
FAI AR 2005
Formation avancée itinérante des arts de la rue.
épisode d'Audincourt
8 au 26 juin 2005
Transmettre
C'est la première promotion officielle de la FAI AR.
18 mois.
On avance dans une zone sans traces. Une formation théâtre de rue ?
Un matin je dis aux apprentis : on pourra partager, confronter, s'amuser avec des choses ou d'autres, mais le plus important c'est L'EROS, Comment enseigner l'EROS, le DESIR, la PASSION ?
Première journée : Nous recevons les "apprentis" tour à tour, afin d'éviter le classique tour de table des débuts de stage prendre la température, car pour eux, cela a débuté le 8 avril 2005.
A travers tout ce que disent ces 14 apprentis, je pressens
a) Ils veulent éviter les souvenirs des seniors du théâtre de rue.
b) Ils veulent FAIRE,
c) FAIRE avec nous.
Note dominante de la recherche :
La fête perdue, il y a très longtemps.
Disons qu'à l'Unité on pense toujours à la naissance du théâtre, sous le signe de Dionysos.
On pense toujours que le théâtre est un désordre régénérateur.
On rêve toujours d'être des susciteurs de moments poétiques, légers, intimes , hors de la vie réelle, et pourtant au coeur de la vie réelle.
C'est incompréhensible parce que c 'est justement de l'indicible, de l'illicite.
3 premiers intervenants
Miguel Rodriguez : ethnologue. rituels, film sur un pélerinage mexicain: la vierge de Chelma
Hurstel : discussion libre
Berdat : chargé de la coopération au gouvernement du Jura suisse/méthode. le MOST , le SMART
ça cause bien, ça échange.
Premiers portraits
Il y a ceux qui émettent fort et les autres plus réservés.
Constance est révoltée, 24 ans. Elle n'est pas prudente, dit les choses. Formation cirque.
Pablo a du charme, un accent italo allemand, de la culture, du charisme. On ne peut pas ne pas le remarquer. mais l'intérêt qu'il suscite sera t-il à la hauteur ?

Estelle est bien bâtie. Réaliste.
Tu connais ma théorie de la capillarité ?
Il faudrait transmettre comme on transmet la langue aux enfants, sans jamais en avoir l'air.
Je ne suis jamais de mon avis
Je voudrais bien leur dire : c'est comme ça. mais l'expérience ne nous a appris qu'une chose. La décision te prend, ce n'est pas toi qui la prends.
Sans arrêt je vis le théâtre comme une recherche de moment absolu, mais il n'existe aucune recette, aucune ficelle, l'Art ne se laisse pas apprivoiser, cela ressemble à l'impossible culture des champignons sauvages.
mais pourtant si tu ne te confrontes pas, si tu ne fais pas mille essais, si tu es curieux de rien, si tu restes dans ton coin, si tu n'apprends aucune technique, alors ce n'est pas la peine.

Repérage. On examine les lieux des interventions de la fin du mois lors de la fête rencontre et racine
Préparer un mariage en deux jours. Inventer une nouvelle fête de mariage. C'est le défi que l'on se jette.
Voir les photospour mieux comprendre
les réflexions de Dominique Trichet, directeur de la FAI AR
Journée avec Claude Acquart. Bonne accroche.
L'après midi du 13 juin 2005. Recherches d'idées pour la fête d'Audincourt."rencontres et racines"
a)Audincourt pressentie pour les épreuves nautiques à la place de la Rochelle. Style canular.
b) Rencontrez Racine. Un jeu de mot sur le titre de la fête.
c) Une installation sous le pont François Mitterrand.
Discussion dans les fauteuils
le petit"c" a été retenu.
-c'est quoi le sens ?
-C'est Bosh, le jardin des délices
- oui mais pourquoi, à Audincourt ? Les gens vont dire, ah oui, ah non.
-Une histoire à raconter, cela doit être simple.
-On essaye d'avoir un résumé de l'individu. Conservatoire ADN. Le secret.
-Le lien entre la collecte et le "sur l'eau".
-
14 juin
Discussion avec Jean Paul Roland. Directeur des Eurockéennes. Artistique ou commercial ? Certains ont envie de visiter le site en préparation. Jean paul nous invite à un Barbecue.
Recherche d'une intervention pour Vendredi :
Julien propose une aire d'autoroute. Hervée, la complète transformation d'une maison à l'insu de son propriétaire. Pablo, une intervention devant les usines Peugeot.
BASEL/BALE/ 15 juin 2005
Le corps et l'esprit
2 grandes expositions/ 3 frontières/ les thermes.
Stimulation complète de tous les sens.
Ce que je me dis : ce n'est pas à eux d'apprendre, c'est à moi de les
mettre en position de prendre.
De quoi se nourrit l'artiste ?
Très bonne atmosphère, car la journée a été hors de l'ordinaire.
Le soir, ils me le disent : merci merci
Il y a des oeuvres qui vous font grandir, qui ouvrent l'esprit et l'imaginaire, qui vous surprennent et vous étonnent.

Qui peut imaginer ce qu'un artiste va faire de ce luminaire urbain, qui ?

On monte sur un échafaudage à 30 mètres de haut, et on découvre cet habillage du lampadaire devenu lampe domestique.
Incroyable. le nom de l'artiste ? Fazro Tiscino, un japonais. C'est en face del'ouverture de ART Basel 2005
On est à la pêche, on ne sait pas ce que l'on va attraper. Il faut tout de même avoir dans l'esprit ce que l'on cherche.
ETRE ETONNE
ETRE SURPRIS

Le Schaulager est un entrepôt de la banlieue de Bâle, transformé en magasin d'Art assez sublime. L'exposition L'exposition de Jeff Wall est folle.

Les photos sont interdites, c'est agréable d'en prendre à l'insu du gardien.
Les thermes de Badenweiler sont un véritable paradis, même si nous avons eu quelques problèmes à passer la douane à cause de l'immatriculation temporaire.

La loi dit qu'il faut être nu dans ces bains, ce qui signifie qu'Estelle est en infraction.
Une toute petite fête de la FAI AR à 8 H du matin dans le quartier de la petite hollande à Montbéliard le jeudi 16 juin 2005.
Il s'agit de faire une aubade à la boulangère ambulante, Sophie. On accompagne la vente du pain d'un café offert aux habitants. Cela a du charme. C'est du théâtre de rue très pur, intervention impromptue à vif, qui ne manque pas de poésie.

Julien devant Sophie, la boulangère.
Manel chante un flamenco pour Sophie, la petite boulangère

les habitants sont invités à boire le café. Partout on recueille de la gentillesse. C'est la ZUP certes , mais pas le "vilain square Debussy" haut lieu de la délinquance.

Raphaël était un peu l'initiateur de l'opération, l'idée de Julien (une fête sur une aire de repos de l'A 36 n'a pas été retenue).
Un habitant sait faire de belles grimaces, Julie se glisse oportunément sur la photo.
Moralité : un petite action certes mais qui ne manque pas d'intérêt, car on est dans l'inclassable. Ce qui est sûr c'est que ce genre d'action en prise directe sur le quotidien du quartier ne peut pas se faire dans les festivals de rue rassembleurs de milliers de personnes. Là, nous avons quelques regards à peine intrigués depuis les fenêtres, l'air réjoui de Sophie, et une dizaine de cafés servis à des habitants très gentils . Mais ce qui compte là dedans , c'est le geste.
Rencontre avec Jean Raymond Jacob dit JRJ directeur d'Oposito et de la Cité rêvée, réveillon de Montbéliard.20 juin 2005.

"L'important c'est d'être libre, l'important c'est d'être indépendant".
Je suis souvent bouffon du politique " Touchez ma bosse monseigneur".
Une question de Pablo à 12 H 49. Est ce qu'une ville serait encore capable en 2005 d'accueillir Oposito comme il y a quinze ans ?
Derrière, il y a la technique, le 12V transformé en 220 volts.
Prix de vente de l'opéra à la vie à la mort : 120 000 euros. Pas cher pour 5000 personnes.
Oposito ne peut plus tourner dans le réseau "festival".
Devoir se formater pour jouer dans les festivals ? La jauge !
Echange essentiel, comprendre la démarche de l'autre. En fait cela ne se fait pas assez. Bonne occasion, la FAIAR

Lors de toutes ces rencontres, il y a ceux qui osent les questions et ceux qui n'osent pas. Je dis à chaque fois à Cécile, vas y c'est le moment. Cécile vient des Vosges, elle est plasticienne. La FAI AR c'est important pour elle, pour briser la solitude de son travail. Est ce qu'elle osera un jour ? Je voudrais bien.Mais en même temps son manque de confiance en elle est rassurant.
Hervée de Lafond se réjouit de cette session. Elle est presque enthousiaste. Elle aime raconter, elle le fait par petites touches.
Julien est sans arrêt plongé dans les techniques numériques. C'est le roi du matériel électronique, de projecteurs, des caméras, du Quick time. Un seul obstacle qu'il n'arrive pas à passer, un site web, il fulmine, il n'y arrive pas, moi j'y suis arrivé, certes avec du mal.
RENCONTRE AVEC CHRISTIAN PROUST. CONSEILLER GENERAL DU TERRITOIRE DE BELFORT.
Passionnant. On passe 2 H 30 ensemble. C'est quelqu'un qui aime le risque, qui se plante parfois, qui réussit d'autres fois. Il ne fait pas de la culture pour la communication, mais il sait que les retombées "com" paient largement la culture.
Les questions fusent. Raphaël veut tester sa sensibilité artistique, il lui fait dessinner une maison.
MARCHE PHILOSOPHIQUE DANS LA FORET- 21 juin.
Cela fait du bien aux corps de marcher. Nous sommes sur le sentier des contrebandiers. La douane vérifie nos papiers pendant 45 minutes. Décidément nous sommes aimés des douanes.
Hervée intervient sur la théorie des paramètres. En résumé, la création doit faire bouger les paramètres, celui de la place du public, de la composition du public, du lieu choisi, de la durée etc.Ne pas se laisser formater dans les paramètres habituels.
Jacques intervient sur ce qui ne se transmet pas, trouver son style personnel. Comment se servir des influences pour s'en échapper ? Comment être soi-même ? Cela prend du temps. essayer de ne pas terminer épigone ou clone, ou sous produit de ceux que l'on admire. Trouver sa singularité.
Tout le monde écoute sagement. Ce sont des vérités assénées que 'l'on ne discute pas .
UNE FETE DE LA MUSIQUE INATTENDUE
Le coup est préparé depuis deux jours. Marc Buliard et Eliane Geiss sont installés dans la maison de Livchine. On doit arriver chez eux, leur demander un apéritif, puis piller le frigidaire, jouer aux pique assiettes, occuper le terrain et organiser une mini fête de la musique.etc.
Quand on arrive, Marc lit une revue porno, sa fausse femme fait la vaisselle. Julien (complice) réclame du blanc, Julie (complice) demande de prendre un bain. Gêne gigantesque des nos apprentis qui veulent repartir. Puis ils commencent à comprendre que tout est bidonné. Ils mettent cependant du temps avant de comrpendre qu'ils sont dans la maison de Livchine qui leur a préparé à manger des petits mets succulents.
"Teuf" avec musique trop forte bien entendu. A minuit tout le monde part pour une autre fête aux Bains douches de Montbéliard.
C'est quoi la leçon de tout ça ? Toujours chercher la surprise et l'étonnement. Et puis aussi ne pas avoir le temps de se préparer pour une fête.

Manel a toujours des tenues extravagantes. Il vient de Barcelone où il a une compagnie. Il parle catalan.
Parfois il a des gros coups de gueule. Il a manifestement un univers.

Pedro Garcia directeur de Chalon dans la rue nous rend visite.
Bien sûr il est question de programmation. Comment une compagnie peut -elle se faire repérer ? La légitimation répond Pedro Garcia c'est déjà avoir été en résidence dans une des cinq fabriques de rue. C'est aussi l'appartenance à une famille, à un réseau, c'est aussi être reconnue par ses pairs.
Pedro Garcia est mis sur la sellette sur sa capacité à innover un des plus anciens festivals de rue. On parle de risque etc.

Premiers essais pour l'intervention de rencontres et racines. L'habile conception du radeau, uniquement à partir de matériaux de récupération est l'oeuvre de Moussa.
On essaye quelques images sur l'eau. Il reste encore tout l'argumentaire à mettre en place.
Le chantier occupe tout le monde.
Intervention de la FAI AR à "Rencontres et Racines " à Audincourt.
voir le dossier complet et les images EUROMED
Pourquoi on rate la fin ? Qui rate la fin ?
Sans arrêt, on briefe, on débriefe, on évalue , on tente de faire circuler la parole, on se demande si c'est le groupe ou l'individu qui sont importants.
On voulait une belle fin, Symbolique, ritualisée, festive.
On la plante.
Parce qu'une fois de plus, on débute mal. Les cacahuètes et le pot sont servis trop tôt parce que les gens ont soif et sont fatigués après leur euromed, mais alors après ce n'est plus la peine .
Nous les grands donneurs de leçon on commet la grave faute, la boisson doit couronner le final pas le précéder.
Et voilà, éjaculation précoce !
J'ai cédé à Hervée au dernier moment, je le regrette.
Nous devions d'abord aller chez Acquart, discuter, ensuite boire chez Hervée. Acquart n'était pas prévenu, cela aurait été drôle, il n'aurait pas été là, on aurait squatté la terrasse.
Franchement FAI AR 2002, la magnifique sortie de Lucas contre nous a donné du sens à la fin.
Là, c'est le festival de l'aphasie, de l'incapacité de dire un mot. Incapacité de distinguer le médiocre du fort.
Pourtant, nous on le sait la fin est primordiale.
Je regrette que l'on ne soit pas allé prendre le pot sur le radeau.
Hervée accuse la fatigue, peut-être.
Ce qui est très nul, cela a été le tour de table hyper -scolaire avec personne qui a réellement envie de parler, alors on force cette pauvre Cécile .
Il fallait que l'on se livre à l'exercioce des toasts. Dominique Trichet commence par un MERCI à l'Unité, mais justement il ouvre le festival des banalités :
florilège
- on est rentré au coeur de l'unité
- on a fait quelque chose avec peu de moyens en peu de temps
-j'ai aimé le jeu de proximité
-Parfois cela a manqué d'émerveillement
Plus d'exigence n'aurait pas été nuisible.
Manel : L'humour est un outil pour vivre et survivre
Pablo : le chemin est plus important que le résultat
Une petite polémique avec Dominique Trichet, car je dis comme tous ceux du collectif de compétence qui ont préparé la FAI AR mon scepticisme initial.
Est ec que la FAI AR NE RISQUE PAS D'ETRE la sucession de 15 stages AFDAS hyper gavants ? Donc il faut clairement lier les intervenants et les informer du suivi tout le long des 18 mois .
Je le redis quand Michel Crespin a un objectif il ne le lâche jamais. Et Michel est un visionnaire. Il a senti avant tout le monde que le théâtre de rue allait devenir une catégorie à part entière de l'Art théâtral.
On est sceptique parce que c'est une innovation, un prototype. Qui aurait cru que l'art du Cirque pouvait se transemettre dans des écoles ?
Avant les ouvrages de Stanislavski, le théâtre ne s'apprenait pas.
Ce que j'ai appris au cours de cette session, moi Jacques Livchine, qui prétends toujours que les vérités sont relatives, et que lorsqu'une chose est vraie son contraire l'est aussi, j'ai appris qu'en trente ans de métier, quelques principes sont devenus pour nous incontournables, et nous distribuons à chaque stagiaire
et
Quatorze règles de théâtre de rue
ainsi qu'un certificat ironique , rituel d'accomplissement.
Je clos la cérémonie d'adieux par Rimbaud
J'ai vu des archipels sidéraux et des îles
dont les flots délirants sont ouverts au vogueur
est ce en ces nuits sans fin que tu dors et t'exiles,
million d'oiseaux d'or, Ô future vigueur.
Quand je rentre le lundi matin dans mon bureau, mon bureau a disparu. Les apprentis ont tenu à nous faire une fin digne de ce nom. Merci de nous avoir offert cette totale et poétique déstabilisation.
LE PANORAMA DE LA FAIAR / MARSEILLE
20 septembre 2006
C'est la fin. je veux les voir à l'arrivée, moi qui les ai vus au début.
Ils ont vécu des heures parfois difficiles, des abandons de quelques jours, des tourments, des envies de tout lâcher, mais les 15 sont là, le visage bien éclairé.
Après deux grossesses, soit 18 mois, ils sont là.
Bien sûr la question est sur toutes les lèvres...
Est ce que cela leur a servi ? ont ils été transformés ? Etait ce ce valable ? déjà
Ont -ils fait la rencontre décisive, celle qui change votre vie ?
Et tout un petit monde proche des arts de la rue a été convié, car la FAIAR doit si elle veut continuer prouver son efficacité et donc être approuvée par la petite caste déjà quasiment aristocratique du théâtre de rue.
La mise en scène est grandiose. Cela sent l'évènement. Un salon de la Friche de la belle de mai est aménagé, chaque apprenti a son installation,, une espèce de sculpture ou de maquette symbolique qui raconterait son projet futur.
Moi, cela le fait, mais déjà les mauvais coucheurs aiguisent leurs flèches acérées: " ouais, ça fait FIAC, ça fait foire commerciale, ça fait stand de pains d'épices...
Mairie, DRAC, région, officiels divers, on n'est pas dans l'underground et l'anonymat, la FAIAR est vraiment la formation officielle, la FAIAR est au Arts de la rue ce que le CNAC de Chalon est au cirque.
En fait au long de ces trois jours, la confrontation des idées va être énorme, tous ceux qui sont là, ont leur idée, on a rassemblé tous les esprits les plus critiques. Et peu à peu va s'installer un double langage. Moi qui suis pour la polémique et remuer la vase je suis servi.
ce qu'on dit en coulisses et ce que l'on dit en face.
Car bien sûr, tu ne peux pas dire la vérité aux apprentis- comme on dit au Bauhaus- tu dois faire des "understatements".
c'est important, ce n'est pas n'importe quoi, c'est l'adoubement de l'apprenti qui va passer du statut d'apprenti, à celui d'ancien de la FAIAR première promotion 2006.
y a du cérémoniel dans cette fin de parcours.
La FAIAR mis en place un appareil d'évaluation sophistiqué qui comporte
Alors je dois moi aussi parler, mais comment parler
il y en a qui balbutient, d'autres qui sont en voie d'achever leur spectacle.
Parfois on se dit : "Putain c'est scolaire, c'est gentillet, ça va pas. Tout ça pour ça "!
C'est la maladie de l'an 2000, montrer les trucs pas terminés. Mais personne n'est capable de deviner à quel pourcentage de réalisation se trouve le spectacle. Donc tu sais pas !
Moi je ne vois pas tout. J'en vois cinq , alors pas de généralités SVP.
Nous sommes dans le désir, dans l'attente, alors ce sont eux le théâtre de rue de demain ?
Ils ont passé dix huit mois, de rencontres , de réflexions etc. Alors ça donne quoi ? Mais c'est ridicule de penser ça, puisque c'est souvent quinze ans qu'il faut pour accoucher de ce qu'on est.
Moi je rentrerais à la FAIAR, le jury me demanderait c'est quoi mon projet ? Je répondrai sans ambage
"je veux changer 1 M 2 de la terre, et 2 si j'ai le temps "
" Donc un truc ridicule?
Je leur ai dit un jour et je le repense :
"Un projet de théâtre c'est ce qui ne se formule pas, ce qui est flou en soi, ce qui ne s'énonce pas, parce que dans la tête on sent juste le vague désir".
Et sans arrêt on nous demande de dire, et décrire, trop tôt, et cela tue la croissance du projet.
D'où cette déception voilée.
D'un seul coup, chaque apprenti s'est isolé dans une fabrique, pour en quinze semaines pondre quelque chose. Evidemment c'était excitant.
Chacun pour soi, adieu le collectif et ses embrouilles. Ils ont bossé comme des fous, je les ai vus.
Mais en même temps, la création dans le théâtre n'est jamais solitaire. Donc là chacun a constitué une mini équipe.
Mais ce projet était il un rêve de projet ? un projet de rêve ? Un projet à placer à Aurillac ou ailleurs ? Un projet faisable ou non ?
Au moins huit apprentis ont déposé un dossier au guichet du ministère de la culture "écrire pour la rue" mainten.
Allez, maintenant, je vais onner un avis personnel, sur ce que j'ai vu, ce sont mes avis, ils n'ont aucune valeur dans l'absolu, c'est moi, avec ma vision du ùonde, mes fantasmes, mes obsessions.
Julie Jouvenot Guet . « Mardi 18 ce que je sens »
Parking souterrain, rester dans sa bagnole comme un drive in. On éclaire avec ses phares, un très beau moment quand on éclaire avec les warning. Le spectacle est annoncé avec comme sujet l’érotismeMais moi, passionné du bois de Boulogne où les travestis exhibent leur grosses queues sous les phares des clients, je reste sur ma faim, car le théâtre doit être un condensé de vrai. Et là on est dessous. Comme dit Cyril Jaubert « c’est de l’érotisme du jura ». L'idée de départ doit être creusée.
Constance Biasotto / les voyeuses
Elle a un faible pour la rue qu’elle habite la rue Curiol, un lieu de prostitution marseillais. Là, pas de doute, les prostituées sont vraies, sauf que dans le bar où nous invite Constance à passer 15 minutes, elle a rajouté deux personnages. J’aime bien ce genre d’imposture. Les experts eux trouvent ça léger. Mais négocier avec un bar pareil, faut le faire. J’admire.
Thierry Simounet « the real Lear projekt »
C’est un beau projet, celui des 151 départs d’un aristocrate depuis 151 villes, imaginé à partir d’un bouquin trouvé par hasard à Londres. Sa sage femme, c’est Pascal Rome , et donc les univers de Pascal et de Thierry se mélangent. Présentation d’une pochade amusante, mais sans plus sur le vieux port avec départ en bateau. Ce spectacle est à la réalisation finale, ce que 3 olives seraient à un repas. C’est la règle du jeu.
Estelle Charles. « La dispersion des silences »
Estelle est très convaincante dans sa présentation orale. Personnelle etc. L’hyperdoué Fred Parison lui prépare un superbe environnement. La nuit, nous sommes dans les jardins de la maternité. Petits bancs, un comédien seul dit un texte. Je n’accroche pas, ce matin, elle me passionnait Estelle, ce soir son texte m’ennuie. Pas assez concret ? Et puis, ce n’est pas théâtral. Mais elle nous expliquerait que c’est une promenade dans un décor sonore avec plusieurs acteurs, on pourrait au moins comprendre que c’est un léger échantillon.
Magali Chabroud ‘République la libre (en partie brisée)

Tout part d’un choc sur un texte au musée d’art brut de Lausanne. On va chez le Corbusier, son immeuble mythique, la cité radieuse. Superbe décor susurré par le tuteur Freydefond. Image forte. Texte fort, mais le dosage n’est pas encore fait, on sature un peu. N’empêche qu’il se passe quelque chose. Evidemment, Le Corbusier aide bien. Le sol de l’entrée est en marbre etc. Mais tous ces cartons- cercueils, c’est un peu ésotérique, l’écriture aussi, certes, mais tant mieux. Je ne veux pas que l’on m’explique.
Manel Pons « 300 alices ».
Comme je suis son tuteur, je lui demande de m’expliquer pourquoi il veut aller vers Lewis Caroll. Il n’ y arrive jamais totalement.
Il fait une présentation orale prodigieuse, je veux qu’il nous montre non pas son projet, car un projet, pour moi, cela n’est rien. Van Gogh nous dirait qu’il va peindre une chaise, t’imagines l’engouement des experts pour un projet si plat. Alors je dis bien à Manel, ce n’est pas ce que tu dis qui compte mais comment tu le dis. Il nous fait un numéro prodigieux, parce que Manel a une fantaisie et un imaginaire sans limites. Bien sûr, les illustrations qu’il nous montre à la cité des arts de la rue sont très en dessous de la puissance qu’il avait développé le matin même autour d’une simple table. Manel est content. Il a beauoup de monde .
Julien Travaillé « Véronique ».
En fait il est le seul, de ceux que j’ai vus, à avoir bien saisi qu’il ne fallait quasiment rien montrer, juste l’ombre de ce qui pourrait être. « Le reflet ». A partir de ce qu’il nous montre, on pressent que cela pourrait devenir quelque chose. Julien sait s’entourer, prendre le roboticien Adelin et Sud Side, c’est vraiment avoir une équipe de génie.On saura bientôt si Julien a perdu 18 mois à la FAIAR. Selon moi, il a su, sur ce coup là transformer un de ses défauts- son opportunisme trop voyant-, en qualité mise au service de l’artistique.
Sinon, j’ai assisté aux présentations orales de Raphaël Caillens. Ah ce Raphaël, il a tellement besoin de reconnaissance qu’il en fait toujours trop pour se vendre. Mais il a, paraît- il réalisé, chez lui, un jardin fantastique, qui faudrait que j’aille vraiment voir.
Antony Gouraud a un projet sur les dormeurs et la mort qui n’a pas l’air mal.
Tout le monde dit que Moussa Tigherstine, c’est passionnant. Edith a beaucoup aimé Pablo Volo, et s’est trouvée au centre d’une polémique à table, snippers, tirs croisés. François de Délices dada a apprécié le spectacle Zen de Bertrand, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.
Evidemment, l’évaluation est difficile. Il y a fort peu d’unanimité.
La tendance :
Le théâtre de rue sans rue se confirme. Oui, personne ne choisit vraiment la rue.
Le besoin d’écrire affleure de plus en plus. Si on n’écrit pas on prend des textes déjà faits.
Est ce que l’ensemble est décevant ? ce n’est pas si sûr, je n’arrive pas à le dire vraiment.
Les directeurs de festival ici présents vont- ils poser quelque manne sur quelque projet ?
Ils ne voulaient pas se prononcer, quoique Chalon dans la rue et Julien Travaillé se seraient rapprochés, si j’en crois les rumeurs.
Réflexions de Dominique Trichet. Directeur de la FAIAR sur le mariage
Pour moi, les réussites sont que, d’une part, le groupe FAI AR a bien joué le jeu, chacun acceptant et assumant la fonction puis le rôle proposé par le sous-groupe de réflexion-conception et que d’autre part le public invité ne s’est pas trop senti pris au piège et manipulé dans le cadre d’un travail pratique expérimental d’un stage.
Un petit bravo particulier pour le travail de régie, si bien fait que presque invisible, efficace. Et un petit bravo, aussi, pour Hervée et Jacques qui ont réussi à vous laisser le « lead » tout en s’impliquant totalement à vos cotés.
La mise en jeu quasi immédiate après les réflexions autour de la notion de rituel et de fête ajoute du plaisir au « débat ».
Tradition et invention, ingrédients assurés et risques dus aux aléas perturbateurs, spectacle et rituel spectacularisé, participants et voyeurs extérieurs, public convoqué et public surpris, ce qui sépare et ce qui rassemble, avant et après, simplicité et forme travaillée, nourriture collective et rituel de partage, individu et collectif, héros et participants, boisson et excès, excès de vie et rappel de mort… Tout est dialectique !
En dehors de ça, j’ai retenu quelques moments « leçons » :
- Le public invité fait aussi le spectacle.
- La porteuse s’évanouit !
Le cortège dans le village, observé avec un peu d’étonnement, de frustration, peut-être, sûrement en tout cas pour les enfants, par les habitants, donnait une certaine crédibilité à ce mariage ; les invités constituant cette déambulation acceptant de se donner eux-mêmes en spectacle dans l’espace public. Si nous avions été seuls, costumés, nous n’aurions été perçu que comme un groupe qui s’amuse à faire semblant ; là, il y avait ambiguïté. Je crois me souvenir qu’une des premières actions dans le spectacle « Le Mariage » que jouait l’Unité était de trouver des membres de la famille ou de vieux amis qu’on remerciait d’être venus pour la cérémonie !
La faculté de se servir d’un incident plutôt que de tenter de le cacher ; que la porteuse s’évanouisse, bravo pour le courage de Mélina qui a tenu le coup, il faut très vite répandre la nouvelle… Cela risque de compromettre le bon déroulement de la fête, tant mieux ! La lutte contre l’imprévu susceptible de remettre en cause le cérémonial est un liant fort, elle oblige à se sortir collectivement du mauvais pas.
Un moment de plaisir : l’hésitation puis la décision du voisin, réunionnais (?), de se joindre à la photo traditionnelle. Premier pas qui lui a permis de suivre, je crois la suite des festivités.
Mais pourquoi le discours de Jacques était-il si volontairement déplacé, choquant presque… Pourquoi dire aux enfants que le mariage n’est pas une assurance contre la séparation, que leur mort est programmée vers 2112 et que leur papa, un jour, fera sous lui…Pourquoi tout le monde a eu envie de danser juste après ?
Enfin, le fait que les invités ont dû attendre, sans bien savoir combien de temps mais ont fait confiance à la major dame, pour remettre leurs cadeaux m’est apparu assez judicieux ; chacun vivait l’attente de ce moment et se demandait comment s’intégrer au mieux à cette deuxième partie festive qui leur appartenait.