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PETITS BILLETS

Chaque semaine, j'écris en quelques lignes la dominante. Cela permet un peu de suivre les tendances et les mouvements.

A

samedi 23 octobre 2004

On fait la promo, des envois, des relances, on est classique, conventionnel, on baisse un peu la tête pour mieux la relever. Le monde du théâtre a beau dénoncer l'hyper libéralisme, c'est exactement pareil en pire. On n'allait pas jouer aux hommes des bois et se cacher, alors nous aussi on crie : "achetez nous, tout est à vendre, chaque achat c'est de l'emploi, de l'emploi, et huit heures c'est un cachet ! Tout notre art consiste à débusquer le goût de l'acheteur typique et s'y conformer. Le ministre vient présider une réunion à Besançon. Je crois que l'on a rien à se dire, sauf miracle.

samedi 30 octobre 2004

On sent une petite reprise. Des petites choses qui remplissent le calendrier. On cherche en toute liberté un spectacle de Noël/ On a entre les mains les propositions du Ministère de la Culture pour le spectacle vivant. Faudra juste faire en sorte que cette feuille de route soit respectée ! /La dernière création se met en place. Première à Audincourt le 22 novembre.

samedi 6 novembre 2004

J'ai du mal à être gai et enjoué. L'énergie d'Higelin me sort un peu de la torpeur. Je trouve le pays de Montbéliard étouffant et en mauvaise santé. La victoire de Bush, c'est celle de l'anti- intellectualisme. De plus en plus tous les métiers qui relèvent du monde intellectuel sont dénigrés. Quelques coups de téléphone pour des nouveaux projets nous parviennent. Sinon, on a fini l'invitation du nouveau spectacle. Enveloppes, vérification du fichier. Instants de vie morose, où l'on ne joue pas.

samedi 13 novembre 2004

Notre vie c'est jouer, remuer la terre, voir du monde, échanger, remuer les villes. Alors cette semaine ça va, les chambres d'amour à Haguenau, revoir tous ceux de la rue à Paris pour l'AG de la fédération, et aller au Palais de Tokyo, voir des artistes comme Wang Du et Barthélémy Toguo, ça stimule. Et terminer par la St Martin en Suisse, à Porrentruy, on vit, on se bat, on ne se laisse pas abattre, on apprend même que le Ministère de la culture veut faire un temps des arts de la rue, et qu'en Région ils ils auraient placé aux manettes de la culture l'excellente Ghislaine Gouby. Un peu d'espoir...

 

Samedi 20 novembre 2004

La bonne nouvelle c'est que nous aurions remonté notre déficit. On a donc acheté deux nouvelles chaises...Il faut dire que depuis un an nous n'avons fait aucune dépense qui ne soit pas absolument nécessaire. Notre studio des 3 oranges s'équipe doucement en son et lumière. Notre problème N° 1, c'est la promotion. Il faut mettre nos efforts sur la promotion, et nous cela ne nous amuse plus. Il faut harceler les acheteurs et les journalistes, et cela ne nous amuse plus. Il faut mettre de l'argent sur la documentation et cela ne nous amuse plus.

 

Samedi 27 Novembre

Le défi c'est de savoir si dans le pays de Montbéliard il est possible de jouer une pièce un certain temps hors système d'abonnement. Nous avons ôté l'obstacle financier. Quel besoin les gens ont -ils d'aller au théâtre ? Les deux premières soirées de Promenade avec Luther étaient riches de rencontres. Le théâtre c'est certes la pièce, mais aussi se retrouver ensemble. Moi je pense que ce pays est gravement blessé, que les jeunes ne pensent qu'à le fuir. Notre Maison Unité et son studio des 3 oranges, c'est un tout petit peu de chaleur, les soirs de brume, un petit brin de vie.

samedi 4 décembre 2004

Notre conte de Noël pour les enfants s'appellera "la petite fille sans nom". Nous avons envoyé plus de six cents lettres pour le proposer aux écoles du Doubs pour des résultats très minimes et quasiment décourageants .

Nous faisons sans arrêt le procès de la société libérale, et vas- y qu'un autre monde est possible. Mais on oublie sans arrêt, que c'est nous tous qui avons fabriqué et qui fabriquons la société comme elle est. C'est nous qui faisons les succès des hyper- marchés, c'est nous qui faisons les délocalisations, c'est nous qui prenons notre voiture pour faire 100 mètres. C'est nous, qui ne sortons plus au théâtre, jetant des milliers d'intermittents sur le carreau.

samedi 11 décembre 2004

Le téléphone sonne et re-sonne. Le Kapouchnik va être plein. Le rêve ! Car nous n'avons fait aucune publicité, les gens se parlent entre eux. Ils réservent par table de 4, de 8 ou de 10. C'est comme si le feu finissait par prendre, mais après il faut l'alimenter.

Samedi 18 décembre 2004

Tout le monde se dit "bonnes fêtes".. les gens décorent leur maison de manière féerique. Nous, on joue jusqu' au 24 décembre on reprend le 27... Cela ne veut rien dire les 35 H pour nous. L'inspiration cela ne se décide pas à l'intérieur d'horaires précis. Je déteste les nouvelles formules " à partir du 4 , je suis en création ou en résidence et pour quinze jours. "Dans les compagnies permanentes, la création est continue, il n'y a pas de jour où l'on ne soit pas en recherche. Avant de trouver la route qui nous paraît juste, nosu rebroussons chemin des dizaines de fois. Quand nous avons enfin "l'idée", alors là on monte la pièce. Actuellement, j'ai une piste très vague qui est en germination...

Samedi 25 décembre

Cela fait un bout de temps que je sens que ce sont les arts plastiques qui sont en train de stimuler tous les autres arts. "Swiss democracy", au centre culturel Suisse est une incroyable non-oeuvre de Thomas Hirschhorn. Je recopie fébrilement ces quelques phrases de l'artiste.

"je ne crois pas à la Qualité . Energie, oui ! Qualité non ! Je veux travailler dans le sur-régime. Je veux travailler politiquement, je veux faire face au monde qui m'entoure, je veux rester attentif et lucide. Donner forme est mon engagement d'artiste. Je ne me demande pas si mon travail fonctionne. Je crois nécessaire qu'il ne fonctionne pas pour rester utopique. Je veux faire mon travail comme un guerrier, je crois à la résistance dans l'Art. Je veux travailler avec ce qui m'est propre et rester libre

Samedi 1er janvier 2005

Depuis quatre jours on ne vit que dans la comptabilité macabre. De quatre cents morts le premier jour le chiffre vient de passer la barre des 150 000. Quand c'est du terrorisme c'est plus pratique, on sait nommer le coupable. mais là, un tsunami, le fond de la mer qui se secoue, qui accuser ? Peut on faire du théâtre, et faire la fête alors que notre tête est remplie d'images de cadavres alignés ? Tout le monde oublie que le Sida c'est 3 millions de morts cette année, et ce n'est pas une fatalité, et que la faim c'est 24 000 morts par jour, et ce n'est pas une fatalité. Enterrer les morts, réparer les vivants dit Tchékhov.

Samedi 8 janvier 2005

Je pense à la beauté toute modeste et pure, à la richesse de la soirée d'hier à Audincourt, et je pense à tout ce mépris, à toute cette arrogance qui devraient nous faire croire que tout ce qui se passe, se passe à Paris. C'est le jacobinisme, la vassalisation. Et pour exister, nous devrions nous faire adouber par la capitale; Faudra encore cent ans pour décentraliser la presse et 400 ans pour décentraliser la mentalité méprisante de Paris pour la Province.

samedi 15 janvier 2005

Je reçois les jeunes impétrants de la FAI AR, une formation aux arts de la rue. On sent que le monde a changé. Nous arrivions à l'Art dans les années 70 sur une révolte, une rebellion, une blessure. Nous voulions changer la société, lui mettre la tête à l'envers. Nos candidats, ce n'est pas ça du tout. C'est rajouter des fleurs, rendre la société plus mignonne, l' aménager, vivre modestement dans ce monde libéral, sans en toucher les fondations, c'est comme ça. L'Art, pour eux, est à la société ce que l'adoucisseur est à l'eau.

Samedi 22 janvier 2005

Ah, encore le public. Mardi c'était une grande première à Paris au théâtre du Rond Point. Ribes avait mis en scène "Dieu est un steward de bonne compagnie " de Yves Ravey avec Claude Brasseur, Michel Aumont et Judith Magre. C'était magnifiquement et horriblement mondain, le théâtre jouait son rôle social de club de rencontres. On est là pour se montrer.

Hier soir à Audincourt, c'est Promenade avec Luther, Une vraie atmosphère, une belle spiritualité. Comme dit si bien Eugénio Barba, ce n'est pas tant toucher telle ou telle classe de la société, plus ou moins privilégiée qui compte au théâtre, c'est toucher "l'élite de la sensibilité."

Samedi 29 janvier 2005

L'écrivain-philosophe Michel Onfray me stimule, me ré-active, me rend intelligent. Je suis admiratif devant ses raisonnements. Je serai prêt à aller à Caen pour suivre son université populaire. Il dit que nous sommes à la fin d'une civilisation, d'où cette demande de sens que l'on sent dans la société. Ce serait un peu ça le sujet de notre future création . Nous sommes tous des personnages de Tchekhov, accrochés au bastingage d'une époque qui s'enfuit.

Samedi 5 février 2005

Au lieu de parler de faire-parts, je parle sans arrêt d'invitations. Ma mère est morte jeudi, En principe, il ne faut pas emmerder les gens avec la mort de sa mère, mais moi je veux lui offrir un bel enterrement, alors on répète la musique, j'inscris les diverses prises de parole, il faut mettre en place la collation qui va suivre l'enterrement.

Le rituel du théâtre et celui de l'enterrement sont proches, comme disait Genêt "le théâtre doit être une déflagration si dense et si forte que par ses prolongements elle réveille le monde des morts".

Samedi 12 février 2005

Le théâtre de Boulevard a disparu en province. Plus de tournées Karsenty-Baret. Ceux qui veulent en voir doivent monter à Paris et payer 50 euros à la place. Paraîtrait -il que même à Paris, le Boulevard se porte mal. Tant de fois, ces Messieurs du Boulevard se sont vantés de vivre sans subvention, et maintenant les voilà qui appellent à l'aide. Est ce que l'on va laisser le théâtre de Boulevard mourir de sa belle mort, ou est ce que l'on va tenter de le sauver ? Peut-être que les PDG qui couchent avec leur bonne et les bourgeoises qui se tapent le plombier sont des histoires dépassées. Le théâtre doit coller à la société. Alors c'est comme le vieux papier peint qui se décolle, il faut le remplacer.

Samedi 19 février

La télévision passe un film canadien sur Terezin, d'un certain Clarke, une splendeur, cela parle de ce comique Kurt Géron, qui pour tenter de sauver sa vie a fabriqué un film de propagande sur le camp de concentration, toute une façon d'aborder de façon intelligente le grave dérapage allemand. Le problème, c'est qu'il était deux heures du matin, et je me suis dit voilà : "c'est comme notre pièce Terezin, tout est fait pour que personne ne la voit".

 

Samedi 26 février 2005

Bourdieu expliquait que l'on a entendu ce qu'il disait à partir du moment où il est rentré au collège de France. Se faire décorer des palmes académiques c'est un peu pareil, surtout pour moi qui n'ai rien d'académique, cela me rend un peu plus crédible auprès de personnes qui ne me saississent pas bien . Ceux- là pensent " Si on le décore, il est peut être moins crétin que ce que l'on croyait de prime abord". Ah, c'est pas facile de se faire admettre en dehors de son petit microcosme habituel.

Samedi 5 mars 2005

Je demande au marchand de fromages si les fromages au nom inconnu sont aussi bons que les fromages connus. Il me répond que les fromages pas connus sont souvent meilleurs parce que justement ils ne mettent pas d'argent dans la promo, mais uniquement dans la qualité. Alors c'est comme dans le théâtre... Les compagnies inconnues sont souvent meilleures que les compagnies connues. Cela va être difficile de mettre dans la tête des gens que "connu" ne signifie pas automatiquement "bon" et qu'inconnu ne signifie pas "mauvais".

Samedi 12 mars 2005

Inventer une fête pour Besançon. C'est le concours, comme pour obtenir les jeux olympiques. 65 candidats, nous sommes huit finalistes. Besançon veut être décoiffée! Les élus rêvent de voir Besançon rejoindre le peloton des villes connues par leur évènement culturel. Bourges, Avignon, Cannes, Montpellier, Grignan, Nantes. On ne sait même pas si on a le droit ou non de rencontrer ceux qui commandent ce projet. Nous sommes animaux, nous devons nous flairer pour savoir si nous ferions un bon tandem avec la Mairie...

Samedi 19 mars 2005

Je traverse la France du Nord au Sud. On ne quitte pas l'autoroute pendant 7 heures de temps. On échange très peu de paroles. Catherine a 29 ans, elle est artiste, elle chante, elle veut un Art qui arrache. A aucun moment elle ne réussit à trouver à la radio une musique qui lui convienne. Tout est trop tiède pour elle. Alors elle met ses CD, des voix chargées de vie et qui dégagent. Je veux les infos, je la sens à 1 million de kms du NON au traité constitutionnel, de la directive Bolkenstein, de l'intervention de Chirac. Pourtant, elle est vraiment européenne, elle sait tout de Goeritz, la ville frontière entre l'ex RDA et la Pologne, elle connait Kiev, Odessa. Les seuls moments où elle sort de son univers musical c'est pour me signaler un Quick ou un Mac Do.

samedi 26 mars 2005

J'aime bien chercher Tchekhov en Russie. Il y a un musée à Yalta en Crimée. Je suis à Odessa, mais c'est encore à une nuit de train. Il s'en va en 1904 se faire soigner à Badenweiler où il meurt le 2 juillet. Quel voyage. Je regarde les maisons, je visite celle de Boulgakov à Kiev, mais je pense à Tchekhov. Cela fait quinze ans que je cherche à approcher Tchekhov. Je crois qu'en travaillant le russe, je comprendrai encore un peu mieux.

 

Samedi 2 avril

L'institution est votre bête noire ?
Mais pas du tout, j'aime l'institution, j'en ai une idée si haute que je suis toujours déçu par ce que j'y trouve aujourd'hui.

Pouvez vous démolir l'institution à longueur de pages et demander d'y passer ?
Non bien sûr, je le sais, il faut flatter si l'on veut avancer, tant pis je recule.

Que pensez vous de l'évolution du théâtre de rue ?
il y a de plus en plus de textes, il se joue de plus en plus à l'intérieur. le théâtre de rue va finir par devenir du théâtre.

j'étais interrogé par Anne Quentin de la revue Théâtre

 

Samedi 9 avril 2005

"La résidence". Nous voilà dans l'ère de la résidence à tout crin. En dix ans la France s'est couverte de résidences. Il y a maintenant des lieux réservés aux créations, ce sont les lieux de fabriques. On s'y enferme trois semaines, on vit dans des logements approximatifs, ambiance auberge de jeunesse, les règles sont monacales.

La création d'un spectacle commence donc toujours par la recherche de résidences. Plus on a de résidences, plus le spectacle sera joué. La nouvelle règle consiste pour les directeurs d'établissements et de festivals à miser sur un artiste avant création. D'où un nouveau langage:" tu fais quoi actuellement ?" -je suis en résidence de Création" on peut même dire :"je suis en créa, j'ai une résidence."

samedi 16 avril 2005

La France est une usine à spectacles. Cela pousse de partout, dans tous les sens , dans tous les coins. Nos corbeilles de courrier arrivent remplies d'invitations, sans parler d'Internet. Et bizarrement, je trouve qu'il n'y a rien à voir. Rien ne fait vraiment très envie. Partout on a la sensation de "déjà vu" ou de "sans intérêt". Pourquoi monte -on un spectacle, quelle est la nécessité intérieure ou sociale de ces centaines de créations ? Et voilà, encore un accès de pessimisme !

Samedi 23 avril 2005.

Dans le jargon "Unité" on appelle ça" la lettre de Meyerhold". Meyerhold, metteur en scène russe des années 30, expliquait que lorsque tout va mal, que tout espoir a disparu, arrive toujours une lettre. Et cette lettre vous annonce que vous êtes sauvés. Depuis plus de deux années je suis désespéré par le manque de souffle et de projets des politiques, par l'élimination en douceur des artistes, par l'étouffement de la créativité, par l'absence de rêve. Et ce dernier mercredi, le téléphone sonne, et c'est une nouvelle incroyable que nous apprenons. Je reste abasourdi et figé. Le lendemain, nous nous réunissons, nous construisons la saison 2006-2007, nous sortons de la morosité. Eh bien oui, ne me dîtes plus que la gauche et la droite c'est pareil. Non, décidément, ce n'est pas pareil.

Samedi 30 avril 2005

Nos milieux artistiques sont étanches, imperméables à la vie extérieure. On ne parle que de théâtre, uniquement de théâtre. -"Alors comment ça se passe pour vous" ? Eh oui, on doit savoir comment notre milieu évolue, qui se place ? Qui s'en va ? qui se compromet ? Heureusement pour moi, je me rends régulièrement dans une école d'Audincourt, et là je vois la détresse sociale, la misère spirituelle, je vois comment notre système tient encore en esclavage des pans entiers de notre société. Je n'ai pas besoin d'aller pleurer en Afrique, Nous aussi, nous avons nos pauvres ... en bas de chez nous.

 

Samedi 7 mai 2005

Il y en a qui disent de moi"il se plaint sans arrêt, ce ne sont que lamentations." Oui, tous les jours, je sens que le "théâtre public" pousse de travers, que les valeurs en cours sont navrantes. Je me sens seul et peu soutenu. Pour pouvoir jouer, chacun accepte de rentrer dans le moule de ce goût moyen que j'abhorre. Et voilà que dans son dernier bouquin, "le théâtre et le prince, un système fatigué", Robert Abirached vient à mon secours. Je cite:" Des compagnies comme le théâtre du Soleil avec Ariane Mnouchkine, les bouffes du Nord sous la direction de Peter Brook, la troupe de Jérôme Deschamps et Macha Makeiff, le théâtre de l'Unité dirigé par jacques Livchine et Hervée de Lafond ont repris à leur compte les acquis éthiques et sociaux de la décentralisation avec une haute exigence artistique et en allant jusqu'au bout de la trajectoire qu'ils se sont assignée(...) Autour de ces théâtres en marge , jamais l'enthousiasme et la confiance des spectateurs ne se sont relâchés. etc. Faudrait citer tout le livre. C'est à Acte Sud.

Samedi 14 mai 2005

Suis-je le seul à sentir dans les Arts d'aujourd'hui une certaine lissitude, un manque de ruguosité ? J'ai l'impression que tout le monde s'imite, tout le monde se ressemble. J'ai la sensation que pour pouvoir présenter ses oeuvres, il faut avoir un certificat de conformité, un alignement à des normes d'uniformité. J'appelle ça "Le G.M.U." Goût Moyen Uniforme. Je cherche, mais en vain, depuis une vingtaine d'années, un art de rupture, un Art qui ouvre les routes vers un monde nouveau. Dans mon classement des oeuvres qui m'ont marqué, toutes datent des années 70-80. Peut être avec l'âge suis je devenu plus difficile ?

 

Samedi 21 mai 2005, rectifié le 23 mai 2005

Je change de billet d'humeur. J'avais parlé d'un sujet tabou, ok, je gomme. N'en parlons plus. La France se prépare à voter. Pour l'instant cela se présente comme si les pauvres allaient dire NON et les riches OUI. Bien- entendu, nous sommes des millions à n'avoir rien à perdre ou à gagner dans cette affaire. Que cela soit Oui ou NON, croyez vous que la gangrène du chomage va diminuer, ou que le flux des réfugiés des pays pauvres va diminuer ? Ce sont les deux problèmes du siècle, et ce traité les érafle à peine. Je préfère regarder ces élections comme un sprint à vélo. Comment tous les candidats se mettent en place pour la Présidentielle ? Fabius s'isole du peloton, Hollande se met dans la roue de Sarkozy, Sarkozy doit se mettre en position de ne pas lâcher Chirac. Chirac est curieux, il se prépare à asséner un gros coup de massue à Sarko, faut pas qu'il rate. Formidable tout ça.

28 mai 2005

Les artistes de rue remontent la pente, ils en ont marre d'être traités comme les parias de la profession. Alors ils se sont organisés en commissions très studieuses pour théoriser leur assise et leur existence. Une énorme bataille pour leur reconnaissance est en cours. Je les hèle et je leur dis " méfiez vous de ne pas vendre tout ce qui fait votre impertinence et votre différence pour obtenir argent et gloire" parce que bientôt, vous serez peut être reconnus, mais serez vous encore vivants ? En fait, c'est tout le dilemme de l'Unité, pouvons- nous obtenir des aides, et rester nous -mêmes, résister au Goût Moyen Uniforme ?

4 juin 2005

Celui qui ne joue pas au Rond Point est un moins que rien ! Le théâtre du Rond point est devenu le lieu incontournable de toutes les légitimations. Enfin un théâtre vivant, un vrai lieu, où ça répète, ça joue, ça croise, ça discute, un lieu comme devraient être tous les lieux de théâtre. Ce n'est pas un lieu de succès, c'est un lieu de recherche, ce n'est pas grave, c'est la règle du jeu. Le public est intellectuel, chic, branché, on est tout de même sur les Champs Elysées. Dans le sérail des professionnels on n'aime pas trop ce JM Ribes venu troubler, secouer, défier le théâtre public.

11 juin 2005

On garde notre ministre de la culture, c'est déjà pas si mal, car il a juré qu'il règlerait le problème des intermittents. Mais pour le reste, quel cynisme. Tous ne pensent qu'aux présidentielles. Sarkozy annonce déjà qu'il n'est à l'Intérieur qu'il a quitté pour l'UMP que pour se placer pour 2007. Il garde l'UMP alors que Chirac nous a expliqué qu'on ne pouvait pas faire les 2 à la fois. Il garde la présidence du conseil général, cela ne lui pose pas de problème d'être sous l'autorité du Ministre de l'Intérieur puisque c'est lui-même. On dit que Villepin et Sarkozy se détestent cordialement. Soit Chirac a une stratégie d'enfer pour 2007, soit ils sont tous de mèche pour faire un barrage étanche aux socialistes, soit je ne comprends décidément plus rien.

18 juin 2005

On peut appeler ça des balises, ou des repères, ou des valeurs. Alors que je me sens bien flottant, toujours déchiré, je reçois parfois des courriers très admiratifs sur les valeurs que nous défendons sans fléchir au théâtre de l'Unité. Cela fait un drôle d'effet de savoir que nous servons d'exemple. Les 14 valeurs que je défends au théâtre je les ai écrites ; plus que des valeurs ce sont des obsessions, Quand cela dure depuis plus de trente ans sans jamais déroger, est -ce que cela ne serait pas plutôt de l'ordre de la maladie ? C'est ce que pensait mon père, qui trouvait surréaliste que je n'acceptais pas comme seule et unique valeur, l'argent. Lire les quatorze valeurs auxquelles je crois en matière de théâtre

25 juin 2005

On a rencontré Jean Raymond Jacob de la compagnie Oposito, nous étions bien six à avoir vu son opéra de rue, "à la vie à l'amour". On aurait bien voulu donner notre appréciation, ouvrir une discussion esthétique sur le théâtre de rue, mais voilà, les artistes n'ont pas envie d'écouter, ils n'ont pas envie de connaître les réserves des uns et des autres. Pourtant ce serait essentiel pour progresser. Remarquez, si on se disait nos vérités théâtrales, la vie serait insupportable, et pourtant c'est possible et nécessaire. A Kinshasa , lors du festival de l'écurie Malomba, il y avait tous les matins un rituel de polémique, on décryptait le spectacle de la veille. C'était vif, violent, animé, mais au moins le metteur en scène avait un véritable retour des profesionnels et du public.

2 juillet 2005

Le théâtre a changé ma vie. Je crois me souvenir que la vision de "Schweyk dans la deuxième guerre mondiale" de Brecht monté par Planchon a opéré sur moi une volte-face totale.Avais-je dix sept ans ? Environ. Le théâtre a été pour moi une prise de conscience totale et nouvelle. Et je me dis toujours que notre vrai rôle devrait être de faire basculer, de renverser, de faire bouger ne serait-ce qu'une seule personne par an.

 

9 juillet 2005

Ce n'est pas vrai que je n'aime plus rien question théâtre. Mais il faut que le théâtre me parle de moi, du monde qui m'entoure, qu'il éclaire l'opacité, qu'il démêle les rapports de force. Molière s'attaquait aux vices de la société, Shakespeare à l'histoire et à la cruauté des gouvernants. Cela a pété à Londres, et bien excusez -moi, dans Tchekhov, il y a en filigrane cette peur sous latente.

16 juillet 2005

Avignon 2005 est le parfait modèle d'un dispositif de culture excluante, d'accentuation de la coupure entre vrais amateurs d'Art, appartenant aux classes privilégiées et France basique. La violence du rejet est totale. Economique d'abord, pour une place du IN, tu as quatre ou cinq places places du off. Idéologique, à la quatrième pièce de théâtre expérimental ou de performance branchée, tu rends les armes, tu décides de les laisser entre eux, tu te dis "je n'ai pas le niveau". C'est assez humiliant . Qu l'on ne caricature pas ce que je dis , ce n'est pas Mireille Mathieu ou Johnny Halliday que je réclame, c'est de l'Art vrai en prise sur la vie et l'histoire du Monde. Il est vrai que c'était l'année du sulfureux Jan Fabre.

23 juillet 2005

Je ne sais plus quoi penser. Avignon m'a déstabilisé. C'est comme une forêt, avec ses champignons vénéneux et ses champignons comestibles. Tu tombes bien ou mal. Moi cela m'a déstabilisé, tous ces paramètres qui bougent, les repères qui se perdent, les huées, les succès, les gens qui discutent. Alors peut être que l'on peut dire qu'un festival, c'est fait pour ébranler nos certitudes pas pour les flatter.

30 juillet 2005

"Alors qu'est ce qu'il y a de bien à voir" ? ou "tu as vu quelque chose de bien"? Ces questions me révulsent , parce qu'elles font du théâtre une espèce de produit passe -partout et mondain. Il y aurait "des trucs à voir" et "des trucs que c'est pas la peine de voir". Or nous avons tout de même des préférences et des goûts particuliers. Si je dis :"il n'y a que le Pudding de bien cette année", pourquoi je dis ça ? Parce que Le Pudding , c'est une troupe qui grandit doucement depuis des années, et je suis heureux , parce que non seulement ils sont décoiffants et radicaux dans la forme, dans leur dernier spectacle mais parce qu'ils parlent de l'Histoire, qu'ils mettent en perspective avec le monde d'aujourd'hui. Le BCBG d'Avignon, lui a envie de voir les "trucs dont on parle " pour briller dans les salons, du Pudding, il n'en a jamais été question dans aucun restaurant de la cité des papes, Avignon fait l'impasse sur le théâtre de rue. Avignon fait l'impasse sur l'histoire, Avignon c'est tout de même triste.

6 août 2005

Un pays tout entier qui n'a pour projet que les jeux olympiques ou la coupe de Monde de football ne peut pas être en bonne santé.Une capitale qui ne communique que sur son opération "Plage" ne peut pas être considérée comme dynamique. Et voilà pourquoi le Musée Guggenheim de Bilbao est un choc pour moi. Une région en mauvaise santé-le pays basque espagnol-décide de lancer un signal fort. Ce pays "ose" la culture, et entreprend une opération architecturale digne des cathédrales. Depuis 1997, la Région est dopée par ce musée qui voit l'afflux de 850 000 visiteurs par an du monde entier.Je me dis juste que c'est cette folie qui manque en France. Passer sa vie à se faire remballer dès qu'on a la moindre ambition et dès que l'on sort des rails amidonnés de la culture du goût moyen est notre lot quotidien et nous assistons impuissants à cette immobile stagnation.

13 août 2005

Le vide des vacances me terrorise. Alors j'en profite pour voir des musées, des expos. La Schaulager à Bâle est un lieu magnifique, les photos de Jeff Wall me parlent. Au Kunstmuseum je me régale de "covering the real" ces oeuvres qui se chevillent à l'actualité. Je vais voir Favier à Lyon. J'achète des catalogues, des livres de photos, cela m'inspire. Devant le musée Guggenheim de Bilbao je découvre jeff Koones et à l'intérieur Richard Serra. Cela me passionne. Mais voilà, le tourisme culturel, inquiète Yves Michaud, qui l'écrit dans le Monde. 700 millions de personnes se déplacent chaque année pour visiter des pays, leurs monuments, leurs musées . Yves Michaud dit qu'on est passé de la sacralisation de l'art au "divertissement culturel". C'est toujours le même débat. Boulez dit que les oeuvres accessibles sont toujours mineures et Michaud semble s'enerver de ne plus être seul comme il l'était auparavant dans les lieux dArt. On est en pleine dénégation pratique. Tous ceux qui prônent les élargissements de public, ne souhaitent que le contraire.

 

20 août 2005

Parfois, on se demande où sont passés nos jeunes ? C'est simple, ils sont tous à Aurillac. Aurillac est totalement remplie de 16 -25 ans qui viennent pour être ensemble. Le théâtre de rue n'est qu'un prétexte. Cela donne une ambiance tout à fait comparable aux rassemblements chrétiens de la jeunesse. Une énorme joie assez gentillette envahit la ville. Et puis on sent bien que ce soir, le 20 août, plus de 12000 de ces jeunes profitant de l'absence des parents vont se lancer dans leur premier acte amoureux complet. Des préservatifs sont distribués un peu partout. Aurillac, vraie fête de l'amour.

27 août 2005

Il suffit d'une déconnexion intempestive, d'une durite un peu molle, de la machine à cappuccino qui ne fait plus de mousse, pour que le monde entier me paraisse noirâtre. Il suffit d'une personne qui me montre son Palm GPS, son I Pod MP3, son disque dur portatif supportant 30 go, pour que je cours à la Fnac acheter pareil. Je souffre de cette dépendance aux drogues molles, je souffre de cet esclavage, de ces nouvelles aliénations. Qu'est ce qui vaut mieux ? Etre aliéné ou vivre dans une angoisse permanente et infinie ?

3 septembre 2005

C'est bizarre de se lever matin et de se dire :"je n'ai pas envie de mourir tout de suite, j'ai encore des choses à faire, à prouver". Ces temps-ci, j'ai envie d'apprendre, de savoir plus de choses. j'achète quantité de livres, de CD, j'ai envie de faire "sciences politiques". Je suis dans l'histoire de la Russie depuis Catherine II jusqu'à la révolution. Je suis boulimique de journaux . Beaux Arts, 50 millions de consommateurs, les échos , Le Monde, Libération, Géo. Je regarde les nouvelles des TV belges, suisses, CNN, I télé. Je suis fou. J'aime les gens qui ont de la culture. J'ai envie de comprendre l'époque, les évolutions de l'Art. J'écoute Plantu, Vuillemin, ces deux dessinateurs politiques. Par- dessus le marché, j'aime faire la cuisine, mettre du basilic sur les tomates, enfourner une dorade. Et le théâtre de l'Unité a des projets excitants. Vraiment, je n'ai pas envie de mourir demain matin.

10 septembre 2005

Dans le tri sélectif, nous avons maintenant la petite poubelle à compost. J'assiste, admiratif, à la décomposition rapide à cause de la chaleur des épluchures et autres débris d'aliments. A chaque fois, cela me fait penser au Pays de Montbéliard qui est une sorte de cuvette où la macération et le pourrissement des individus, sont accélérés par un certain nombre de responsables qui n'ont comme conception de bonheur et de vie que la production matérielle d'automobiles, et tous les intérêts qui y sont liés. L'installation d'une vraie librairie à Audincourt- les sandales d'Empédocle - est tant sur le plan symbolique, que de la vie de tous les jours, une nouvelle d'ordre vital et capital. Nous nous sentons d'un seul coup moins seuls dans cette bataille contre un matérialisme sournois omni -présent, contre la mesquinerie galopante et pour le développement de l'Imaginaire sur un territoire où la Culture est quasiment considérée comme parasitaire et comme frein à la rentabilité de la productivité.

17 septembre 2005

Moktar Hadjeras, c’était un poète  constructeur,  il était passé par les Bains Douches de Claude Acquart, il a fabriqué des superbes sculptures pour le réveillon  des Boulons 99, on le  voyait de plus en plus rarement.Il était  devenu  gardien de nuit,  dans un foyer à Besançon. Il souffrait de ne plus faire ce qu’il aimait, il était à  bout. Il  est allé dans la forêt, il s’est  pendu. En Franche- Comté,  ils sont nombreux les Moktar. Il n'y aura aucun procès pour savoir qui est coupable de la mort de Moktar, car personne ne peut être tenu dans notre pays pour responsable de la mort de Moktar.

24 septembre 2005

Il y a une espèce de non -conformisme qui consiste à ne jamais regarder la télé, refuser Internet, refuser le téléphone portable. Dans certains milieux intellectuels, c'est même un conformisme. Ces mêmes personnes, il y a cent ans auraient refusé l'électricité, le chemin de fer, la radio, le téléphone à fil, l'automobile. Or aujourd'hui, elles aiment la lumière électrique même nucléaire, elles prennent le TGV, elles adorent France Culture, ont le téléphone chez elles et une voiture. Elles font tout avec un peu de retard. Alors bien sûr quand je leur montre le GPS de ma 307, elles s'esclaffent de rire, et moi je leur dis que dans moins de 20 ans le GPS sera aussi commun que l'autoradio. Elles me disent "on peut vivre sans GPS et trouver sa route avec une carte. " Il y a un mot pour qualifier cette attitude de rejet, d'exécration, d'inappétence, d'anaphylaxie pour tout ce qui est neuf, mais je ne le connais pas. N'empêche que je ne suis pas dupe et que je sais que tout progrès engendre son contraire.

1er octobre

Nous sommes entourés de personnes qui ont du mal à s'accrocher. Précarité continuelle, petits boulots, petites aides. Peu peu, ils déjantent, sombrent dans l'alcoolisme, ou plus grave la psychose. Et puis ils rentrent dans un no man's land. On ne peut plus leur parler, plus rien faire pour eux. Ils coulent tout doucement. Bien- sûr, nous sommes dans une société où le droit au travail n'est plus respecté, où même le droit à un logement n'est plus évident. Mais ce serait trop facile de dire : "c'est uniquement la faute à la société". Nous avons tous une petite marge de manoeuvre, la culture est une arme incroyable, il faut la saisir, sortir, bouger, rencontrer du monde, se bâtir un profil de résistant. Pour certains c'est malheureusement trop tard. C'est le sens de notre présence à Audincourt, nous tendons des perches, mais il faut savoir les attraper.

8 octobre

Dans la boulangerie quand arrive le soir, il n'y a plus de pain tout a été vendu. Or dans notre boulangerie artistique, on produit cent fois plus de pain qu'il n'en faut. Tout le monde est au four. Personne ne se soucie de savoir si nos créations vont être vendues. L'important c'est la création, ça sonne comme il faut. On produit, on crée. "résidence de créa", ça fait classe. La France meurt sous le poids des créations qui restent en rayon. Nous créons pour une minorité déjà gavée, le reste des gens, on s'en fout, ils ne jouent aucun rôle, ils n'existent même pas.

15 octobre

Je vis avec Tchekhov. Un vieux rêve. Lire Tchekhov en russe. Se dire que le Russe était la langue maternelle de mes parents, et que je ne le parle même pas. Donc je lis Tchekhov en russe, je suis armé de cinq traductions et d'un dictionnaire, et je mets sur papier, une sixième traduction, la mienne. Parfois, Tchekhov met volontairement dans le texte des mots en français, par exemple, Vania, au lieu de dire Eléna, dit Hélène...Comment traduire Hélène en Français ?Alors, là je cale, pourtant je me souviens que mon père quand il avait envie d'être gentil n'appelait plus ma soeur Ketty, mais Katioushinka, oui mais là c'est un diminutif. Qui me dira ce que cela veut dire d'énoncer le prénom de quelqu'un dans une autre langue. Et pendant ce temps là, on nous dit que la pandémie va arriver et faire 7 millions de morts, mais mon problème à moi, c'est traduire "Hélène" en français.

 

22 octobre

La belle région Franche -Comté organise des réunions pour imaginer son projet à l'horizon 2025. Je participe à la réunion de Lons le Saunier. Il y a le lobby des excités du VTT, du tourisme vert. Ils sont extrêmement fatigants. Bien entendu, je propose l'équivalent du Guggenheim de Bilbao, agrandir cent fois Arc et Senans en inventant un nouveau concept d'un lieu d'art et de création utopique (dirigé par la grosse entreprise et ses cent vingt petits, je plaisante) et qui serait prêt dix ans après ma mort mais que tout le monde viendrait voir du monde entier, et je demande aux élus d'oser, de prendre des risques absolus, de sortir de la gestion mesquine et quotidienne des affaires pour nous entraîner dans le sillage de leurs rêves...

28 octobre 2005

En 1966, je ne croyais pas que Chéreau puisse devenir un grand artiste, j'étais certain qu'un véritable artiste ne pouvait pas être habité par l'arrivisme comme l'était Chéreau. Je me suis trompé pratiquement sur tous les artistes que je voyais à cette époque, que cela soit Marie Christine Barrault, (qui était dans mon lycée) , Catherine Deneuve (qui était dans la classe de ma soeur) Fabrice Lucchini. Ils sont tous au sommet de leur gloire, et moi, je suis fier d'être tout en bas à Audincourt, une autre conception de la carrière. Je fais le même pronostic sur Sarkozy, je ne lui prête aucune dimension présidentielle. je ne vois en lui qu'un sinistre roquet, qu'un Iago de bas étage. Avec mon sens de la prospective, soyez en sûr, il succèdera à Chirac.

5 novembre 2005

Cela flambe dans les quartiers. Est ce que cela étonne qui que ce soit ? Nos gouvernements n'agissent que sur les incendies, ils les éteignent tant bien que mal, moulinent leurs bras et exhibent leurs muscles sur les médias, mais ne s'attaquent jamais à la source de la crise. Ils ne veulent pas s'en occuper car ils savent très bien qu'électoralement ce n'est pas rentable. Idem pour les intermittents, nous partageons avec les jeunes à casquette, le mépris de nos gouvernants. Ce qui est curieux, c'est la similitude avec Tchekhov, où vers 1897, les campagnes s'agitent, ne supportent plus l'absolutisme du tsar et le mépris de la haute société. A chaque fois , je pressens que nous sommes dans une période pré-révolutionnaire, et à chaque fois, la pression retombe, sauf qu'un jour ...

12 novembre 2005

Pour éviter les contaminations, on n'a plus le droit de savoir ce qui se passe dans les quartiers. Je sais juste que le théâtre des Louvrais à Pontoise a brûlé, que des bibliothèques, des centres médicaux sociaux sont incendiés tous les jours. Mai 1968 ? certainement pas, puisqu'il n' y a pas de leader, pas de revendications précises, et surtout pas d'alliés, pas de grande manifestation du peuple tout entier, pas de grève générale. Et pourtant, moi qui me souviens bien de 1968, je retrouve la même sensation de lassitude et d étouffement. On disait à de Gaulle, dix ans ça suffit, on avait tous envie de vivre, et même plus, puisque que l'on voulait jouir sans entraves. Et je me sens dans cette humeur, j'ai juste envie de dire à nos gouvernements, à notre opposition, faîtes nous rêver, donnez nous des vrais objectifs ! Je sens bien que c'est d'une révolution dont j'ai envie.

19 novembre 2005

Comme ils l'annoncent partout après trois semaines de désordres urbains, c'est la décrue. Cela correspondrait -il à l'arrivée du froid ? Certains n'hésitent pas à attribuer la cause des émeutes au réchauffement de la planète. Donc on atteint le niveau normal de 100 voitures incendiées chaque nuit. Et tout lemonde de sortir sa petite théorie. Evidemment la pauvreté, le chomage, les zones de rélégation, le retrait des moyens attribués aux associations d'insertion, l'habitat social délabré, la ghettoïsation, la discrimination à l'embauche, la polygamie. Les plus extrémistes de droite se réjouissent , ils l'avaient bien dit. D'autres parlent d'un petit millier de petits "merdeux" à qui ça faisait plaisir de mettre la zone. Mais pourquoi ne penserions pas nous -mêmes sans s'accrocher au bouquet de théories des autres ? Alors qu'est ce que t'en penses, toi ?

26 novembre 2005

je culpabilise dès que je suis sur mon ordinateur, je culpabilise dès que je suis dans mon salon, devant la télé, en me disant que je serais mieux sur l'ordinateur. Je culpabilise de ne pas distribuer assez de travail aux comédiens qui m'entourent. Je culpabilise dès que je mange du pain, dès que je bois du vin en me disant que ça fait grossir. je culpabilise d'en mettre partout quand je fais la cuisine. Je culpabilise dès que j'exprime mes réticences sur un spectacle. je culpabilise en me disant que je vais bientôt être un fardeau pour les enfants et pour la société. Je culpabilise d'avoir souscrit à une assurance vie . Je culpabilise dès qu'il fait 20 °C dans la maison. Je culpabilise de remettre tout à plus tard. Je culpabilise d'avoir oublié ma valise sur un trottoir et de m'en être aperçu trop tard. je culpabilise de lire quatre livres à la fois. Et bien sûr, je culpabilise d'être dans sans arrêt dans cet état -là depuis plus de 40 ans.

3 décembre 2005

La France a la gueule de bois. Torpeur, lassitude, manque d'énergie. Quand vous demandez à quelqu'un comment ça va, il vous répond "pas terrible". Cette absence de perspective mine tout le monde. Savoir que la relève de gauche est molle, que la gauche est tétanisée et reste sans réaction, savoir que si vous voulez bouger, des quantités de barrage se mettent en place. C'est notre quotidien à nous. Nos initiatives sont rejetées. Tout est fait pour que nous restions cloués au sol. Attends un peu, on n'a pas dit notre dernier mot !

10 décembre 2005

C'est un jeune, on ne sait pas trop d'où il vient. Il déjeune avec nous tous les midis. Olivier lui offre le coucher depuis presque 4 mois. Il rend quelques services, mais est un peu collant, trop demandeur d'affection. Et puis il vole Olivier, fait une tentative de viol sur une amie d'Olivier, et d'un seul coup, on sait tout sur lui, il sort de 3 ans de prison pour viol. Les gens les plus humanistes et les plus bienveillants au niveau des idées souhaitent qu'il soit ré-enfermé au plus vite. Le Ministère de la justice est irresponsable. Après 3 années de prison, Il lâche un jeune dans la nature sans travail, sans logement, c'est carrément un appel à la récidive la plus rapide. Mais qui voudra le prendre sous son aile ce jeune homme, qui ?

17 décembre

Cela sent la fin de régime. C'est l'agonie partout. Celui-ci me parle d'incompétence, celui -là de cessation des activités, l'autre me dit qu'il n'a plus rien, les politiciens n'ont plus de ressort, manque d'élan généralisé. Ce qui m'effondre le plus c'est ce bâtiment style grande Halle pouvant ressembler à un Bercy de province que nos élus viennent de voter pour 2 Millions ou 200 cents millions. Ils ont déjà une grande halle même genre qui tombe en décrépitude, qu'il n'arrivent même pas à chauffer, les variétés font toutes du déficit, mais on remet ça. Ils évoquent l'idée d'une équipe de basket professionnelle. Je ne vais pas me plaindre moi, je peux aller où je veux si j'en ai envie, j'ai une 307 avec GPS, j'ai une grande valise, un rasoir qui marche sur piles.

24 décembre 2005

On ne se pose jamais le problème de l'intégration en Franche Comté des individus exilés arrivant de la capitale. J'ai fait des efforts, mais en 14 ans je n'y suis pas arrivé. La Franche- Comté n'aime pas les gens venus d'ailleurs.

Quand je suis sur la ligne 13 entre Pernety et Gaité, Audincourt, Montbéliard, Besançon ne pèsent pas bien lourds. Vu de Paris, la Franche Comté n'existe pas. Aucune image ne me vient à l'esprit. J'imagine la tête des gens dans le métro si je leur disais que j'arrivais de Montbéliard. Cela paraît plus loin que NewYork, Berlin, ou Pekin. La Franche Comté est en train de mourir tout doucement, par manque de projet utopique, par manque de souffle, par manque d'élan, et quand on essaye de l'aider, elle vous fait sentir que toi t'es pas d'ici et que c'est pas ton problème. Si moi, j'ai envie de mettre le feu, tu comprends bien que les jeunes qui eux sont natifs du pays, et rejetés chaque seconde du jour passent si facilement à l'acte. Tu mets le feu parce que le dialogue ne se fait plus, alors tu l'instaures à ta manière brûlante le dialogue.

 

1er janvier 2006

Pardonnez moi, je plane. je viens de vivre une émotion trop forte. je ne peux pas vous la transmettre. C'était Calais. 90 secondes de bonheur à l'état pur, ces rares moments où le rêve envahit la réalité, où vous ne cachez pas vos larmes de joie, où vous êtes en harmonie avec les gens, où vous croyez que tout est possible - ensemble- où vous entrevoyez que la fête perdue il ya longtemps, elle est là devant vous, après tant de déprime et de désespérance sur la panne de la France, je suis vitaminé pour un an. Si seulement je pouvais vous faire partager ça. Bonne année à tous mes amis, et ce matin j'en suis sûr, la beauté sauvera le monde !

 

7 janvier 2006

Ouf, je ne suis plus dans la déploration. Je n'accepterai plus de l'être. Personne ne me contredira sur le fait qu'en rémanence, l'Unité s'y connait. Nous laissons des traces. Que plus de vingt ans après, on n'oublie pas à St Quentin en Yvelines, le carnaval des ténèbres, c'est déjà énorme, mais même à Montbéliard, on évoque sans arrêt six ans après que cela soit terminé, le Réveillon des Boulons, et je pense qu'à Calais la légende commence à monter, rues extraordinaires, et les 2006 feux d'artifice tirés en même temps. Cela me plaît de laisser des traces, c'est un peu notre désir d'éternité.

13 janvier 2006

J'interviens à l'IUP de Dijon. Mon thème ce sont les valeurs que chacun défend, que rentrer dans les métiers de la culture, c'est un combat, une résistance, si c'est pour adoucir le monde , ce n'est pas la peine. Je me sens bien habité. Quand vous parlez comme ça il y a toujours des visages plus éclairés que d'autres. Mais au moment où j'évoque les valeurs qui gèrent l'amour, je sens tous les visages tendus, je sens une vraie demande, mais l'amour n'est pas le sujet du jour.Un élève sur la gauche est particulièrement attentif , il s'avère que cet élève est un professeur qui a écrit "la déliaison" et un livre sur l'amour fissionnel . Il s'appelle Serge Chaumier. Bien sûr, je suis comme les élèves, le sujet me passionne aussi , moi qui vis entre deux femmes et deux maisons, sinon plus.

21 janvier 2006

Je suis effrayé par les petites tâches. Je dois me faire rembourser deux tickets de péage, donc les envoyer. Retrouver les tickets au milieu de 50 reçus de CB, chercher l'adresse, une enveloppe, et puis le plus terrible ce sont les timbres. On ne peut plus se garer devant les tabacs, à la Poste il y aura trop de monde, je n'ai pas de monnaie pour la machine automatique. J'y arrive enfin, effort surhumain, mais maintenant faut que je tombe sur la boîte à lettres. Quatre fois, je passe devant des boîtes, mais j'oublie de poster, alors je note dans les tâches à faire, poster. J'espère y arriver avant ce soir. Cela m'aura pris une journée, mais en plus j'ai décidé de ranger mon bureau pour la nouvelle année. C'est terrifiant. Je n'arrive pas à jeter ces centaines de documentations de spectacles que nous aurions aimé jouer, ces centaines de projets qui ne verront pas le jour. Heureusement il y a tous les mots gentils. j'ai ouvert une boîte en carton achetée 2,50 € à Gifi , j'ai écrit dessus : mots gentils.

28 janvier 2006

Le conseiller du Ministre de la culture, Thierry Pariente, m'envoie un mot accompagné d'une longue citation de Nicolas Sarkozy. Au bas de la citation la petite note assassine. Sarko = Livchine. L'histoire c'est que Sarkozy à son habitude aborde des sujets tabous comme la démocratisation de la culture, sujet épineux que ni les communistes ni le PS ne mettent jamais en avant. Sarkozy ne craint pas de s'accaparer les valeurs fondamentales de Jean Vilar, ringardisées par les artistes eux-mêmes. J'ai juste répondu : si je dis qu'il fait froid, et que Sarkozy dit aussi qu'il fait froid, suis- je pour autant Sarkozyste ?

4 février 2006

Le virus le plus violent et le plus dangereux qui existe au monde, c'est le capitalisme. Il ne tue pas, il s'attaque aux parties les plus hautes du cerveau et nous greffe les valeurs qui provoquent le plus de nuisance au monde. Il a réussi à toucher les sociétés les plus reculées. Comment procède t-il ? Il détruit tout ce qui est "nous" et développe tout ce qui est "moi". Marx avait cru trouver une parade avec le communisme, mais très vite, les promoteurs du mouvement ont été atteints par le culte du moi. Mais alors qui saura mettre en place un contre poison efficace ? C'est urgent.

11 février 2006

Les grandes croisades de l'an 1000, c'est reparti. On casse de l'arabe à qui mieux mieux, du musulman, du Mahomet, de l'Allah. Le petit racisme anti-arabe latent et sous cutané des classes moyennes et des classes populaires fait une belle éruption à partir d'une caricature de Mahomet publié dans un journal danois. L'énergie se libère, se déploie. Tout le monde brandit le drapeau des libertés chères à l'occident, on est ravi, ils brûlent les ambassades occidentales, c'est bien la preuve qu'ils sont tous des terroristes, Allah aussi. Mois je suis horrifié, car ce sentiment anti- arabe est le cousin germain de l'antisémitisme qui a produit lui aussi avant la guerre bon nombre de caricatures "pas piquées des hannetons".

18 février 2006

Vacances et petits enfants obligent, je suis plongé dans cet univers où tout est jeu, dessins, musiques, histoires à raconter que l'on croit toutes vraies, chansons. Je suis sidéré par la capacité ludique, par l'imaginaire en perpétuel mouvement de ces enfants. Et je me dis l'éducation, l'école, la formation, consistent à ce qu'ils rejettent tout ça pour épouser des valeurs dites sérieuses et anti-futiles. Plus tard, nous les artistes, par derrière, nous devons rappeler aux gens qu 'il existe une autre vie en dehors de gagner de l'argent ou triompher de l'autre. Cela fait partie de notre tâche : réveiller la petite case ludique et artistique de chacun. Mais le vilain système, lui ne vise qu'à notre élimination, et encore cette semaine , tout en disant que les artistes sont nécessaires à la société, le Medef va améliorer son plan de destruction des artistes.

25 février

Il a beau être pape, s'appeler Chirac ou Bush, le matin il doit jeter du linge au sale, aller dans les toilettes, constater qu'il n'est pas grand chose tout nu sans l'attirail de sa puissance reconnue. Pendant la journée, il a comme nous tous des flatulences, des renvois, des rots. la grande différence avec nous, c'est qu'il n'a pas à choisir ce qu'il va mettre. Quelque soit le temps, les hommes de pouvoir ont l'uniforme, ils n'ont pas de dilemme comme nous, à choisir entre le noir, le vert et le rouge. J'aimerais les voir en robes de chambre la nuit pendant une insomnie, quand ils traînent les pieds la bouche pateuse, vers le frigo et se stimulent l'esprit devant une cassette porno ou une émission de télévision nulle.

25 février 2006

Comme j'ai passé la semaine dans la chambre N° 100 de la clinique Laennec, puni d'avoir trop frappé les belles buches de bois au merlin, je suis imbibé de nouvelles. Le fou qui torture Ilan et qu'on dit que c'est par antisémitisme, le canard qui atterrit mort à Joyeux et qui contamine mille dindes, le message qui est diffusé sur les ondes : " Mangez de la volaille sinon vous allez mettre 100 000 personnes au chomage" et puis l'éternel problème des intermittents, où l'on voit bien que ce n'est pas le coût le souci, puisqu'ils ont mis en place un système qui coûte plus cher, mais l'existence même de cette catégorie humaine qu'est "l'intermittent" qui est en train de rejoindre dans les catégories détestées par le pouvoir et le bon peuple, les juifs et les arabes.

4 mars 2006

On parle beaucoup de déclinologues actuellement, ceux qui pensent que la France décline. Evidemment moi, pessimiste de service, je trouve que notre société se délite et se délabre chaque jour. Pour nous artistes, c'est pire que le déclin, puisque l'Art ne fait pas de progrès. Personne ne pourra dire "Ah le Vania de l'Unité, il est bien meilleur que celui de Stanislavski". On ne pourra même pas dire "ah, là, ils ont fait des progrès, l'Unité. " Pour l'instant, nous avançons dans l'oeuvre comme des explorateurs dans la jungle. Chaque nouvelle page de la pièce mise en scène nous paraît relever du miracle. Tout le problème c'est que lorsque l'on fait un bout à bout, on peut découvrir avec stupeur que l'on s'est trompé de chemin, alors on repart, on remet les compteurs à zéro. C'est un sale boulot l'art, mais il faut bien que quelqu'un le fasse. (WimWenders).

11 mars

Quinzième jour d'enfermement créatif. On déblaie la pièce, on déblaie la neige, le monde rentre dans notre studio par bouffées. Parfois ça vient, parfois ça s'en va. Nos 30 ans d'expérience ne servent à rien, tout est toujours à réinventer. On a trop de choses à dire, mais quand on dit trop, on ne dit rien. Dosages des énergies, dosages des effets, et surtout comment ne pas coller à Tchekhov, ne pas se laisser enfermer, ne pas se laisser intimider, décoiffer, trouver sa radicalité, rester soi-même.A cent mètres, le Doubs gronde et véhicule des milliards de tonnes d'eau, la place du temple est inondée. Même ça, c'est dans Tchekhov : "le climat se dérègle, les fleuves soit sont à sec, soit ils débordent". C'est le Dr Astrov qui dit ça.

18 mars 2006

Cela commence à péter grave, les manifestations contre le Contrat première embauche augmentent en violence. Les prévisionnistes, ceux qui ne voient jamais rien venir, parlent de mai 06.... on peut donc être quasi sûrs que tout sera rentré dans l'ordre bientôt, puisqu'ils se trompent toujours. Mais moi, quand je lis que les entreprises du CAC 40 ont toutes augmenté leurs bénéfices de + 50 %, que Gaz de France qui a augmenté ses tarifs affiche des résultats insolents et veut encore augmenter ses tarifs, et que tous ces bénéfices ne profitent pas au pays, ou aux salariés, mais uniquement aux actionnaires, je commence à être dubitatif. Je vois le Pdg de Suez absolument sûr de lui et ravi qui étale ses bons résultats, et dans le même temps les attaques contre les jeunes et les intermittents se multiplient. Eh bien je ne sais pas ce qui va se passer, mais quelque chose va se passer. Amoins que comme d'habitude, tout va gentiment se calmer à mon grand désespoir.

25 mars 2006

Ce qui me passionne dans le théâtre, c'est comment l'actualité traverse les pièces, et comment les pièces éclairent l'actualité. Quand je vois Vania effondré sur la table, je ne peux m'empêcher à ces millions d'hommes abattus et n'ayant pas réussi à dominer les forces hostiles de la vie, et je vois aussi le Docteur Astrov qui, lui, garde finalement la tête hors de l'eau, car lui, voit plus loin que sa petite réussite personnelle, lui, il pense au monde entier, avec cette petite phrase insignifiante et pourtant folle car écrite en 1898 : "L'Afrique, quand je pense que là-bas c'est la canicule, l'horreur". Gorki avait souligné cette petite phrase. Il faut toujours que je sache, pourquoi je fais du théâtre. Là, je sais.

1er avril 2006

On a fait ce qu'on a voulu avec l'équipe que l'on voulait. On assume tout ce qui se passe. On est heureux, on joue. C'est toujours magnifique , on se consume, on partage la soupe avec les gens. On se régale. Certains trouvent la soupe trop salée, pas assez calorique, trop chaude, n'aiment pas le rutabaga, ce n'est pas grave, on a choisi, on parle de ce qui nous plaît , on dit des choses sur notre désespoir, et notre envie de vivre. Il y a des gens qui ont du goût, d'autres non. Je ne rejette pas ceux qui n'aiment pas notre humour et notre univers. Parfois c'est curieux, il y a des gens que j'adore humainement mais dont je n'apprécie pas la cuisine théâtrale, et alors ? Alors c'est bizarre, tu peux aimer quelqu'un, pas ce qu'il fait. C'est ça la complexité des choses....

8 avril 2006

La France se réveille.Le gouvernement plie . A la tête du mouvement : des jeunes. Les jeunes retrouvent le sens civique. La France est avec eux. Cela fait presque pitié de voir notre vieille chambre des députés s'empoigner avec notre beau premier ministre qui fait semblant de ne pas sentir les coups. Fin de régime qui s'éternise. Cela faisait longtemps que l'on ne s'était pas senti aussi mal. Le grave problème c'est que l'organisation est ainsi faite qu'aucun président potentiel n'a la carrure de pouvoir se dresser et s'opposer à ce capitalisme sauvage que rien ne peut plus arrêter. Nous sommes dans un film d'horreur, attaqués par des vampires géants, armés jusqu'aux dents, nous exhibons des bulletins de vote pour les chasser ....

15 avril 2006

 

Dans tout réclamez la vie. Qui dit ça ? Büchner ?  Qui dit l’important, c’est de réussir à rester vivant jusqu’à sa mort. ?  Je ne sais pas.  Je suis obsédé par le mortifère qui envahit la culture. C’est à dire  le rangé, le rationnel, le bien taillé,   l’attendu, l’ennuyeux, le bien fait, le bien propre. Je suis de plus en plus atteint par la haine de tout ça.  Je regarde une plaquette de scènes conventionnées, bien foutue, fonctionnelle, cela me rappelle les  utiles flacons   de produits récurages WC, même bleu profond, même fonctionnalité. Je ne devrais pas penser comme ça, je me ferme 1000 portes de théâtre, mais je ne peux pas m’en empêcher. Le théâtre pour moi,  est un lieu de vie, désordonné, fumeur, buveur, baiseur, débaucheur, un lieu traversé par l’actualité, par l’histoire, par les gens. Fou, oui, je suis fou. Tant pis pour moi.  Je ne veux pas faire partie de leur monde.

22 avril

Je cherche depuis plusieurs jours un papier égaré  pour la MGEN. Alors j’en profite pour mettre de l’ordre.  Et c’est fou à quel point je découvre tout ce que je ne cherche pas. Mes bulletins scolaires du Lycée Claude Bernard, du Lycée Hoche et du lycée Français de Londres, les premières fiches de paie de l’Unité à 700,00 F, à l’époque où on rêvait  de gagner 1000,00 F par mois,  Des garanties périmées depuis quinze ans. Peu à peu la chambre se transforme en immense corbeille à papier, je ne sais plus comment classer,quoi garder, quoi ranger.35 ans de vie éparpillés. Je frise l’overdose de passé. C’est pesant, ce n’est pas bon de regarder tout ce passé, toute la vie paraît lourde. Alors pour changer, je me plonge dans une biographie de Tchekhov celle de Wanda Bannour, J’essaye de savoir qui on est, quand on a 63 ans, plus de vie derrière que de vie devant. Je ferais mieux de me coucher, ne plus penser à tout ça.

28 avril

Quand on me demande pourquoi nous avons monté Oncle Vania de Tchekhov ? Je ne sais pas quoi répondre. Je suis décomposé. Je ne sais rien dire. Quand on me demande si ça va bien ? Je sais que je dois répondre oui, ça va et vous ? ça va. Mais je n’y arrive pas. Faut toujours que je pense à quelque chose qui ne va pas. Quand je dois donner des nouvelles de l’Unité Rien ne me vient. Je n’arrive pas à bien en parler Je sais qu’il faut montrer que la compagnie  bouge à l’étranger, que nous sommes demandés un peu partout, mais je reste muet, je ne me souviens de rien. Pourtant là, il devient urgent de se mettre en valeur, mais personne n’est capable de comprendre la notion de carrière descentionnelle,  tout le monde veut être ascendant et recherche une consécration pinaculaire.  Faut que je m’explique sur ma démarche, mais j'ai l'impression que personne ne pourrait comprendre tellement l'heure est aux camelots qui vendent leur désir présidentiel assorti des solides convictions qui vont avec.

6 mai

Elle s'appelle Charlotte la journaliste de Zurban avec qui je discute à la fin du Vania que nous avons présenté à Fontaines en préfiguration de Chalon dans la rue. Elle me dit tout de suite que lorsqu'elle avait treize ans elle avait vu notre spectacle "Mozart au chocolat " et que cela avait été déterminant pour son choix d'aller vers le théâtre. Une autre journaliste, Floriane Gaber me dit qu'elle a trouvé ce spectacle magnifique. Je n'ose même pas imaginer que ce spectacle va nous rester sur les bras. Bien sûr une scène de 3000 mètres de profondeur et de 200 mètres d'ouverture, ce n'est pas trop commun. Faut -il être commun pour faire du théâtre aujourd'hui ?

13 mai 2006

Le gouvernement s'enfonce sans couler. Empoignade énorme sur des enquêtes diligentées. Il y a des démentis, des règlements de compte, de la démission dans l'air. Certes, nous n'avons jamais cru que nous étions dirigés par des enfants de choeur. Les projectiles volent, ils se canardent les uns les autres. C'est l'affaire "clearstream". Le reste de la France en profite pour se recrocqueviller, chacun s'enferme dans sa petite bulle, son pré carré, et gère une vie étriquée croyant ce proverbe imbécile : "pour vivre heureux, vivons cachés". Or c'est justement le contraire qu'il faudrait faire: s'ouvrir aux autres, mais aujourd'hui poser une question à l'autre, être curieux d'autrui, est considéré comme une agression caractérisée.

20 mai 2006

Dès que je ne suis plus surmené par l'activité théâtrale, je chute dans l'oblomovisme et l'anéantissement le plus profond. Tout me paraît vain, et tout m'irrite. Surtout ceux ou celles qui disent l'heure à laquelle ils appellent sur les répondeurs téléphoniques, ceux et celles qui annoncent tout haut et fort qu'ils vont aller aux toilettes, ceux ou celles qui se vantent d'avoir jeté leur télévision, ceux ou celles qui lorsque l'attente est longue au restaurant disent "ils sont allés tuer la vache", ceux ou celles qui ramassent la pièce jaune tombée par terre en disant "ça pousse pas", ceux et celles qui racontent un film interminable. Dès que je quitte de quelques centaines de mètres l'univers du théâtre j'ai la sensation que le monde entier radote, et tout cet énervement me donne envie de faire des enfants.

 

27 mai

Dis donc, il est frelaté le monde de l'Art. Ils se sont mis à 15 commissaires triés sur le carreau pour l'expo Villepin du Grand Palais, la force de l'art. On est en pleine imposture. Ce n'est rien d'autre qu'une vilaine Fiac. Aucune oeuvre ne prend la dimension de l'espace. Tout est étriqué. Tous les cinq mètres, il ya des cabines vidéos irrespirables, personne ne regarde aucun film jusqu'au bout. C'est accumulatoire, on ne saisit aucune direction. Pas de souffle. J'aurais voulu avoir un choc. J'ai juste noté cette phrase : qui décide de la beauté ? Je réponds: certainement pas ces commissaires-là. Alors l'éditorialiste de Beaux Arts Bousteau qui crie au génie de la démarche du premier Ministre prend des risques. Il est cependant vrai que je ne suis pas un expert en art plastique. Aujourd'hui je viens de voir en Franche Comté dans un village une voiture volante, oeuvre splendide, c'est Xavier Juillot qui s'amuse à Montmirey pour la fête des pots déchappement. Mais Bousteau ne viendra pas, il n'est même pas invité.

 

3 juin

Alors on fait comment ? On se retrouve où ? Qui prend la voiture ? On y va comment ? On s'habille comment ? Qui appelle ? Comment on fait pour les chambres ? On se change où ? On démarre à quelle heure ? A quelle sortie on te prend ? Qui a la trousse rouge ? Qui paie le repas ? Où est ce qu'on mange ? Et les autres ? Pourquoi ils ne sont pas là ? Où est ce que l'on décharge le camion ? Qui a du scotch, une épingle à nourrice, du double face ? On y va avec quelle voiture ? Ce coup -là tu nous laisses fumer . On ne s'arrête pas tous les dix kilomètres. Qui a la feuille de route ? Est ce qu'on a bien chargé les godasses noires ? Pourquoi les cravattes ne sont elles pas toujours rangées avec les costumes ? Est ce que quelqu'un a le portable de Philippe ? Qui a le nouveau numéro de Marie ? J'aime la vie de tournée. On a beau tout préparer le mieux possible, on se retrouve toujours à tout régler "à l'arrache". A l'arrache, voilà le mot le plus utilisé dans les compagnies de théâtre qui tournent encore leurs spectacles .

10 juin 2006

Pas de jour sans évoquer la biosphère, les écosytèmes. Vivre dans un biotope, pratiquer la biocénose, voilà l'idéal . Ce que je comprends de tout cela, c'est que pour faire une forêt, il faut des pousses, des arbrisseaux, des arbres adolescents, et des vieux arbres, aux racines bien profondes, au tronc bien massif. Au grand colloque du théâtre du Rond point sur la Culture, on voit bien à quel point les vieux chênes comme Jack Ralite ou Jacques Rigaud sont essentiels à notre développement. Ils ont l'un et l'autre plus de 78 ans, ils sont critiques, fervents, clairvoyants, rebelles. L'un est de gauche l'autre de droite, leur parole est libre, ils n'ont plus rien à perdre, ils ne sont pas frileux, ils posent les mêmes questions acides, ne s'embarassent pas de diplomatie pour lancer leurs accusations sur le délitement de la vie culturelle. Or notre société stigmatise la vieillesse, on parle sans arrêt de discrimination à l'égard de telle ou telle ethnie, mais on ne parle pas de cette mise à l'écart totale des "anciens". Une forêt sans vieux arbres massifs ne serait pas une forêt. N'abattez pas les vieux chênes.

 

17 juin 2006

D'un seul coup d'un seul, les hommes politiques laissent la place sur les médias aux entraîneurs de football, coupe du Monde oblige . C'est là que l'on voit que la présidentielle n'est en fait qu'une nouvelle forme de tournoi sportif. L'entraîneur Français-Domenech-a le visage grave, il est totalement stressé par la pression, rongé par l'angoisse, ravagé par la gagne . Va t-il passer le premier tour ? Tout ce qu'il dit est de plus en plus convenu, convenable, conformiste, car il doit cacher son jeu aux adversaires. Le drame, c'est que même les fabricants de théâtre qui se font appeler créateurs, sont lancés eux aussi dans cette quête folle. Comment plaire? Comment se placer ? Comment jouer ? Comment survivre ? Comment gagner ? Il y a une cible, il faut viser juste. Et voilà comme nous devenons médiocres pour nous placer dans les cases préparées à notre intention . Alors qu'être artiste, c'est justement ne pas se soumettre aux critères des festivals , des ministères, être artiste c'est justement inventer de nouveaux paramètres, être artiste c'est être "hors case". Mais qui ose être hors case ? D'où l'ennui prégnant qui envahit aussi bien la coupe du monde de football que la vie théâtrale.

25 juin 2006

On n'a pas mis trois ans pour chasser les SDF de la galerie marchande du Casino Géant, pour les voir revenir même sous forme de théâtre ! C'est le discours des commerçants . Bref, dès notre première intervention, celle d'une lente traversée de la galerie par des réfugiés, nous sommes considérés comme des indésirables. Nous avons profané le temple de la consommation. L'image de la pauvreté montant du monde entier est celle qu'il ne faut surtout pas montrer. Bien sûr, c'est insupportable, même pour nous, il ne s'agit pas d'aimer cette image, mais de se souvenir même au sein de la grande distribution et de son ambiance lénifiante que dehors ça gronde. Mais ici, c'est une propriété privée, ce ne sont pas les artistes qui vont nous imposer leurs images tout de même ! Ambiance.

 

1er Juillet 2006

Oh là là ça bouge, ça swingue au niveau des valeurs. Serge July viré de Libé. Là bas si j'y suis, l'émission culte de Mermet en danger, Macha, autre émission culte, évincée, Rambert, artiste de théâtre très mode remplace Sobel notre vieux matérialiste brechtien. Les valeurs d'antan sont- elles frappées de dates limites de fraîcheur ? Une armée de quadragénaires se met aux commandes, Chirac perd la mémoire selon le journal le Monde . Un basculement s'opère, saison des virages, un brouillard opaque couvre la plaine gelée. Attendre de voir clair.

 

8 juillet 2006

Ne demandez jamais à un artiste subventionné quel est le sens, le contenu, l'éthique de la subvention ? Il ne le sait plus, il l'a oublié. Ne demandez pas non plus à l'Etat le sens, le contenu, le cahier de charges des subventions qu'il distribue, il ne le sait pas non plus. Dans le temps, c'était l'idée du théâtre de service public, comme l'électricité qui arrive dans un village, le théâtre se diffusait dans des zones inattendues et tenait de toucher un non -public. Aujourd'hui on ne sait plus très bien : l'Etat laisse aux villes et aux régions le côté"nouveaux publics" lui s'occuperait de "nouveau théâtre", recherche, formes nouvelles. Il semble que cela soit ça la logique, mais ce n'est pas avoué.

15 juillet 2006

On discute sans arrêt des vieilles valeurs qui font naufrage, et de la nouvelle société qui émerge avec tous ses principes de précaution, les caméras de surveillance, la surconsommation, l'informatique. Pour partir en voyage, je ne dois pas oublier : chargeur Palm, chargeur Olympus numérique, Chargeur Nokia, raccord Mac, clé Usb, cable mini radio, GPS, Powerbook G4. Les comédiens emmènent des CD de films DVX au cas où l'hôtel n'aurait pas de télévision. De plus, il me faut mon Prurinol, mon Lamasyl, mon Pévaryl, mon apranax, pour éloigner les maux qui frappent 63 ans de vie active.

 

22 juillet

Notre Oncle Vania ressemble de plus en plus à un succès. On sent comment le public attend, comment il suit, comment il nous fête à la fin, comment il parle à l'extérieur du spectacle. On voit comment les gens nous arrêtent dans la rue, ce qu'ils disent. On sent aussi l'incapacité d'exprimer son sentiment. Jean Digne tourne autour de moi, il me fait" oui, oui . " Je le croise un peu plus tard il reprend"oui, oui, il y a quelque chose " encore plus tard il ajoute "c'est touchant, c'est toi". En principe Jean Digne, une grande personnalité des arts, dit des choses importantes.

29 juillet

J'ai des problèmes avec mon voisin, il ne respecte pas trop la frontière entre nos deux jardins. Hier, n'en pouvant plus, je suis allé détruire les trois quarts du matériel de sa maison. Tout le monde me dit que j'ai bien fait et qu'il faut qu'il finisse par accepter la frontière comme elle est. Voilà. Je suis effaré par l'agressivité d'Israël qui détruit sans état d'âme le Liban. Je disais toujours à mon père : "toi en tant que juif, avec tout ce que tu as vécu, tu n'auras jamais le droit d'humilier qui que ce soit sur la terre". Je voudrais dire ça aussi à Arno Klarsfeld, lui qui s'est placé conseiller de Sarkozy. Pour moi, il y a longtemps que les Israéliens n'ont plus rien de juif et ne respectent plus les valeurs de culture, de pacifisme, d'humanisme qui devraient les caractériser.

5 août

Un des mots les plus affreux inventés récemment, c'est celui d'aoûtiens. L'aoûtien doit absolument partir début août, il se rue sur les sites de voyages dégriffés, ou pas chers, il se fiche de la destination, il doit partir, à Madagascar, à la Réunion, en Turquie, à Marrakech, qu'importe, il doit partir. Les aoûtiens se rassemblent par milliers à Roissy-Charles de Gaulle, ils sont dans un état second, car le vicieux marché libéral leur a fait croire qu'ils sont en manque de voyage. Nous sommes dans le cas de figure de l'attitude consommatoire extrême...Ce qui me fait peur, c'est que cela ressemble un peu aux abonnés des théâtres et des opéras quand ils vont chercher leur dose annuelle de culture.

12 août

Il m'est arrivé une catastrophe, j'ai perdu mes lunettes de vue dans la Saône, lors d'une malencontreuse acrobatie pour monter sur une embarcation. Sur le plan personnel c'est le drame complet, cela fait quinze jours que je vois trouble. C'est de ma faute, de la faute de personne d'autre. De plus tout est arrivé parce que j'étais excité et trop en forme. Moi qui adore accuser la société de tous les maux, là c'est impossible. Il y a tout de même une grosse partie de notre vie que nous gérons nous -mêmes, en totale autonomie, alors ce qui nous arrive, nous en sommes souvent responsables. Et si les pays étaient eux aussi en partie responsables de ce qui leur arrive. Pas loin de chez moi, j'ai lu un tag sur un mur"Israël ne doit plus exister". C'est très grave ce que je dis, c'est horrible et ignoble, mais je n'ai pas pu de m'empêcher de penser qu'actuellement, ils font tout pour attiser la haine du monde entier.

19 août

Il y a 37 ans naissait mon fils Christophe. Je m'en souviens bien, retour d'Avignon, Issy les Moulineaux, Hôpital de la Cité Universitaire. je commençais le théâtre. Nous jouions "l'Amérique est blanche", un spectacle de dénonciation du racisme. cela devait être bien mauvais. Quand j'avais 37 ans, je commençais la grande conquête de St Quentin en Yvelines avec l'Unité, c'est l'année de la femme chapiteau. J'étais encore tout maigreJe sais ce que je vais offrir à Christophe pour ses 37 ans, le cadeau que je rêve de m'offrir à moi-même. Elle est bien cette thèse qui dit que les cadeaux, c'est toujours à soi-même qu'on se les offre.

26 août 2006

Cela fait du bien cet air marin et si doux, et un coup d'oeil sur la droite quand on est sur l'A 55, et on voit tous ces gros paquebots qui font rêver. Fred Patois a quitté Audincourt pour Marseille, il y a trois ans, Marie Leila rêve de quitter le pays deMontbéliard pour Marseille, Nadia s'est installée à Marseille, elle habitait près de Montbéliard, j'entends parler d'un certain François, ami de Samia qui est parti il y a plus de dix ans. Notre pays de Montbéliard est un repoussoir, les gens ne rêvent que de partir. Le président de l'agglomération de communes du Pays de Montbéliard, une espèce de Salazar attardé, fait des dégâts considérables, tous les projets culturels sont étouffés dans l'oeuf. Nous seuls, compagnie vivante, serions capables de contenir cette hémorragie, et de rendre le pays attractif, mais voilà, pour l'instant, nous devons panser nos plaies, sans avoir de quoi initier le moindre projet.

2 septembre 2006

Je range, je range sans arrêt, j'élimine tous "les objets morts" qui traînent, tous ces bouquins que ne je n'ouvrirais plus jamais, tous ces chargeurs et cables périmés, ces disquettes d'ordi démodées. C'est sisyphien, je ne viens jamais à bout du désordre qui règne sur ma table de travail. Jamais. Pendant ce temps là, j'entends que Sarkozy lui aussi fait le ménage, sauf que lui, il vire des êtres vivants, uniquement parce qu'il pense que montrer qu'on a des couilles, rapporte des voix. Je ne vois pas comment elle va faire sa rivale du PS.

9 septembre 2006.

Lady Diana expliquait qu'il fallait être très solide pour voir sa photo en pemière page de tous les magazines. Cette pauvre Ségolène est en train de vivre la même chose. Elle a le même visage photogénique et dégage la même fraicheur, et pareil, est en train de se faire totalement dévorer par les médias. A sa place, j'éviterai toujours le tunnel de l'Alma. C'est vrai qu'on en a marre de tous "les has been" de la politique, de leur expérience, de leur métier, de leur faconde . L'autre candidat, notre premier flic de France, est moins beau, mais il prend des postures surprenantes, il se choisit comme soutien, le premier camé de France, Doc Gynéco le planant, et le cocaïnomane Johnny qui il y a quelques mois nous annonçait qu'il voulait être belge.

16 septembre

Sans arrêt j'entends : "rien à foutre, ce n'est pas mon problème, c'est leur salade. " Et je dis non, cette attitude en retrait n'est pas bonne. Il faut sans arrêt s'occuper de ce qui ne nous regarde pas. Il ne faut jamais laisser nos élus, seuls et les mains libres. Il ne faut jamais dire "ce n'est pas ma cuisine". Un jour les juifs de Vienne, ceux qui disaient, "laisse les parler, laisse les dire, ils ne le feront pas" se sont retrouvés à Buchenwald ou Dachau. On nous rebat les oreilles avec les 5 ans du 11 septembre, mais le 11 septembre, les responsables, c'est nous les occidentaux, avec notre arrogance, et notre sentiment de supériorité sur tout ce qui est arabe. C'est nous qui laissons les muftis du Hezbollah travailler au corps nos quartiers. C'est nous qui laissons pourrir le cancer israëlo-palestinien depuis plus de 50 ans.

 

23 septembre

Je me fais dépouiller de ma belle sacoche de cuir en un quart de seconde à Marseille. Adieu carte d'identité, permis de conduire, carte vitale, carnet de chèque, carte grd voyageur, carte Sénior SNCF, billets de train, stylo, médicaments , ordonnances, palm, appareil de photo. Adieu les 80 € que je venais imprudemment de tirer. Je garderai l'image de cet homme de dos s'enfuyant sur une mobylette, ma sacoche de cuir à la main devant l'indifférence générale de la canebière très animée à 17 H 45 le 20 septembre. Moi qui dis toujours : " tout ce qu'on joue au théâtre, on le revit un jour ou l'autre dans la vraie vie". Pour moi, c'est l'imposture du vieux port qui me revient en pleine gueule. Tu sais, quand je m'amusais à offrir au premier venu l'argent de ma pauvre mère...

30 septembre 2006

Nos futurs candidats à la Présidence de la république, pour se maintenir haut placés dans les sondages tâchent de coller le plus possible à l'opinion publique moyenne des Français. En 1981, vouloir abolir la peine de mort n'était absolument pas une idée majoritaire. Or Mitterrand l'a gardée dans son programme, et finalement ça lui a réussi. Le problème qui se pose dans l'immédiat, c'est la régularisation massive ou non des sans- papiers. Sarkozy propose l'expulsion manu militari de 24 000 gosses. A Audincourt, l'école Georges Brassens a décidé de garder un petit malien par n'importe quel moyen. Une résistance magnifique s'organise. Il ne s'agit pas d'être immigrationniste à tout prix, mais se dire que tant l'on pillera les matières premières africaines, les pauvres de ces pays frapperont à notre porte. Mais quel est le futur candidat qui osera le dire ?

7 octobre

"Bonjour Jak, voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur votre diet et votre santé.Vous avez un IMC de 30 (Indice de masse corporelle)". Aïe, c'est le drame, je fais partie des 15 millions de Français trop gros. Un peu plus, je faisais partie des 5 millions d'obèses. Pourquoi ? Paree que je suis stressé, alors je grignote. Madame Diet a raison, je risque l'ACV, l'infarctus, la rupture d'anévrisme, faut que je réagisse. Madame Diet me demande 120 €, et elle va me dicter ma ligne de vie. Je n'y peux rien, je ne sais pas résister à un Brie bien coulant, aux croissants au beurre dans les hôtels, à une vodka glacée. Je me souviens d'Alex Metayer, il avait un super bon indice, qui ne lui sert plus à rien. Là, je sors de table et j'ai envie de Lindt, et j'ai envie d'autre chose qui paraît -il rallonge la vie de 15 jours à chaque fois qu'on le fait.

14 octobre

Y a des jours je me demande à quoi ça sert toute cette concurrence ? Tous les journaux télévisés de la 1 , de la 2, de la 3 , de la 12, sont tous exactement identiques, les journaux papiers c'est à peu près pareil, il n'y a guère que le courrier des lecteurs ou les opinions libres qui changent, les voitures automobiles gardent jalousement des secrets de polichinelle pour sortir exactement les mêmes voitures, on n'arrive même plus à les distinguer. Les théâtres, je n'en parle même pas , ils ont tous la même plaquette, les téléphones portables tous le même look et le même son défectueux, tout est pareil, pareil pareil, même nos deux derniers candidats aux présidentielles, ils finiront par avoir le même programme- insécurité, sécurité de l'emploi, lutte pour le développement durable etc. Je m'ennuie, je m'ennuie...

 

21 octobre 2006

Je dois être détraqué. je ne supporte pas les portes fermées, je laisse mes tiroirs ouverts, ma voiture ouverte. Je dois être détraqué, je ne comprends pas que le monde entier ne se soulève pas devant le drame des clandestins qui se noient par milliers entre l'Afrique et l'espace Schengen. Je dois être détraqué, je ne peux pas m'empêcher de penser que le théâtre ne devient intéressant que lorsqu'il s'adresse à un public qui n'y met jamais les pieds. Je dois être détraqué, car je ne supporte pas le moindre mot de travers proféré à l'égard d'un arabe, d'un juif ou d'un noir. Je dois être détraqué, car je ne suis absolument pas d'accord avec le débat permanent sur la liberté d'expression. Je dis : non, on ne s'amuse pas avec l'Islam, mais je dis : oui , on peut plaisanter sur Jésus. je dois être vraiment détraqué.

28 octobre 2006

Finalement j’ai tout avec Edith. deux maisons,  deux voitures, Deux enfants, deux lave linges, j’ai tout.  Deux salaires réguliers. Le théâtre de l’Unité a une maison,  de la  reconnaissance,  plusieurs subventions. J’ai beaucoup d’amis, un frère, des soeurs,  des nièces. J’adore mon GPS, mon accordéon, j’ai un powerbook G4 avec l’ADSL Je  fume  des Monte Cristo  ou des Hoyos du député. J’ai tout.  L’Unité a même a eu des articles dans le Monde et dans Libération. Mais alors zut, pourquoi me manque t-il quelque chose ? Bizarre, ce phénomène. T’as tout et  cela ne te suffit pas ? Tu veux plus ? Mais quoi ? Mais quoi ?   Quoi ? Eh bien,  Je voudrais  vivre dans un pays de Montbéliard, dans  un département, qui aient du dynamisme, que l’on puisse rêver de grands  projets impossibles.  

4 novembre 2006

Dans le temps, une voiture qui flambait, c'était une nouvelle, alors on a pointé les médias, et ils n'en ont plus parlé, et puis ce n'était même plus un sujet d'intérêt. Alors les gosses des quartiers s'en sont pris aux autobus, cela n'a pas ému grand monde, puis un autobus a cramé avec une jeune fille dedans à Marseille, alors le Ministre de l'Intérieur comme tous les ministres de l'intérieur a dit que les coupables seront punis. Il y a quinze ans au théâtre de l'Unité, on jouait un sketch qui montrait comment une société démocratique et gentille comme la nôtre était capable d'engendrer des petits barbares déjantés, et comment elle le faisait sciemment car cela arrangeait ses affaires. C'était il y a quinze ans. Les quartiers frémissaient à peine. Notre sketch est d'une actualité de plus en plus brûlante, mais ce qui intéresse les politiques, ce n'est pas notre sketch, mais comment garder le pouvoir.

 

18 novembre 2006

Ils ont réussi. Ils ont décimé toute une profession. 20 000 intermittents jetés au RMI, 30 000 secourus par un fond de soutien, (deux sauvetages possibles seulement) 30 000 sur le point de tomber. Le résultat : pénurie de comédiens au pays de Montbéliard. On n'est plus capable d'honorer les demandes multiples d'ateliers scolaires ou autres. Or quand on voit dans quel état de blocage, et d'aliénation totale se trouvent de nombreuses personnes, la pratique théâtrale leur serait vraiment indispensable. Je rêve qu'un jour, on puisse faire le procès de ces vrais assassins, ceux qui ne craignent pas de faire ce travail de démolition humaine. Et n'allez pas ensuite me dire que droite et gauche, c'est pareil.

25 novembre 2006

Il y a ce jardin tout délabré avec cet arbre en travers, il y a G. qui s'intalle dans son camping- car, il y en a d'autres tout proches qui n'ont pas de quoi s'installer dans une location, et qui sans être SDF errent de maison en maison. Il y a le vernissage d'hier soir, tellement misérable, tellement indigent, il y a l'ampoule de la cuisine qui claque mais qui est trop haute pour la changer, il y a le cri insupportable que pousse Hervée dans la pièce d'Yves Ravey. Il y a ces friches, anciens lieux de prospérité à l'abandon, dévolus aux artistes pauvres, il y a cette ville de Marseille éventrée par des travaux, aux poubelles jamais vidées, où les jeunes tournent en scooter pour arracher sacs, portables ou GPS. Au réveil, je sens que la pièce de Tchekhov me rattrape déjà, oui, notre société est en totale décomposition, il faut s'en aller, mais où ?

samedi 2 décembre 2006

Un des critères les plus quantifiables pour évaluer le succès d’une oeuvre d’art, c’est le « combien de monde ? « Avoir du monde » c’est mieux que de n’avoir personne. On demande toujours « alors tu as eu du monde ? ». Mais le  « avoir du monde » peut être suspect, ce sont souvent les oeuvres faciles qui attirent le monde. Le « peu de monde » n’est pas automatiquement un signe de qualité. En fait dans le théâtre ce n’est pas la quantité de monde qui est importante ;, mais le pourcentage de remplissage. Nous qui avons inventé le théâtre à 2 places , le seul théâtre au monde qui soit toujours plein, nous aurions pu mieux réfléchir à ce  problème de jauge avant de nous  lancer dans Promenade avec Luther. Les théâtres n’aiment jamais les sièges vides.

9 décembre 2006

On apprend que la Franche Comté est la région où l'on se suicide le plus en France. Cela m'évoque le capitaine des pompiers de St Quentin en Yvelines, le capitaine Saint Jalmes, un type formidable qui lors d'un arbitrage municipal de création de postes en 1982 avait déclaré " Vaut mieux un comédien de plus à l'Unité qu'un nouveau pompier, nous, nous ramasssons les jeunes qui se suicident, eux les empêchent de se suicider". Mais avant qu'un seul élu de la droite du pays de Montbéliard accède à ce niveau d'intelligence, il faudra attendre un siècle.

16 décembre

Le fait que depuis une semaine, je n'arrive plus à faire mousser le lait de mon cappuccino me jette dans des humeurs noires et dépressives. Commencer la journée par cette non- maîtrise des éléments me fait douter de toutes mes capacités. Je ne m'aime plus, je me dégoûte, je me répulse, je n'arrive plus à ordonner mes pensées, je m'enrhume, je culpabilise, je vois des ennemis partout, je n'ai envie de rien, et ce ne sont pas les belles décorations de Noël de mon voisin qui me remettent d'aplomb, je suis au fond du gouffre, dans les cinquièmes sous -sols de la société. Je ne vois même pas pourquoi je remonterai un jour.

23 décembre

Il y a un nouveau directeur au théâtre de l'Odéon, un nouveau directeur au théâtre de Gennevilliers, partout il y a des nominations dans le secteur "public" du théâtre. J'attends de tous ces jeunes nouveaux directeurs des paroles non consensuelles, de la rage, j'attends du neuf, de l'élan, de la révolte, de la rupture avec le passé. Mais non, ils sont carrément tranquilles, éteints. Pas de nostalgie, Il y a eu Vilar, il y a eu Barrault, il faut que j' accepte l'idée que Jeanne Laurent est morte, que Malraux est mort, que Lang est parti, que rien de neuf ne sortira du théatre dit "institutionnel." sauf miracle...

6 janvier 2007

Sylvie et Nathalie discutent. "j'ai halluciné dit l'une, j'ai reçu les voeux d'Hervée par SMS" eh bien moi répond l'autre, ceux de Claude Acquart ! Elles conviennent toutes les deux que leurs directions sexagénaires respectives ont réussi là un exploit digne d'être signalé. On essaye de s'accrocher, nous les enfants de la dernière guerre. Mais il y a ceux qui se servent de leur allergie à l'informatique comme une forme de distinction. "je n'ai ni portable, ni ordinateur, et j'en suis fier" disent-ils. La seule question qui m'intéresse, c'est de savoir si l'invention d'Internet est aussi importante que celle de l'imprimerie. Mon copain de lycée, Jean Pol - six heures d'internet par jour- est formel. C'est beaucoup plus important.

 

6 janvier 2007

"T'as pas honte" hurle Jean François, tu as accepté un sac en plastique non destructible, tu vas étouffer les dauphins ! Marcel me retire le cigarillo de la bouche. "Tu empuantis l'atmosphère, et tu me donnes le cancer". Michel ne veut pas manger de mes légumes. "Jacques, tu dois acheter bio". Edith éteint rageusement la Freebox, elle a lu que deux cent mille freebox allumées toute la journée contribuaient au réchauffement de l'atmosphère autant que deux heures d'embouteillage sur le périph. J'écoute la radio, ça ne parle que de ça, j'ouvre le journal "encore ça". Et bien ce soir, j'en ai tellement marre de me faire seriner, que je rêve de voir l'humanité disparaître, je rêve de déluge, d'apocalypse, de monstrueuses épidémies avec 2 milliards de morts, je rêve de voir l'univers tomber en lambeaux. Si ma vie a une fin, il faut bien que le monde en ait une aussi.

 

13 janvier 2007.

Tout le monde ne parle plus que de ça. "Rends toi compte, des bourgeons en janvier !" Attends voir mes roses trémières sont sorties." Et moi donc, j'ai des poireaux dans mon potager, des poireaux en janvier ! Pourtant il y a des lustres que j'entends dire qu'il n'y a plus de saison. Serait-ce donc que le bon sens populaire ait devancé les observations des spécialistes qui ont mis vingt ans avant de s'apercevoir que le temps était détraqué. Le seul fait positif, c'est que la Provence va devenir désertique, et la Franche Comté provençale. Donc nous avons fait le bon choix en 2000, lorsque nous avions envie de nous installer en Provence, et que nous nous sommes retrouvés à Audincourt.

20 janvier 2007

Et toi ? Tu ferais quoi, si t'étais chef de l'Etat, toi, tu ferais quoi toi ? Franchement, tout autour de moi, à part légaliser le cannabis, personne n'a la moindre idée de ce qu'il ferait. Mais accepter les réfugiés du Monde entier, tu le ferais toi ? Aucune réponse. Voilà, nous sommes devenus des citoyens passifs. Nous votons, sans vraiment attendre de changement. On se sent impuissant, on se sent grain de poussière. Mais moi, je vais écrire aux candidats, sur les problèmes de la culture et sur celui des réfugiés. Je vais le faire.

27 janvier 2007

Ils sont tous là, les yeux  embués de larmes, pour l’abbé Pierre. En 52 ans , ils n’ont toujours pas réussi à trouver un abri pour 86 000 personnes qui dorment dehors, et pour un million de personnes qui voudraient habiter dignement. Ils se sont foutus de la gueule de l’abbé Pierre, toute sa vie, ils ont fait semblant de lui dire oui.  Ils viennent de passer commande de 5 sous marins nucléaires pour  7 milliards d’Euros. Sarkozy qui vient d’expulser la famille Raba de haute Saône,  qui ne construit aucun logement social dans sa ville, est au premier rang  des pleureurs, en gros plan à la télévision. J’ai honte pour lui.

3 février 2007

Quinze millions de français vont devoir se cacher pour fumer à partir d’aujourd’hui, dès lors qu’ils sont dans des espaces publics. La loi est proférée comme un anathème. On a presque peur de devoir porter sur sa poitrine la mention « fumeur ».  C’est grave pour les fins de soirée et leurs chaudes atmosphères. Adieu Brel, Gainsbourg, Brassens etc. La fumée était tout de même liée à la créativité et au besoin social d’être ensemble.  Adieu, le dernier café, accompagné d’une petite poire, et de la dernière cigarette avant de se quitter.  Il y a un peu de talibanisme dans l’air. Comment va t-on survivre à Audincourt les lundis soir de Brigades et lors des dîners d’après Kapouchnik ?  Tant pis, nous vivrons dans le péché et l’illicite !

10 février 2007

Je me dis que vraiment, il existe une cuisine de droite et une cuisine de gauche. La cuisine de droite, c'est le service à l'assiette, si quelqu'un arrive qu'il n'est pas prévu, c'est la consternation, à droite la cuisine est individualiste et chichiteuse. A gauche, c'est la cuisine des grandes poêllées, des marmites, c'est la cuisine du partage, il y en a pour tout le monde, c'est une cuisine qui cuit longtemps avec des viandes pas chères, et pourtant succulentes . Il faudrait remettre à l'honneur "le banquet", qu'il ne soit plus uniquement réservé aux repas du 3 ème âge dans les gentilles municipalités

17 février 2007

Un mois de vacances, un mois sabbatique. Adieu Audincourt, adieu Malakoff. A moi l'Asie, Hong Kong, puis Dempassar, puis Mauméré, puis Larantuka. Enfin quelques heures de roue libre. mais pour l'instant c'est l'embouteillage dans ma tête. Comment faire ? 50 X 20 X 35, dimension maximale du bagage de cabine. Pas de liquide, pas de médicaments sans ordonnance. Et le liquide ? Il n'y pas de distributeur là-bas. Mille euros à emporter, où les ranger ? et le code Résa du vol Cathay Pacific ? On dit que là bas il y a la disette. Quel joli mot pour un truc horrible ? On dit que là-bas le cable Internet a été victime d'un tsunami sous marin. Je ne pourrais plus faire mes billets du samedi. Et mon bobo au pied ? Et la malarone ? Décidément, je déteste les vacances. Vivement que je revois Malakoff et Audincourt, et le périphérique, et le toît des usines Peugeot.

14 mars 2007

Je reviens à l'instant. Je suis largué, chamboulé par le décalage horaire, mais aussi étranger dans mon pays. J'ai eu un réflexe viande rouge, et salade. Mais je suis dans un état curieux, comme une batterie déchargée, de comprenant même pas bien ce que je fais ici. Faudra une transition, un temps de réadaptation. La campagne présidentielle me paraît être un combat de nains, les dossiers accumulés sur mon bureau parfaitement dérisoires. Ce qui me choque le plus, c'est de voir que nous ne parlons que du réchauffement climatique, pendant que l'Asie n'a même pas l'essence sans plomb et gère ses déchets de façon totalement anarchistes. Bref, je suis cassé, je n'ai jamais eu trop de certitudes, mais là, mon cerveau est carrément ramolli.

 

 

31 mars 2007

Cela se passe à la Sorbonne. L'amphithéâtre Bachelard est une merveille, tout en bois, avec une belle fresque. Comment a t-on osé contruire autant d'universités modernes si laides ? J'y étais à la Sorbonne, il y a 42 ans Un colloque sur la fête ? Nous sommes 4 hommes à la tribune, chacun porteur de méga-réalisations. Je rappelle à Jean Blaise qu'il tenait beaucoup à ce que les artistes mangent sur des nappes, et que cela changeait des éternels accueils "cantine". J'ai décidé de faire un petit effet d'étrangeté, plutôt que de me perdre dans les méandres d'un discours pas trop maîtrisé. Je fais donc des blinis, en direct, au coeur de l'université, je fais circuler subrepticement une bouteille de vodka. et pour terminer je réponds à une question en chantant à l'accordéon. J'ai un peu la honte de faire si farfelu, il n'y a qu'Edith qui sait que je suis très très sérieux. On ne plaisante pas avec la nécessité de l'illicite.

6 avril 2007

L'autre, il nous demande d'aimer la France ! Sait -il que l'amour cela ne se décrète pas ? Déjà lui, je ne l'aime pas trop avec son rictus de la bouche et ses ordres, et puis ça veut dire quoi aimer la France ? Aimer toute cette bourgeoisie arrogante et dominante dans ses réserves résidentielles privées ?Aimer la flopée de racistes et d'antisémites ?Aimer ceux qui abandonnent leurs chiens et leurs vieux sur les aires d'autoroute ? Aimer le système castique de l'organisation des arts ? etc. Il y a une seule France que j'aime, c'est celle qui m'a permis de naître au Chambon sur Lignon, la France des résistants, celle- là je l'aime, mais celle qui nous empêche de vivre, cette France -là, je suis comme les jeunes des quartiers, je la nique.

14 avril 2007

Depuis 3 jours, je ne me sens pas dans mon assiette, comme on dit.Pas malade, mais pas bien, des légers maux de tête, et surtout quelque chose comme une oppression. Je me demande d'où vient cette sensation de mal-être. Et puis, je comprends que j'ai peur du résultat des élections. Je ne pense pas que la France soit prête à accepter un Pinochet qui nous raflerait, nous internerait dans un stade etc. Mais je sais que si Sarkozy passe, c'est pour nous cinq ans d'obscurité, cinq ans sans rêve, cinq ans de Thatchérisation. Thatcher a cassé tout le théâtre britannique, ce sera un bon modèle à suivre pour lui. Alors avant de donner vos voix aux candidats qui vous plaisent, facteur ou agriculteur, réfléchissez bien. Que nos espoirs ne s'envolent pas dès le 22 avril à 20 H.

21 avril

Le matin, j'ai des idées qui me traversent la tête et qui me font peur à moi-même. Je pense à toutes ces personnes âgées, celles qui risquent de faire basculer la France très à droite, et je me dis que le suffrage universel, ce n'est pas évident. Je me souviens avoir rencontré un jeune qui me disait que lui ne voterait jamis Frant National, il préférait Le Pen. Et voilà, où j'en suis moi, qui crois dans le bon sens populaire, je me dis que le peuple il peut parfois être déboussolé, et quand je pense que la plupart des citoyens n'ont que TF1 comme source d'information, j'avance vers l'urne ce dimanche à moitié désespéré.

29 avril

On ne pense qu'à ça. Pas moyen de faire autrement. Au bar PMU d'Eaubonne, je prends une limonade, juste à côté, une table de cinq garçons discute à voix très haute. Le Pen c'est tout de même le meilleur, c'est le seul qui propose la suppression du permis à points. C'est sûr il est trop "ciste-ra". Comme mon beauf il est arabe et moi moitié portugais... mais il a raison, il faut fermer les frontières. Moi je travaille quatorze heures par jour pour ces glandus assistés qui se lèvent à midi et gagnent plus que moi , c'est pas normal. Ségolène elle n'a pas les épaules pour porter la France et avec le Smic à 1500 €, je mets la clé sous la porte, mon employé gagnera plus que moi, et mon père qui est ouvrier pro gagne 1500 € depuis 7 ans, eh bien il va se retrouver au smic. Non elle n'est pas compétente". Je n'ose pas participer à la conversation , j'ai juste écouté. je suis affligé.

4 mai

Je m'en doutais vaguement , moi là jen suis sûr, l'opinion publique est surtout le fait de ceux et celle qui nous remâchent l'actualité à travers leur vision. Et bien sûr, ils disent ce qu'il faut dire. Je vais enquêter moi-même au stade Charlety, pour le dernier meeting de Ségolène, j'y trouve une ambiance de ferveur totalement dingue. Le peuple de gauche est debout, magnifique, ça sent le printemps de Prague, des centaines de jeunes des quartier escaladent les hautes grilles pour rentrer alors que le stade est déjà hyper plein. Sur les radios et les TV, rien, on signale qu'il y a eu du monde à Charlety, personne ne signale un meeting extrordinaire. Idem pour le grand débat. Elle était vive, piquante, solide, spontanée, pragmatique, il était triste gros matou ne voulant pas montrer ses griffes, péremptoire, arrogant. Tous les médias s'accordent pour dire qu'elle était floue et lui Elyséen , qu'elle a pété les plombs, que sa colère était feinte. Tous les médias veulent faire gagner Sarkozy, c'est trop évident.

 

5 mai 2007

Franchement, il y a quelque chose qui ne va pas. On n'a même pas voté, mais tout le monde sait d'avance le résultat. Comment être motivé dans ces conditions ? Il est évident que ce Roland Cayrol qui dirige un institut sur l'opinion des français est un gangster de haut chemin, car il passe sa vie sur les ondes à façonner nos cerveaux et à me dire à moi, ce que je pense moi. Je me sens comme dépossédé. Je n'ai même pas le temps d'avoir une opinion, lui m'annonce déjà ce que je pense. C'est un des plus grands lavages de cerveaux de l'histoire. Souvenez vous bien, en 2006, avant que la campagne électorale commence, nous avons eu droit sur l