Prises de position, polémiques

Des mels, des lettres, des réponses...

mis à jour en mars 08


Mon mai 68

Publié dans l' l'humanité du 28 avril 08

 

Bizarre.

L’acte de fondation du théâtre de l’Unité c’est le 22 mars 68.

Je réunis 7 acteurs pour une pièce de Peter Weiss à la MJC d’Issy les Moulineaux. Pièce politique sur Salazar.

Quand la pièce est prête le 29 avril 68 , le Syndicat  Français  des acteurs lance un ordre de grève.

Nous décidons la grève active.

Nous jouons dans les usines, chez Citroën, à Javel, à Hispano Suiza à Colombes,  chez Chausson au bas Meudon etc.

Le spectacle est formidablement  reçu.

C’est de cette époque que je garde la conviction que le théâtre n’est pas fait uniquement pour une classe minoritaire et cultivée, mais  doit s’adresser à toutes les classes sociales mélangées. C’est de cette époque que je sais que le théâtre s’adresse à l’élite de la sensibilité, et que les ouvriers, les femmes de ménage en font partie autant que les professeurs et les instituteurs.

Le peuple a besoin de théâtre autant que le théâtre a besoin du peuple pour survivre.

40 ans après, je me retrouve installé à Audincourt, au pays de Montbéliard, au pays de Peugeot.

J’ai toujours cherché à rapprocher le théâtre des gens, je fais beaucoup de théâtre de rue.

Mais quarante ans après,  tous les serments sur le théâtre qui devait toucher le non- public ont été oubliés.

« Théâtre populaire » En 2008, on n’ose à peine  en parler de peur de perdre nos subventions.

 

26 mars 08 à la SACD

 

La moquette est bleu nuit bien épaisse. Notre salle donne sur un vrai jardin comme à l’Elysée. C’est au jardin que l’on fumera. La table est immense. Fred Michelet prétend qu’il a fait fabriquer cette table pour les commissions rue.

Personnellement je suis très content de voir comment ça se passe de l’autre côté, du côté des sélectionneurs, des trieurs, des choisisseurs, des écrateurs, des goûteurs, des raminateurs, des   promonateurs.

Je fais partie du cénacle des hommes et femmes de goût décideurs d’un jour. Je suis fier d’avoir été choisi.

De quoi parle t-on avant que ça commence ? « Pédro, ça fait quinze ans, moi douze ans, pourquoi tu ne me prends pas à Chalon ? » 

Nous qui allons sabrer 42 groupes, nous nous plaignons  tous d’être sabrés. Soit par JMS, soit par MB, par RM, par DA.

A part Cyril, parce que lui, il est zen, il revient de Pougne, il a RV à Calais, il est passé à Figeac. Mine de rien, il a une année remplie, je le devine.

De la même manière que les violés d’un jour sont les violeurs du lendemain,   les sabrés d’un jour sont les sabreurs du lendemain.

Tour de table rapide  pour Loredana, comme si elle ne connaissait pas Cathy, Cyril, Fred , Pascal, Pedro, Fred, Thierry.

C’est parti. Clémence de la SACD note sur le paperboard , notre première sélection : nos 10 favoris.

18 dossiers ne sont pas cités. C’est terminé pour eux. Leur candidature s’arrête là.

Donc nous allons commencer l’épluchage de 29 rescapés.  

 Les projets qui n’ont qu’une voix, d’abord.

Le jeu c’est de tenter de convaincre les autres membres du jury  de ce qui est à choisir.

J’ai voté Gérard Gérard, des jeunes de Chaillot, qui dansent chantent jouent leurs coups de foudre, spectacle hyper bien réglé.

Je ne tiens pas deux secondes sur le ring : « padlarue » Eliminé.

Cubitainistes, 1 Voix… Très vite on parle des méthodes d’Alain Fraut,qui gagne le prix de l’insisteur en chef. Je note un  proverbe : «  A trop tanner, on se fait rétamer» 

Et pourtant il a des défenseurs.

La vidéo : les comédiens sont pas top, les textes non plus,  dit quelqu’un. Fraut reste avec sa voix unique.  Alain , un conseil, n’appelle pas tout le monde pour gueuler, tu t’enfoncerai encore plus.

Soloy : Une seule voix. Il fait un exposé passionnant sur les bonobos, mais on n’arrive pas à  savoir  ce qui va en sortir.

Les Branques / Azimuth , 1 voix.

Les vidéos sur le site sont catastrophiques. Des lycéens goguenards et indifférents.  Et la prestation de Pierrefitte n’a pas fait que des contents. C’est terrible, parce que moi j’aime bien Michaël, le CD audio est sympa, mais il arrache pas vraiment.

Pas un projet à 1 voix ne passe  à 2.

Quand on s’attaque aux projets qui ont trois voix, une voix de plus les amène en demi- finale.

A quatre voix t’es mis dans la réserve pour la place de cinquième élu.  Alors, les arguments et les échanges sont plus vifs.

Cathy et moi, on a envie de faire passer Moussa. Parce que c’est une écriture qui mérite qu’on qu’on s’y arrête. Loredana est intéressée par la structure.  Le problème c’est que Moussa s’est inscrit comme metteur en scène, et ça on n’y croit pas trop, Et puis certains trouvent cette scénographie trop statique. On a envie que ça bouge.

Et No Tunes… vont ils passer le cap ? Tout le monde apprécie le projet, mais certains parlent de procédé,  et puis tout le monde convient qu’ils n’ont pas besoin de la SACD pour continuer d’exister.

Le Samu ? Cathy s’emballe pour eux. « Les jeunes, l’utopie, vous n’en avez rien à foutre » ! Mais le Samu ne donne pas des pistes assez précises de sa mise en scène pour rafler une nouvelle voix.

Jeanne Simone/ Pascal va tenter le forcing.  Il a vu , il a adoré, il a pleuré.

 La SACD nous offre le champagne, le repas dans les sous sols.

Le ton monte, les passions  augmentent, on fume, ça s’échauffe.

On voit déjà se dessiner les premiers gagnants hors de portée… Ici même,  Chercheurs d’air.

J’aimerais faire passer Karcher,  du groupe Ornic’art mais ceux qui les connaissent trouvent que cela ne dépasse pas la performance et qu’au bout de dix minutes ça va…

Et là j’assiste à un formidable plaidoyer  de Larderet pour une certaine Lucie B.  que je n’ai pas retenue, il la place meilleure photographe du monde, il l’élève aux cieux… « Sans paradis fixe » ramasse deux voix nouvelles.  Pas la mienne, je sais qui je veux faire passer.

Lucie B passe de 3 voix à 5 !   Finaliste !

Maintenant, chaque appréciation  compte ! 

Nous sommes 3 à soutenir les Bains douches de Claude Acquart. Au moment où je dis qu’ils sont mis en scène par le Pudding, Cyril et Cathy se rallient. Les voilà dans la dernière short list avec cinq voix.

Dalila échoue.   Certains ne comprennent pas le truc.

 

Magali  (Ex Faiar)  échoue de justesse à 4 voix.  « Ça parle de quoi ? Il y a des beaux textes, mais ça parle de quoi ? Elle parlerait des portes bleues, ça irait, mais on ne sait pas de quoi elle parle » s’exclame un des membres du jury.

Pareil pour les clandestines, elles sont sympas, avec leurs tentes, mais c’est quoi le propos ? Cathy fait campagne pour elles sans résultat.

 Cyril tente de faire remonter les 9,81… « c’est nouveau la danse verticale » ?

Le projet corpus Eroticus  de Virginie  Deville.  Pédro et Thierry ont vu des ébauches.

Projet différent, je le soutiens moi aussi.  

Cyril se rallie…

Ils ont cinq voix ça passe.

Mais voilà que Cyril se ressaisit, il critique le projet,   « Fausse réalité pas assumée » d’autres critiquent le bain dans le polystyrène, pas assez sensuel.   Cyril retire sa voix.

Corpus Eroticus redescend à 4 voix.  J’appelle ma nièce qui a vu le spectacle pour ne pas me planter,  elle me dit   «  c’est très bien ».

Ils sont 5 à avoir quatre voix.   On va les départager au vote secret.

J’ai un contentieux , l’an dernier j’avais fait passer des textes érotiques en force, cruelle Zélande, et c’était super raté. Donc je n’ai pas trop de poids pour soutenir 1 nouveau   projet érotique. Je me terre.

Il n’y a que Cyril qui continue de soutenir 9,81, tous les autres votent « éroticus.

Et voilà comment on passe de 47 projets à 5 projets

  1. Ici même : le grand boum en avant
  2. Chercheurs d’air : jardin
  3. Sans paradis fixe : lucie B
  4. Bains douches : les cueilleurs de vent
  5. Ce dont nous sommes faits : corpus eroticus

Je vous raconte ça, parce que je trouve que les commissions ne doivent pas être opaques.

Nos choix sont injustes, c’est sûr. Mais c’est incontournable.  Il y a carrément sur le marché rue une offre de 40 000 représentations pour une demande de 8000 représentations.

J’ai fait des calculs. Pour absorber toutes nos productions il faudrait au moins 13 lieux de diffusion par département. Pas difficile. Chaque compagnie qui vit sur un territoire va proposer à sa communauté de communes un événement rue.  Il suffirait que 100 compagnies s’y mettent et on fera tous plus de 40 dates par an…

C’est hâtif comme calcul, mais voilà.  Nous on va essayer.  Cacahuètes ils le font bien, le théâtre group aussi et d’autres encore, pourquoi pas nous ?

 

 

 

Le Channel me rend fou

 

En guise d’ouverture un peu choc, je dirais le 1er janvier  08,  que le Channel, rend  irrémédiablement caduque le concept de scène nationale tel qu’il a été pratiqué depuis vingt ans.

S’il y avait un ministre de la Culture en France, il convoquerait dare dare à Calais tous les directeurs d’établissement publics subventionnés   et il dirait : « voilà un établissement artistique qui s’adresse à la cité toute entière, et non pas à sa seule minorité « cultivée ». Si c’est possible à Calais, pourquoi cela ne serait- il pas possible dans le reste de la France ?

Pendant  les cinq jours de Feux d’hiver, les Calaisiens se sont accaparés leur lieu culturel.

La culture sortait de son cocon, de son entre- soi, de sa consanguinité. Le lieu vivait, respirait, éclairé par des cohortes de familles, des poussettes, des landaus, des jeunes , des troisième âge, des handicapés.

Francis Peduzzi  et son équipe échappent  à toutes les castes, les chapelles, les clans  qui paralysent la vie culturelle.

Toutes les frontières sont abolies, le théâtre de rue côtoie la musique savante, le texte se joue au milieu des explosions de feux d’artifice.

L’outil vient de naître,  il est exceptionnel.

D’abord, il sera habité par les artistes. Dès l’entrée sur la droite, c’est le pavillon des artistes, ils peuvent  y vivre. Huit chambres confortables, c’est la base de tout. Que les artistes vivent dans leur lieu.

Ensuite tout fait rêver : une salle immense, modulable, un cirque,  un grand café, un restaurant, on prévoit une librairie.

Tout est rénové au moindre coût.  Cela ne sent pas le neuf, cela sent la vie.

Les propositions artistiques débutaient à 7 H 30 du matin,  puis 8 H 30, puis 10 H…Tout était plein.

 

Bien sûr, l’offre était habile. A la base de tout , et de façon permanente, les feux en tout genre.  Peduzzi n’a pas  eu  peur : deux feux d’artifice par jour comme à Disneyland !  Comme l’explique Bernard Stiegler dans Cassandre, la culture doit sortir de sa réserve  d’indiens si elle veut survivre. Ici on n’a pas honte de ce  qui est populaire.

Et c’est tellement unique, une population qui se reconnaît dans son lieu culturel.

Partout, les gens vous le disent « ils aiment leur Channel, c’est leur Channel, c’est à eux ».

Je suis resté cinq jours de 14 H à 19 H à recevoir intimement les clientes des chambres d’amour. « femmes de service , aide soignantes, infirmières, institutrices, sage femmes, orthophoniste, vendeuse, attachées commerciales,    Quand je susurrais dans leur oreille, Aragon Verlaine, Cendrars, Eluard, je sentais leur corps vibrer, je sentais les mots les envoûter. A part quelques exceptions, aucune ne pouvait imaginer que c’était de la littérature, la plupart pensaient que j’inventais ces mots magnifiques pour elles, et me remerciaient chaleureusement de mon inventivité et de mon imagination.  

Quand les 4000 cierges magiques s’allumèrent  ensemble à minuit, pour fêter la nouvelle année,  comment peut on assimiler cette ferveur à du populisme ?

Evidemment tout ça n’est pas né magiquement en une nuit. Il y a le travail d’une équipe magnifique, des vrais élus,  il y a un axe, une ligne : s’adresser à la cité toute entière.

 Alors mon vœu  de nouvelle année  tient en trois mots «  des Channel partout ».

1er janvier 2008

 


 

 

Les théâtres devraient toujours être des lieux de critique sociale,

des lieux épiques,

des lieux où se joue la vie de la société,

des lieux explosifs de pensée

des réserves d’oxygène,

des lieux de contestation

Si je fais du théâtre aujourd’hui,

C’est poussé par un vent de force 7 dans les années 70,

Quand j’allais à la Taganka à Moscou, je vivais quelque chose d’énorme,

La critique en creux  d’un régime qui s’essoufflait,

Le public était assoiffé du Tartuffe de Molière, mais surtout de la vision qu’en donnait Lioubimov,

J’allais à Berlin Est, voir le répertoire du Berliner Ensemble, le lieu était magique et sacré.

Les couches populaires  le fréquentaient.

Et voir Arturo Ui au TNP , c’était inoubliable.  Car le non -dit qui est une des forces du théâtre était présent. Nous savions tous de quoi parlait Vilar.

L e théâtre est contradictoire, il veut s’opposer  aux puissants, mais pourtant leur demande de l’argent.

Oui, Molière s’agenouille devant  le trône pour réclamer une pension du roi. Or Molière ne cesse d’être critique  vis à vis de la cour. Bien sûr il ne va pas brûler ses ailes en s’attaquant au roi soleil, il est  trop malin. Le dilemme continue.  Subvention ou pas subvention ?

Le théâtre  public est malade, On ne monte des pièces que pour asseoir des carrières, obtenir des centres dramatiques ou des théâtres nationaux.  Il faut survivre.

Certes on espère qu’Olivier Py  arrachera l’Odéon  à la sortie guindée et cultivée. Le théâtre ne peut pas se passer du peuple, c’est lui qui donne son sens à la vie théâtrale.

Le théâtre a le cancer, il dégénère doucement, il est monocorde, monoforme.

Il faudrait que les compagnies  vraiment vivantes reprennent les rennes du théâtre.

Je resterai amoureux du théâtre du Soleil qui  est le seul lieu où je me sente bien.

Le théâtre ce  n’est pas seulement la pièce, c’est un lieu où doit souffler la liberté de penser Le théâtre c’est un ensemble qui sent bon l’utopie, et le rêve d’une société différente.

Nov 07

 

Ce coup-là faut que je parle, que je témoigne.

Quinze ans que le théâtre de l’Unité s’est installé en Franche- Comté. Neuf années à Montbéliard avec le centre d’art et de plaisanterie, et six ans à Audincourt.

Ici, nous avons appris à nous taire, car c’est la coutume. Dès que l’on parle, les retours de bâton sont terribles, nous en savons quelque chose.

Mais là, j’ai besoin de décrire un ressenti, des impressions. Mes remarques n’ont rien de scientifique. Certes me direz -vous, la période n’est pas innocente, quelques jours avant les législatives. Mais justement, ce sont des moments, où l’on réfléchit, où l’on donne son avis. dans une démocratie. 

Voilà, j’ai l’impression qu’une chape de plomb est tombée sur le pays de Montbéliard. Je n’entends que des jeunes qui n’ont qu’un seul mot à la bouche : « partir, partir » …

Il n’y a pas d’endroit où nous jouons en France sans rencontrer des exilés du pays de Montbéliard, une vraie diaspora.

Pourquoi notre pays de Montbéliard n’est-il pas capable de retenir sa jeunesse ? Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas attractif. Or, ce n’est pas une fatalité.

Nos années « centre d’art et de plaisanterie »   ont été des années formidables.  À l’époque il y avait un adjoint à la culture du nom de Chaneaux qui « boostait » dynamisait la vie culturelle. Un vent de culture soufflait  sur Montbéliard et en changeait la mentalité. Chaneaux  réunissait régulièrement les acteurs culturels,  ils se sentaient sollicités, il dénichait des financements, car quand les idées existent, on trouve de quoi les financer.

Chaneaux est parti, et chacun s’est replié sur lui-même, même nous. Plus rien de très grand,   de très beau, ne se passe. Les élus ne se préoccupent plus de retenir leur jeunesse, ils voudraient la chasser, ils ne s’y prendraient pas autrement.

Mais alors ? Ars numérica, Sbaro, le centre Jules Verne, le pavillon des sciences,  un méga équipement en préparation, l’Allan,  ce n’est tout de même pas rien ?

Le réveillon des boulons, transformée en cité rêvée, ça existe tout de même ?

 .

Mais  tout cela manque singulièrement de souffle, de synergie, d’élan collectif, de ferveur.

Les forces artistiques existent, elles ne demandent qu’à s’engager, encore faudrait- il les soutenir, les stimuler.  Quel potentiel sous employé !

C’est dix fois plus de vie culturelle qu’il nous faudrait, cent fois plus, pour que les jeunes ne s’enfuient pas.

Quand nous avons ouvert le Palot, c’est que l’urgence d’un tel lieu se faisait sentir de façon criante. Le centre Jules Verne ne remplace pas le Palot, un concert mensuel dans un lieu impersonnel, c’est différent d’un concert par semaine dans un  lieu vivant et chaleureux, animé par un collectif.  On  nous demande d’attendre le Lumina à Audincourt, six ans déjà…

Notre pays de Montbéliard a besoin de projets culturels, forts, innovants, musclés, à rayonnement national.

C’est possible, ce n’est pas de l’utopie, c’est  juste une volonté politique. Il faut que les élus prennent conscience, que c’est d’une urgence criante.

Encore une fois je ne dis pas que rien n’existe, mais une politique culturelle ce n’est pas  une simple distribution de subventions ici ou là, c’est être convaincu que la culture est aussi essentielle à Montbéliard que la chlorophylle à la nature.

Lorsque cette volonté existera, les jeunes auront peut-être envie de  faire leur vie au pays de Montbéliard.

Jacques Livchine

Mai 07

PS   Le théâtre de l’Unité sera visible cet été à  Bergame en Italie, à Amiens, en Lorraine, en Hollande , à Chalon dans la rue, en Bretagne , à Terrasson , à Tarbes., à Toulouse, à Bourges.

Prochain Kapouchnik : le 29 septembre à Audincourt.

Renseignement sur le site : htttp://www.theatredelunite.com

 

 

 

 

 

 


 

Cher Olivier Py

Qui a nommé Py à l’odéon ?

Il me répond :  MOI, ça te ne plaît pas. ? C'est TP qui me répond.

Je dis :   si bien sûr que ça me plait, énormément,  mais j’ai eu l’impression un matin sur France culture  que Py  avait déjà  vendu la turbulence qui fait son charme, et sa poésie,et sa force  pour devenir « directeur de théâtre national ».

Jo Lavaudant   était un mec ravageur, je l’ai retrouvé momifié dans son mausolée.

Faut  que tu nous  déguindes le théâtre officiel, et  Pariente me le confirmait, t’es nommé un peu pour ça, il m’a même dit «  dis lui ».

Je le fais.

Il faut vraiment arracher l’Odéon au ghetto du théâtre public, en faire un lieu vivant, polémique, désordonné., attirer une peu de mauvais garçons là-dedans.

On ne peut plus s’ennuyer, comme on s’ennuie.

Alors justement le mauvais goût des illusions comiques, c’est ça dont on en a  envie… Tu sais être illicite.

Alors Olivier Py, te fais pas manger par  le loup.

Reste toi-même, déjante nous tout ça.

 

Janvier 07


 

 

 

Bernard Assolari

En Mairie

Audincourt

Monsieur,

Je viens de lire votre contribution au journal Audinfo.

Je vous remercie de parler de nous, c’est important  pour nous d’exister auprès des élus de tous bords, on a si souvent l’impression que tout le monde se fiche bien de la culture.

Il faut tout de même que vous sachiez que nous employons près de 80 intermittents pas an, que je me lève tôt et  que je me couche  tard,  que le théâtre est pour moi un apostolat depuis 40 ans,  que pour l’instant, je n’ai pas  encore droit à la retraite,  et qu’il est  vraiment malhonnête pour un homme élu et responsable comme vous de tenter  de dresser une population contre des artistes en présupposant que ce sont des espèces de parasites  inutiles vivant au crochet de subventions gigantesques et refusant tout contrôle.

Nous envoyons tous les ans à la DRAC un rapport de près de 100  pages qui est notre bilan d’activité.

Bien entendu nous ne refusons pas  d’être contrôlé et inspecté. Nous sommes irréprochables sur le quantitatif.  Sur la qualité artistique nous avons un dossier de presse conséquent, avec pour vous faire plaisir des bons articles dans le Figaro et dans d’autres journaux de la presse nationale.

 

 Monsieur Bernard  Assolari, être de droite cela implique le respect de certaines valeurs. Jeter la pierre à tous ces artistes qui travaillent souvent au Smic ou au Rmi, qui sont une chance pour le pays de Montbéliard, c’est vraiment  disqualifier la vie politique.

Jacques Livchine

 

nov 2007

Les théâtres publics  sont pleins,  et pourtant vides.  

Pourquoi suis -je un des seuls à avoir la légitimité de parler ?  Parce que j’ai vécu comme spectateur et comme acteur les 40 dernières années du théâtre public.

Quand jeune lycéen parisien, je descends pour la première fois les marches de Chaillot happé par une matinée étudiante à 2,00F, je sens palpiter en moi quelque chose de  pas banal,  un souffle. Ici, c’est comme il est dit sur le fronton de Bussang « par l’art pour l’humanité »

Je sens bien que je suis entraîné dans un théâtre d’émancipation bien éloigné des matinées   sordides de la comédie Française où ma mère croyait bon de m’emmener.

J’assiste ensuite à la naissance des théâtres de banlieue.Dans une société étouffante, Nanterre ou Aubervilliers  étaient des ballons  d’oxygène, tout y était différent. On sentait le vent de la pensée, d’une pensée critique et subversive. Debauche,  Garran, Gatti

Tout était différent de d’habitude, ces théâtres montraient qu’ils étaient tout, sauf bourgeois. Je me revois à Nanterre  dans un quartier où Vitez jouait quelque chose comme Felix Kulpa, les gens du quartier se mêlent aux professionnels, le curé au syndicaliste. On ne se quitte pas à la fin du spectacle, on débat. La société est là, représentée dans son entier.

Je n’ai que des souvenirs de grande ferveur, et de tout un côté illicite, c’est de la culture » très frontière,  ça frise sans arrêt, le politique ou le social. Tout est brûlant, passionné. Je me suis inscrit à Etudes théâtrales à Censier. J’accède grâce à Bernard Dort, à Brecht et à toutes sortes de théories sur le théâtre de service public.

Je me passionne pour toute cette nouvelle vie théâtrale, je vais voir le Berliner Ensemble, à Berlin Est, la Taganka à Moscou.

Je fonde le théâtre de l’Unité en mars 1968. Je vis deux mois de rêve à jouer dans les usines et les lycées occupés. C’est vrai, on ne sort pas intact de ces expériences, où l’on sent que le théâtre  peut être  pour les gens quelque chose d’indispensable et de vital.

Peu à peu je sens une maladie grave qui attaque le théâtre public, une sorte de mildiou ,  Le théâtre devient un produit, les directeurs sont des bons gestionnaires prudents  Une sorte de bon goût moyen et uniforme s’installe. C’est convenu, c’est posé dans la ville, on ne sait pas bien pourquoi.

Quelque chose ne va pas, le socio culturel  devient le bouc émissaire. Une fracture se dessine.

C’est là que le théâtre de l’Unité décide de tenter une expérience. Faire un détournement de scène nationale. Nous enflammons Montbéliard pendant 9 ans avec le centre d’art et de plaisanterie.Nous affirmons qu’il ne s’agit pas de remplir le théâtre de Montbéliard mais remplir Montbéliard de théâtre. Expérience inouïe, un vrai printemps de Prague.

Nous inventons une monnaie, des placotages, des concepts toujours différents. Nous appliquons le vieil adage du franc Comtois Claude Nicolas Ledoux « invente ou je te dévore ». Nous allons même jusqu’à offrir une partie de la subvention à tous les habitants qui affirment ne pas être touchés par la scène nationale. Nous sommes soutenus par un formidable adjoint à la culture, qui pense que la culture c’est pour faire bouger la ville. Au bout de neuf ans , nous  estimons que la routine  a pris le dessus, une DRAC réticente qui nous accompagne mal,  les confrères des scènes nationales  qui nous traitent de populistes, le personnel est épuise. Nous démissionnons.

Mais nous avons montré que c’était possible, une scène nationale vivante drainant des jeunes, semant le désordre dans les âmes, et dans la rue, mêlant toutes sortes de public, abordant tous les arts à la fois,  le culinaire, la rue, l’intime,  les machines,  faisant sortir toute la ville pour un réveillon des boulons  incroyable mais toujours  avec un souci de décalage permanent.

Pendant ce temps –là, les fondamentaux du théâtre de service public ont fondu un peu partout en France.  Ils sont là, certes, mais tristement édulcorés.

Je continue de fréquenter les théâtres, et je sens que quelque chose ne va pas.  J ’observe les dérives provoquées par des abonnements de plus en plus sophistiqués. Les CE ont lâché l’affaire. Les jeunes désertent, en dehors de tout un public captif de collégiens et de lycéens. Le  reste du public a vieilli. Les  programmations ne  sont pas mauvaises  en soi, mais ternes, les représentations tristes, pas festives, ne laissant aucun souvenir. On consomme. La ferveur s’en est allée ailleurs. Les directeurs s’accrochent à leur place, s’enivrent de toute une prose sur le spectacle vivant,  la création, les auteurs contemporains, ne cessent de faire de l’auto satisfaction.  C’est sûr, ils sont tous devenus d’excellents programmateurs et de bons gestionnaires.  Mais il leur manque un soupçon de folie, ils sont plus du côté des préfets que du côté des artistes. La vie a déserté leurs théâtres.  Bien sûr il y a des exceptions, mais la sortie au théâtre est devenue  pour moi une espèce de pensum auquel je me contrains .  Ce théâtre public, que j’ai tant aimé a disparu. Les théâtres ne sont plus des lieux de vie et de rencontres  et de frictions. Souvent, moins de quinze minutes après la fin du spectacle, on ferme le théâtre. Pas de troisième mi temps , où l’on peut boire un verre et discuter avec les artistes.  Voilà, les théâtres  subventionnés sont  souvent pleins, mais vides d’âme.

C’est ailleurs que ça se passe, dans des abris provisoires, dans des lieux improbables, dans la rue , dans le rural, dans ce qu’on a appelé un moment les  lieux intermédiaires, « les nouveaux territoires de l’art ». Mais ces nouvelles cellules de création, ces laboratoires, ces expérimentations ne sont que très peu soutenues  et ont du mal à se faire une place dans le paysage culturel Français.  Pourtant  la France est riche d’artistes uniques,décalés, prêts à toutes les inventions.  

Bref,  c’est comme une séparation, un divorce. Je ne peux plus supporter que la sortie au théâtre soit de l’ordre de la punition, je suis prêt à m’ennuyer, mais dans une certaine ambiance, avec du dialogue de la polémique.

Si j’étais Ministre de la Culture, je rendrais mes  cent établissements du réseau national à leurs collectivités territoriales et je m’occuperais  de faire monter en puissance, les lieux d’expérimentation, les lieux ouverts jour et nuit, les lieux de vie, les lieux habités, les lieux qui bougent, les lieux de carrefour des arts et des populations, les lieux alternatifs en synergie avec leurs territoires,  je soutiendrai toutes  les expériences où on invente une relation spéciale avec le public, non plus basée sur un contrat d’abonnement, mais sur  une nouvelle manière de mordre l’Art et la société. L’Art ne peut pas être convenu ou convenable, ce n’est pas non plus une glace à la vanille, ou un produit adoucissant.   Il faut relire Dubuffet  qui nous ouvre de belles pistes, sur l’art qui n’aime pas les lits que l’on fait pour lui.

Je suis prêt à dire que Vilar c’est fini, mais à condition qu’on veuille bien le remplacer par quelque chose de plus intense, de plus essentiel,de plus ouvert, de plus vibrant, de plus voyou.  

Disons que la situation est propice pour tout ré-inventer. C’est le début du quinquennat.

Jacques Livchine

Metteur en songe

Co-directeur du théâtre de l’Unité


Les attentes du public

Je reviens sur ce Ministère de la Culture qui demande à ses artistes ou aux établissements subventionnés de répondre aux attentes du public. Surtout pas ! Notre rôle est de déranger le public, le déstabiliser, l'inquiéter, le mettre mal à l'aise, le faire douter pour l'amener doucement où nous avons envie de le faire venir.... C'est là que réside la différence entre le théâtre privé condamné à plaire, que Brecht appelait le théâtre de digestion, et notre théâtre populaire, de critique et d'ironie sociale. Ce qu'il y a de pire, et qu'il faut dénoncer, c'est le cancer du conformisme, c'est le calibrage et le formatage des spectacles au goût du public.

Jacques Livchine

Théâtre de l’Unité, compagnie conventionnée par le Ministère de la Culture, Drac Franche Comté

oct 2007


A AURILLAC IL Y A

A Aurillac il y a dès l’entrée  de la ville sur un carrefour 3 personnages étranges qui regardent les voitures défiler, c’est de l’art furtif. On ne sait pas qui c’est, mais c’est beau..

Il y a un caddie rue des Carmes que pousse un pauvre,  très lentement. Peu à peu on se dit que c’est une marionnette, c’est étrange, splendide, on ne sait pas qui fait ça. C’ ‘est de  l’art contextuel et furtif.

Il y a l e comptoir des pros , on a un badge qui nous donne droit au programme du Off, et à l’entrée au cabaret de nuit.

Il y a Paul Fischer qui se ballade avec un badge sur lequel est écrit : « excusez moi, je ne me souviens pas de votre nom ».

Il y a tous les  CNAR ensemble qui regardent dans la rue sur un ordi un groupe chilien et qui disent que le cabinet du ministre leur a demandé pourquoi faire jouer des Chiliens alors que  tant de Français n’ont pas de contrats

Il y a tout le monde qui fait le théâtre de rue d’aujourd’hui sauf Courcoult. Dont chaque spectacle est le budget de tout un festival.

Il y a Larderet avec sa Josy au bar des artistes. Il vend ses bouquins le matin et ensuit les boit.

Il dit qu’il n’a même plus de besoin de jouer pour vendre.

Il y a le programme aux 450 noms, qui commence le matin à 9 H 59 par Pascal Rome, après on ne lit plus, ils sont si nombreux.

Il  y a des spectacles à chaque coin de rue. Certains n’attirent personne et continuent de jouer, c’est poétique.

Il  y a le Black en face de l’office de tourisme qui fait toujours mille personnes, Je ne sais pas ce qu’il fait, je ne sais pas qui c’est, mais il est doué, je n’arrive pas à voir, je suis au centième rang.

Il y a des dizaines de cours incroyables de vie. Tu jettes un œil et tu continues ta route.

Il y a Dalila qui arrive d’Uzès, qui est belle comme une forêt de pins au coucher du soleil et qui me donne la revue de Lubat avec sa lettre de 15 pages au conseil général. Instructif.

Il y a l’élégant Jean Marie Songy abordé par un Israélien qui lui tend le prospectus d’un festival de théâtre de rue en Israël.  Jean-Marie parle anglais comme Sarkozy.

Il y a tous les spectacles payants sur lesquels tout le monde se précipite en se disant si c’est payant, ça doit être bien, mais tout est plein.  Une conseiller théâtre se plaint et dit que c’est pas normal de payer, alors que c’est pas remboursé par la Drac.  

Il y a à midi les artistes face au public ; c’est mou et consensuel, tout le monde a tout adoré. On dit que cette année, c’est plus politique que l’an dernier.

Il y a des chiens, et des chiens, même que j’ai mis ma main   où j’aurais pas dû, je me suis nettoyé avec de la Volvic.

IL y a un article dans Libé. Je m’étonne d’avoir doit à l’évocation des chambres d’amour que j’ai joué, il y a deux ans, Je tends l’article aux acteurs du gramoulinophone, parce que ça parle d’eux  aussi de façon élogieuse, cela ne les intéresse pas du tout. Autre génération.

Il  y a deux directeurs de scène nationale, Cavaillon et Ales et quelqu’un a vu un directeur de CDN,

Il y a Generik, dernier grand déambulatoire gratuit. Cathy Avram aime toute cette foule, cela se lit sur son visage, spectacle d’immersion, on se fout d’ailleurs de quoi ça parle, c’est leur énergie qui est belle à voir et qui raconte en filigrane leur soif de lutte.

Il y a le pot du off. Ce off qui met la ville en émoi.J’arrive trop tard il n’y a plus une goutte pastis, et j'ai raté le discours de Thierry Lorent  le chef de la Fédé qui me met un badge du 27 octobre sur le poitrail.

 Il y a à  la cour d’application, Bialek   en uniforme.    Certains échangent les paninis de l’impériale.  43 spectacles ont droit chacun à six vignettes. Il y  a un monsieur du public qui a complété l’album,  il aurait eu  droit à une caisse de champagne.  Sauf que maintenant il doit avoir une dédicace de chaque compagnie. Je n’y suis pas dans l’album, car je ne suis pas 100% rue.

Il y a Filloque qui me demande ce que je pense du festival. Je lui dis qu’il suffit de voir un truc qui t’intéresse pour que cela soit une réussite.

Il y a un jeune qui se précipite sur moi, je crois qu’il veut me voler, Il hurle : « tu ne me reconnais pas ?  Mon prénom commence par L.   C’était Lucien de Calais un bénévole, qui m’avait envoyé une lettre magnifique.

Il y a Peep and eat, des Flamands de Laika   jauge 55 personnes. Les 3 premières séances étaient réservées aux partenaires financiers du festival. La place est vendue dans certains lieux 80 €. Là pour 17 € on a droit à un somptueux repas dans un dispositif incroyable. Ils jouent depuis dix ans. Je suis vexé de ne les avoir jamais repérés.

Il y a Theatre group de Lons.  Je me glisse sans billet avec la complicité de Vuillermoz, c’est comme un vrai meeting et ça se dégrade. Jamais je ne critiquerai Jouff,  c’est comme Generik quoiqu’ils fassent je suis inconditionnel.Mais les deux spectacles sont des bons exercices de réflexion sur comment traiter la politique en spectacle.

Il y a Cyril Jaubert (Opéra Pagaï)  qui est végétarien, on va avec lui et Jean Digne à la princesse Margot. J’ai pris un foie de veau  poêlé ;  Jean Digne parle et philosophe, Cyril boit ses paroles, on ne comprend pas tout mais c’est bien de l’écouter, car c’est bien Aix ville ouverte aux saltimbanques 1973, l’acte de naissance de la rue. Jean veut que Cyril appelle Brigitte la nouvelle directrice de la culture chez Juppé, Cyril veut pas.

Il y a le soleil qui est revenu,

Il y a Brigitte Salino qui montre dans le Monde le mépris qu’elle nous porte. Mais elle ne me fera jamais aimer Françon et ses mises en scène fadasses au Théâtre de la Colline.

Il y a moi qui essaye tant bien que mal de  raconter ce que j’ai vécu pendant deux jours. J’ai pris deux   poissons, je suis content, j’arrivais déprimé par les vacances, je repars gonflé à bloc.

08/07


 

 

 

Quelques petites choses   par Jacques Livchine

Quand j’étais petit, j’adorais descendre jouer dans la rue, en fait je n’ai jamais cessé de le faire.

En 1977, on débarque sur la piazza de Beaubourg avec notre 2CV théâtre, mais en fait on n’avait pas le droit, pas du fait de la police, mais des autres artistes qui nous ont dit que l’espace leur appartenait.  Ils nous ont prêté un bout d’espace pendant 50 minutes. J’étais un peu sidéré.

On a demandé l’autorisation à la préfecture de jouer notre théâtre pour chiens devant la Sorbonne, on n’a pas reçu de réponse, alors on a joué. C’était en 1982 Pendant que je jouais, j’ai vu les cars de police s’arrêter, ils nous ont entouré, sont venus interrompre le spectacle, le public protestait, on a continué. Ils ont attendu que le public soit parti et m’ont emmené de force pendant le démontage. Je suis passé au tribunal et ai écopé d’une amende.

En Franche-Comté, on avait des véhicules transformés, des artomobiles, pour faire une caravane qui allait de village en village par des routes départementales pas fréquentées. On a eu l’autorisation de la préfecture à condition d’être escorté par des motards, puis la gendarmerie a émis un avis négatif. Tous les véhicules devaient passer aux mines. Aucun n’a été accepté. On a dû louer une vingtaine de porte voitures. C’était hyper dangereux sur ces petites routes, les gendarmes en convenaient, mais ils devaient faire respecter la loi.

On aurait pu privatiser les routes, comme le fait le tour de France, mais c’est hors de prix.

J’aime le théâtre de rue, à même la peau de la rue, pas annoncé, hors festival, c’est là que cela prend sa réelle valeur. On appelle ça des effets d’étrangeté. On pique nique sur les ronds points, on hurle à une vingtaine au téléphone portable dans une gare, on s’endort dans les allées des supermarchés, on se déguise en soldats, pour sécuriser les espaces publics, on fait des immobilités, on traverse une avenue avec une extrême lenteur. À Kinshasa, j’ai été emmené au poste, J’ai expliqué que c’étaient des effets d’étrangeté, le commissaire m’a sermonné « La prochaine fois, prévenez nous, comme ça nous avertirons la population de vos effets d’étrangeté ».

Pendant un réveillon des boulons, à Montbéliard, nous avions reproduit les chariots de feu de Liestal, chariots en fer sur lesquels on fait brûler d’énormes bûches, et que l’on tire à 4, pour faire de grandes flammes. C’était très joli surtout un 31 décembre. Cela laisse pas mal de braises au sol. Le capitaine des pompiers a garé sa voiture à un en droit où il restait une braise. Sa voiture a entièrement brûlé. Je me suis excusé. C’était le seul incendie de voitures cette nuit-là à Montbéliard alors qu’à Strasbourg le même soir 60 voitures prenaient feu.

Un de nos exercices d’entraînement favori s’appelle la lentille de contact.  Il s’agit de bloquer la circulation en faisant semblant d’avoir perdu sa lentille de contact.. Donc on se retrouve à quatre pattes au milieu de la rue, des piétons viennent souvent nous aider. Il ne faut surtout pas regarder les automobiles, on tient souvent plus de cinq minutes. C’est un petit bonheur.

Le théâtre de rue n’est drôle que lorsqu’il est légèrement illicite. À Montbéliard, tout le monde connaissait nos impostures, sauf qu’un jour cela a posé un problème grave. Il y a eu un hold- up dans une banque, et le directeur était sûr que c’était un coup de l’Unité, alors il a laissé faire, on a culpabilisé.

Parfois, je vais sur la place publique hors festival, j’explique que je suis devenu riche à cause de l’héritage de ma mère, mais que cet argent me fait mal, je n’en veux plus, alors cent euros par cent euros, je le distribue ; j’ai fait ça sur le vieux port à Marseille, au quartier chinois à Paris, à St Denis de la Réunion,  cela crée des attroupements. Les gens n’en reviennent pas. Et moi j’adore demander aux pauvres de lever la main, car c’est à eux que je veux donner en priorité. Personne ne lève jamais la main.

Le public de rue est un public formidable, car mixte, même si dans les festivals cette mixité tend à disparaître. Au premier festival d’Aurillac, un facteur regardait la 2CV théâtre. Nous lui avons fait remarqué qu’à cette allure-là, les gens n’auraient pas leur courrier. On a appris plus tard, qu’à la fin du spectacle il est allé jeter le courrier dans une bouche d’égout, il a été condamné.

 

À Aurillac, je vois un type exhiber sa bite. Je me demande si c’est un acteur ou un ivrogne, la police aussi lui demande.

Les policiers sont nos meilleurs complices. Mais quand notre mariée se met à vouloir toucher leurs noisettes, ils rient puis se fâchent. Un jour notre noce s’est installée dans un car de police, nous étions allés un peu trop loin.  Il a fallu s’enfuir en courant.

Le théâtre de rue, c’est la liberté. On entre dans les magasins, on s’amuse avec les fringues, on rentre dans les Eglises, les mairies, on fait mille bêtises, c’est jubilatoire la transgression.

En 30 ans, nous n’avons guère annulé que 4 séances à cause de la pluie. Parfois on continue de jouer même sans public, on se dit qu’il y a tout de même une personne qui nous regarde d’une fenêtre.

On peut rater un spectacle à cause de la jauge. La 2CV théâtre, c’est pour 400 personnes maximales. Au-delà on ne voit rien. On se retrouve à Séoul devant 3000 personnes. À l a fin de la pièce une jeune fille me demande à quelle heure commence le spectacle.

2007


 

 

Le lundi 29 janvier 2007 de Jacques Livchine.

Ma chance,  je dors très peu.

Même pas cinq heures.

Sauf que le café est hyper important pour moi.

Et de cinq à huit, je range, j’écris, je remplis plein de petits billets, des tâches à faire que d’habitude je perds aussitôt.

C’est toujours en me levant que les idées me viennent, et me visitent.

Vers huit heures, je fais le point avec Hervée de Lafond.

34 ans que nous dirigeons à deux cette cellule de création continue qu’est l’Unité.

Nos coups de téléphone durent de 20 à 35 minutes. C’est là que tout se joue.

Si elle a peur, elle devient insupportable, met tout sur mon dos.

Il n’y a qu’une seule chose qui nous équilibre, c’est le théâtre : en faire.

Nous sortons d’un véritable enfer, l’année 2005 : 20 contrats seulement, les caisses qui se vident, le doute,  l’aigreur.

2006, ça va mieux.  68 contrats, et puis nous sommes fiers de notre « Oncle Vania à la campagne ».  C’est rare que l’on approche de si près de ce que nous avions envie de faire.

C’est lundi. On a joué à Marseille samedi soir. Pas vraiment joué, mais tout de même … Nous avons parlé pendant deux heures de notre conception du théâtre devant  80 personnes, invité par Michel André de la Cie de la Cité.

Il a lu Griffonneries, le bouquin sorti en 2001, ça l’a emballé.  Et voilà.

On a tenté quelque chose de bizarre, parler en cuisinant des blinis et en les servant au fur et à mesure.

Avec Michel André, on cause pendant des heures, de ce que nous pensons être le cancer du théâtre, ces spectacles peu vivants, écrits par des auteurs approximatifs et qui parlent de tout sauf du réel.

Ensuite j’ai toujours un contact téléphonique avec Edith. 41 ans de mariage. Elle est restée dans notre maison de Malakoff. C’est l’amour « fissionnel ». Elle voit 250 pièces par an. C’est son boulot.  Par elle, je suis au courant de tout ce qui se fait en matière de théâtre public. J’ai l’impression que 3 soirées sur 4 sont ratées. Nous sommes d’accord pour dire que la vraie lumière du théâtre vient de lieux approximatifs de caves, de friches, jamais des lieux institutionnels qui meurent de conformisme.

Je suis obsédé par la nécessité pour le théâtre de mélanger les publics, et de ne pas laisser de côté des pans entiers de la société.

Il semble que cela soit une vieille idée, à la Vilar, mais l’amour aussi c’est vieux et ça marche encore. 

Il y a un rendez-vous à 10 H à la maison Unité.

Je suis aussi chargé des repas du midi.

Cela me décontracte la relation à la cuisine, et c’est important notre table ouverte à 3,50 €.

Nous sommes 4 en tout comme permanents,  on a vite fait le tour du bureau.

À l’Unité, je ne travaille pratiquement jamais.

Je jette du courrier.

J’écoute les autres téléphoner.

Il y a des gens qui passent qui disent bonjour.

Je dois préparer la brigade de ce soir.  Je ne prépare jamais rien.  Les réunions de Brigade sont très spéciales pour celui qui ne connaît pas.

Il s’agit d’apprendre le théâtre par capillarité, donc ne pas faire de théâtre du tout, sauf quand ça s’impose. Là, on prépare un concept nouveau. Un repas pour 100 personnes.  C’est la mairie qui nous l’a commandé, quand c’est eux qui commandent,  ils trouvent l’argent. On appelle ça « rablaisienne ».

A Audincourt,  cela ne sert plus à rien de faire du théâtre dit « normal »  il y deux théâtres pour ça à Montbéliard et à Belfort,  les gens attendent du différent.

On leur donne depuis 3 ans, une fois par mois, les Kapouchniks. Cela ne ressemble à rien d’autre un Kapouchnik.

Ici tout le monde connaît et veut venir.  Nous éclairons l’actualité à notre manière.

Je ne peux plus supporter les théâtres remplis à 100% , je veux qu’ils soient remplis à 120 %, là il se passe quelque chose. La ferveur.

Avec Pedro et Laurent, on a débriefé le final de Chalon dans la rue.  On s’entend bien.

On se dit les choses. C’est ce qui compte, pouvoir encore se parler. Je souffre du trop plein de silence. De peur de vexer, on accumule les rancoeurs sans rien se dire.

Le repérage de Terschelling en Hollande est compliqué à organiser. Voiture ou avion, ou train ?  Nathalie appelle une agence pour les horaires des trains en Hollande, et aussi le bateau.

Faut -il y aller à deux ? Que fait-on de Pina ma chienne. 

Il faut parler anglais. Cela risque d’être moi.

Eric lâche les ateliers scolaires. Catastrophe. Plus personne ne veut  faire les ateliers. Faire venir des comédiens de Besançon bouffe tout le budget en transport. J’ai toujours dit que nous n’étions pas assez nombreux,  et maintenant que les ateliers ne rentrent plus dans les calculs Assedic…

J’aime m’occuper du site de l’Unité, c’est une mine d’archives pour moi. Là au moins c’est rangé,  car mon bureau est un véritable fouillis.

J’ai plusieurs lubies, faire des listes de 14 points, des valeurs, des haines, des pièces que j’ai aimées, des obstacles.

Et aussi photographier tous ceux et celles qui m’intéressent pour savoir si je connais 1000 personnes.

Je constate que je vois surtout des gens de théâtre.

Bon, 10 personnes à manger à midi. C’est moi qui cuisine. On mange très bien, ce sont des moments de vie, on traîne à table jusqu’à 14 H 30. Je discute avec une violoniste qui ressent comme moi la chape de plomb qui couvre le pays de Peugeot.

Quand on était directeur de la scène nationale avec 3000 €  par jour, on pouvait agir, mais là, nos ailes sont rognées. D’autant plus que nous avons publiquement qualifié le maire de Montbéliard d’homme délabré en 2000, il y a 7 ans ,et qu’il nous voue une haine gigantesque,  et que président de la communauté d’agglomération, il bloque tous nos projets d’envergure.

C’était quand nous avions démissionné de la scène nationale de Montbéliard, le centre d’art et de plaisanterie, après neuf années de folie furieuse.

Je suis content, j’ai un calendrier très rempli.

Je vais à Paris pour la fédération régionale des arts de la rue, raconter l’histoire du théâtre de rue, à ma manière.

Finalement, c’est moi qui pars en Hollande.

Ensuite pour la FAIAR, (Formation avancée itinérante des arts de la rue) je pars à Barcelone,

Ensuite j’ai la Rablaisienne, un nouveau concept. Cent personnes qui dînent dans notre studio des 3 oranges. On fait les serveurs fous, et des poèmes et des gags.  C’est surtout de la rencontre,  dans ce pays si hostile qu’est le pays de Montbéliard.

 

Une timide étudiante de Mulhouse veut prendre rendez- vous pour que je lui parle du théâtre de rue. J’aime parler.

Hervée va faire son atelier.  Elle fait le plein.  Ils font tous des progrès.

Conférence de presse de la Rablaisienne, Toujours les 2 journaux locaux. 

On communique mal. J’exhibe avec fierté  devant la presse locale  -mon essoreuse à salade, grand format, 149 €

La mairie a collé un poster défense de fumer, sur la Maison Unité. Nous fumons tous, sauf Claudine.

Nous avons demandé un emploi tremplin à la Région. Il leur faut un budget prévisionnel. Aurélien Pergelosi est d’ici. Bac + 5. Spécialiste en législation du spectacle. Il a déjà fait un stage chez nous. Pourvu que cela marche. Nous sommes actuellement en déficit de com et  personne ne s’occupe du marketing spectacle. On attend notre plaquette baptisée « c’est combien ? »  On ne peut pas s’empêcher de faire de l’humour. La conduite d’échec ça nous connaît.

Janvier 07


Un manifeste pour la rue

Ça devait être un 11 novembre.

En Grèce près d’Athènes,

Il faisait doux ce soir- là, il  y avait  une sorte de  fête agricole assez gaie, « une comos ». Les Grecs adoraient fêter leur dieu Dionysos.

Le vin coulait à flot.

Lorsque soudain, un chariot de bois fait irruption avec fracas.

Incroyable, inattendu, étonnant.

Sur le chariot, un homme du nom de Thespis  lance des stances !  

Les hommes font cercle autour de lui.

Thespis parle de la vie, des hommes, de leurs souffrances.

Et nous sommes le 11 novembre,  564 ans avant –Jésus Christ.

Les hommes de cette époque ne savaient pas qu’ils étaient en train de vivre un moment capital de l’histoire de l’humanité, ils ne savaient  pas qu’ils assistaient à la naissance du théâtre,

sans mur, sans toit, sans porte, sans  fenêtre,  sous le ciel étoilé, un homme et son chariot.

Libre au milieu de l’espace public.

Un théâtre pertinent, et impertinent, décoiffant,  dans un espace ouvert à 360°.

Comment ne pas se souvenir que le théâtre est né dans la rue ?

.

Il a traversé vingt -cinq siècles sans faire aucune concession.  Le métier de l’acteur, c’est encore et toujours une voix , un corps. C’est encore et toujours un homme qui s’adresse à d’autres hommes et leur raconte leur vie,  à voix nue, et simplement.

Mille fois, on a voulu s’en débarrasser, le contrôler,  le canaliser, l’apprivoiser,  l’enfermer rien n’y a fait, le théâtre  est  resté indomptable, implacable,  c’est  l’art vivant par excellence,  bousculeur, foisonnant, généreux  débraillé, batailleur, brailleur, festif  et  rétif à toute captation quelle qu’elle soit.

Bien -sûr il  pris différentes formes, au cours des siècles : commédia dell’arte, théâtre de tréteau, théâtre de parvis de cathédrale, défilés carnavalesques, mais  jamais il n’a dérogé à cette règle absolue :  défier le pouvoir et s’adresser à tous.

Bien évidemment , des classes sociales aisées ont compris la force subversive que représentaient tous ces artistes à la parole libre, et ont sans arrêt tenté de confisquer  le théâtre, art  à leur gré trop populaire,  trop agité, trop libertaire,  ils ont tenté de  se l’accaparer pour l’instrumentaliser  à leur service.

Des véritables mausolées et des ponts d’or ont été offerts aux artistes, pour mieux les domestiquer,  mais le théâtre de rue ne s’est pas laissé tenter.

Pas de starisation, pas de vedette,  pas de mise en épingle du créateur de droit divin, le théâtre de rue, c’est le groupe, le collectif qui est là uniquement pour servir  le public.

La France est devenu le premier exportateur de théâtre de rue du monde. Il y a quelques jours à Santiago, 1 million de personnes étaient rassemblées pour suivre la compagnie Royal de Luxe. Les gens ont soif de ce théâtre poétique, gratuit, véritable service public.

Nous artistes des arts de la rue, nous voudrions rappeler à toutes les collectivités, les institutions,   les décideurs, les présidents,  les gens,  que nous existons depuis 2500 ans et que le 11 novembre, notre voix  complètera  celle de l’armistice.

Juste après le monument aux morts,  dans toute la France nous inaugurerons des monuments à la vie .

 

O1/07


J’admire celui qui rompt ce soir le seul contrat qu’il avait en décembre,

j’admire celui  qui renonce à un cachet ce soir, ce cachet qui lui fera perdre son statut

j’admire François qui décide de faire son père Noël devant les enfants défavorisés.malgré la haine qu’il déclenche auprès de tous les grévistes

J’admire Pierre qui a le courage de dénoncer la dérision de cette grève

Tout ce que je sais, et tant pis si je suis démagogue et populiste en le disant, c’est que   notre image de petit artiste pas connu, n’était pas très bonne avant,  mais elle est carrément devenue exécrable.

Dans une société où tout n’est plus que com’, perdre la bataille du pognon, passe encore, mais perdre la bataille de l’image, c’est grave.

C’est ce que je ressens tous les jours.

Que les politiques nous méprisent, qu’ils pensent que nous sommes inutiles et nuisibles, c’est déjà chiant, mais que partout où tu croises des gens, lorsque tu annonces ton métier, tu n’éveilles aucune sympathie, même pas de la compassion, mais de l’indifférence, ça c’est grave.

J’ai connu l’époque où  quand tu disais  « je suis comédien », les gens poussaient un « ah, assez admiratif ». Comme un métier de courage, d’abnégation et demandant une technique sophistiquée.

Terminé.  Dans l’échelle de l’estime des métiers, ils nous rangent avec les instit’s, les directeurs de MJC, les aides- soignants ».

Les jeunes des quartiers, qui sont  souvent des concentrés d’idéologie dominante, nous placent plus bas que terre. Pour eux, seule la notoriété fait l’excellence, et seule la télé  pourrait nous sanctifier un chouïa.

J’en ai marre de passer pour un mec qui ne s’occupe que de son assurance -chômage. Je ne dis pas non plus qu’il ne faille pas s’en occuper, mais qu’il faut surtout montrer que nous ne sommes pas des « 507 heures », parce que ça ne passe pas dans l’opinion publique, mais nous des « 8607 heures ». Nous sommes les seuls à ne jamais nous arrêter, jour et nuit, 365 jours par an. Nous sommes un métier d’imagination, et c’est  sans répit que notre esprit fonctionne, rumine, turbine, construit, innove, déconne, fouine, invente.

Ce qui m’intéresse c’est de mettre mon énergie dans le « plus jouer »,  Ce qui m’intéresse c’est d’inventer de nouveau circuits, de nouveaux rituels de représentation. Ce qui m’intéresse c’est de valoriser notre image, et notre utilité.  

Je me suis désinscrit des Assedic il y a un bout de temps, parce qu’ici,  faire croire que je suis intermittent, alors que tous les jours tout le monde peut constater que je suis permanent, ça la foutait mal.

Un jour le capitaine des pompiers de Saint Quentin en Yvelines avait déclaré «vaut mieux créer un poste de comédien à l’Unité qu’un poste de pompier supplémentaire. Nous, pompiers, ramassons les jeunes qui se suicident, eux, empêchent les jeunes de se suicider ».

C’était bien vu.

Va expliquer ça aux élus d’aujourd’hui.

Vive l’émeute, vive l’émeute artistique !

décembre 06


 

Malak dimanche 5 novembre 2006

Une petite chronique

Du monde occidental

A Villeurbanne, je prépare une manifestation de joie

Mais la petite chatte d’Hervée,  Pixel a disparu, elle dit qu’elle est morte, écrasée, elle est affectée

Edith va sur toutes les tombes du Val d’Oise toute seule

Les TGV sont pleins

Mais il faut savoir que 14 minutes avant le départ, des places se libèrent, les options Internet  non confirmées, j’en profite

25 ans de Radio Nova avec un DVD à 12 €

Frize , le concert de locomotives est entré dans l’histoire

Les images sont hallucinantes

Edith rentre si tard que je crois qu’elle est morte

Elle est allée dîner avec Inbal après son spectacle

Etre de son temps, j’ai rencontré une famille sans portable

Brigitte Fontaine se lève sans arrêt pour fumer dans une émission de TV

Je joue aux échecs dans le train et je gagne

Pancho et Catherine vont avoir un enfant, c’est notre grossesse à tous, prévu le 31 décembre

Ministère des affaires populaires, un groupe de Rap du Nord de la France

Je suis comme Simone,

Les petits cochons ligotés ça me fait mal

Je regrette sans arrêt de ne pas voir assez de monde, je voudrais être relié avec le monde entier

Evènement. Wajdi Mouhawad  bouleverse  Olivia avec Forêts à  Malakoff, et quantité de gens, sauf  moi,

Bizarre ces mouvements d’opinion

Pas moi.

Je m’amuse avec une assoc’ de   femmes retraitées qui  préparent « les épicuriennes irrésistibles, elles ont 64 ans , divorcées, elles cherchent des males.

je retrouve sur le site de l’Ina une vidéo de la femme chapiteau de 1983 et l’avion 92 (prophétique)

Mon IMC me trouble ; je culpabilise dès que je mange

Foulquié me réclame à Marseille de la cuisine pour sa friche. On y va jouer à la fin du mois

Je ne comprenais pas pourquoi on parlait de Blanche Neige , c’est Ségolène

Moi je dis tout sauf Sarko.

Je veux signer une page dans Libé , l’actualité vue par un artiste, ils ne veulent pas, ils vont crever, s’ils ne veulent pas

Je veux envoyer des cadeaux aux prisonniers de l’Ile, ça arrive ? La lettre d’Amsterdam, c’est arrivé ?

J’aime la dérive « serendipity »  tu laisses faire la divagation.

Je rêve de réciter le bateau ivre au rond point devant  800 personnes avec mon accordéon.

On dirait qu’ils ont mis une clim immense sur l’Europe. 0 °C  sur Malakoff

C’est dur d’imaginer la sensation  de froid pour vous

Buratini vient me dire « jacques tu sais, on fait partie de l’histoire, on restera comme le dadaisme ». J’en doute pas.  Comme mon père qui se croyait un grand inventeur.

Je revois Isabelle sur le  reportage sur l’avion  de 92.

Vous avez notre âge maintenant

UN artiste en résidence chez nous deux ou 3 jours me demande « comment tu fais pour garder cette  pêche là » ?

Je lui dis que je suis un gosse du seizième qui a été trompé sur le monde et qui a pris conscience à  19  ans que le seizième ne vivait que pour garder toutes les manettes de la société et que les richesses humaines étaient ailleurs.

Etangsale veut nous inviter à l’ile de la réunion,  ça me fera du bien d’aller loin. 27 mars –7 avril.

Je vais retrouver Edith là haut , elle n’a pas su changer l’heure d’été, et cela m’a trompé, je croyais qu’il était 7 H , or il était Six heures

Salue tout ce qui est loin  pour moi

Jacques

 


lettre à Lavaudant

Je vous écoutais l’autre soir sur France Inter.

C’est triste ce renoncement , c’est triste cet embourgeoisement .

Comment  osez vous dire que le théâtre n’est pas capable de traiter l’actualité encore chaude ?

Pourtant vous avez connu le bread and puppet  ?  Le théâtre  Campesino ?  le dernier Caravansérail… Et Gatti ? Et Brook avec  US.

Et Molière ? Franchement ,  il ne traitait pas à chaud l’actualité  royale ?

Que cela ne soit pas facile, j’en conviens, que les traitements soient difficiles à trouver, certes.

Mais pour une fois que le théâtre est sur une radio écoutée, j’ai été gêné de vous entendre dire ça

Je me suis dit,  oui il faut évoluer,   le théâtre partisan  il est mort, c’est sûr

Vous inaugurez un théâtre gardé par les CRS, c’est un théâtre public tout de même,  symboliquement  c’est lourd, l’Odéon…

Allez cher Georges,     vous devriez  re- travailler vos fondamentaux, et vous demander ce qu’est  le théâtre , et pourtant je sais que vous le savez .

Je rêve d’un grand naufrage,  que tous les grands théâtres sombrent   et que tout soit à reconstruire sur des vraies valeurs civiques.

Voyez, on doit avoir le même âge,  toi t’es devenu adulte, t’es bien,  et je vois que  moi je suis resté ado, mais je suis fier de ma carrière  descentionnelle,  je suis installé à Audincourt dans le Doubs une ville ouvrière où 97% des habitants  n’ont pas le bac, c’est là que j’exerce  le théâtre, un théâtre de proximité, et la relation est si forte, et le théâtre est si primordial

Salis moi tout ça Georges,  

Jacques Livchine

 

avril 06


MAIS JE FAIS QUOI LA ? MAIS JE FAIS QUOI LA ?

                                                          Anton Tchekhov. Oncle Vania

 

Le théâtre de l’Unité sort son Tchekhov, c’est la grande nouvelle du jour. L’Oncle Vania du théâtre de l’Unité « in situ » comme c’est écrit, scènes de vie à la campagne.

Le théâtre de l’Unité a toujours aimé les petits sentiers peu fréquentés et les défis illicites. Faire prendre l’air à Tchekhov, l’arracher à son cadre intimiste de théâtre à l’italienne, fuir les conventions du théâtre bourgeois. Quinze comédiens sur l’herbe, des animaux, une soupe, une autre façon de voir le théâtre et la vie. L’Unité aime Tchekhov depuis toujours, et met toute son énergie à éclairer les recoins d’Oncle Vania. On joue tout le texte et même plus.

Mise en scène H. de Lafond et J. Livchine. Avec : M. Bouvard, P. Coulon, E. Debard, H. de Lafond, M. Djondo, C. Fornal, A.Guet, Z. Guet, G. Herde, P. Jimenez, J. Livchine, V. Moureaux, G. Noussouglo, N. Wolkowinski, M-L. Sekri. Régie : D. Mossé.

Coproductions : L’Abattoir/ Chalon dans la Rue (Chalon sur Saône).

La crise de l’expertise :

Jadis c’était simple, le public était le seul juge. Il appréciait ou rejetait. Aujourd’hui, tout marche à l’envers, Ce qui fait du succès et de l’audimat est carrément suspect, car on arrive à conditionner le public par des nouvelles valeurs publicitaires, et donc tel ou tel succès est finalement totalement frelaté.  Plus personne ne sait où on en est. La presse confie sa rubrique critique au premier pigiste venu. Les critiques traditionnels sont démunis devant des spectacles déambulatoires ou de rue, ou ressemblant à des performances. Alors le vieux théâtre se replie sur lui même et des moyens conséquents.  Le vrai  théâtre  vivant et innovant a beaucoup de mal, lui  à survivre.

Pourquoi la caravane ne passera pas en A ?

La caravane, c’était notre événement automobilistique 2004. Des artomobiles parcourant nos villages franc-comtois engendrant des dizaines de fêtes splendides. Tout le monde était pour, c’était un événement inclassable mais dégageant une poésie extraordinaire. Les projets 2006  étaient prêts, mais on n’a pas réussi à rassembler les financements suffisants, et vu la baisse considérable du volume de tournées depuis 2002, nous n’avions pas les épaules assez solides pour rajouter du déficit au déficit.  Pour nous, cet abandon a été une nouvelle terrifiante et désespérante engendrant déception et amertume. Mais à Montmirey dans le Jura, l’association le CRIC a décidé de fabriquer son « artomobile » et d’organiser malgré tout une fête le 27 mai. Ce sera la fête des pots d’échappements

Les descendants du groupe octobre de Jacques Prévert, c’est nous.

Rythme effréné, critique sociale mordante, une fois par mois, nous  nous inspirons de l’actualité vue par la presse  pour faire une heure et demie de théâtre totalement décoiffant comme nous aimons. Le succès de nos Kapouchniks commence même à poser problème. Notre studio des 3 oranges n’est plus assez grand, le public est trop compressé. Le succès, il ne faut jamais s’en plaindre, mais  parfois, c’est dur à gérer.

La princesse Limousine sur le feu.

Nous avons décidé nous aussi de fabriquer notre artomobile. Grâce à la gentillesse de Générik et de Serge Noyelle, qui nous prêtent un superbe véhicule,  nous préparons un petit  spectacle de rue léger. On a quelques idées, mais on ne sait pas exactement à quoi cela va ressembler. On fera une première sortie improvisée le 27 mai à Montmirey, avant quelques autres dates.

L’Armada du crépuscule

Nous faisons maintenant partie des dinosaures du théâtre de rue, puisque pour nous, cette aventure commençait il y a plus de trente ans. Nous avons proposé à Pedro Garcia, directeur de Chalon dans la rue, une idée simple. Chaque compagnie ayant fait l’histoire du théâtre de rue jusqu’à présent nous prêterait un objet emblématique. Tous ces objets seraient exposés pendant le festival dans un musée éphémère  en plein air, animé par des bonimenteurs  , et le dernier jour du festival à la tombée de la nuit nous fabriquerions une image collective grandiose en faisant flotter tous ces objets sur  la Saône. Acte gratuit collectif pour le plaisir de la fantasmagorie, voir ces nefs des fous partir vers la mer, car c’est  ce  que nous sommes tous : « des rêveurs fous ».

Nos finances sont malades

En 2002 nous avions vendu pour 289 000 euros de spectacles divers, en 2005, 89 000 euros, c’est la chute libre.Une baisse de 64 %. On ne s’est jamais remis de la terrible grève de 2003, puisque  notre pièce « Terezin » s’est arrêtée net. Mais voilà que « Promenade avec Luther » n’a pas eu  du tout le succès escompté, que le style « Brigade » est passé de mode. Soit on nous reproche d’être trop nombreux dans les spectacles, soit pas assez nombreux, soit de ne pas être  dans les bons créneaux.  Ne serions nous pas assez insipides ? pas au goût du jour, ou bien quoi ?   Faudrait- nous expliquer.  On se ballade avec une image de « dérangeant », oui mais si  l’Art ne dérangeait pas, cela aurait un autre nom.

avril 06

 


 

 

 

Juillet 2004, mel sur la liste rue

Pourquoi ne pas payer les off des festivals ?

Vous êtes énervants avec vos appréciations sur Chalon etc.
Parce que moi, ça me met en ébullition, je n'arrive pas à être zen et
indifférent.
J'ai envie de parler, alors que je dois absolument m'occuper d'autre chose.Je me suis fait, dans mon bain, quelques remarques idiotes, car je crois
dans l'idiotie, c'est la seule matière que je maîtrise.

Moi qui ai ouvert Chalon et Aurillac, en 1986 et 1987, je peux vous affirmer
qu'à l'époque, on s'installait, il n'y avait personne, la rue habituelle,
quelques passants.
Je disais à Hervée, on commence, ça fait rien, il faut commencer. Et
quelques piétons éberlués s'arrêtaient. Et on était content si on avait
touché 60 personnes. Même avec 10 compagnies IN , il n'y avait pas grand monde.
Et même aujourd'hui, les festivals sans Off peinent à avoir du public.
Le succès énorme des gros festivals, c'est le foisonnement du OFF.
C'est l'offre gigantesque : 600 spectacles OFF en Avignon. 350 à Aurillac,122 à Chalon.

Les financeurs de tous les grands festivals ce sont les Cies off.
Elles devraient figurer dans les programmes comme co-producteurs.
Alors pourquoi ne paierait on pas le OFF ? Le IN viendrait gratuitement car ils gagnent la reconnaissance dont ils besoin, la validation de leur travail par la presse nationale.

Les programmations ? Elles sont toujours bien, ce n'est pas sorcier de programmer, ce qui ne va pas c'est ce que Lubat appelle "l'art de diffuser l'art". C'est le problème de la forme et du fond. Servez un grand cru de bordeaux , dans un pot de chambre, son goût sera altéré.

Nous travaillons beaucoup sur l'art de la fête. Je prépare actuellement une pochade : comment rater une fête ?

Vous connaissez ces buffets où les cacahuètes sont encore dans leur enveloppe plastique où tout est mis n'importe comment sur une table de formica sans nappe, où le vin sort de cubitainers en plastique dans des verres de pique- nique opaques.

Les festivals ressemblent souvent à ces tables, où les mets sont accumulés n'importe comment sur la table. En quantité, c'est impeccable, mais la présentation est telle, que les plats en deviennent mauvais.

L'art de diffuser l'art. Daniel Andrieu a été un des premiers à soigner les espaces de jeu. Je me souviens de son festival où les plasticiens étaient intervenus sur le parc, où il y avait des sculptures magiques auto éclairées
la nuit.

Bon dieu, il faut que cela soit beau, il y a une différence entre un programmateur et un vrai directeur qui en principe est un artiste à sa manière, crée une atmosphère, un environnement, une dramaturgie, des espaces de rencontre avec le public. Mais comment faire ? Qui va faire 800 Km pour voir un seul spectacle dans une petite bourgade ? Comment prendre une compagnie que l'on a jamais vue ?
Qui dit commerce, dit foire- exposition. Si tu n'y vas pas, tu ne joues plus.

De quoi j'ai envie moi ?

J'avais inventé au centre d'art et de plaisanterie un concept que personne n'a jamais relevé : Le changement de direction.
Je donnais les clés de la scène nationale à une compagnie pendant un mois. Elle avait le budget artistique d'un mois, tout le personnel à sa disposition. Cela dépotait. Il y avait de l'invention, de l'énergie, de la rencontre.
Je serais heureux de rester un mois dans une ville, plutôt que 3 heures.

"Invente ou je te dévore". Il faudrait qu'hors les murs" nous repère tout ce qui s'invente de neuf en matière de festivals, parce que moi je ne ferai
pas plaisir à Marik en évoquant Calais ou le sentier des contrebandiers, elle va encore me dire que je n'écris que pour l'auto promotion.

Et puis quand je lisais toutes les chroniques de Chalon je repensais à cette fête de "restons vivants" au quartier St Jean à toute cette force que nous avions en nous mettant ensemble, ce que Bruno Masi de libé appelle avec mépris notre romantisme.

Dernière chose, on a Camedi.
Besançon paie 600 000 Euros, 4 MF pour avoir l'étape chez eux.
150 artistes pédaleurs, et une caravane de 300 véhicules publicitaires. C'est du spectacle de rue. Mais eux, évidemment ils achètent le rayonnement
médiatique qui va avec.

Je retourne à mes tâches pratiques. Merci à Jouff, pour sa gentillesse à ne pas enterrer trop vite Pierre et
Quentin, merci à Morizur pour son coup de pouce aux jeunes pousses, et merci
aux chroniques des incontournables deux frères Prévost.

juillet 2004


Lettre à Fabien Jeannelle, directeur de l'Onda

Je réponds à ma manière sur ton billet sur l’excellence. J’en déjà parlé une fois, et bien sûr tu n’aimes pas ma position.

Je prétends que beaucoup d’artistes se conforment à une sorte de goût dominant : nouveaux auteurs, théâtre bien foutu, assez glacé d’aspect, un soupçon d’ésotérisme,  deux acteurs du JTN, une ou deux provoc’s  pour plaire au cénacle des experts.

Car il est beaucoup plus important pour notre avenir  de plaire à ces experts que de rassembler du public, large et différent, ce qui est très vite traité de démarche populiste.Il est très dangereux de marcher en dehors des clous, si on veut continuer de vivre ou de garder sa subvention.

On a la même sensation dans le théâtre subventionné que dans les FRACS.

Un seul  style général de théâtre qui a perdu son élan , sa force vitale, son désir de dire, mais qui fait le régal des gastronomes de théâtre Moi je sens que le théâtre est bourré de ces  créateurs faussaires qui se clonent les uns les autres.

Je sens que René Solis ou Brigitte Salino  n’aiment que ce théâtre.

J’ai cru que le grand débat sur le théâtre aurait lieu, et que la légitimation de nouvelles équipes ne passerait pas uniquement par le goût des CDN, des scènes nationales et des experts des DRACS, et de René Solis et Brigitte Salino. (Pascaud c’est plus complexe avec sa tendance boulevard de gauche )

Mon conseiller théâtre et les experts  me culpabilisent : où sont vos résidences ? Les nouveaux auteurs ?  les co productions ?  Les tournées en scènes nationales ?  Où sont- elles ?

Moi je joue sur les sentiers frontaliers, dans une rue anonyme de Calais, sur les départementales, dans les lavoirs, pour les arbres de Noël.

Moi je joue des kapouchniks. Personne ne sait ce que c’est.

Je sens que mes heures sont comptées dans le réseau subventionné.

Mais j’ai confiance, car quand nous commencions le théâtre de rue, nous étions ignorés pareillement pendant dix ans environ, jusqu’à ce que quelqu’un (tu en étais je crois ) dise : le théâtre de rue mérite un peu de considération. Examinons le.

Pour moi le théâtre de rue est quasiment mort, il devient, sauf quelques exceptions,, aussi mortifère que le théâtre à texte.

La vérité sincère de l’art s’est déplacée.

Mais les spécialistes mettent du temps à le remarquer.

Le théâtre doit être décoiffant, ravageur, imprégné de réel.

Je ne suis pas contre Claude Régy, parce que sa démarche est réelle et pure,

 mais je ne supporte pas  ceux qui se mettent dans son sillage pour être reconnus et qui n’ont pas de démarche personnelle.

Bref , je ne suis pas réglé sur les critères en vogue  je recherche « la fête perdue il y a très longtemps ».

Elle est de l’ordre du Dionysiaque pas de l’Appolinien.

Je souhaite que ma démarche ne soit pas méprisée, ignorée, piétinée,

Je ne sais pas si tu comprends ce que je veux dire.

A t-on le droit d’exister « à côté » ?


 

Est-ce qu’on est déjà dans la phase où chacun sauve sa peau ?

C’est Fabien qui pose cette question en Franche Comté …

On a tous cette tendance, mettre le voisin en procès… T’as fait quoi toi ?

T’étais pas un peu planqué ? Montre moi ton carnet de jours  de grève ?

 RV à Calais avec Peduzzi, directeur de la scène nationale

Pas une trace sur le mouvement, pas une allusion dans la conversation, la gêne.

Or à Calais, ils font des choses tellement extraordinaires , tellement proches des gens, tellement différentes, 

Et là, le silence profond. Lui qui devrait être en toute première ligne.

A un moment je lui dis  « les intermittents » ?

Il me dit : on ne s’est pas entendus.

On en est restés là, c’était mystérieux. Mais ce Channel est tellement le style de lieu dont je rêve que je me suis dit : son combat il est  ailleurs.

Je me remets doucement de cette vie qui reprend.

Je suis même allé au festival d’automne voir soi -disant la  révélation-révolution sur scène, encore une imposture du Monde, le fait de voir sur une scène internationale un jeune un peu voyou , un gros et un cul de jatte, 3 pages d’extase.. passons donc  sur la fausse coqueluche du jour« Loyd Newson ».DV 8

Tragique, notre stand dans l’entrée. Celui des intermittents. Une table, des tracts, et tout ce public huppé du festival d’automne qui passe devant en détournant les yeux comme on le fait avec les mendiants.

Bien sûr, il y a deux mondes dans le théâtre, nous sommes la « sous-France »des arts,   je le sentais à l’accueil presse du théâtre de la Ville, le mépris affiché de Madame Santos, responsable des VIP ,  il vient de franche Comté, d’où ça ? Il écrit dans Cassandre , c’est quoi ça ?  C’est qui lui avec son chapeau ? il ne doit pas  être très connu ?

« On vous a dit que c’est  complet ».  N’insistez pas . Et moi, : « cela n’existe pas un théâtre complet, il y a toujours quelqu’ un qui meurt  la veille du spectacle. «Je ne revendrai  pas la place d’un mort ».m’assène t-elle.

Et toutes ces vieilles têtes qui passent devant  moi, les mêmes depuis toujours Attoun, Colette Godart, Crombecque.

Crombecque   on étudiait ici ensemble à l’époque de Perinetti, allez, donne moi une place…Mais il ne sait plus qui je suis…

Je sais pourquoi j’ai quitté Paris.

Je me suis entaillé le ventre à coups de couteau, j’ai quasiment  tué notre pièce Terezin, et tout ça pour rien ? 

Pour voir les mondains du théâtre continuer d’ afficher leur mépris,  leur arrogance, pour voir les gens de théâtre faire allégeance un par un, se proposer comme paillasson à l’entrée de la rue de Valois.

Je ne suis pas pessimiste.

Le combat change de forme, et c’est bien. Maintenant c’est  devenu une guerre d’escarmouches, une  forme de guérilla

Les médias voudraient des morts et des blessés pour leurs manchettes, le reste ils s’en fichent, huit minutes en tout sur la télévision en septembre, 32 ème sujet d’actualité.

Guerre de l’ombre.

Mais la bataille du protocole n’est pas loin d’être gagnée. Les meilleurs juristes s’étonnent de voir comment des néophytes ont réussi à décrypter un texte réputé difficile. Nous devions avaler la pilule comme nos  illisibles contrats d’assurance, nous avons refusé. C’est une victoire.

Ils vont ré-ouvrir le dossier en 2004. obligé.

Le Ministre est de plus en plus une quantité négligeable. Serge July l’a coincé sur FR3 dimanche soir. Le ministre avait appris plein de chiffres par cœur, mais sur le calendrier des assises et de la loi d’orientation ,il  a dit n’importe quoi et a ouvert son jeu.

Il était là pour sa campagne des Européennes, il n’est déjà plus ministre.

Donc parallèlement à l a bataille du protocole,  il faut obtenir cette loi d’orientation.

La CGT fait des propositions et un appel très large, nous répondons « présents ».

Nous transformons nos contre assises en « vraies assises » nous avons invité les coiffeurs ,les quincailliers, et les plombiers à venir en discuter, chez nous le 1er novembre. Ils paient pour la culture, ils en disent quoi ?

On a déjà quarante pages d’une richesse extrême collectées à Limoges et à Audincourt, nous continuons en resserrant le propos.

Ce ne sont jamais les gros qui  ont fait avancer  l’histoire,

On va en faire bientôt la preuve.

Courage Fabien, ce n’est pas parce qu’on a repris, qu’ils vont nous reprendre.

J’oubliais l’entraide :

Mnouchkine en personne propose des heures  à  Goobie, notre comédien en difficulté. Frank Esnée de même.

Quand aux Eurockéennes, le directeur, Jean Paul Rolland   a très sérieusement  proposé de l’embauche cet hiver aux intermittents de la région en difficulté sur leur nombre de cachets, et s’est déclaré prêt à prendre en charge un certain nombre de frais des coordinations locales.

Tu vois, ne désespère pas Fabien.

Et tu veux tout savoir, notre déficit ne sera de que de 44 000 € le 31 décembre.

Et puis ils me proposent aux palmes académiques, ce n’est pas un canular. En France, avant de liquider quelqu’un ils le décorent.

J’ai refusé, bien -sûr, mais ils m’ont fait comprendre qu’en région, les élus ne t’évaluent pas artistiquement, mais selon ce genre de ruban.

 Alors je me suis dit que cela fera bien chier le maire de Montbéliard, ce dictateur –étouffeur.


 

Jacques LIVCHINE «Je dis du bien parfois»

Janvier 2004

De retour des Feux d'hiver au Channel de Calais, le directeur du Théâtre de l'Unité, réputé pour ses chroniques caustiques, est cette fois-ci enthousiaste. Avis aux amateurs: cette première «chronique» à être reprise par mouvement.net ne sera peut-être pas la dernière...

Jacques Livchine, directeur du Théâtre de l'Unité et pionnier du «théâtre de rue», est réputé pour son humour espiègle et caustique. Cet été, tandis qu'il prenait part au mouvement des intermittents, notamment à Avignon et Châlon-sur-Saône, nombre de ses bafouilles ont joyeusement circulé sur les «mailing lists» des coordinations d'intermittents. Des «messages» comme autant de chroniques tantôt révolutionnaires, tantôt désabusées ou piquantes, mais toujours stimulantes.
Après avoir dirigé la Scène nationale de Montbéliard, Jacques Livchine a posé les valises du Théâtre de l'Unité à Audincourt, dans le Doubs. Sans attendre les «Assises nationales sur le spectacle vivant» un temps annoncées par le ministère de la Culture, le Théâtre de l'Unité y a organisé ses propres contre-assises, collectant de formidables «doléances citoyennes» sur la place de la culture et le rôle qu'un ministère du même nom devrait être amené à jouer.
En cette fin d'année 2003, Jacques Livchine était à Calais, où la scène nationale du Channel, installée dans d'anciens abattoirs municipaux, invitait en période de réveillon la population locale à de réjouissants Feux d'hivers (lire dans cette même édition de mouvement.net la chronique de Naly Gérard sur la création circassienne de Le Guillerm). Ce n'est pas du copinage: une fois n'est pas coutume, Jacques Livchine dit du bien. Et cela fait du bien de l'entendre. D'autant que, pour y avoir participé en octobre dernier à une rencontre-débat sur l'intermittence, je peux attester qu'il règne pour le moins, au Channel, une «ambiance» qui tranche effectivement avec certains standards plus guindés!
J-M. A.

«Tous les voeux m'emmerdent cette année.
Franchement, sincèrement.
Je les sens vides de sens comme jamais, même indécents la plupart. Et puis dans le temps, il y avait encore de la sensualité avec le timbre, l'enveloppe fermée avec la lèchure de la langue. Mais là, les mailing lists, et vas y, clic clic.
Et puis il y en a qui mine de rien, te font un soupçon de promo et te jettent leurs dates au visage. Ils ne se rendent même pas compte que dès que tu hausses un peu la barre, tes dates diminuent de moitié ou de trois quarts, et qu'étaler ses dates n'est pas une vraie preuve de bonne santé artistique.

Là n'était pas le but de ma présente missive écrite un Davidoff au bec.
Je voulais dire du bien du Channel de Calais.
Pour une fois, j'ai envie de dire du bien, c'est si rare.
Parce qu'il est important de savoir qu'une scène nationale peut être un vrai lieu d'art, de poésie, de rencontre, de vie. Ce n'est pas du domaine de l'utopie.
Là, j'ai vu ce dont j'ai toujours rêvé: toutes classes mêlées franchissant la grille des abattoirs et se promenant au milieu des machines du grand répertoire, réchauffées par les rampes à gaz du groupe F.
Non la culture ce n'est pas automatiquement ces lieux intimidants glacés réservés aux classes cultivées.
Le Channel est installé dans les anciens abattoirs de Calais, les parties refaites ne sont pas du genre restauration municipale proprette.
C'est pas l'ambiance festival non plus. Ce sont les gens de la ville qui viennent avec leurs gosses et même les beaux parents parfois.
Ils viennent voir les cousins, ou Bonnafé, ou le Guillerm, ou l'Unité, Ils remplissent les salles. (les places sont à 3€)
La presse, les télés, ignorent le Channel (Il y a eu quelques lignes de présentation dans Libé -attachée de presse oblige). Mais pas de vrai reportage.
Quand on compare ça à l'esbroufe de Lille 2004, et de son raz de marée médiatique, on se pose des questions sur la probité de la presse culturelle.

Je ne crois pas que Jack Lang, député du coin, soit venu. Soyons honnête, Aubry s'est tout de même fendue d'une visite. Tous les élus en charge de culture devraient pourtant faire ce détour.
Donc la culture cela peut vraiment exister autrement. Le théâtre de rue peut vraiment co-habiter avec l'autre théâtre.
Il n'y a même pas besoin de grand débat national sur la culture, il suffit de savoir qu'à Calais, existe ce que l'on voudrait voir un peu partout en France sous une forme non clonée, bien sûr mais avec la même éthique de service public, avec la même philosophie, la même approche de diversité, la même emprise sur la ville.
Francis Peduzzi, le directeur (pas celui de la villa Médicis) est un poète à sa manière, il n'a rien du programmateur classique, il entretient avec les artistes une relation critique, affective, il est omniprésent, les accompagne. (Je crois qu'il a vu Le Guillerm tous les soirs sans exception).
Il a de plus une équipe en or.
Un lieu comme le Channel, nous fait entrevoir de l'espoir, et du désespoir aussi, parce que les instances de légitimation de la culture dans notre pays ne semblent pas lui prêter l'attention méritée. Voyez, monsieur Janelle, cela m'arrive de dire du bien. (C'est le directeur
de l'Onda qui ne voit en moi qu'un nihiliste destructeur)».

Jacques Livchine est directeur du Théâtre de l'Unité, Audincourt



 

Il s’agit de déconstruire le régime qui nous étouffe

C’est parti, rien ne pourra plus être comme avant.

L’ancien régime des Institutions hiérarchisées, bastilles de l’absolutisme artistique doit mourir, et laisser la place à des lieux  artistiques bruyants, vivants, contradictoires, ouverts  jour et nuit, désordonnés, sales.

Terminées les programmations sans imagination pour abonnés endormis.

On doit réparer un système qui a fait son temps.

Les barons, marquis, comtes, et comtesses qui tiennent les manettes des établissements n’ont plus lieu d’exister, ils doivent laisser la place à ce mouvement puissant. Ils ont été les complices objectifs de ce protocole d’accord, combien de fois n’ont-ils pas déclaré les uns et les autres qu’il y avait trop de compagnies, de comédiens, de spectacles médiocres.

Pourquoi ce silence énorme des Drac, ils vont tous être limogés d’ici quelques jours, ils pourraient montrer qu’ils ne sont pas totalement soumis.

Les tuyauteries fuient, les odeurs de consanguinité sont nauséabondes.

Le ras-le-bol  est extrême, une violence trop désordonnée est en train de jaillir.

Nous nous sommes trop retenus si longtemps.

Maintenant il s'agit  de déconstruire le régime qui nous étouffe, celui qui nous empêche de jouer, nous coupe du public, des populations, tous ces lieux bien pourvus, magnifiquement dotés, mais qui ne jouissent d’aucun

rayonnement tant ils sont enfermés dans leur frilosité depuis des lustres.

Plus de pétitions, plus de déclarations gentillettes, le mouvement est un torrent en colère que personne ne peut plus empêcher, le ministre va tomber comme un fruit mûr, il faut se tenir prêt.

Tous les artistes excédés, les compagnies lasses d’être « rembarrées » vont s’installer en douceur dans toutes les institutions de leurs régions respectives.

Et là, on va reconstruire tranquillement une nouvelle vie culturelle, avec le public, avec les gens, avec les jeunes, dans un foisonnement extrême, dans la diversité, dans la générosité, dans la qualité.

L’argent public sera utilisé pour les populations dans leur entier, pas pour une minuscule fraction de la société.

Que fera t-on des anciens directeurs d’établissements ?

On leur fera goûter le charme des 507 h, ils verront à quel point c’est cool d’être intermittent à 13 € par jour.  On leur confiera des missions de temps en temps ; s’ils n’ont pas assez d’heures, ils viendront nous en racheter, on ne sera pas cruels jusqu’à les jeter  au RMA.

On vit enfin une époque formidable.

Jacques Livchine,

22 juillet 2003 , lettre publiée dans le livre"paroles d'intermittents".


Mon week end des 9 et 10 septembre 2004.

liste mels rue

C'est lundi.
On a vécu des tas de choses
Mais il faut se projeter en semaine suivante
Pas le temps de polémiquer, d'échanger
Et si tu le prends ce temps, on te dira que tu discutes à rien dire.

Un vernissage : depuis cinq ans les mêmes 50 personnes se retrouvent au
vernissage du centre d'art de Montbéliard. C'est terrible et en même temps
tu prends quelques nouvelles. On t'apprend que Dominique va mourir, dans
moins de trois mois. Que faire ? L'inviter, lui en parler ? Je parle 40
secondes au directeur de la scène nationale, sur la rénovation de la maison
du bord de l'eau. Douze chambres WC douches. J'irai voir si la maison a
gardé son âme. Heureusement qu'il y a encore des vernissages pour se
rencontrer.

La veille : Plume. Je l'avais déjà vu. Je suis placé à côté du directeur du
théâtre Granit de Belfort. Je lui dis que je suis content que Benoît Lambert
soit son artiste associé. Il me rétorque qu'il a dû commettre une erreur
grave puisque je n'apprécie que les ordures !
Ah bon , fis-je. Voyez, la guerre entre les voisins est violente.
Plume, c'est banal de dire du bien, tout le monde en dit, mais au salut
Robert Miny le musicien paraissait triste, malgré les ovations.
J'ai l'impression qu'il a besoin de retour sur ses compositions... Pareil,
tout est fait pour retenir le public à la fin, mais il file coucher les
enfants.

Les instantspestifs à Besançon :

quel titre ! Je note que le théâtre de rue est passé à la sono. Aïe, je
trouve que l'on devrait faire attention aux pollutions des décibels.
Je repense à la phrase de Paul Puaux, le bras droit de jean Vilar. Je lui
disais que le théâtre de rue avait accompli le rêve de Vilar, le théâtre
populaire, il me rétorqua que le populaire ce n'est pas le bruit et le feu,
mais ce qui est dit.
Le clou, c'est le coucou géant à personnages humains.
L'idée est bonne, mais moi les coucous je n'y peux rien, ça doit me faire
rêver, et là il y a des sketches, j'en vois un, ça me suffit. Je n'y peux
rien, j'ai vu toutes ces scènes splendides dans les horloges du Nord
allemandes ou suisses, finalement il y a des traditions que j'aime pas qu'on
y touche. Et je trouve l'échafaudage affreux. Cela ne m'empêche pas d'aimer
les tricyclique Dol qui avaient fait une artomobile merveilleuse et qui sont
de fameux inventeurs.

Le bijou qui te réconcilie avec le théâtre c'est Dominique Lemaître Ramdam
chercheurs d'air. D'abord elle ose bouger les paramètres. Pas de bruit, pas
de feu. Un jeu avec l'immeuble de derrière. De l'intime, du Tchékhov de rue.
C'est humain, épais, c'est ça pour moi, mon critère du jour, le théâtre, ça
doit être humain avant toute chose.
La Dom' c'est pensé, c'est cherché, c'est réfléchi et puis la poésie.
Je me dis : tiens, on a deux spectacles humains en franche comté, car la
jurassienne de réparation c'est un peu dans la même catégorie. Des
spectacles à vrais personnages, à vraie vie.

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