| Interprétation et mise en scène d'Hervée de Lafond.
Dans le parcours du théâtre de l'Unité, cette pièce se présente comme une incongruité, puisque d'habitude, hormis 3 pièces de Molière, l'Unité a toujours pratiqué l'écriture maison.
Les liens de l'Unité et d'Yves Ravey sont anciens et authentiques, ils datent de l'époque où Yves Ravey était militant culturel au CCPPO, Centre culturel de Palente les Orchamps, lorsque l'Unité venait jouer ses pièces à Besançon en 1974,1975, 1977, 1987.
Quand l'Unité débarque en Franche Comté en 1991, le premier réflexe est de retrouver Yves et de lui confier le poste de président de l'association "théâtre de l'Unité". A cette époque, Yves entame tout juste sa carrière d'auteur de roman. Il nous fait lire les manuscrits de ses premiers textes. Puis il est édité, et obtient de la presse nationale des critiques très élogieuses.
Depuis quelques années, Yves Ravey évoque l'idée d'écrire un texte pour le théâtre de l'Unité. C'est finalement un récit qu'il nous confie. "Promenade avec Luther" et quand il l'écrit il sait déjà qu'Hervée de Lafond en sera l'unique interprète.
Hervée de Lafond s'empare du texte en secret pendant l'été 2004, elle se le met en bouche, des idées lui viennent et elle décide donc de se passer d'aide extérieure. Elle imagine les accessoires, la gestuelle, les musiques et présente une première esquisse à Audincourt le 12 octobre 2004, devant Yves Ravey, Elisabeth Tréhard, et la Brigade. Elle tient compte des remarques qui lui sont faites à l'issue de la repésentation. Yves Ravey lui écrit deux lettres remplies de conseils.
Yves Ravey décrit toujours des univers austères, et renfermés sans nous proposer la moindre issue positive. C'est au lecteur ou au spectateur de faire le travail.
C'est un récit que raconte Rachel, une femme détruite par l'autorité de son beau père, Luther, et dont la vie est dépendante d'un coureur cycliste, Toni, à la carrière brisée.
Point de vue de Jacques Livchine
Hier à table, j'ai demandé à tous ceux qui avaient assisté à la pièce, de quoi il retournait. Chacun a raconté une histoire différente. Oui, c'est donc que chacun va reconstruire à partir de ce qu'il a perçu de la pièce une autre pièce, la sienne. Pour moi, c'est le principe même du théâtre et de l'oeuvre d'art. Le théâtre est déclencheur d'imginaire.
Ce que m'évoque cette "promenade", c'est que nos vies sont toujours détruites par quelque personne, conjoint, beau père, parents, qui nous dévorent notre espace, nos pensées, nous érodent, nous usent. La construction de nos vies, c'est de tenter de s'arracher aux influences de ces gâcheurs de vie, mais ce qui est plus complexe c'est que nous -mêmes nous sommes aussi ces mêmes destructeurs, ces mêmes étouffeurs, ces mêmes tyrans.
Un jour quelqu'un expliquait : ce n'est pas tant Saddam Hussein qu'il faut détruire, mais les millions de Saddam Hussein, petits tyrans domestiques, qui empêchent les familles françaises de respirer.

Répétition. Photo D.Nowak
Lire les notes sur les représentations

Des étudiants d'Aix en Provence se lancent dans la critique théâtrale à partir de Promenade avec Luther
|
|
Yves Ravey |
|
|
Publié chez Gallimard, aux éditions de Minuit, aux solitaires intempestifs, a écrit 4 romans et cinq pièces de théâtre. Auteur déjà joué à la Comédie Française, au théâtre du Rond Point, au CDN de Besançon etc. Yves Ravey a dédié le texte "promenade avec Luther "à Hervée de Lafond.
Par ailleurs Yves Ravey est professeur de Français et d'art plastique au collège Stendhal de Besançon.

Le CV d 'Hervée Gervais de Lafond se calque sur celui de l'Unité puisque depuis 1972, elle co-dirige avec Jacques Livchine cette compagnie née en région parisienne en 1968. Hervée joue dans tous les spectacles, participe aux mises en scène. Mais à l'Unité on ne peut jamais dire que l'acteur soit au centre. Bien qu'ayant beaucoup jouée, notamment dans la rue, et vu qu'à l'Unité il n'y a jamais d'acteur principal, le texte d'Yves Ravey est sans doute pour elle l'occasion de montrer ses qualités de comédienne, et de plus dramatique.
75 minutes seule en scène. Un texte intense, dense, dru.
le texte / inédit/ la première page
A l’aube, le téléphone a sonné dans la chambre de Luther. Je l’entendais dans mon sommeil. J’ai pensé qu’il allait répondre, mais il ne se levait pas. Enfin, Luther a décroché. Ça a frappé à ma porte. Il voulait me parler. Il m’a dit, je viens de recevoir un coup de téléphone du directeur de l’Etoile Cycliste. J’ai demandé, c’est pour Toni ? Il m’a répondu oui.
Luther est maintenant assis sur le bord de mon lit. Il a allumé la veilleuse et il me réclame une infusion. Il me demande, en soupirant, de ne pas le réveiller avant huit heures, de congédier le voisin, s’il vient à la maison. Il verse deux comprimés dans le creux de sa main, les porte à sa bouche, les retient un instant dans son palais et fixe la lumière de la veilleuse. Il boit un verre et avale les comprimés. Il se verse un autre verre. Puis il marche de ma chambre à son lit et se laisse tomber.
En général, il dort jusqu’à sept heures. Après son petit déjeuner, nous regardons ensemble les pics couverts de neige. Il dit qu’il n’aime pas l’hiver, mais moi non plus, je n’aime pas l’hiver. J’ai dit souvent, c’est à Majorque que nous aurions dû aller, pas à Cervinia. Ici, il fait trop froid.
Première série de représentations à Audincourt du 22 novembre 2004 au 22 Janvier 2005 à 20 H 30.
Mardi 22, mercredi 23 novembre
Vendredi 3, Samedi 4 décembre
Lundi 6, mardi 7 décembre
Mercredi 15, jeudi 16 décembre
Vendredi 7 , samedi 8 janvier
Lundi 10, Mardi 11 janvier
Vendredi 21, Samedi 22 janvier
Lundi 24 janvier, Mardi 25 janvier
réservations conseillées au
03 81 34 49 20.
Une enveloppe vous sera remise à l'entrée du spectacle dans laquelle vous glisserez à la sortie ce qui vous fait plaisir. A chacun selon ses moyens.
Une analyse d'Elisabeth Tréhard
Un texte bouleversant écrit pour une comédienne qu’on connaît dans un tout autre registre, celui de l’humour, de l’improvisation, du théâtre de rue.
Malgré ou certainement grâce à l’amitié qui le lie au Théâtre de l’Unité depuis plus de trente ans, Yves Ravey a eu l’idée, apparemment saugrenue d’écrire une pièce pour Hervée de Lafond ; saugrenue parce que s’il est des artistes de théâtre qui appartiennent à des genres différents, ce sont bien ces deux-là.
Promenade avec Luther est de ces textes étranges dans lesquels on entre prudemment, sans trop savoir où ils vous emmènent pour vous retrouver finalement captivé, ébranlé au plus profond.
Une femme, seule, évoque des petits faits quotidiens ; une promenade en compagnie de son beau-père Luther, l’achat d’un manteau, les pics enneigés du Mont Rose, ladépression d’un certain Toni.
A petites touches, le tableau se met en place et ce n’est qu’à la dernière pièce du puzzle que va surgir le pourquoi de ce monologue : le drame d’un couple banal tyrannisé par un beau-père banal.
Hervée de Lafond s’est immergée dans ce texte, avec une force impressionnante faisant passer le spectateur d’un désarroi inquiet à un trouble déchirant.
Yves Ravey et Hervée de Lafond se connaissaient ! Il fallait qu’ils se rencontrent !
|
| |
|