers battus, on dira du mal de tout, on laissera la rêverie nous pénétrer, et on inventera la poésie théâtrale du concret.
Ce ne sera pas tant du théâtre d’essai que des essais de théâtre.

C’est un grand bonheur la roue libre avec des acteurs qui ont un bon « éros » , c’est- à -dire la pêche, la patate, le désir.
On quitte les formes théâtrales connues.
On est dans la saynette, le sketch, l’exercice, le format court .

Style: à 3 : montrez nous comment le monde d’aujourd’hui intervient dans la famille. 3 groupes : 2 traitent le thème : l’homosexualité, mariage et adoption ou même faire des enfants. Un groupe l’inceste. Hervée et Jacques jouent aussi, mais pour ce coup- là ne s’entendent pas , leur sujet : la mort d’un neveu par overdose.

le rythme c’est le cercle où l’on s’explique, la dispersion pour la préparation, le passage au plateau, et le débriefing.

C’est le luxe, de ne pas avoir la pression , et le ça- va -être -comment, est- ce- que- ce -sera- bien,

brouillon, esquisse.

Après quelques jours les phrases banales tiennent le choc, c’est la scène du radeau sur le thème de l’environnement, avec Magali, Valentine et Sébastien.

Une autre fois on devait raconter une histoire mettant en jeu le vote du 21 avril en solo , mais en faisant dialoguer 3 personnages.
Magali, dont l’obsession récurrente est l’abandon des vieux dans notre société touche la forte émotion avec elle, son grand père et l’infirmière,

Michaël joue le conseil municipal de son village, et on est sur la fissure qui explique le raz de marée F.N.

On voit dans toutes ces scènes des gens dépassés par le monde moderne qui va trop vite, les nouvelles valeurs, le tangage du monde et tous les personnages sont là avec leur bon sens populaire, et ils s’accrochent à cette logique imparable, devant tout qui va trop vite et on sent qu’ils cherchent abri derrière le seul candidat qui semble avoir du bon sens.

Et le journal ? On transforme deux par deux des articles en théâtre… Oh oh, c’est pas mal…la vente de Moulinex, le recrutement des hôtesses.

On bouleverse l’ordre du stage : on fait la fête de la fin trois jours avant la fin , et le final la veille de la fin.

Sébastien dit : si on avait dû continuer dans l’expression corporelle du second jour, je me serai tiré.
On rebrousse chemin quand la piste ne nous paraît pas trop praticable, mais Nicolas Saelens a envie de refaire son sketch du formatage : du muet sur 1 M2

On doit écrire sur ce que l’on garde chacun , mais on ne sait pas qui écrit quoi, on reste anonyme.

Jacques doit s’expliquer sur ses somnolences. Il dit que c’est le signe que le comédien ne captive plus et n’est pas sincère, c’est sa résistance à lui, il baisse son rideau. Edmard dit que c’est sa manière de réfléchir.
On fera un « best off »récapitulatif.
Jacques doit inviter du monde pour jeudi , mais il oublie de le faire sans doute.
Tout le monde apprécie qu’Hervée et jacques se mettent en jeu, eux aussi, ce ne sont pas des profs du haut de leur chaire.

Quand on demande à Hervée qui a vraiment été le plus mauvais , elle dit : Jacques ! sans même réfléchir une seconde .
Mais Jacques aime ça, il est fasciné par le mauvais au théâtre, le vraiment mauvais. Mais arrête c’est une posture.
Un peu bizarre et lourd ce moment de présentation mais pas inutile.

Le public : environ 6 personnes maximum, et bien -sûr pas la moindre remarque ou moindre question à la fin, normal.

Evidemment Hervée et Jacques eussent préféré le patchwork ravageur et enlevé, pas la torpeur que cela a donné.
Ce n’est pas grave, c’est une sorte de crash-test.
Le liant c’aurait dû être de multiples bouts de texte, phrases perso , sentences , plus un dialogue plus naturel- tu- meurs- -J’ai vu la compagnie des spectres, c’est génial etc. .

On commence dans l’escalier avec une image de Cécile que nous avions aimée, le premier jour Là il fait sombre, ce qui passait ne passe plus, c’est trop long et voilà déjà, cela ne prend pas. On poursuit avec la direction de Michaël dans le couloir. C’est confus, pas théâtral, pas drôle.

C’est donc mal parti.
On arrive dans l’amphi Gémier.
Valentine démarre les phrases bien trop tôt.
Cela ne s’installe pas, l’atmosphère n’y est pas.

Et comme dit toujours Jacques « mal entamé= mal terminé ».

Le dialogue de Tchékhov, cela passe tout juste, mais cela sort d’un tel manque d’atmosphère.
Et puis, voilà, le moteur que nous avions choisi, :apposition de morceaux de tableaux, dans un ordre aléatoire, juste entrecoupée de ces phrases, ne marche pas du tout.
Pourquoi ?
C’est que nous n’arrivons jamais à démarrer vraiment bien les actions.
"Cela starte mou" comme dit l’autre.
et bien sûr, toutes les impros ressortent éventées, sans niaque.

Alors pourquoi avons nous décidé de les refaire ?

C’étaient des impros préparées, on y croyait tout de même.
On peut juste dire que la scène de l’Eglise, et le recrutement des hôtesses nous ont sauvées du naufrage.


Même la photo de famille est surexposée.

Finalement, cela rend modeste.

Et puis, on a avancé, c’est sûr, même si on ne voyait rien lors de cette présentation.
Dernières heures... sur suggestion de Magali, on traite les adieux. Tout est revenu, l'enchantement est au rendez vous.
Le rapport mère -fils traité par Sabrina et Michaël lors d'un départ en train est prometteur. Jacques et Hervée font la Cerisaie, et le groupe Magali une mise en scène inventive d'un catalogue de départs.
L'après midi on fait "what is your need",chacun parle de ce qu'il attend du théâtre. C'est éclairant et passionnant. Bien-sûr il faut faire du théâtre autrement ! Pas les sempiternelles créations d'auteurs vivants mortifères, devancées par des dossiers de dramaturgie sans vie.
On va digérer tout ça.
Vraiment de belles rencontres.


Quelques écritures recopiées pour mémoire, brut de brut.

Hervée

J’ai laissé un message à Babeth sur son répondeur, j’ai horreur des répondeurs qui redonnent le numéro que l’on vient de faire
le plus dur quand on veut maigrir, c’est de ne pas manger
Quand j’ai mangé un bon plat chez quelqu’un ou au restaurant , j’ai envie de le refaire chez moi et je suis toujours déçue.
C’est une très jolie fille avec une immense tâche de vin sur la figure, au bout d’un moment on ne la voit plus.
Parfois j’achète des vêtements, je sais d’avance qu’ils ne m’iront pas, mais je les achète quand même, et bien cela ne loupe pas, je ne les mets jamais.
Au bout d’un moment, je n’avais plus rien dans mon frigo , alors j’ai sorti des boulettes de porc, je me suis dit que Vahid était tellement fasciné qu’il serait prêt à avaler n’importe quoi.

Sabrina

l’eau du robinet me glace entre les dents cela fait mal
j’ai lu qu’une capsule de Strepsil équivaut à 5 calories
Mes lacets font de grandes boucles, j’ai perdu un scotch au bout

Cécile

Quand j’ai ôté ma chaussure , ma chaussette gauche était tâchée de sang
J’ai préparé un sachet individuel de riz long qui cuit en 5 minutes et qui ne colle pas, ce n’est pas vrai.
je n’ai pas pu lui dire ma vraie profession, elle ne m’aurait jamais donné la clé.
ça fait pas rêver, ça !
J’ai voté, je suis une femme
on a ce qu’on mérite
Je plante, je sème, j’arrose, j’attends, je récolte, je repose, je recommence, je regarde pousser les graines et les fleurs, et je ramasse le plus difficile c’est de laisser reposer sans que tout s’arrête, ne pas épuiser le sol.
quand ça m’arrange je demande un tarif chômeur, c’est à dire professionnel.

Sabrina

Je transpire du front dans le métro , ça doit se voir
je me mouche avant de partir le matin, ça ma rassure.
Dans sa cave il a 1 bouteille de jus de chaussette, il y a une vraie chaussette à l’intérieur.
dans le grand hall qui résonne , je chuchote au téléphone, pour être discrète ,
du coup la personne au bout du fil ne m’entend pas , et je dois répéter très fort.
J’ai vu sa tête apparaître à l’écran , j’ai dit « oh non « même pas fort.

Valentine

hier soir je suis rentrée dans un super marché que je ne connaissais pas et je n’ai pas trouvé la margarine.
dans le métro j’ai entendue une voix ; en me retournant je pensais voir une femme et ça ne l’était pas.
chaque matin quand je sors du petit appartement qu’on me prête à Paris, je sens que quelqu’un m’observe derrière la porte d’à côté pendant que moi je ferme la mienne.
Il m’a dit qu’il était mythomane
Dans sa famille tous les prénoms commencent par Ed, comme les supers marchés
Au café Remor quand tu t’assieds pour faire pipi, tes genoux touchent le mur.
j’ai fait semblant de rire à une blague que je n’avais pas comprise
il m’a dit qu’il ne pouvait pas me téléphoner parce qu’il pleuvait.
les borgnes ne peuvent pas conduire à cause de la visibilité réduite, par contre ils peuvent faire de la politique.

marie-pierre

mon fils regarde la télé, la deuxième tour s’effondre, je lui dis c’est pas de la télé il a cru que je me foutais de sa gueule

Eric

Il faut que je m’achète un bonnet, le rouge de mes oreilles ne va pas du tout avec ma veste marron.
Quand je suis allé chez le médecin, il y avait une personne qui était plus malade que moi, je me suis senti mieux.
Cathy est entrée dans la salle en courant elle a dit « il y a des avions qui bombardent new York, faut qu’elle arrête le whisky.
7 mois plus tard Cathy est entrée dans la salle en courant , ella a dit « il est passé au second tour. faudrait qu’elle arrête aussi le calva ».
Pour me réveiller tôt , je mets deux réveils à sonner, c’est au troisième que je me lève.

Michaël

Il y a eu trois moments difficiles. Le premier ce fut la nouvelle, elle est tombée comme un couperet, une vague qui vient se claquer sur les rochers. Il est là dans la chambre, mais il n’est plus là. C’est une sensation de j’y crois j’y crois pas . Alors on décide d’aller dans la chambre pour à la fois se souvenir du moment, et d’être sûr que c’est bien fini. Le deuxième, c’est la mise en bière J’entends encore le moteur qui s’arrête devant le garage et les portes de la voiture qui claquent, je vois encore les attitudes sans vie, de ces hommes en costard noir, je me souviens surtout du regard de ma mère lorsqu’ils ont remis le couvercle. Je vous passe le discours insupportable du curé, et puis ceux de tous ces gens de la famille que l’on connaît très mal à la sortie de la messe. le troisième, c’est la mise en terre, , c’est à ce moment-là qu’on s’aperçoit qu’il part pour toujours, c’était le plus douloureux, ,j’ente, s encore les premières pelles de terre qui tombent sur la caisse en bois, un mélange d’argile collant et de cailloux calcaires. Je n’y retourne jamais, mais depuis que ma petite fille me pose des questions sur lui, j’ai envie d’aller lui parler.

Voilà, mais c'est copié au hasard, il y en a des centaines d'autres, c'était un matériau constitué de banal.