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Archives - Article paru dans l'Est Républicain en page / REGION

Bonne route, les oiseaux !

Le Théâtre de l'Unité propose une version très « libérée » d'Oncle Vania... à la campagne !
En Meuse, ce week-end, Lachaussée mélange le jazz manouche au théâtre utopicomique de l'Unité et à la danse africaine.
BAR-LE-DUC. - On va faire du russe avec des amuseurs du Doubs et du tzigane avec des Polonais ; on se remémore encore le Néo-zélandais tendance très française (Graeme Allwright) et on verra les Guinéens remplacer les Maliens. Bref, « Sur la route des Oiseaux », on joue clairement l'option internationale. Au moins aussi longtemps que c'est encore possible. La nouvelle politique française étant ce qu'elle est, le groupe de Bamako Guérebou Kounkan a dû en effet renoncer la semaine dernière à son visa et au festival. Une péripétie comme le festival ne les aime pas.
Toutefois, Lachaussée, petit village meusien en lisière d'étang (en lisière de Meurthe-et-Moselle également), tire une certaine fierté de sa grande migration estivale d'artistes errants. C'est grâce à lui notamment les années passées qu'on a vu se poser un certain Footsbarn Théâtre, troupe de théâtre célèbre s'il en est sur la scène internationale.
Sur ses terres, après le succès d'Allwright mi-juin en première partie de festival, on attend donc ce week-end la nouvelle portée d'amuseurs, comédiens et musiciens de tous tempéraments.

Déviant à souhait

L'association Tangente Vardar, qui s'obstine à agiter le bocal culturel dans ce few men land rural, a enfin décidé de passer au rythme annuel. Et cela pour ancrer un peu plus encore ce rendez-vous dans les petites tablettes de la région.
Alors, inscrivons. Inscrivons d'abord en haut de l'affiche, une bande d'utopistes qui vont faire main basse sur Tchekhov sans demander l'autorisation à personne (ce samedi 19 h 27, demain, dimanche 19 h 26). Ils expédient promptement « Oncle Vania » à la campagne, dans la prairie, histoire de redonner quelques accents authentiquement ruraux à cette histoire de propriétaire terrien et de rapport très compliqué à l'argent, entre autres.
Bien sûr, le Théâtre de L'Unité y introduit une dimension humoristique qui explose de ligne en ligne. Rappelons pour mémoire que cette troupe a autrefois donné naissance au Centre d'art et de plaisanterie de Montbéliard. Le metteur en songes, Jacques Livchine, a donc eu à cooeur d'interroger très sérieusement le théâtre et ses classiques, sans se priver d'en rire !
« La révolution déteint sur le bon ordonnancement de la famille », prévient avec jubilation l'organisateur Carlo Tomassi, appuyé sur ce coup par l'association Scènes et Territoire. « Les vaches y parleront avec les hommes, une version... un brin déviante. Il y a là une dimension évidemment tragique, mais aussi éminemment comique que Tchekhov assumait lui aussi sans souci ».

Soirée bortsch

Mélange des genres oblige à Lachaussée, la musique africaine et sa danse poseront le contrepoint aux élans dramaturgiques. Non contents de donner leur concert trépidant et extrêmement visuel (dimanche), les Won Tan Nara assureront également un stage. Une culture traditionnelle qui n'a de cesse de décoller (concert dimanche à 15 h 30).
Enfin, à signaler une soirée tout à fait dans l'esprit du festival : la soirée bortsch de ce samedi (22 h 30). La soupe en musique. Un énorme bortsch finira doucement sa cuisson alors que se donnera le groupe Iskra.
Cette formation de jazz manouche distille ses accents slaves en puisant dans la mélancolie du fond de la guitare pour en faire éclater les bulles festives en surface. Bouillonnant dans le chaudron, bouillonnant dans l'instrument, comme on sait l'apprécier dans ce beau petit festival en constante ébullition !
Lysiane GANOUSSE • 6e Festival international « Sur la route des oiseaux... », à Lachaussée. Renseignements : 03.29.89.30.23. ou www. theatre-tangente-vardar. com

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Une version ébouriffante d'Oncle Vania.

Les « coupables » ne s'en cachent pas : « jouer Tchékhov à l'extérieur, c'est crétin ». Peut-être, mais c'est également jubilatoire.
Les festivaliers de « Sur la Route des Oiseaux » ont pu le constater ce week-end à Lachaussée (Meuse), grâce au célèbre Théâtre de l'Unité, qui a donné une version ébouriffante d'Oncle Vania entre les meules de paille, la vache et le chien qui aboie.
De l'autodérision, du panache, de l'audace, bref, tout ce qui singularise cette troupe légendaire à qui l'association Scènes et Territoires a eu recours pour fêter ses dix ans d'existence.
Du coup, après Lachaussée, la tournée de l'Unité continue en Lorraine et passe ce soir et demain soir par la Moselle, à Volmerange-lès-Boulay. Respectivement à 19 h 46 et 19 h 47... et ce n'est là que la première surprise de Tchékhov aux champs !
• Renseignements : 03.83.96.31.37. ou www. scenes-territoires. fr

 

 


 


 
Mon dernier choc au théâtre, c'était "Forêts", de Wouajdi Mouhawad, de passage au Carré Magique de Lannion il y a peu. Cette fois-ci c'en est trop. Trop d'émotions, d'érudition, de joie pure et sincère, alors je parle. En bref : Je ne saurais trop vous conseiller de voir "Vania à la campagne" par le théâtre de l'Unité, que j'ai vu ce jeudi à Chalons sur Saône. C'est un petit bijou qui dépoussière Tchekhov, comment dire, je cherche un nom en -ov... oui c'est cela, au cocktail Molotov, sans en égratigner pour autant la dramaturgie. Théâtre dans un champ, en plein champ, plein la vue, plein du temps qui s'écoule, théâtre dans le théâtre, théâtre sur le théâtre, nonchalamment désinvolte face aux conventions qui alourdissent souvent ce que l'on considère comme sacré. Sacrée pièce, dans laquelle la créativité du théâtre de l'unité fait souffler une vent de liberté, d'art vrai, c'est à dire, pour moi, généreux, intelligent, en mouvement, irrémédiablement vivant, en un mot : cultivé.
 
Je vis encore avec cette pièce, cette mise en scène, cette joyeuse troupe de comédiens, et l'espace de ce champ de culture où pousse la bonne graine qui devrait inspirer bien de nos contemporains.
 
Pour ceux qui n'auraient pas encore compris, j'ai beaucoup aimé, c'est un choc "La monde de Lecat", c'est 4 T "Téléralbol", etc. et tout ça, que je proposerai sans doute la saison prochaine. Et si c'est pas des arts du chemin comme on en voudrait 3 fois par jour, ça, alors je veux bien aller me faire masser la nuque par 10 nymphes odoriférantes.
Cordialement,

Denis Lecat
Chargé de Programmation des Spectacles Vivants

Domaine départemental de la Roche Jagu
Conseil Général des Côtes d'Armor
22260   PLOEZAL
Tél. : 02 96 95 39 86 & port. : 06 75 23 31 36

Fax : 02 96 9519 68
Courriel : lecatdenis@cg22.fr

www.cotesdarmor.fr [...le net plus ultra...]


 

Critique du journal Le Monde

"Chalon dans la rue" se saborde pour mieux exister
LE MONDE | 21.07.06 | 17h50 • Mis à jour le 21.07.06 | 17h50
CHALON-SUR-SAÔNE (Saône-et-Loire) ENVOYÉ SPÉCIAL

Pour fêter son 20e anniversaire, le festival Chalon dans la rue, manifestation majeure de théâtre urbain en France, qui attend 350 000 personnes en quatre jours, n'hésite pas à déboulonner la statue de commandeur qu'elle est en passe de devenir. "Le théâtre étouffe, les arts de la rue sont à la recherche d'un deuxième souffle. On est arrivé à saturation mais c'est peut-être bénéfique", explique Hervée de Lafond, du Théâtre de l'Unité, troupe historique du festival, présente dès la première édition.

Une tabula rasa dont la clôture du festival, le 23 juillet, est l'apothéose : au crépuscule, le "Musée éphémère des arts de la rue", constitué de 200 objets - des accessoires et des pans entiers de décors -, sera immergé dans la Saône et même brûlé. Parmi les objets, la devanture de coiffeur d'Hollywood kif, le spectacle phare de la compagnie Pudding théâtre, s'embrasera, "dispersant la mémoire de François, le soliste mort trois ans plus tôt".

En "larguant les morts", Chalon dans la rue, qui réunit des dizaines de compagnies - théâtre, danse, cirque, musique, pyrotechnie, installations, performances -, insuffle une vitalité qui contraste avec le requiem de l'édition précédente. Conscientes d'être arrivées à un moment charnière, les compagnies s'attaquent à ce qui bloque leur fonctionnement.

L'absence à Chalon du ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a détourné le débat autour des intermittents du spectacle pour lever une question sur le théâtre de rue. "Il y a une discordance entre les moyens donnés par le ministère à la création de coproductions et à la diffusion des spectacles, précise Mme de Lafond. En imposant aux scènes nationales ou aux centres d'art dramatique de coproduire de jeunes compagnies, le ministère a amorcé un système pervers où les coproducteurs se vendent entre eux leurs spectacles. Du coup, les achats baissent, les artistes tournent moins."

L'avant-première d'Oncle Vania à la campagne pourrait briser ce cercle vicieux : le Théâtre de l'Unité a vendu son spectacle à la municipalité de Fontaines, dans la région de Chalon, initiant peut-être de nouveaux circuits de diffusion. Les prix ont été cassés, mais la troupe a gagné 4 000 euros.

Cet Oncle Vania - mais aussi Beaucoup de bruit pour rien par la troupe Les 26 000 couverts - marque le retour du théâtre de texte dans le "in" de Chalon. Le Théâtre de l'Unité s'empare d'un classique, trituré jusqu'à la déconstruction. Pic émotionnel du festival, Oncle Vania rend à la pièce sa rage contenue. L'univers de Tchekhov, aéré de commentaires désopilants en voix off, est bien cette mise à sac sentimentale où Elena et Sonia - extraordinaires Catherine Formal et Emilie Debard, dont le jeu caresse, sans s'y laisser aller, le grotesque et le boulevard - s'étripent pour les beaux yeux du docteur Astrov. Transportés dans un champ, les personnages de Tchekhov battent la campagne où la pièce s'éteint doucement, au noir et à voix nue.

En mettant les classiques au vert, le Théâtre de l'Unité compte renouer avec "la déflagration des premières années des arts de rue". Une ligne artistique suivie par la plupart des 19 spectacles donnés dans le "in" et des 170 du "off". La recherche de nouvelles formes confirme le statut de laboratoire revendiqué par le festival. A Nicéphore Cité, KompleXKapharnaüm saisit ainsi, dans PlayRec, l'histoire industrielle des anciennes sucreries et de l'usine Kodak. Plus que des documentaristes, les artistes se transforment en DJ du son et de l'image. L'exercice n'est pas entièrement réussi, d'autant que le caractère live de l'exercice n'assure aucun filet. C'est pourtant cette prise de risque qui fait le prix de la manifestation.

Jamais tièdes, les partis pris n'échouent que sur la déshérence sociale. Dans le quartier des Aubépins, La Zouze, de la compagnie Christophe Haleb, devient la bête noire des désoeuvrés. "On dirait des tarés", gronde une adolescente. Illusion. Ce n'est que du théâtre.

Chalon dans la rue. Jusqu'au 23 juillet. www.chalondanslarue.com
Nicolas Bauche


 

Critique du Figaro. Marion Thébaud. Samedi 22, dimanche 23 juillet 2006.

Théâtre au fil de l'eau et en plein champ

Chalon : Le Festival des arts de la rue fête ses vingt ans et invite le théâtre de l'Unité avec un Oncle Vania à la campagne.

(...) Aujourd'hui Jacques Livchine et sa complice Hervée de Lafond, retrouvent Chalon avec un Oncle Vania joué en plein champ. Nous sommes à Fontaines à quelques kilomètres de Chalon. Des meules de blé entassées dans un coin, deux vaches, une balançoire suspendue à un arbre et dans le lointain, une belle bâtisse, une maison de maître composent une image bucolique comme on en rêve.Le décor est posé, il est superbe. Là dessus flotte une odeur de foin coupé, d'herbes sèches ; le soleil décline peu à peu. La troupe joue à la lumière naturelle et achève le spectacle aux alentours de 22 H, entre chien et loup. C'est très beau, très juste, épousant le désespoir de Vania et de sa nièce Sonia les mal aimés.

Pour le reste Jacques Livchine a une vision révolutionnaire de la pièce. "Nous pensons toujours que le théâtre est un art de guetteur de réveilleur". Alors on a droit au drapeau rouge, aux moujiks en colère, au rougeoiement d'un incendie...Le public y trouve son compte, même si Tchekhov qui ne s'est jamais autorisé un geste révolutionnaire est un peu bousculé. Mais qui aime bien, châtie bien, et Jacques Livchine, aime Tchekhov. D'origine russe, il veut y voir une filiation. "Il n'est pas question de faire du folklore russe, dit-il, mais il ya plusieurs traits de Tchekhov que je crois comprendre mieux que quiconque". Plus vraisemblalement , il est du côté de Mnouchkine et à l'issue du spectacle , il invite le public à partager un bol de borsch . Certains veinards ont même droit au verre de vodka (...)
 


LES INROCKUPTIBLES. N° Août 2006

Fabienne Arvers

Des vétérans du théâtre de rue prennent la clé des champs avec Tchekhov, un régal de fraîcheur.

Une bénédiction : voilà ce qu'on éprouvait à quitter Chalon sur Saône, le 21 juillet au soir, après huit jours d'étuve avignonnaise, pour rejoindre Fontaines, un hameau bourguignon, avec vaches, prés, maison de maître et arbres dispensateurs d'ombre et de brise, pour la dernière d'Oncle Vania à la campagne, par le théâtre de l'Unité.

A l'issue du spectacle donné in situ, calés au milieu d'un pré, avec vue imprenable sur la nature environnante et la maison de pierre, qui collent au mot près, à la première didascalie de la pièce de Tchekhov, la fraîcheur inédite de cette nuit d'été, une trêve passagère qu'il faudrait oublier, sitôt rentrés à Chalon, se conjuguait en beauté avec l'enthousiasme général.

Fondé en 1972 par Hervée de Lafond, Jacques Livchine, Claude Acquart, le théâtre de l'Unité était déjà là pour la première édition de Chalon dans la rue, il y a vingt ans . Cette fois-ci pour l'occasion (les premiers pas d'un projet au long cours, 2012, Tchekhov intégrale) l'Unité a pris la clé des champs et décidé de jouer sur ce seul paramètre-qui en entraîne bien d'autres...:"Toutes les pièces de Tchekhov se passent en été, car en hiver la Russie était immobilisée par la neige. Il y a donc toujours une véranda et un extérieur.Nous voulons montrer la campagne avec des animaux". Passeront un homme à cheval, une chienne joueuse, des vaches tranquilles ; l'aire de jeu agrandie aux dimensions du paysage fait sans cesse osciller l'attention entre le grand lointain et le tout près...où Hervée de Lafond fait coulisser sur des pancartes des subtils apartés du public : "il y en a encore pour longtemps?","il y avait déjà des noirs en Russie?"Sinon, elle excelle dans le rôle des didascalies, nous guidant comme l'ont fait les acteurs à l'arrivée, en résumant les grandes lignes de l'(in)action et de l'art théâtral de Tchekhov...

Resteront des images fortes, odeurs et lumières mélangées : la maison éclairée à la nuit tombante, l'embrasement rouge du mur d'enceinte pour la révolution, les bagarres au lointain et les chants adressés sous le nez du public. Et les musiques des Young Gods, Popol Vuh, ou Georges Delerue jetés en pâture à la moindre occasion...L'été, c'est vachement bien le théâtre des champs....


 

FRANCE 2/JOURNAL DE 13 H/ VENDREDI 21 JUILLET 2006. Reportage Marie Hélène Bonnaud, Thierry Breton.

 

Culture et agriculture. une troupe de théâtre envahit une exploitation agricole pour fêter les 20 ans d'une des plus vieux festivals des arts de la rue.

"Une maison de maître, une exploitation agricole, quelques vaches, intriguées par une agitation inhabituelle. Leur pâture est transformée en théâtre, une scène de plusieurs hectares. L'oncle Vania est sorti de son cadre intime. Hervée de Lafond "On a tout simplifié, tout expliqué, c'est vraiment pour les nuls ". Cette histoire du déclin d'une exploitation agricole en Russie à la veille de la révolution ne pouvait trouver meilleur décor. Une pièce modernisée avec défilement de SMS entièrement à la main. Question à Daniel Dubois, agriculteur : il y a quoi d'habitude sur cette pature ? réponse, "des bêtes, des charolaises. J'ai enlevé le petit veau tout de suite pour laisser la place au spectacle". C'est une course avec le soleil pour ce théâtre peu banal, sanss projecteur, sans micro, les comédiens jouent de très très loin en décor naturel. Emilie debard : "la nature peut être notre partenaire, mais des fois notre ennemie, voilà. L'oncle Vania a pris l'air dans les champs en même temps qu'un sacré coup de jeune. Mais comme à la campagne on sait recevoir , la soirée se terminera autour d'une vodka et d'une soupe russe.

 



France 3 Bourgogne . 21 juillet 2006 . au 19/20

La pièce de Tchekhov a servi de prologue au festival "Chalon dans la rue". Hier soir c'est l'une des compagnies fétiches du festival qui l'a interprété dans le cadre d'une exploitation agricole près de Fontaines près de Chalon ; cette compagnie s'appelle le théâtre Unité, Michel Gillot, Christophe Gaillard .

Extraits "ma jeunesse c'est fini, c'est enterré, l'année dernière je marchais encore dans tes théories utopiques, je regardais la vie comme elle pouvait être, pas comme elle était ". . Utopie et réalité, Oncle Vania résume ici tout ce qui intéresse le théâtre de l'Unité, compagnie née en 1968, un amour profond pour Tchékhov et une fidélité absolue à ses engagements. Intimisme à ciel ouvert, fraternité avec le public et l'auto dérision d'une compagnie qui commence à bien se connaître. Oncle Vania n'est pas un retour au répertoire mais une échappée belle du théatre de rue . Extraits "dévorez moi .Hervée de Lafond : " on introduit dans le système de pensée rue, un grand texte qui n'a rien à faire là, donc ce n'est pas un retour en arrière, c'est un bond en avant. Extraits du docteur. On a d'abord commencé par travailler la pièce en intérieur et puis on l'a essayé en extérieur et on a vu que l'extérieur cela changeait beaucoup de choses. Plus de choses drôles, moins de choses émouvantes, mais il y avait quelque chose en plus, comment vous dire : le cosmos. OncleVania ( image des saluts) visiblement dans un plaisir partagé.


 

Critique de Catherine Zahra/ Journal de Saône et Loire

supplément Chalon dans la rue du 20 juillet

Bain de jouvence pour "Oncle Vania " de Tchekhov, concocté par le théâtre de l'Unité. Il a dépoussiéré l'oeuvre sans la dénaturer, tout en l'enrichissant d'une manière ludique et bucolique.

Farfelu, ludique, émouvant, original, sont autant de qualificatifs qui peuvent être attribués à la version bucolique d'Oncle Vania à la campagne.

Farfelu, car comme à la télé des messages SMS défilent sous les yeux du public pour des commentaires sur la pièce... des textos tout droit sortis de l'ambiance de l'assistance et à chaque représentation, les messages diffèrent.

Ludique, puisque le théâtre de l'Uni!té a décidé d'incorporer à la pièce, la femme de Tchekhov, Olga Knipper, pour y parler du travail de l'auteur, de sa vie et de sa vision des choses tout en faisant des piqures de rappel historiques sur le contexte de l'époque : le tsar Nicolas II, la révolte des moujiks et surtout la révolution russe de 1917 en plus des commentaires de la voix Off qui viennent s'ajouter aux explications du texte.

Emouvant dans la mesure où la trame de l'histoire demeure : des personnages à la vie morne se croisent , sont séduits ou séduisent mais les sentiments ne sont jamais partagés (...)

Original. (...) Les comédiens cotoient des vaches normandes un cheval et son cavalier qui dévalent à bride abattues , et où que ce soit le spectateur a toujours quelque chose à voir car il y a toujours quelque chose qui se trame derrière le jeu des comédiens.(...)

Plus de deux heures de plaisir partagé... car bien entendu, le théâtre de l'Unité n'oublie pas le confort de son public en lui proposant iune bonne collation concoctée par ses soins , accueil de bienvenue traditionnel russe, thé au goût russe, et bien entendu le célèbre borch, concocté par les soins de la compagnie. Bref un accueil aussi plaisant que la pièce.


 

 

Tchekhov comme aucun théâtre ne peut se l’offrir

On raconte souvent l’anecdote selon laquelle Tchekhov, excédé par le naturalisme des mises en scène de ses pièces par Stanislavski, rêva d’écrire la réplique suivante: « Quelle belle journée! On n’entend ni oiseau, ni cloche d’église, ni chant dans la campagne, tout est calme, silencieux … ». Pourtant les textes du dramaturge regorgent souvent de ces petites références au temps, aux sons, aux émois de la nature, qui rendent si particulier son travail de « recréation de la réalité ». On sait que Jacques Livchine est d’origine russe, il le clame depuis si longtemps qu’on ne peut l’ignorer; on sait aussi qu’il aime les grands espaces : ses tentatives de mise en scène aux Angles (près d’Avignon) sont là pour le prouver. On sait sans doute moins qu’il adore Tchekhov et le connaît parfaitement, intimement, ce qui le rend capable d’éclairer, comme nul autre, l’univers de l’écrivain dans le contexte plus large d’un pays en voie de totale mutation.

Jamais un théâtre national ne pourra s’offrir, quelle que soit la grandeur de son plateau et les dons de son éclairagiste, le décor halluciné d’une campagne en fin d’après-midi, avec ses champs, ses animaux, son soleil qui décline pour laisser la place aux premières étoiles accompagnant le lever de la lune. Le théâtre « de rue », ou plutôt « dehors », dans son apparent dénuement, peut se payer le luxe d’une scénographie telle qu’en a rêvé Stanislavski pour sûr, et que ne renieraient pas les cinéastes qui souhaiteraient s’attaquer à une mise en « conditions réelles » de la pièce phare du répertoire Tchekhovien.

Mais il ne s’agit pas ici d’une simple transplantation au milieu des prés et du colza. L’Unité, dans son adaptation, fait preuve d’une rare intelligence du texte et de son contexte, et nous fait la grâce de nous en confier quelques clés. Ainsi, le personnage d’Olga, la femme de Tchekhov, nous guide-t-elle en nous livrant le contenu de quelques-unes des lettres de son mari. De même apparaît en scène, pour la première fois de l’histoire des mises en scène d’Oncle Vania, sans doute,  Vera, personnage-clÉ s’il en est puisque, première femme du Professeur, c’est elle qui possédait la propriété et l’a léguée à sa fille. Ce « fantôme », de blanc vêtu, dissimulée sous un voile tel que les belles dames les portaient à la grande Epoque pour se protéger du soleil, donne à la fois une « couleur locale » et temporelle à l’ensemble de la pièce, mais permet aussi aux metteurs en scène (Jacques Livchine et Hervée de Lafond) de mettre en valeur le thème réel de la pièce : le démantèlement d’une propriété terrienne à l’aube d’une révolution qui plongera tout le pays dans le chaos.

Dès lors, la « figuration » très picturale des moujiks dans les champs prend tout son sens. De même, les balades du professeur : apparemment absent du coeur de la pièce, mais terriblement présent si l’on considère qu’il passe la plupart de son temps à jauger l’étendue du domaine et de ses ressources, en vue de faire la meilleure affaire. Comment, mieux qu’en montrant aux spectateurs, physiquement (dans l’espace et dans le temps qui passe, de façon concrète et métaphorique), faire percevoir tous les enjeux de la pièce ? L’histoire commence par une bluette, une histoire de fesses entre la jeune femme du Professeur et le Docteur, que dore la lumière de l’après-midi. Mais le vrai drame, l’annonce de la vente de la propriété, se passe à la nuit tombante, et le pauvre Vania, lorsqu’il avoue « Je n’ai plus de force », le fait à la lueur de la chandelle, bien utile car les premières étoiles piquent le ciel assombri.

C’est tout le savoir faire de décennies passées à jouer dehors et dedans qui permet au Théâtre de l’Unité de rendre passionnant ce spectacle, et pas seulement l’intelligence de la dramaturgie, d’une finesse rare. C’est dans le jeu exalté de Pancho Jimenez, hallucinant Vania, incarné jusqu’à la pointe du chapeau et des pirouettes, comme seul un artiste de rue, « corporel » avant tout, sait l’être, que l’on trouve sans doute la meilleure réponse aux contempteurs des arts du bitume. C’est l’humour signé UnitÉ qui donne la distance et permet à l’ensemble de la mise en scène d’être à la hauteur de l’adaptation. Combien de Vania n’a-t-on vu, dégoulinants de bons sentiments, d’âme prétendument slave (ou plutôt de l’image que l’on s’en fait), souvent prétexte à des épanchements de comédiens en mal de souffrance soi-disant contenue ? Rares sont les Vania où l’humour est mis en exergue. Pourtant Dieu sait que Tchekhov n’en manque pas et que c’est justement cet humour qui permet à la nostalgie d’un monde en train de s’effriter et à la sensibilité des personnages (de la colère aux larmes) de prendre toute leur dimension.

Oncle Vania à la campagne, c’est tout le suc de l’Unité, compagnie pionnière des trottoirs, qui n’a jamais abandonné son attachement à la salle et aux grands textes qu’elle a montés avec patience et passion, au cours de ses bientôt quarante ans d’existence. Du grand théâtre, vraiment, une crème, une élite de théâtre, pour tous, résolument et farouchement. Et les élèves du Lycée agricole de Fontaines ne diront pas le contraire : attentifs sur les gradins ou sur scène, avec les vaches (lauréates de concours agricoles) qui font partie intégrante de la pièce, c’est d’eux que la pièce parle, des gens de la campagne, et des intellectuels qui, pour une fois, se trouvent rassemblés face à Tchekhov et partagent de concert le bortsch fumant servi ‡ l’issue du spectacle. Cette longue soirée est un cadeau grandiose que le théâtre nous offre décidément  trop rarement.

A voir cet été dans le Jura Suisse, à Dole et au festival Chalon dans la rue.

Lire sur le site du Théâtre de l’Unité (http://www.theatredelunite.com/) le journal de bord de la création.

Floriane GABER

lire sur http://www.fluctuat.net

 

 

Le journal de Saône et Loire

10.05.2006
« Oncle Vania à la campagne » au lycée de Fontaines
Plus de cent spectateurs séduits par cette version du Théâtre de l'Unité

Munis d'imperméable et de parapluie, le public n'a pas perdu une miette de deux heures d'Oncle Vania à la Campagne

Bravant la pluie et le froid, une centaine de spectateurs s'est rendue au dernier chantier public de l'Abattoir au lycée de Fontaines en compagnie du Théâtre de l'Unité et de son truculent « Oncle Vania »

Farfelu, ludique, émouvant, original. Sont autant de qualificatifs qui peuvent être attribués à la version bucolique de « Oncle vania à la campagne » d'Anton Tchekhov mis en scène et interprétée par le Théâtre de l'Unité, samedi soir au lycée de Fontaines.
Farfelu car, comme à la télévision, des messages SMS défilent sous les yeux des spectateurs pour des commentaires sur la pièce, car un homme y interprète le rôle de la nounou, etc. Ludique puisque le Théâtre de l'Unité a décidé d'incorporer à la pièce, la femme de Tchekhov pour y parler de du travail de l'auteur et de sa vision des choses tout en faisant des piqûres de rappel historiques sur le contexte de l'époque : le Tsar Nicolas II, la révolte des Moujiks et surtout la Révolution Bolchévique.
Émouvant dans la mesure où la trame de l'histoire demeure : des personnages à la vie morne se croisent, sont séduits ou séduisent mais les sentiments ne sont jamais partagés. Ils sont tous là : Sérébriakov, vieil enfant gâté, geignard, Eléna, sa jeune épouse, beauté inutile et peste, Sonia, toute entière vouée au travail, jeune vie déjà sacrifiée, sans relations, sans amour partagé, Astrov, médecin désabusé, cynique et lucide, Téléguine, propriétaire foncier ruiné et pique-assiette à la « face de morille ». Et Ivan Voïnitzki, dit « oncle Vania », qui a sacrifié toute sa vie à ce faux dieu de Sérébriakov allant jusqu'à refuser sa part d'héritage pour mieux doter sa sœur afin qu'elle épouse ce dernier. Hélas, celle-ci n'est plus et Sérébriakov veut dilapider l'exploitation pour laquelle Vania a tout sacrifiée. Enfin, original puisque le Théâtre de l'Unité a sorti Vania des murs pour le jouer en plein air. Les comédiens y côtoient les moutons, les vaches. Et où que ce soit, le spectateur a toujours quelque chose à voir qui se trame derrière le jeu des comédiens.
Deux heures de plaisir partagées entre les comédiens et les spectateurs qui ont même eu droit à un thé goût russe en pleine représentation et à une soupe bien chaude à l'issue de la pièce.

Catherine Zahra


Une longue analyse de Caroline Vergon ( membre du comité d'expert de la DRAC Franche Comté)

Besançon, le 31 mars 2006

Bonjour Hervée et Jacques,

Je suis effectivement partie chargée d’émotions de la représentation d’Oncle Vania mardi dernier.

Je m’excuse d’être partie comme une voleuse, sans avoir échangé avec vous le moindre petit mot, sans avoir goûté cette soupe qui sentait si bon, mais j’étais trop émue, trop fragile pour pouvoir rester. (...)

J’aurais aimé vous faire part de mes impressions, critiques, émotions au sujet de ce premier crash-test dès l’issue de la représentation, pas grave, je vais essayer de le faire maintenant.

- L’émotion créée par votre regard sur l’homme, sans compromis, tellement juste

- le sens que vous donnez à chacune de vos interventions, à mille lieues d’une tendance à se contenter de travailler l’image – ce que vous faites tourne toujours, je trouve, autour de la condition humaine – « Qu’est-ce que je fais, là », résumant bien à la fois la pièce, le sens de votre travail, et tous les questionnements que ça peut engendrer chez le spectateur.

Le théâtre que j’aime, c’est celui qui me déclenche des émotions, et qui m’aide à avancer dans mes questions sur moi et moi, sur moi et le monde dans lequel je vis. J’aime ce qui tourne autour des fragilités de l’homme, du dérapage, de la bascule, des ratés. En plus de la résonance particulière prises par certaines phrases de la pièce dans mon histoire personnelle, du texte en lui-même, et même si malheureusement, je n’ai jamais vu d’autres représentations d’Oncle Vania, je pense que cette émotion si forte est liée aussi à la mise en scène et au jeu. Je vais essayer d’expliquer ça maintenant.

Ce moment est très beau, feutré, doux et poignant à la fois. Je me souviens m’être dit que la lumière (bougies) comptait beaucoup à ce moment-là. Il me semble qu’il y avait aussi une musique de fond, mais je ne sais plus ( ?).

Je n’ai pas du tout aimé les décors, qui m’ont trop évoqué le boulevard (pas assez de décalage ?) mais j’ai su depuis que vous envisagiez de jouer dans des cours de fermes, bottes de paille, fumier et tracteurs, et cette idée me plait. ça me fait penser que j’aime beaucoup la préparation de la soupe en directe et l’odeur en fond – pas assez souvent l’odeur au théâtre… ?

Maintenant, en conclusion, une remarque sur le critère salle / rue par rapport à votre Oncle Vania. Je crois que la réception d’une pièce est forcément très différente selon le lieu où elle est montrée, ses destinataires, et où et comment se situent ceux qui la voient. Le critère rue / salle apparaît alors comme un profond révélateur de ces différences.

Tel quel, je n’arrive pas à projeter une diffusion en salle dans des structures type CDN ou scène nationale. Je crois que ça s’explique par mes remarques sur les décors, les costumes, peut-être la musique, la scène de la révolte. Je ne suis pas très au clair avec tout ça, mais c’est comme si ces choix étaient trop réalistes, pas suffisamment abstraits, conceptuels, trop terre à terre.

L’analyse est tout à fait différente pour la rue. Déjà , la question du public. Je ne crois pas me tromper en disant que dans la rue (qu’il s’agisse de la ville ou de la campagne, en tous cas en dehors des murs des théâtres et en accès gratuit), il est potentiellement possible de toucher plus de gens qui ne connaissent pas le texte et qui n’ont jamais vu d’autres adaptations de Vania. L’idée de faire découvrir les classiques du théâtre, les beaux textes de la littérature, aux gens qui n’y vont que très peu ou pas du tout, reste toujours séduisante et nécessaire, parce que c’est l’occasion de montrer que ces textes (et particulièrement celui-là) nous parlent de nous tous, de ce qu’on vit, d’où qu’on vienne où qu’on se situe.

L’idée de réfléchir à l’inscription de la présentation de la pièce dans un environnement particulier (ferme en milieu rural, d’autres pistes en milieu urbain ?) va forcément donner une autre résonance au texte et à votre mise en scène, encore probablement une autre lecture qui donnera du sens. Le décor, tel que je l’ai vu, dans une salle, ne donne aucune clé, aucun sens, il est trop simplement représentatif, démonstratif (encore une fois je ne suis pas sûre que ce soient les bons mots, mais c’est ceux qui me viennent à l’esprit). Le soutien-gorge rembourré de Marina, par contre, permet d’en construire (l’essence de la nounou, c’est ses seins, le lait nourricier).

Une question qui me vient à l’esprit par rapport à la rue et concernant la durée : est-ce que deux heures ça ne risque pas d’être trop long ? C’est une vraie question, c’est-à-dire que la réponse ne m’apparaît pas comme évidente. Le rythme, les ruptures, les commentaires, les interventions de l’amie de l’écrivain et d’Hervée permettant de rester dedans, de ne pas décrocher, et d’avoir suffisamment de clés pour des spectateurs non habitués au texte et pourtant, rester assis 2 heures ça peut être long (mais peut-être voyez-vous des déplacements du public ?), d’autant plus en fonction des conditions (bruit, logique festival-consommation de spectacles ?).

Voilà, c’est un peu long tout ça, mais ça m’a tellement ennuyée de ne pas échanger avec vous à la fin que j’avais vraiment envie de mettre par écrit tout ce que m’a évoqué votre Oncle Vania. Je suis très pressée de le découvrir en rue. Très intriguée aussi par la / les lectures supplémentaires que ça nous amènera à faire de la pièce. Je pense que Vania devrait vraiment pouvoir rencontrer son public en rue, parmi ceux qui connaissent le texte, curieux de le découvrir dans la rue (ça s’est déjà fait ?), et les autres, qu’il faudra faire venir, et qui ne devraient pas être déçus, car c’est quelque chose que vous savez vraiment faire, de rendre accessible sans dévoyer en simplifiant, ou en lissant. J’étais là, mardi, avec l’ami de ma sœur, qui va très peu au théâtre, qui ne connaissait pas le texte. Il a énormément aimé, ne s’est pas ennuyé une seconde, et a été « impressionné et touché par la mise en scène », « a découvert et pu comprendre un beau texte », et « dommage pour la soupe qui sentait si bon » m’a-t-il dit.

Excusez-moi pour d’éventuelles imprécisions ou maladresses langagières, ça n’est jamais un exercice facile de s’exprimer sur un spectacle. On pourra de toute façon certainement en rediscuter de vive voix.

Bien à vous tous,

Caroline


Erik 77 ans d'Etrigny

Superbe spectacle, c'est un de mes meilleurs moments de théâtre. J'avais déjà vu d'autres versions d'Oncle Vania, mais tout l'esprit de Tchekhov était là. C'est une représentation complète qui allie de grands monologues avec des couches d'humour. Une adaptation originale que l'on ne peut surpasser.

Fanta 33 ans.

J'ai trouvé le spectacle magnifique, j'ai même été déçue que cela se termine aussi vite.

Catherine (45 ans)

C'est tellement incroyable cette énergie qui rayonne de votre théâtre(...)Jamais je n'ai trouvé une telle richesse concentrée, ouverte, acessible, ce que vous réveillez avec votre théâtre, c'est le désir de vie, malgré tous les obstacles. Votre théâtre à vous tient de l'alchimie, ça tient de la conjugaison du passé et du présent pour avenir possible. J'ai vu le spectacle samedi, j'ai sangloté en silence, mais aussi j'ai été transportée de multiples façons. Votre théâtre ne se cantonne pas aux mots, ni aux maux, IL LES DEPASSE, et invite les spectateurs à en faire autant. Il y a des communions émotionnelles comme je n'en ai jamais vécues ainsi. Je ne suis pas une professionnelle, n'attendez pas de moi une analyse, mais ce que je peux dire c'est que cet Oncle Vania est bouleversant. Les êtres non financièrement pourvus sont là aussi très fort et même les morts ont place ici.

 

Serge Chaumier. Professeur à la fac de Dijon.

Merci surtout pour Oncle Vania, je n'ai pas eu le temps de te le dire
l'autre jour, mais c'est vraiment comme ça que je conçois le vrai théâtre
populaire, innovant, généreux, de qualité, qui amène à découvrir de
nouvelles perceptions, et qui se tient éloigné et de la gaudriole et de
l'ésotérisme , deux tendances qui malheureusement me semblent menacer de
plus en plus les arts de la rue, mais peut être d'ailleurs l'ensemble du
secteur culturel, et pas seulement la rue...

 

Jean Pol Martin, Professeur de faculté en Allemagne

 

"Inoubliable: incroyablement riche, quel que soit le point de vue d'où
on se place. Dès l'entrée on est informé par les acteurs mêmes (qui vous
conduisent jusqu'à vos bottes de paille en faisant la chaîne) sur les
éléments essentiels de l'intrigue, de sorte qu'on sait clairement de
quoi il s'agit et qu'on n'a plus à faire l'effort souvent fastidieux et
improductif de comprendre ce que chaque personnage représente. On peut
alors se concentrer sur la présentation des idées (d'autant plus qu'il
s'agit de réflexions existentielles) et savourer leur mise en valeur. Il
en est de même pour les commentaires et explications au métaniveau: le
théâtre de l'unité tire pour nous la substantifique moêlle et nous en
fait jouir tout de suite! Quelle innovation! Voilà comment il faudrait
traiter l'histoire des idées et de la littérature en classe ou à
l'université! Et cette trouvaille formidable de nous emmener dans un
champ! On sent que la pratique du théâtre de rue a appris à Livchine/de
Lafond à exploiter toutes les ressources offertes par l'extérieur, la
nature, les bâtiments! Les dix-huit acteurs habitent tout l'espace, si
vaste soit-il (à la Roche-Jagu environ 500 mètres de largeur) et
développent des activités incessantes en contrepoint aux dialogues du
devant de scène. On ne s'ennuie pas une seconde, il y a tant d'idées
qu'il faudrait assister à plusieurs séances pour les découvrir toutes.
Et la pluie: on s'y habitue, on la souhaite parfois même pour faire
corps davantage encore avec les acteurs dans une solidarité nouvelle!
Parfois, dans certains mouvements de foule, on a envie de se lever et de
participer activement. D'ailleurs c'est ce qui se passe aux
applaudissements: on se lève et on crie se joie aux acteurs. Un moment
exceptionnel, impossible à recréer parce que dépendant de tant de
facteurs différents, que jamais deux représentations ne peuvent se
ressembler!"


Le 16 août à Ploezal, Jean Luc Clairet écrit :

Chers Jacques L. et Hervée de Lafond

Le "chers" prend vraiment tout son sens. Je suis encore tout rempli de cette bouleversante rencontre d'Oncle Vania à la campagne au coeur de l'année 2007, année si étrange par ailleurs. Je ne vous oublierai jamais. Il s'en est fallu de peu que ne revienne hier au soir pour la troisième fois. Sachez que bien qu'absent, j'ai vécu avec vous. je me disais "tiens ils commencent sous la pluie... tiens ils en sont là, tiens ils ont fini. " J'ai bassiné tout mon entourage....

Découverte d'Oncle Vania mais découverte de l'Unité, aussi bien sûr Tchekhov. (...)Aujourd'hui calé dans mon rocher face à la mer, me revient la sensationnelle scène collective "je fais quoi" avec tous ces personnages qui tournent et ce final à la table avec Sonia et Vania. Oui, je range Oncle Vania à la campagne parmi les plus beaux spectacles que j'ai vus cette année à côté des Ephémères de Dame Ariane.

Cela fait plusieurs années que je dis et pense que l'Art doit reconstruire le monde que tant d'autres s'évertuent à démolir, et quand dans votre excellente documentation, je lis "L'Art est une arme de construction massive", je jubile. je suis très sensible aussi à l'accessibilité pour tous des oeuvres, quelles qu'elles soient. Avec mon fils Mathieu de 13 ans, on se répète les répliques culte de Vania en boucle comme au sortir de certains films. Je vous salue du fond du coeur.

Jean Luc

Même l'ex secrétaire général de la mairie de Montbéliard s'exprime

J’ai été très heureux de croiser à nouveau votre chemin pour constater que vous n’avez rien perdu de votre capacité à créer et à rendre accessible à tous un patrimoine culturel que d’autres voudraient réserver à une petite élite en le rendant hermétique au plus grand nombre.
Merci encore pour cette bonne soirée.
A bientôt de vos nouvelles.
Amitiés.

Michel FRANGVILLE