AOÛT 2001 - KINSHASA. RDC.LES RUCHES. 2500 à l'heure. LES FEMMES.

Jean Digne discutant avec Claude Acquart.Rendons à César, ce qui lui appartient. C'est Jean Digne qui depuis plus de cinq ans milite pour que nous allions faire nos ruches à Kinshasa, dans l'ex Zaïre, aujourd'hui Rép. dém. du Congo.
Prémices, repérage en décembre 2000
Je ne vous raconte pas les clichés réels habituels, l'espérance de vie de 48 ans, les deux millions de morts là-bas à l'Est dans une guerre irréelle.
Je ne vous décrirai pas le Parlement debout, un endroit où on lit les journaux exposés dans la rue qu'on ne peut pas s'acheter. Je ne vous dirai pas la beauté des jeunes filles qui sont prêtes à passer quelques instants avec vous contre un petit cadeau modeste.
je ne vous dirai pas l'absence de duty free à l'aéroport, pillé il y a deux ans et jamais remonté depuis.
Je ne vous dirai pas cette poussière, cette vie vibrante, ces cafés du bloc, remplis de monde où tout le monde danse, ces cours où des groupes de musique répètent et qu'on retrouvera à Bercy un jour, ces fanfares à louer un peu partout, cette langue française impeccablement parlée (merci les jésuites et consorts), ces peintres populaires qui racontent la vie d'ici, ces troupes de théâtre implantés dans les quartiers aux conditions de vie misérables mais à la foi surmultipliée par l'adversité.
Ici, tout est à faire, tout reste à faire, la tâche est immense.
Nous les étions les invités de marque de la halle de Gombé, nom du centre culturel Français de Kinshasa pour étudier la faisabilité de nos ruches - théâtre à l'export au mois d'août prochain.
Nous avons donc rencontré tout ce que Kinshasa renferme en richesses culturelles. Nous avons essayé de ne pas être trop condescendant, ou rempli de pitié, nous avons été rudes quand la qualité n'était pas au rendez-vous.
Nous avons chassé le : "pour des africains c'est pas mal tout de même".
Nous avons sillonné la ville de 6 millions d'habitants de long en large, goûté aux cossas, cossas, au capitaine, Nous avons rapporté pour Noël, deux colliers, un masque Yaka, deux masques en bois, une toile de Schula, : "qui va baiser la petite fleur" ? et un rhume de Jacques.
Nous avons remercié Jean Michel Champault, le nouveau directeur pour sa disponibilité et ses envies de faire bouger les choses, Bernard Sexe qui représentait l'ambassadeur qui nous a accueilli avec tous les honneurs et le chauffeur de la voiture de l'ambassade, Moussa, qui a fait le taxi pour nous pendant huit jours.
Le concept des ruches à l'export
Il faut remonter dans les années 1980 pour voir les ruches apparaître comme un rituel du théâtre de l’Unité ayant lieu traditionnellement la première semaine des vacances de Pâques.La définition : une sorte de grand stage pluridisciplinaire où amateurs et professionnels peuvent butiner diverses disciplines du théâtre.
C’est donc une ambiance de rencontre beaucoup plus ouverte que dans ces stages monocordes rassemblant immuablement 15 acteurs.
Les ruches, cela bourdonne- cent personnes au minimum- on mange ensemble, on discute, on confronte, mais attention, pas de scoutisme, c’est avant tout un vaste laboratoire, où chacun teste sa quête du moment. Et bien sûr en vingt ans, ce sont plus de deux cents intervenants de théâtre, masques, acrobatie, décor, recherches en extérieur, texte etc. qui se sont croisés dans les ruches.
Les ruches à l’export , une grande première. On ne peut pas ne pas citer Jean Digne qui en 1996 , directeur de l’Afaa voit dans les ruches une opportunité d’échange sans précédent entre artistes de pays différents.
Or en mettant au point avec l’ambassadeur de la R. du Congo le concept d’un centre culturel français de Kinshasa, relooké, rénové, misant sur une intégration dans le territoire, les Ruches paraissent être à Jean Digne, un acte fondateur tout à fait adapté.
La mise en place d’un ancien collaborateur de Jean Digne à la tête de la halle de la Gombé, Jean Michel Champault, moitié africain par sa femme, homme de terrain, achève la mise en place du dispositif aboutissant après deux ans de préparation à la création des ruches kinoises du 27 juillet au 10 août 2001.
Les neuf intervenants
C’est un premier essai. Jean Digne assez satisfait de l’équilibre théâtre-art plastique regrette cependant qu’il n’y ait pas eu d’élargissement par exemple aux techniques de la presse, de l’image publicitaire etc. mais Jean Michel Djan, pressenti a dû décliner l’offre.

L'aéroport de Kinshasa. Photo interdite. Lieu extrêmement stratégique
à peine croyable
Un voyage abracadabrant
Quand on nous a demandé d’attendre une nuit à Paris parce que le Boeing de Kinshasa était retardé, pour cause de réacteurs en panne, nous avons pris notre mal en patience. Quand on nous a dit que le Boeing de la Camair allait à Yaoundé, puis Douala le samedi ; et que là bas on aviserait, nous avons pris notre mal en patience, Quand on nous a dit à Douala qu’un petit avion en leasing nous emporterait à Kinshasa, le lendemain à 7 H 20 , nous pensions que nous étions sauvés.
Quand en pleine nuit à l’hôtel Arcade de Douala, on nous a annoncé que le petit avion n’était plus à l’ordre du jour, nous avons pensé que l’on se moquait de nous. Quand nous sommes retournés à l’aéroport, et que l’on nous a dit que la compagnie du petit avion, Air Littoral n’avait pas l’autorisation d’aller à Kinshasa , et qu’il fallait attendre encore , nous avons commencé de craquer en douceur. Nous étions un groupe de 11 français et 15 congolais destination Kinshasa, bloqués à Douala. Nous faisions pression, avec chacun ses arguments. Les chefs d’escale tentaient en vain de nous calmer, mais quand l’un s’arrêtait, un autre enchaînait. Parce nous étions partis un vendredi , certains même Jeudi de Montréal, et dimanche toujours en route, même pas sûrs d’arriver avant Mercredi, et surtout dans une absence totale d’infos et privés de nos bagages, donc de nos instruments de toilettes, médicaments etc. Madame Ouato, une passagère énervée, demande des culottes propres pour ses enfants.
Problème de filmer dans des lieux interdits, Bougnon est emmené par les forces de l’ordre, il rend la cassette. Un autre tient à la main un sac avec une robe de mariée , voiles et cie, mais trop tard, le mariage avait lieu samedi.
Vol non confirmé cela veut dire quoi , Monsieur le chef d’escale exactement ?
- C’est un problème d’heure ou un problème de jour
- Je vais être franc, répond -il , un problème de jour.
On nous promet un 12 H 45 lundi, Brazzaville, qui se détournerait sur Kinshasa.

Dessin de Claude Acquart pendant l'attente
On laisse le temps s'écouler
On poireaute
Encore un jour de retard… les mines sont déconfites
-En êtes vous sûrs au moins ?
-Oui c’est un vol régulier
- Vous nous avez menti.
- Non, on vous a toujours dit la vérité
- ça n’est pas vrai
Ça c’est l’Afrique s’exclame une belle kinoise exaspérée… Ça c’est raciste lui repliqué-je.
Hervée crie, tout le monde s’énerve. On n’arriverait que Lundi ….
La représentation de 2500 est quasiment dans l’eau.
La situation est hypertendue. On veut partir aujourd’hui….Mauvaise maîtrise de la chose de la part de la CamairPeu à peu, un par un, épuisés, nous rentrons dans nos coquilles.
* Alex dort, JC Lanquetin filme, Nadia dessine, Eric filme. Claude Acquart, la veille un tantinet éméché, euphémisme, par une bouteille de jin, free taxes, s’est fait dérober tous ses cigares par quelques champions de l’embrouille. Elle est sereine, la sœur dominicaine qui s’en va dans sa léproserie du Nord Ces histoires- des broutilles- à côté de ses malades mutilés aux trois quarts.
Il pleut sur Douala, le ciel est gris, comme à Montbé , comme à Besac dit Nadia.
La télé de l’hôtel nous apprend que Sochaux a battu Monaco, bizarrerie. 30 ° C à Montbéliard, 21 °C à Douala, inattendu Je regarde l’arrivée du tour de France, mais c’est trop long, je somnole.
Le soir, petite immersion rue de la joie : échoppes, poissons et viandes grillées. Peu de lumières, beaucoup de vie et de bruit. Oh là là, le poisson grillé que je dévore est trop excellent. La cuisinière de la petite boutique de la rue de la joie s’appelle Marcelline, un physique généreux, mais déjà la peur revient, celle de ne pas avoir d’avion.
L’hôtel Arcade Tropicana de Douala est impersonnel, le personnel transparent. La nourriture sans caractère, dans les chambres les télévisions de marque Granada sont délabrées, on y reçoit surtout TV 5. Les néons fonctionnent.
30 juillet 01
Encore la Camair, le RV de 10 H 30 est retardé à 13 H, l’avion de 12 H 45 est à 15 H. On pourrait arriver vers 19 H , heure de là bas…Presque 4 jours de voyage, bon 3 jours et demi, trois nuits à l’hôtel. On s’en fout, le but c’est lundi soir, Brazza,pour nous. Réussiront -ils le détournement sur Kin. On verra.Marché avec JC. Le taxi passe de 1500 à 600 avec lui qui connaît le pays.
Marché médiéval invraisemblable de profusion avec ses milliers d’étals. Nadia s’exclame sur les boutons : J’achète : des pantoufles,un collier,une robe,Hervée : un collier, une robe. Nadia un ensemble bleu,du fil, des aiguilles pour vieilles machines à coudre, des herbes à décocter. Une dame gentille nous glisse au creux de l’oreille : attention les bandits ne sont pas loin.
On sentait que l’arrivée de quatre blancs avait fait rapidement le tour du marché , et qu’il fallait s’éclipser. On le fait sans concombre. 13 H . Aéroport international de Douala.
Miracle, on embarque .
La vodka est à 52,50 F au duty free, les demi-tasse Davidoff à 79,00 F, ils prennent la Visa. Hourrah, tout va décidément très bien.
L’avion est annoncé : Douala, Libreville, Kinshasa, Brazzaville, Douala. Nous sommes effectivement la raison du détournement de l’avion de Brazzaville sur Kinshasa. Car Kinshasa Brazzaville , cela signifie en distance, le Bourget- Roissy ; ou même moins.
Il faut encore négocier : six d’entre nous sur les onze débarqueraient à Brazzaville, or nos bagages sont enregistrés depuis Paris pour Kinshasa.
Dérogation royale, nous assistons à Kinshasa au déchargement et interceptons nos valises que nous n’avons pas vues depuis près de 4 jours.
Et là, vingt minutes de vol pour traverser le fleuve. 20 H 30 le périple s’achève, il est lundi. Récupération des bagages, durée une heure.

Une vraie petite scène nationale en plein Brazza, bizarre découverte
L’ARRIVEE A BRAZZAVILLE
Laure est déjà arrivée , a retrouvé ses vieux amis de la croisière BBKB (Bordeaux, Bangui, Kinshasa, Brazzaville ) est radieuse.Transfert. Repèrage du CCF. Magnifique bâtisse, bien puissante, bien en vue, espace culturel André Malraux, copie conforme de nos scènes nationales , matériau froid, hall impressionnant, propreté indiscutable, salle classique.Accueil normal par Martine,l’ex comptable devenue secrétaire générale, et qui s’occupe de la maison pendant l’absence de la directrice, madame Bollot, femme de l’ambassadeur dont le mari vient d’avoir une crise cardiaque- sans arrêt, je me dis : va t-elle nous proposer un verre d’eau ? mais non, elle est peut- être lasse d’attendre, donc elle ne dit pas la phrase rituelle : voulez vous boire quelque chose ?
Hôtel - restaurant joli : l’hippocampe, près de Radio Congo. Oh, délices du restaurant, côtes de bœuf, et quinze bières sur la table. Enfin là, enfin arrivés.

C'est dans ce petit restaurant coquet que je vais passer la nuit la plus ignoble de ma vie.
L'aventure avec une jeune beauté locale
Deux belles jeunes femmes nous observent, puis s’approchent à ma demande. La belle Nadia me parle, couturière, deux enfants, surprenante, elle se met à me caresser habilement sous la table. Je suis gêné.
Elle veut carrément me déboutonner, comme ça en plein restaurant, j’hallucine. Je m’éclipse car je sens qu’il ne faut pas poursuivre l’entreprise. Cinq minutes plus tard les deux filles font irruption dans ma salle de bains, veulent faire ça là tout de suite. Je refuse. Elles me dérobent ma serviette et mon caleçon. Je les poursuis.
Elles m’entraînent dehors, dans les jardins du restaurant, Là, Nadia m’embrasse à pleine bouche, malaxe mon sexe, je suis piégé, je ne veux pas aller plus loin, j’ai peur, je n’ai pas envie, elle me pince la poitrine
L’autre fille retourne dans les chambres pour s’attaquer à Goobie, Pancho et cie.
Je dis OK, cela va comme ça et je glisse un billet de 50OO F ( 50 F ). Elle rétorque : ça, c’est bon juste pour le taxi, pour le reste, c’est 50 000. Elle crache la salive du baiser avec dégoût. Je suis mal. Travail entamé, travail dû, l’action fait office de contrat.
Elle répète inlassablement: " donne moi 50 000 F, (500F ) pour toi, c’est rien, cela ne met pas en péril ton économie.Je dis non. Je lui dis : bonne nuit, et disparais. Elle me poursuit . Je sais que mon sac et mon argent sont dans la chambre, donc je n’entre pas, je m’arrête sur le palier.
Elle dit : " Le ciel pourrait tomber sur la terre, ou sur ma tête, tu me donneras 50 000 F ". je réponds : jamais de la vie, c’est du racket, on n’a rien fait, tu me rançonnes Nadia .
* Donne moi 50 000
* Non
* Donne moi 50 000
* - Non, je refuse, c’est du vol
* Comment oses- tu me traiter de voleuse ? je t’ai embrassé, donne moi 50 000.
Je découvre qu’elle est enceinte d’au moins cinq mois. Je suis déterminé, elle ne connaît pas mon entêtement..Je sais qu’elle va se décourager.
-Nadia, va te coucher, tu es enceinte, je t’ai donné 5000 alors que tu ne m’avais rien dit avant ; à un moment je t’ai demandé si tu faisais le commerce d’amour et combien ça coûtait, t’as répondu : on ne mélange pas amour et argent. Tu as tout fait pour embrouiller mes idées, tu m’aurais dit 50 000 un baiser, j’aurais dit non, bien entendu. Je partirai quand tu m’auras donné 50 000, continue t-elle.
Je m’allonge, fais mine de dormir, elle s’allonge à côté. Moi je sais que je ne céderai pas.Déjà, une heure du matin, deux heures que nous discutons-Donne moi 50 000, ce n’est rien pour toi.
Non je ne les ai même pas, moi je ne suis pas ingénieur à Elf Congo, eux ils peuvent donner 50 000, moi non, je ne les ai même pasInvariablement elle poursuit sans relâche.
- Tu donneras 50 000, tu seras obligé de donner. Je te le dis sur la tête de ma mère et de mes enfants.
L’épreuve de force a commencé, je sais qu’elle va finir par abandonner l’affaire.
Je n’ai pas les clés de l’appartement, c‘est Hervée qui doit les avoir, elle dort dans la chambre d’à côté, mais je me souviens que la porte est dure à fermer, donc même si j’ai les clés, elle m’empêchera de fermer, elle frappera, cela réveillera les autres, or on joue demain, mais cela vaut le coup d’essayer. Deux heures du matin, elle me demande d’aller aux toilettes, je dis OK, je l’accompagne aux toilettes, le temps des toilettes, je me dis que je prendrai les clés, et là je la pousserai dehors. Mais elle veut que je reste aux toilettes avec elle pendant qu’elle urine. Je refuse. Donc elle ne va pas aux toilettes.
On se retrouve sur le palier, je me couche en travers de la porte, épuisé.Elle est assise en face de moi. Je l’entends qui pisse par terre. Je n’ose le croire. J’ouvre les yeux pour voir si le filet d’urine ne coule pas sur moi. Je découvre qu’elle a fait dans son sabot,
Elle est debout face à moi, le sabot plein d’urine dans sa main droite. Je reste abasourdi. Et je m’imagine déjà tout couvert d’urine, allant me laver à la salle de bains tandis qu’elle emporterait mon sac. Je me lève précipitamment pour ne pas prendre une douche d’urine, mais elle fait couler le contenu jaunâtre de son sabot par la fenêtre du palier.Alors tu me donnes 50 000 ?
- Non je ne les ai pas, je ne peux pas donner ce que je n’ai pas.
- Si tu me fais perdre mon temps, cela va te coûter 100 000. C’est le minimum pour une nuit ; ma sœur qui travaille aux Champs Elysées prend 3000,00 FF, alors tu vois, 50 000, c’est vraiment rien.
Trois heures du matin, puis quatre heures du matin
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Je suis remonté, je lui dis que seule la police pourra régler notre différend, elle dit OK : "allons à la police, non seulement ils te forceront à me donner 50 000, mais eux aussi ils te prendront 100 000 pour le dérangement, allez viens à la police ".Oui, mais je dois prendre mon passeport".
Mon passeport est dans la chambre avec mon sac, si je rentre elle va me suivre et tout me voler, et puis j’ai bien vu que le garçon d’hôtel est complice avec elle, il est en bas , il écoute tout, mais n’intervient pas.
Je pourrais appeler au secours Hervée, Goobie, François et Pancho qui dorment dans l’appartement, mais j’ai peur que cela dégénère, qu’elle se bagarre comme une furie, qu’on tue son enfant, porte plainte contre moi et que je reste trois ans dans une prison abominable. Donc je n’ose pas aller chercher mon passeport. Et comme un refrain lancinant : Donne moi 50 000 !
-Non
-donne 50 000
- Non
-donne 50 000
-Non
-donne 50 000
- Non
Je décide de faire une proposition
-Nadia , écoute-moi
-Donne 50 000 et j’écouterai
-Nadia je t’en supplie
-Donne 50 000 d’abord
-Ecoute, je te propose de négocier, car franchement tu sais que tu m’as forcé la main, tu sais que ce que tu m’as fait ne mérite pas 50 000, mais moi je suis très honnête et très gentil, je vais rajouter tout ce qui me reste. Dans une négociation, il faut que chacun aille à la rencontre de l’autre, je suis prêt à 25 000.
-Tu me donneras 50 000 car 25 000 ce n’est même pas le prix d’un taxi la nuit.
-Je ne comprends rien à cette affaire de taxi.
-Presse toi, donne 50 000
-Non
-donne 50 000
-Non
-donne 50 000
-Non
-donne 50 000
-Non
Je n’en peux plus, il n’est pas loin de cinq heures. Et nous jouons demain, je suis épuisé, je ferme les yeux de fatigue, j’ai tellement envie de me coucher.Je pense aux autres qui dorment tranquillement. Je pense à Alexandre, il est tranquille dans son lit, il se repose, et moi je suis là à bout, criblé de moustiques.Hervée a entendu du bruit, elle est derrière la porte, elle écoute la conversation, je lui demande de mettre les clés sur la porte, ensuite je rentrerai dans la maison, fermerai à clé, et j’aurai gagné, mais dès que je fais le moindre geste, Nadia se précipite.
Je vois Nadia, qui se retourne et se prend une poignée de poudre blanche, je comprends que c’est une droguée qui veut ses 50 000 pour son héroïne.
Je me dis : " méfie toi Jacques, là elle est défoncée, elle va prendre une paire de ciseaux qu’elle a à sa ceinture, elle ne va plus se contrôler, car elle a pris sa poudre, elle va te tuer.J e craque doucement. Je ne vois plus d’issue et toujours :
-Presse toi, donne 50 00
-Non
-donne 50 000
-Non
-Nadia, rediscutons, je t’en supplie, tu sais que je ne paierai pas, diminue le montant, c’est une question d’honneur pour moi, tu comprends ? Mettons 30 000, hein 30 000 cela va ?
Grand silence, pas de réponse, je ne pense plus qu’aux ciseaux, dès que sa main passe à sa ceinture, je tremble, pourtant je n’ai pas vu les ciseaux, mais je les imagine
-45 000.
Elle me fait un prix, d’accord ridicule, mais c’est un prix tout de même.
Il est plus de cinq heures du matin, je suis exténué, déprimé, je sais c’est ridicule, mais cette histoire, je n’en parlerai à personne, personne ne la saura cette histoire, je la garderai pour moi.Je lui dis : si j’entre dans l’appartement pour te donner l’argent, je ne veux pas que tu me suives, je passerai l’argent sous la porte.
Alors j’ouvre la porte, ferme la porte à clé et je passe l’argent sous la porte.
Je vais me coucher, enfin, mais je suis tétanisé, je ne peux pas m’endormir.
Je me dis dans ma tête: plus jamais je ne laisse approcher de moi, la moindre congolaise, je suis vacciné. Et je revois cette horrible image, quand elle recrache pendant des heures ce baiser.

cela s'appelle prudence.
2500 à l'heure à Brazzaville
Mardi 31 juillet 01
9 H- Répétition au théâtre, je suis comme une lavette, inexistant. Les autres le sourire au coin des lèvres
Y -a -quelque chose qui ne va pas Jacques ?
Je n’ai pas dormi, pas bu de café, pas mangé, j’assure l’italienne tout juste, je parle à voix basse. Je suis humilié, battu, vaincu, ridicule, ,tout le monde se serait sorti de cette affaire, mais moi, moi seul je suis tombé. Je m’écroule entre les sièges du théâtre.Laure et Alexandre jouent à la cellule psychologique : raconte nous , mais qu’ est ce qui s’est donc passé que tu sois dans cet état ?Je balbutie : 50 000. Oui, 50 000. Vous vous rendez compte un baiser de dix secondes sur la bouche : 50 000. J’ai payé 50 000, deux caresses et une vague langue dans ma bouche d’une fille qui me faisait croire, non je ne parlerai pas je veux oublier.
Repas avec une heure et dix-sept minutes d’attente dans les jardins grillagés de l’espace Malraux, et café noir qui me remet un peu en route.
La représentation fait peur. Comment vont ils accepter ? Comment cela passera ? Combien seront ils ?On fait nos paris. Je parie sur 38, d’autres 86, 127. En fait on sera 100. Très grosse ambiance au début.
Représentation très vivante avec des très grands trous que nous avons du mal à analyser : style Ionesco, dont ils se fichent, comme la scène des critiques aussi, ou notre engueulade Bourgeois populaire.
On rencontre le public à la fin, on leur offre les bouteilles fraîches de nos loges, tous se précipitent, le c’est-gratuit est un paramètre important.
Mercredi à Vendredi
Le passage du fleuve Congo est amusant : le beach, cela s’appelle. Barbelés, bateaux, bacs, contrôle, visas Les ruches ont débuté. Les photos sont interdites
Les repas donnent l'ambiance. 160 inscrits ! Les ruches commencent

Repas à 160. Animés.
Les ruches ont commencé Avec ma cellule théâtre de rue, j’interviens partout. Je marche enfin dans Kinshasa.L’ambiance est bonne, le concept fonctionne, idem qu’en France. Dieudonné est un acteur bourré d'energie et de charme

Dieudonné raconte.Vendredi soir après le repas.Arthur et Dieudonné nous parlent de la guerre du Congo Brazzaville et de leurs six mois ou un an passés cachés en forêt en 1998, des ninjas, des cobras, de l’armée régulière, des milliers de morts.
C’est carrément du niveau nazi, cynisme, horreurs. L’histoire la plus marquante : tuer un python, manger le python, six jours de survie garanti, y trouver son fils dévoré, et continuer de manger. Les lions dans la forêt, à 2 H du matin, le numéro du gorille, Dieudionné s’exclame : on a cru que cela n’existait qu’à la télé, Il parle de ce qui les fait tenir, un simple vieux livre sur le stalinisme et les rescapés des goulags
Le père de Dieudonné, quand il revient dans sa maison occupée et qui couche dans son lit et déclare : je suis chez moi. Jamais ils ne raconteront cela ni à la télé ni à la radio. Tout un sentiment de pudeur. Arthur, privé de vêtement a marché, nu, cent kilomètres.
Nous sommes tous abasourdis.
Juste avant l’Ina nous présente une lecture-spectacle d’un auteur camerounais. Le cliché total, sans aucun intérêt, sauf que cela provoquera lors d’un forum une méga polémique.

Alexandre vient de changer quelques dollars,les liasses.Le plus gros des billets, 100 F congolais correspond à 3,00 F. Donc au magasin, quand on en a eu pour 300 FF il faut sortir 120 Billets, donc on fait des tas de 10 sur la caisse, cela prend du temps. En fait, il faut les ranger par 25, la caissière manie les liasses comme une banquière.
------------------------------------------------------------------------Ce qui dérègle et perturbe l’occidental à Kinshasa, c’est l’absence de café. Le petit noir après le déjeuner, le petit crème le matin. Quand vous rentrez dans une échoppe qui sert à boire, gare à votre ridicule si vous demandez un café. Ce n’est pas une coutume d’ici. Le jus d’orange coûte cinq fois plus cher qu’en France.
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Auto stop permanent Il n’y a pas de transport en commun dans cette ville de plus de six millions d’habitants étendue quasiment de Paris à Orléans.
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Ceux qui attendent un combi Volkswagen ou une camionnette délabrée font des signes connus qui indiquent là où ils vont. Moi je sais faire le rond point de la victoire, ou le " je reste en ville.

L'ambassadeur, Gildas le Lidec, nous invite à déjeuner dans un restaurant de luxe, la ciboulette.Nous écoutons. Ils sont gentilsL’ambassadeur vient nous expliquer : " ils sont vraiment très gentils, il faut les aider, ces Congolais ils sont si gentils".Il ne comprend pas que notre souci n’est pas du tout humanitaire, mais d’expérimenter des greffes nouvelles, de tester de faire du théâtre un peu différent d’enrichir et de métisser notre art , comme les horticulteurs qui inventent la rose noire.
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La télé d’ici
Les nouvelles à la télévision sont moralisatrices. Caricature des pays de l’Est. On n’y voit que ministres occidentalisés aux discours ampoulés, poignées de mains, pauses, une horreur.
Bien sûr, qu’un démagogue comme Mobotu se revendiquant fils de léopard redonnait confiance à ce pays ce qui n’est pas le cas de ces sortes de fantoches conditionnés et alignés que j’ai vus à la télé.

On regarde une fenêtre, un rassemblement se crée... Arrestation
Quand tu fais une intervention de rue, tu dois avertir la police du quartier juste avant. De la police, il y en a à peu près autant que de tabacs dans nos villes. Tous n’ont pas pas d’uniforme, et quand ils s’adressent à vous ils n’exhibent pas de carte, ce qui peut créer de la confusion.
On fait l’exercice du point fixe que l’on regarde sur un immeuble. Femmes et enfants accourent et puis les hommes :
" vous regardez quoi " ? Nous ne devons pas répondre pour augmenter le mystère.
Très vite c’est la pseudo -émeute, une rumeur monte du marché. Je suis pris à partie : " Mundele, tu as pris une photo, pourquoi ?"suis moi au poste " .
J’arrête l’exercice . Edgar Colombi du théâtre des intrigants vient à mon secours. C’est lui qui commence la négociation avec le commandant, nous nous dirigeons tous vers le poste. Je me vois déjà au cachot. Je demande au commandant : " les rassemblements sont interdits ? "
-Non, Monsieur Jacques, absolument pas, les rassemblements ne sont pas interdits, ils peuvent avoir lieu et être autorisés, à condition d’avoir une autorisation.
Quand Jean Pierre du centre culturel vient nous chercher : je dis . – je suis en état d’arrestation. Le commandant me reprend : pas du tout , vous en êtes en état d’information.
Le commandant veut comprendre le pourquoi de cet exercice qui lui a été rapporté par la population locale de la façon suivante : un blanc est en train de faire des signes mystérieux à un autre blanc caché dans l’immeuble. Jean Pierre dit au commandant : " a t-on arrêté l’autre blanc ?"
J’explique au commandant l’effet d’étrangeté et de poésie que nous recherchons.
- Mais Monsieur Jacques, notre pays, le Congo ne connaît pas l’étrangeté, si vous faites de l’étrangeté, prévenez la police que nous puissions avertir la population etc
90 minutes tout de même assez étonnantes.

Nono Bagwa, Oshoso, et Justin, improvisent sur le marché, à hurler de rire
les ruches se poursuivent, on renouvelle les groupes
Deuxième session des ruches. Les listes d’inscrits ne correspondent absolument pas aux gens présents dans les ateliers. Ce n’est pas très grave, chacun sait parfaitement ce qui s’est passé dans chaque alvéole et choisit en toute conscience. Je gagne du monde, surtout des femmes.Nous sommes dix-huit.
Les stagiaires du premier groupe me glissent à l’oreille : " c’est grâce à nous que tu as du monde, nous avons dit à tout le monde comme c’était bien". Bon, le théâtre de rue à mains nues fait un peu sensation. L’alvéole engendre sa propre légende :
* l’arrestation, :
* les pères noëls sur le marché royal, :
* l’ode à Marie-la femme pauvre du bord de la route-. :
* l’ode à l’ambassadeur : " Gildas, donne nous des Adidas ". :
* l’accueil de la brigade à la résidence de l’ambassade.

Paludisme
Enduisons nous
Les moustiques sont la préoccupation la plus quotidienne des français, ils en parlent, ils s’enduisent la peau de crème , plaisantent sur le lariam qui met en colère, des avantages de la Savarine, de comment éloigner les bestioles. Nos amis congolais eux n'en parlent jamais, ils en crèvent. C'est la seconde cause de mortalité juste après le Sida.
Et puis patatras, dès le retour en France, je suis pris par la fièvre, le médecin du dimanche ne se prononce pas, car il trouve que mon foie n’est pas sensible. Comme dit notre ami, Jean Couturier, il aurait été recalé à l’internat avec un telle faute de diagnostic.
Le surlendemain je me présente aux urgences de l’hôpital de Montbéliard avec 40°3 de fièvre.
Paludisme !
Je suis emmené en réanimation, perfusion de quinine, électrodes sur tout le corps, assistance respiratoire, prise de tension toutes les demi- heures. Le lendemain, le médecin me glisse à l’oreille, vous êtes sauvés mais vous nous avez fait peur. Vous étiez déjà en insuffisance rénale. Il me fait prendre deux jours plus tard six comprimés de lariam pour éradiquer définitivement le plasmodium falciparum. Après cinq jours, je suis guéri, oh que la vie est douce, discrètement, je pleure de joie en quittant l'hôpital.

Rencontre avec un infatué médiatisé
Des blancs , il y en a si peu qu’on se les présente les uns aux autres. Donc on me présente Titouan, tout vêtu de blanc.Je le salue, Claude me glisse Titan, je dis : " Titouan le médiatique gagnant de la transat en solitaire qui fait des jolis carnets de voyage ? "Nous l’énervons tous, c’était l’unique artiste blanc en résidence à Kin, et voilà nous sommes 12 artistes désormais.Il aurait manifesté de la jalousie paraît-il. Il ne me dit jamais bonjour.

Elle veut une photo avec moi, et je ne sais plus où j'ai égaré son adresse Résister à la sensualité
Je croise des regards et des regards comme des amours flashés.
C’est dur de ne pas fantasmer sur ces peaux luisantes. C’est encore un mythe qu’on nous a infligé à notre insu, celui de l’africaine, princesse noire et sensuelle, qui aime s’envoyer en l’air avec des blancs. Claude nous explique qu’il y a effectivement réciprocité, nous sommes fascinés par la peau noire, elles sont fascinées par notre peau blanche et rêvent toutes de savoir comment c’est un sexe blanc.
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Sans arrêt, je suis sollicité par les stagiaires : Monsieur Jacques, payez nous le transport s’il vous plaît, sinon nous allons faire 15 km à pied.Moi je réponds : on te paie les ruches, la nourriture, tout est gratuit, et maintenant tu me réclames les transports Jusqu’où ira ton besoin d’assistance ?
Edgar m’explique que tout le monde vit au jour le jour, et qu’ici dans les stages, la coutume est de donner aux participants le prix du transport, sinon, ils ont beaucoup de mal à venir. Chacun se lève le matin avec zéro franc dans la poche et doit inventer le moyen de se véhiculer, sachant qu’il faut au moins 100 F ( soit trois francs ) pour monter dans une de ces épaves ambulantes qui transportent les six millions de kinois.
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Harcèlement ordinaire. Tu veux mon adresse, tu veux aussi un peu d’argent pour ton transport, tu veux ma chemise verte, tu veux un souvenir en plus,tu voudrais garder un costume, cela te ferait plaisir ? tu veux une invitation pour venir en France, tu veux même te marier avec moi ? ah tu es enceinte, tu ne connais pas le père et tu voudrais que je reconnaisse cet enfant ? Tu veux quelque chose d’autre ou cela suffira ?
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Les gendarmes de la résidence ont tous gardé ce carton d'invitation, alors que chacun voulait le conserver en souvenir. Heureusement, je l'avais oublié, j'ai failli ne pas rentrer d'ailleurs, mais comme ça, j'ai pu garder le carton... j'ai pu legarder comme ça
Il faut acheter des souvenirs
Les souvenirs à acheter occupent énormément l’esprit des français de passage.Tu les as payés combien tes petits tapis ? Il y a des belles 2CV en fil de fer au centre ville.Achète une statue de Tintin, au deuxième degré cela peut être marrant. Laure a acheté trois tapis au marché, elle dit qu’elle a bien négocié ;Claude Acquart ne négocie jamais, il ne sait pas le faire, il paie tout plein-pot.Eric dit au marchand de souvenirs " si tu me colles trop je n’achète rien, je n’aime pas que l’on me colle ". Moi, je sais juste le flop que font tous les cadeaux une fois arrivés en France.
On les offre et les gens les oublient la plupart du temps.
On retrouve les mêmes chez nos marchands africains ambulants et à moindre prix. Mes beaux chaussons en peau de crocodile se décousent dès la première sortie, se décollent à la seconde sortie, et terminent en poubelle à la troisième. Les soieries de Corée ont terminé dans un tiroir, pourtant avec quel amour nous les avions négociés.Les matriochkas s’entassent pleines de poussières avec le samowar défraîchi sur des commodes encombrées de souvenirs qui ne racontent rien à personne.J’ai acheté du sirop d’érable au Québec il y a vingt ans, et je n’ai toujours pas terminé le pot.La bouteille d’une liqueur de cerises de Hongrie, personne n’en a jamais voulu une goutte.Les masques africains me fatiguent aussitôt installés sur le mur d’entrée.
J’exhibe fièrement ma peinture Kinoise dans ma salle à manger au titre évocateur : " qui veut baiser la petite fleur ". Il n’y a que les gosses de 4 ans qui s’y intéressent. J’ai rapporté vingt deux pagnes que ma femme porte une seule fois et range définitivement dans les placards de la maison de Lozère où l’on va tous les deux ans. Ami a acheté une espèce de vieux collier sur le marché central, il y a le même aux galeries Lafayette, c’est du made in Hong Kong.
Finalement , j’ai fait comme tous le monde, parce qu’on ne peut pas faire autrement que tout le monde.
Les masques sont à l’Afrique ce que les nougats sont à Montélimar.
Quand on va revenir, on va nous dire : alors les africains. Ça va ? On va répondre : c’était super, super. Et puis ce sera tout.
Je dirais juste qu’on a beaucoup ri quand Ami Hattab et Gilbert Meyer sont tombés dans un trou de 1,50 M à la sortie du protocole de l’aéroport et qu’il a fallu les soigner dès leur arrivée. Alors là, trop mortel, on était mort de rire devant leurs faces terrassées par la douleur. Heureusement le voyage de Pancho était loupé, il s’est ennuyé sans arrêt le pauvre, il devait assister Claude Acquart qui finalement n’en avait pas besoin. et était triste comme un rat à cause d’une bronchite.
Depoutot a été malade quatre jours de suite, sa colique nous mettait tous très en forme. Goobie, le soir venu, ne sortait même pas avec le groupe, il allait regarder la télé.Nadia avait le visage marqué par l’épuisement de la vénération de tous ses stagiaires, elle se sentait obligée de porter sur elle tous les bijoux qu’on lui avait offerts, Au fil des jours elle devenait une véritable bimbeloterie ambulante.
Je revois Alexandre, abattu devant sa chambre : " on m’a piqué mon passeport ". Une petite sieste et par miracle le passeport a réapparu sur un paquet de vêtements.
Mais on aura beaucoup de mal à restituer ce qu'il y avait de primordial dans ce voyage.

Ils attendent tout de nous.
Ma dernière journée est difficile, c’est la séparation. On laisse un maximum de choses, des outils, des maillots d’arbitre d’impro, des sifflets spéciaux, mais ils en voudraient tous plus. Je ne peux pas partager ma chemise en 100, je décide donc de ne rien donner, ce qui est choquant pour nos amis de Kinshsasa qui ont la philosophie du partage dans le sang.La prochaine fois, j’arriverai avec cent soixante tee- shirts avec mon adresse dessus, au moins il y aurait don symbolique.
Tout le monde veut me voir, je me sens comme dévoré, et surtout impuissant à régler la totale désolation et le manque d’avenir qui les attend. Car quel avenir en dehors de l’occident ?
Je me dis que c’est idem pour les artistes américains. Que serait devenu Bob Wilson si l’Europe n’avait pas produit tous ses spectacles depuis trente ans ?Et puis, c’est vrai, nos ancêtres ont ravagé ces pays, détruit les traditions, introduit des religions pitoyables, nous devons réparer les dégâts.
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J’ai toujours eu peur
Oui, j’étais terrorisé par mon atelier, car il n’existe que dans la pratique et la pratique, c’est sur les marchés que cela se passe, et pour moi, c’était l’inconnue totale. Pourtant à chaque fois cela s’est très bien passé. Les gens attendent, les gens désirent, les gens ont soif.Je retrouvais la force originelle du théâtre, qui est avant toute chose une relation entre un acteur et un public
Exercice sur le marché.Un groupe d’hommes et de femmes s’approchent les uns les autres dans une lenteur absolue.L’attroupement se forme avec un respect total de l’espace théâtral.Pendant douze minutes , personne ne traversera. Quand les couples se forment, les gamins hurlent. C’est émouvant ces réactions de respect et cette soif de spectacle même lent et silencieux.C’était si fort, et en même temps si loin de toutes formes existantes, que dans mon plaisir, je tirais aussi un sentiment de honte, de ne pas faire comme tout le monde. C’était si fort, que je n’arrive plus à retourner au théâtre en Europe, même pas à Aurillac.------------------------------------------------------------------------

Y a t-il eu échange ?
ou simplement transmission de connaissance dans les sens habituel Nord Sud ?Claude Acquart a échangé avec un maître du masque, Gilbert Meyer, avec des enfants de la rue qui lui ont montré comment ils racontaient leurs histoires en dessinant sur le sable.
Les stagiaires ont échangé entre eux. Bien sûr il y a eu échange, transmission, et ouverture de portes, capillarité, élargissement des frontières du cerveau, ouverture, et puis, cette vie, vibrante, intense, forte, incomparable…Mais la montagne est si haute.
FIN (pourtant j’en ai encore à raconter, mais ce serait sans fin).