Seize comédiens pour ce temps d'errance et de recherche ou de laboratoire pour faire prétentieux.
Les inscrits : Sylvie Bodin, Michaëlle Caudal, Laurent Courtin, Alexandre Fabre, Chantal Garrigues,Valentine Herrenschmidt,Serge Lacan, Nicolas Lambert,Stéphanie Marquis, Manuel Mazaudier, Mélanie Mazoyer, Babette Moinier,Patrick Mons, Sophie Weiss, Zora Bessadet.
faire connaissance par la parole : c'est quoi faire du théâtre pour vous aujourd'hui ?
Hervée est bouleversée par Rwanda 94 du groupov, Alexandre par l'Electre de Vitez.
On a besoin de bouger.
Exercice : placez vous dans l'espace, parlez de vous de façon théâtrale, avec sincérité.
On assiste à de très belles choses, peu descriptibles,
Cérémonie d'accès basée sur des souvenirs récents minimalistes :
Puis on se donne comme objectif la recherche d'un théâtre méchant, d'un théâtre saignant. C'est le marécage, pour trouver il faut se perdre, on se perd tous.
Petit briefing pour centrer le sujet, on se pose la question d'aborder des tabous.
Quelques amorces de résultat, mais pas encore très décoiffants.
On revient sur hier.Finalement, dès que les scènes s'appuient sur des vérités, elles trouvent une certaine force, tout le reste nous paraissant un peu juste. Donc, on se souvient et finalement on a trouvé assez subversif, et l'histoire des règles de M. et l'affaire de la caution de B.
Donc c'est reparti, mettre en espace une histoire personnelle, mais bien sûr on peut tricher ou mentir, le seul objectif c'est que l'on puisse y croire.
Succession de grands moments, que cela soit la famille totalement déchirée de S., que les chaussures du mort d'A. que le week end échangiste de S.
On se rappellera aussi les paquets de poivre de M., les confessions de M. et l'histoire de la mannequin malgré elle de V. Deux autres tentatives échouent un peu, faute de densité théâtrale ou un groupe qui dérape dans le vrai théâtre, gênant par ses ficelles et ses artifices trop apparents.
Tout le monde n'a pas encore proposé.
mercredi 7 février, cinquième jour
Le matin, on décide de lire les présidentes, une pièce de Schwab considérée comme subversive. Réactions de rejet : pièce provocatrice, sans intérêt, juste choquante pour un public conservateur. On ne va pas jusqu'au bout. Stéphanie s'énerve.
L'après midi, on continue les confessions personnelles, Nicolas ne convinct pas (comment ça s'écrit convaincre à la 3ème personne du singulier ? ). Jacques fait ses premières fois, public couché, accompagné à l'accordéon dont il joue atrocement mal. Mickaëlle nous fait dans les toilettes une confession à partir de tampax, elle va jusqu'à lire le mode d'emploi, et Hervée s'adresse à sa mère morte. Moments très forts. Hervée passe à l'interrogatoire. On lui demande ce qu'elle a envie de transmettre, elle s'adresse aux femmes du stage et leur dit : le courage.
On se donne comme prochain axe de s'attaquer à la bien-pensance molle...Amour du prochain, fraternité, anti racisme, paix, toutes ces valeurs devenues creuses à force d'être rabâchées.
Belle scène de Babeth sur une histoire personnelle, chacun des 4 hommes à qui elle n'a pas su dire non, lui verse un verre d'eau sur la tête.
Nicolas nous raconte une portion de vie à partir d'un compartiment de train.
Mélanie s'épanche en se faisant un masque de beauté faisant apparaître sa tête à travers des barreaux de chaise.
Sylvie se présente nue, dans le grand hall de Chaillot, en jouant sur le piano à queue, image étonnante osée et belle.
Serge nous fait humer des moments d'enfance en Lozère.
Tout est intense, habité, fort, poétique. Par contre on n'essuie que des échecs sur la seconde commande, celle de parler des valeurs à rebrousse poils. Trop didactique, trop direct, trop verbal.
On a presque terminé le passage des premières confessions. C'est au tour de Zora. Elle se fait violence pour parler de son papa algérien. C'est fort. La suite c'est toujours le thème de la bonne conscience de gauche que l'on voudrait mettre ko.
Babeth nous trouble pas mal avec ce tas de chaussures et les bijoux,
Mélanie se lance dans une incroyable histoire tout à fait crédible sur le rôle de la mort pour notre équilibre psychique.
Valentine arrive à nous captiver avec un exposé de pratiques amoureuses, disons pas très catholiques. Manu nous fait un nnuméro de cynisme sans précédent.
On approche, mais on n'y est pas encore tout à fait.On court après le théâtre écorcheur,thème actuel de notre recherche.
On fabrique des multiples d'amour et perversité et de la mort me fait du bien . On lance les solos ensemble. Quelque chose se passe. Les textes pervers sont très très crus.
On se dit qu'on est un peu au bout du chemin de l'accumulation des matériaux personnels.
On passe à l'étape suivante.
L'idée c'est de monter 45 minutes de spectacle, mais on se met une contrainte, celle de jouer à mains nues dans une salle des fêtes préfabriquée d'un petit village de 394 habitants, avec un public composé de retraités, de jeunes, d'actifs, d'ouvriers et d'intellectuels.
Alexandre déclare que les passages trop crus, il ne voudrait pas que ses enfants les voient. D'où discussion, et essais... Comment rester décapant sans choquer ?
Des petites phrases anodines d'hier pour se mettre en phase.
Bonnes remarques pour un spécialiste du banal.
Entrée en matière.Trouvez un titre qui serve d'axe au spectacle en préparation. A quinze nous sortons près de 50 titres. Nous gardons : a) album de famille b) Au delà de cette limite, votre billet est encore valable. c) Ne nous aimons pas les uns les autres avant de s'être tout dit.
On se divise en 4 groupes et nous devons présenter les dix minutes de ce spectacle pour salles des fêtes de petit village.
Chaque groupe a la latitude réinjecter de l'écrit quand la réserve de petits rushes lui paraît insuffisante.
Différence d'appréciation sur les essais de la veille. Hervée veut éliminer deux pistes qu'elle trouve ratées, Jacques n'est pas d'accord, toutes les pistes sont ratées selon lui.
Embranchement délicat. On ne garde que les deux pistes d'Hervée, et en avant toute !
Les 2 groupes vont contre le mur, chacun à leur manière. Succession de solos tristounets, monocordes, ayant perdu toute sincérité. 39 minutes tout de même.
Pour l'autre groupe, une pseudo réception, sans atmosphère malgré l'excitation dans le jeu, quelques images, mais sur un essai de treize minutes ; on sent que le fondations sont hyper-faibles.
On se quitte abattus, moroses, tout ça pour en arriver là...
On invente une sorte de fête familiale qu'on entend mais qu'on ne voit pas ; on imagine une terrasse où les danseurs prennent l'air et se lâchent un peu.
Et là on devrait voir l'histoire de toute l'humanité à travers quantité de minuscules notations ! Les essais ne sont ni déshonorants, ni désespérants, mais cela nécessite de l'écriture et du règlage.
Dis donc , ce n'est pas mal du tout, Christine de l'école dit même qu'elle trouve ça impressionnant. Cela fonctionne, c'est sûr, pendant 40 minutes. Et voilà, maintenant on s'arrête, mais on a envie de continuer. On remercie tous ceux qui ont bien voulu se prêter à cette expérience, un peu "hard" par moments, car il fallait prendre sur soi,on s'est enlisés par instants, mais selon nous, nous sommes sur une bonne idée, que nous n'avions pas du tout le premier jour.
Belle aventure pour les directeurs du stage, et nous espérons aussi pour ceux qui ont goûté à nos méthodes de recherche très peu scientifiques. Si cette expérience a des suites, nous n'oublierons pas tous ceux qui ont pris des risques. Mais la vie, l'éloignement, l'entretien des relations, les affinités... Le site était en panne pendant quelques jours. Le courant est rétabli...