Le journal des tournées.

 




TEREZIN

La découverte de TEREZIN avait été un terrible choc pour moi.

Pendant deux jours,j’étais resté prostré.
Je me disais : ils ont fait de la musique et du théâtre dans un camp de concentration, quel défi vertigineux !

Je regardais toute notre petite vie théâtrale avec mépris.
J’aurais voulu être à Terezin, faire du vrai théâtre, là-bas.

Je me sentais trop englué dans mon désir de consommation, de médias, de voiture.

Avec complaisance, je m’apitoyais sur moi-même et ma vie tiède.
D’héroïsme dans ma vie, point.
Penser que la vraie vie était à Terezin, voilà l’histoire d’une folie.

Peu à peu, je me suis totalement perdu dans les méandres de pensées les plus tordues qu’un homme puisse imaginer.

Quelque part, être victime, je trouvais que c’était une situation enviable.
Je m’étais dit alors que pour fabriquer un supplice aussi géant, il fallait que cela soit vraiment une histoire d’amour qui tourne mal.

Et je me suis couché, égaré.

Jacques Livchine
1995.

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Mise en scène Jacques Livchine et Hervée de Lafond

* décor : Claude Acquart
* écriture : Jacques Livchine
* arrangements musicaux : Antoine Rosset
* Lumières : Richard Psourtseff
* Régie : David Mossé
* Collaboration artistique: Juliette O'Brien
* accessoires : Fred Patois

acteurs :

*Yann Denecé ou Eric Bougnon
* Nathalie Conio
* Clotilde Fiter -Lecomte
* Catherine Fornal
* Marie Iracane
* Hervée de Lafond
* Jacques Livchine
* Valérie Moureaux
* François Perrin
* Isabelle Quinette
* Antoine Rosset ou Gaby Levasseur

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La première fois que j’ai rencontré Hélène, rescapée d’Auschwitz, je lui ai demandé très honteux : « est ce qu’on riait à Auschwitz ? » Sans hésiter une seconde elle m’a répondu : « mais Jacques, tant qu’on vit, on rit »
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TANT QUE JE CRÉE JE VIS

Parole d’un détenu de Terezin
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D’un seul coup,
tout remonte,
1943
rafles, guerre, famille morte au loin, insensibilité,
le trop appelle le vide.
Votre bonheur, il est pas là -bas, il est tout de suite ;
je ne veux pas écrire,
je ne suis pas un auteur
ni un peintre,
je veux de la secousse,
rattraper des images de mort,
qui vont rejoindre la mort,
on voit tout,
on dresse des murs d’insensibilité.
Des réfugiés,des camps,
des sangattiens électrocutés,
clandestins, et ceux qui coulent, on ne le sait pas.
Rwanda.
on n’y peut rien.

C’est pas chez nous que ça arriverait ? et si ça nous arrive ? et alors ? Mais non, ça n’arrive qu’aux autres.
Théâtre, dors dans ton cocon, raconte nous des vraies histoires de cocufiage, d’adultères, distrais nous, divertis nous...
on veut rire,
oublier l’ordure, l’imperfectionnel
on veut dormir,
s’endormir devant ces nouveaux feux de bois que sont les écrans bleus.
Seule l’indifférence est joyeuse
ceintures d’explosifs,
corps éparpillés,
bagnoles-feux de joie, on s’en fout, on est chez nous.
Maman je veux oublier,
je suis ruiné physiquement.
Les auteurs vivants ne sont pas vivants,
les comédiens pointent
, les droits de l’homme, enveloppe vide, ronron
horreurs, barbarie, abominations, charniers,
miam, restos, commémorations creuses,images images
Faut bien que l’on vive
réalité= fiction
4000 morts riches= 40 millions de morts pauvres.
L’humanitaire est une langue de bois mort, ça part en morceaux.
Formatage coercition,

camps de la mort, non, camps de la vie
avant la mort.

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Point de départ de tout acte artistique une fissure

J’ai été élevé dans le culte de l’holocauste à cause d’un père interné à Drancy mais qui s’évade en mars 1942. Je nais neuf mois plus tard. Mon père voit sa sœur et sa mère partir dans le convoi N° 53 du 25 mars 1943 et ne pas revenir.

Hervée de Lafond avait un père militaire,prisonnier des japonais au Viet Nam. Elle naît le 23 février 1944.En août 1945 elle est en situation de malnutrition chronique, elle aime dire que s’il n’y avait pas eu Hiroshima, elle n’aurait pas survécu. Toute petite,elle se souvient avoir été élevée dans le culte du maréchal Pétain.

Claude Acquart a une mère polonaise, son grand père lui racontait les larmes aux yeux qu’il avait vu son fils tirer avec une carabine à plomb sur les juifs traditionalistes.

Aucun de nous 3 ne sort intact de tels évènements. On a pensé qu’il y avait dans l’histoire de Terezin l’opportunité d’aborder un sujet inabordable.
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Le spectacle a pour point de départ un camp de concentration qui se trouvait à 80 km de Prague : Terezin ou Terezienstadt, qui a vu entre novembre 1941 et mai 1945 défiler plus de 140 000 personnes dont 80 000 ont été déportées à Auschwitz. 30 000 sont mortes sur place de maladies ou de mauvais traitements.

L’originalité de ce camp a été d’accueillir plus de 1000 artistes tchèques ou allemands, qui ont décidé de continuer la pratique de leur art.

Les Nazis ont d’abord interdit, puis toléré ces spectacles pour les mettre en vitrine afin de mieux cacher la réalité de leurs camps. Eichmann a ainsi invité la Croix-Rouge à visiter le camp de Terezin.Un grand spectacle a été offert à la délégation le 23 juin 1944. La Croix Rouge a été bernée.

Pour tenter de renouveler l’opération, les Nazis ont préservé à Auschwitz une enclave baptisée le « camp familial » où 4000 déportés de Terezin, dont beaucoup d’enfants ont eu droit à un traitement de faveur.

Quand les Nazis ont appris que la Croix Rouge ne se rendrait pas à Auschwitz , tous les occupants du « camp familial ont été exterminés.

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EXTRAIT

On le savait maintenant,
un doute pourtant,
si les camions tournaient à droite,
c’était pour un transfert
mais s’ils tournaient à gauche
ils tournèrent à gauche
une violence inouïe fut déployée
contre eux
ils étaient en sang
et soudain un chant
tous chantaient et ce fut
comme un chœur,
un chœur

d’après Shoah. Claude Lanzman
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C’était une obsession de reprendre Terezin, une obligation, chaque année un peu plus forte. Un devoir de théâtre.
Terezin dit des choses que seul le théâtre peut dire, car le monde part en vrille, les sujets sont si brûlants qu’on n’ose même plus y toucher , c’est la force du théâtre de dire l’indicible.
Le texte a un peu changé, il y a des petites réactualisations, et quelques coupures.

En 1995, et 1996, nous avions déjà joué Terezin au théâtre de Montbéliard dix- huit fois, on investissait tous les espaces du théâtre : l’accueil, les escaliers, les combles, le plateau.
mais le spectacle était quasiment injouable ailleurs, de plus, treize comédiens pour une jauge de 120 personnes, c’était pas vraiment équilibré et nous n’avions donc joué que deux fois en tournée à Grenoble au festival Européen de Renata Scant.
Cette fois –ci, nous abandonnons le déambulatoire, pour une mise en scène très cadrée et qui devrait gagner en force. <

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Réflexions

À part la religion, je ne sais plus très bien ce que c’est un juif. Souvent c’est dur à porter, juif, toutes ces migrations, je m’en vais, et je reviens deux mille ans plus tard, ici je suis chez moi, toi c’est pas chez toi.
A travers les arabes éparpillés dans le monde entier, leur diaspora, je sens de plus en plus qu’ils partagent avec les juifs, une seule et même mentalité.
Pour moi, tous ces arabes sont en train de devenir juifs, ils attirent la même haine invisible, tenace, souterraine dès lors qu’ils ne se laissent pas assimiler.

Notre pièce, en parlant des juifs d’hier parle des arabes d’aujourd’hui.

Mais bien sûr, la situation n'est pas comparable, j'en conviens, il n'est pas question d'extermination. Il faudrait juste que les Israéliens qui depuis 50 ans ont une terre, se souviennent qu’ils viennent d’une diaspora juive qui a duré deux mille ans.
Ce qui est bien avec nous artistes, c’est que nous sommes sûrs que nous allons changer le monde avec le théâtre, sauver des vies, arrêter les guerres. mais c’est vrai, nous le croyons au fond de nous -mêmes.
Je me dis : le théâtre a totalement transformé ma façon de voir le monde à l’âge de 19 ans, et alors pourquoi ne transformerait –il pas d’autres personnes que moi ?

(JL)
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Le ressort de notre lutte n’aura été que la revendication forcenée, et presque toujours elle –même solitaire, de rester jusqu’au bout des hommes.

Robert Antelme. l’espèce humaine
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En jouant hier soir, j’aurais eu envie de dédicacer le spectacle à toute cette humanité de l’ombre, ces silhouettes de Sangattiens, ces réfugiés que l’on croise à Paris, que l’on n’ose même plus regarder, ces grands africains sans papiers, tous les rejetés, demandeurs d’asile, tout ce qui nous donne la honte de ne jamais assez bouger…
Et toujours résonnent trois heures après avoir joué ces mots : « rendu possible grâce au consentement silencieux ».
Alors à notre manière nous poussons ce petit cri. mais c’est si dur de ne pas être ridicule et grandiloquent.
Les bons sentiments sont le pire ennemi du théâtre, l’humanitaire est piégeant, le théâtre c’est pas la charité ou l’Église, cela doit être absolument méchant.
Alors voilà, pas de pathos ni de compassion, soyons méchants.


 

REPRESENTATIONS

2003

* 10 et 11 janvier : Les Ulis (91) 01 69 29 34 90
* 18 janvier : Guyancourt. (78) 01 30 48 43 44
* 7 février : Fontenay aux Roses (92) 01 41 13 40 84
* 26 février au 1er Mars : Villejuif (94) 01 49 02 58 35
* 25 mars : Thonon les bains (74) 04 50 71 04 41
* 4 avril : Bretigny sur Orge (91): 01 60 85 20 92
* 8 et 9 avril : Marseille –Toursky (13) 04 91 02 58 35
* 15 avril : Cebazat –Clermont Ferrand (42) 04 73 87 43 43
* 6 mai : Cavaillon (84) 04 90 78 64 60

2004

2005

SOIT 20 représentations au total


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L’affiche est faite à partir d’une peinture d’Alain Kleinmann aménagée par Thierry Schley.
Bande son : Hervée de Lafond
musiques : Jumping night in the garde of eden par le Klezmer Conservatory Band , , lyric Waltz de Chostakovitch,N.Y.Psycho Freylekhs par the Klezmatics. Décalogue de Zbigniew Preisner.
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Un infini merci au centre culturel Boris Vian des Ulis et au théâtre des Sources de Fontenay aux roses qui nous ont cédé leur théâtre pour les répétitions et des représentations. Un autre merci à ceux qui ont permis que cette pièce voit le jour en s’engageant sans l’avoir vu : la ferme du Bel Ebat à Guyancourt, le théâtre Toursky, le sémaphore de Cébazat , la scène nationale de Cavaillon, le théâtre Romain Rolland de Villejuif la maison des arts de Thonon les bains. et bien sûr une dernier merci à la confiance extrême de la Drac Franche Comté à qui nous devons de continuer d’exister.

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Bibliographie : La musique à Terezin Joza Karas (Gallimard)
Treblinka : Jean François Steiner
L’espèce humaine : Robert Antelme

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Pour les tournées / Elisabeth Trehard 01 40 84 09 84 elisabeth.trehard@free.fr


 

le journal de Terezin