186 personnes en majorité bénévoles préparent une fête qui devrait être la démonstration de ce que les foyers ruraux ont de meilleur.
Je suis frappé par la créativité, l'habilité, l'énergie, la bonne humeur de tous ceux qui donnent tout à cette fête.
j'interviens avec Catherine Fornal, car il y a 26 stagiaires.
Je leur fais faire une présentation par tranche d'âge,
on commence par Monique Gridel né en 1945, et on poursuit avec Hélène Durand née en 1991. Voici les noms avec des orthographes approximatives
Claudie Lallemand, Juliette Lesouarn, Laure Thévenot, Lola Gourrieu, Marie Christine Bastien, Julie Andler, Michèle Claudon, Camille Vaugran, Marie Témmar, Léa Birker, Isabelle Jondreville, Aline Andler, Nathalie Lemoine, Cyrielle Marjolix, Valérie Brillant, Lou Birkel, Léonore Klein, Lucile Getzer, Nicolas Fonderie, Lou Leman, Amélie Schmitt, Aline Zender, Fanny Gourieux. et Pauline Matisse dont les parents nous prêtent leur écurie transformée en théâtre.
Soit 26 personnes entre 10 ans et 59 ans.
Mères de famille, collégiennes, adolescentes . Nicolas le seul gars va nous quitter assez vite pour l'atelier percussion. je me retrouve seul homme avec 26 femmes, le rêve..
Certaines, assez nombreuses, ont déjà fait du théâtre.
Nathalie Lemoine tient à faire du théâtre malgré sa sclérose en plaque. Elle a beaucoup de mal à accepter sa situation d'handicapée qui en "prend plein la gueule" dit -elle, à longueur d'année.
Elle aimerait que le théâtre parle de l'handicap et pour être sûre que l'on n'oublie pas de traiter le sujet a apporté 4 chaises roulantes.
Elle veut que nous sachions tous ce que c'est que d'être en chaise.
Les propositions esquissées me paraissent trop réalistes. Car je sais que toutes les impostures sur l'handicap sont délicates. De plus Claudine Lallemand vient nous dire qu'ayant perdu un fils de 19 ans, elle n'a pas envie de situation dramatique,car son fils, elle aurait été content de le voir en chaise. Ambiance.
Et puis drame, l'après midi nous démabulons dans le village en faisant des aubades aux habitants, mais le groupe assez excité ne fait pas gaffe à Nathalie, que l'on oublie carrément au milieu du chemin et qui nous retrouve deux heures plus tard, folle furieuse, et décide d'abandonner. Moi, je crois que je suis tellement nul en diplomatie pour régler le problème que Nathalie re-crise en plein milieu de l'explication, s'en va en hurlant des phrases définitives :"laissez moi, laissez moi, je n'en peux plus, je ne reviendrai pas".
J'apprends la nouvelle au reste des stagiaires, quand, au même moment, Nathalie ré-apparaît. Très beau travail d'assistance psychologique de Marie Christine Bastien des Foyers ruraux qui a su convaincre Nathalie Lemoine de revenir. Mise au point sur l'idéal des Foyers ruraux, on n'abandonne personne en chemin, donc on intègre Nathalie dans le groupe.
Le groupe trouve sa consistance non pas grâce aux ados, mais à 4 mères de famille et une célibataire de 36 ans qui ont de "la bouteille". je demande aux jeunes filles de résister. Peuvent-elles le faire ?
Conduites par Catherine Fornal, les ados nous font une belle brigade de militaires féminines, dans un village, quasiment vide.
On se divise en deux groupes, car la demande collective n'est pas d'intégrer la BIT UNITE mais de former une brigade spécifique "Foyers ruraux".
Un père Noël, un St Nicolas, et un père fouettard viennent à la consultation du Dr Livchine. Ils veulent faire partie des interventions du samedi. Hallucinant, le père fouettard commence à dire qu'il est le personnage le plus important, le Père Noël n'est pas d'accord. Ils s'engueulent vraiment.
C'est LaureThévenot, 46 ans, qui va produire toutes les idées des interventions à chaises.
- L'armée avec un soldat en chaise
- Une engueulade grave où les chaises roulantes s'entrechoquent
- Un handicapé perdu demande que quelqu'un le pousse, à un moment il s'absente pour aller uriner quittant nonchalamment la chaise et marchant normalement.
- Une handicapée chiante traite son aide -soignante comme un chien.
- Un sondage du ministère sur l'idée de dissimuler les handicapés ans les fêtes pour ne pas altérer l'ambiance.
Tout le monde loge sous la tente, il a plu, les vêtements sont humides.
Catherine Fornal propose la sortie d'un centre d'éducation surveillée. En quelques instants nos filles se transforment en harpies méprisantes, aml aimées dégageant de la haine.

Monique nous fait une surveillante plus vraie que nature.

Crash -test dans le village. ça fait effectivement peur cette énergie négative. Nous allons devoir adoucir le propos. Je suis éberlué par la justesse du jeu. Hélène Durand qui a à peine 13 ans me stupéfie, et Lucile, personne ne peut imaginer que sous ces sauvageonnes, il y a des demoiselles tranquilles.
On fait un crash test avec les chaises roulantes, pas encore très probant, mais on est sur la piste.

répétition dans le village encore vide.
Il faut gérer la fatigue montante.
Dernières mises au point. La brigade débarque à 17 H le vendredi 27 août 2004 d'Audincourt .
On regarde les jeux à la télé. Le 110 mètres haies où le français Doucouré tombe.

incroyable réunion des foyers ruraux dans l'église de Manonviller.Ambiance très laïque et très festive comme si l'on fêtait la fin du festival.

Le président de l'ABA. Association pour le développement du Branle à Audincourt. On répète le Branle le matin, C'est trop lent. J'investis beaucoup dans le branle.
Le temps est grisâtre. La BIT est impressionnante par le nombre. Ce qui nous permet quelques belles images
Nous sommes quasiment plus de 40.

La fusion avec les stagiaires est parfaite. Tout le monde se donne car de 14 H 30 à 19 H 30 nos prestations s'enchâinent.

Evidemment le député, François Guillaume, ex ministre de l'agriculture, va subir l'assaut de nos filles.
Unique, pas un gobelet en plastique, pas une canette à terre, les gens ont respecté le village.
Le petit déj' est glauque ce dimanche matin. Humidité.
La fête ? C'est un rassemblement où les gens sont ravis d'être ensemble, en harmonie. Il y a un côté chrétien-laïque.
Tout le monde a envie de contribuer à la réussite, tout le monde a envie d'apprécier.
Disons comme !ça : c'est une fête de la positivité, et de l'exaltation du "vivons ensemble". mais c'est bizarre comme les contradictions et les tensions de la société semblent laissées au parking.
Dimanche, difficulté de retrouver notre groupe. Les stagiaires sont disséminées. Démarrage horrible. Laure ne défend pas vraiment ses idées autour des actions" handicaps".
un essai...
De toute façon ils ne sont que 3 à faire la randonnée. Ce n'est pas grave, Nathalie se replie sur l'accueil des voitures. L'armée de l'Art se met en place, sur la route d'arrivée et fait des plongeons mémorables dans le fossé et des jeux amusants avec la gendarmerie.
La journée a mal commencé, pas de RV collectif, pas d'organisation, les "chaises longues poétiques, bon, on a décidé de les faire dans l'espace repas, pendant la queue, c'était une erreur. Décidément mauvais démarrage, et puis vint le soleil, et puis "le cercueil" marche à merveille. "Le Branle " ça assure...
et les Garett triomphent devant un cercle de gens ravis.

Au premier plan, Armand avec qui nous avons bien sympathisé, qui du banc de la ferme de ses amis, regarde "la famille Garett".
L'atmosphère est magique, le village est préservé des canettes et des assiettes plastiques, et des détritus divers, cela me stupéfie.
Déjà les adieux . on s'auto- congratule et on se félicite au sein d'une saine fatigue. Claudine Colas, la Mairesse de Manonviller se dit "émerveillée" par tout ce qu'elle vient de vivre.
Comment conclure ?
La grande qualité de ces moments c'est qu'ils n'ont pas été préparés par une direction achetant des prestations techniques de toutes sortes à des professionnels, c'était une fête où les actionnaires étaient nombreux, où chacun y avait mis de l'affectif. Ce n'était pas la fête votive du comité des fêtes, c'était vraiment une addition d'énergies individuelles rassemblées. D'où cette qualité relationnelle, cette qualité de contacts, cette qualité de rencontres, cette qualité de vie.
Cela me fait penser que je ne peux vraiment plus supporter la dérive des festivals de théâtre de rue, accumulatoires, et ressemblant de plus en plus à des vide -grenier. Là il y avait un soupçon de spiritualité dans l'air qui faisait la différence.
mais bien sûr, pas de FR3, pas de france Inter, pas de Libération. Quand quelque chose se passe vraiment, ils évitent soigneusement d'y être et ne fréquentent que de l'évenementiel harnaché d'attachés de presse.
Donc solennellement, je remercie Pascal Durand, Marie Christine Bastien, et Sylvie Tiger qui nous ont réconcilié avec le théâtre comme on aime le faire, et comme on arrive de plus en plus rarement à le faire.
compte- rendu Livchine
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